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lesromansdelara
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Voici l'histoire d'un pompier pas comme les autres ! Blog pour ceux qui M l'action et le suspens
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Blog Livre
Date de création :
05.05.2007
Dernière mise à jour :
30.04.2008
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chapitre 12b

Posté le 04.08.2007 par lesromansdelara
Lucille n’en revenait pas d’entendre Michelle parler de cette façon. De plus elle croyait percevoir de la peur dans le ton de voix d’Yves et elle ne comprenait pas pourquoi. Elle continua donc à descendre prudemment et risqua un coup d’œil dans le salon. Ce qu’elle vit lui glaça le sang.
Yves était assis sur le canapé et sa femme le tenait en joue avec un revolver. Elle avait un regard dur et déterminé que Lucille ne lui connaissait pas. A force de se faire battre, elle a dut dérailler et avait sûrement résolu de se défendre. Elle pensa qu’elle n’avait franchement pas choisi la bonne solution. La meilleure manière de les aider tous les deux étaient de les arrêter avant que cela n’aille trop loin ! Mais il était peut-être dangereux de le tenter seule.
La jeune femme passa donc discrètement dans le couloir et avisant un téléphone dans le hall d’entrée, décrocha.
Elle sentit alors une présence derrière elle et se retourna brusquement. Charles Ceven était là, pointant un pistolet vers elle !

La Mère était dans son bureau et finissait d’écrire une lettre de félicitation pour son neveu qui venait d’avoir un petit garçon. Elle ne les voyait qu’une fois par an à l’occasion de la visite en famille mais, elle avait gardé des rapports très affectueux avec ce jeune couple. Elle cherchait le meilleur moyen de formuler sa joie de voir la famille s’agrandir quand elle fut interrompue par sœur Roselyne qui frappait à la porte.
« Qu’est-ce qui se passe ? Vous faîtes encore du ménage ? demanda la supérieure étonnée, en la voyant arriver en tenue de travail à neuf heures du soir.
- Il le faut bien ! répondit la responsable de l’entretient. Sœur Lucille a fait la chambre de Michelle tout à l’heure. Mais les coins, s’ils en veulent, il faut qu’ils s’approchent, si vous voyez ce que je veux dire !
- Je vois. Et c’est pour me dire que Lucille fait mal le ménage que vous venez me voir ?
- Oh non ! Sinon je ne quitterais plus votre bureau ! fit sœur Roselyne d’un air désespéré. C’est juste parce qu’en bougeant l’armoire…
- Vous avez bougé l’armoire toute seule ? coupa Mère Jeanne alarmée.
- Oui, pourquoi ?
- Mais enfin ce sont des armoires en chêne massif ! Vous allez vous démolir, voyons ! Ce n’est pas raisonnable !
- Ne vous inquiétez pas, j’en ai vu d’autre ! affirma Roselyne fièrement. Il faut bien faire le ménage derrière les meubles ! Enfin, ça n’est pas la question ! Je disais qu’en bougeant cette armoire il y a un papier qui est tombé. Comme ça a l’air important et qu’il y a le nom de Michelle dessus, je vous l’ai apporté.
- Mince, c’est dommage ! s’exclama la supérieure en se saisissant du document pour y jeter un coup d’œil. Lucille est juste partie lui rendre quelque chose qu’elle avait oublié !
- Ouais, et bien si elle faisait un peu moins les choses à la va-vite, elle aurait pu tout emmener en même temps ! D’ailleurs, à ce sujet ce serait bien que vous lui disiez de faire un peu attention ! C’est vrai quoi ! J’en ai assez de toujours repasser derrière elle et de… Mais qu’est ce qui se passe ?… Vous ne vous sentez pas bien ? »
La Mère, qui regardait fixement le papier, était subitement devenue toute pâle.
« Oh, mon Dieu, souffla-t-elle, mais bien sur… C’est pour ça…
- Non mais en même temps ce n’est pas si grave, tempéra la sœur continuant sur son idée, ça n’est que du ménage… »
Mère Jeanne parut se ressaisir et se leva vivement. Elle fourra le papier dans sa poche, se saisit de son téléphone mobile et sortit en courant. Sœur Roselyne eut juste le temps d’entendre :
« Allo ? La gendarmerie, oui, c’est une question de vie ou, de mort… ».
Déjà la Mère avait disparue par la porte donnant sur le parking. La responsable du ménage resta planté là.
« C’était quand même pas sale à ce point-là !… » souffla-t-elle complètement ahurie.

Lucille regardait l’homme qui pointait le revolver en sa direction.
« Bonjour ! fit-elle d’un ton qu’elle essayait de rendre anodin. Je ne voulais pas vous faire peur, mais j’ai crevé ! J’ai trouvé la porte ouverte et j’appelais le dépanneur. »
Le type ne semblait pas du tout croire son histoire.
« Ne vous fatiguez pas ! fit-il d’une voix brève, je sais qui vous êtes ! »
Il lui fit signe, avec le canon de son arme de passer devant. Ils repartaient vers le salon. C’était le dernier endroit où elle voulait se retrouver. En effet, elle commençait à réaliser que le geste de Michelle n’avait peut-être rien de désespéré. Lucille avait tellement peur qu’elle sentait ses jambes se dérober sous elle.
« Allez, se dit-elle, c’est pas le moment de flancher ! Il faut absolument que je me tire de là ! »
Il fallait agir vite car, quand elle serait dans le salon, il lui faudrait compter avec deux personnes brandissant des pistolets. Fausser compagnie à un seul était quand même plus réalisable. Elle repéra un magnifique vase dans le couloir qui ferait très bien l’affaire. Quand ils passèrent à côté elle le poussa discrètement et il tomba en se fracassant sur le sol. Charles sursauta et eut un mouvement de surprise. Lucille, qui le surveillait du coin de l’œil, n’attendait que cela. Elle s’engouffra vivement par une des portes de la salle à manger et se plaqua contre le mur. Son poursuivant se rua dans la pièce et lui passa à coté sans la voir. Elle en profita pour repartir dans le couloir et se diriger vers la porte de sortie.
L’homme se retourna et, comprenant les intentions de la sœur, prit la seconde porte qui s’ouvrait à l’autre bout de la salle à manger. C’était un tel raccourci qu’il coupa la route de la jeune femme avant même qu’elle ne touche la poignée.
Affolée, Lucille rebroussa chemin et remonta le couloir. Elle se disait que c’était la dernière direction à prendre. Soit elle se retrouverait dans le salon face à Michelle, soit face à l’escalier qui la mènerait au premier étage, donc dans un cul de sac.
La jeune femme s’engagea tout de même dans les marches pensant au moins gagner un peu de temps. Elle sentait Charles si proche d’elle qu’elle croyait presque sentir son souffle. Mais la peur lui donnait des ailes ! Elle qui était nulle en athlétisme à l’école aurait été capable, en ce moment, de battre le record du monde du cent mètres !
Soudain, elle sentit une main lui saisir la cheville. Elle perdit l’équilibre et tomba à plat ventre sur les marches. Dans un réflexe de survie, elle donna un violent coup de pied en arrière. Elle dut toucher quelque point sensible de son agresseur car elle entendit un cri étouffé et un bruit de chute. Elle ne prit pas le temps de se retourner pour constater les dégâts ! Se relevant rapidement, elle finit son ascension et entra, au hasard, dans une des pièces du palier.
Elle tendit l’oreille tout en essayant de se calmer. Un bruit de pas et de porte lui apprirent que Charles était déjà en train de fouiller l’étage. Il fallait agir vite ! Elle ouvrit la fenêtre, la seule issue possible, et se pencha. La façade était couverte de lierre. Elle y tira dessus et il céda tout de suite. Dire que dans les films les héros s’échappaient en s’y accrochant ! Tu parles ! Il n’y avait manifestement pas intérêt à les imiter ! Par contre, en regardant sur la gauche, elle aperçut une gouttière qui paraissait accessible en passant la pièce d’à côté.
Elle referma la fenêtre sans bruit et alla doucement ouvrir la porte pour vérifier si la voie était libre. Ceven était juste en train de refermer la porte d’à côté ! La jeune femme n’eut que le temps de pousser la sienne et de se jeter à plat ventre sous le lit. Charles entra dans la pièce et elle vit ses deux pieds s’y déplacer lentement faisant craquer les lames du plancher.
Lucille, un peu essoufflée, se força à retenir sa respiration et à se tapir dans l’ombre. Pourtant elle ne se faisait pas d’illusion. Bien que le lit soit assez bas, s’il se baissait un tant soit peu, il la trouverait. La peur lui vrillait le ventre.
Les pieds s’arrêtèrent près de la cachette de la jeune femme et elle réalisa qu’il fléchissait ses jambes. Il lui semblait que son cœur s’arrêtait. Dans trois secondes elle était perdue.
« Seigneur, là il me faut un coup de main d’urgence ! » pria-t-elle désespérément.
« Charles ! cria Michelle du salon, Charles ! Viens donc par-là ! ».
Ceven ressortit rapidement et ferma la porte. Lucille n’en revenait pas ! Elle resta un instant, incapable de faire le moindre mouvement. La peur l’avait rendu toute molle.
« Merci de Ton aide ! Je Te redevrais cela ! chuchota-t-elle avec gratitude. »
La pensée qu’il pouvait revenir d’un moment à l’autre lui redonna de la force. Elle sortit de son repaire et alla prudemment ouvrir la porte. La jeune sœur entendit le couple qui parlait dans le salon. Il fallait en profiter. Elle prit une grande inspiration, sortit sur le palier et, sur la pointe des pieds, se rendit dans l’autre chambre.
Après avoir repoussé la porte elle s’approcha de la fenêtre qu’elle ouvrit en faisant attention de ne pas la faire craquer. Elle eut un moment d’hésitation. La gouttière était bien accessible, par contre, elle avait beau n’être qu’au premier étage, vu d’ici, cela paraissait bien assez haut ! De plus, qu’est ce qui lui disait que le cylindre métallique qui descendait jusqu’au sol pourrait supporter son poids ? D’un autre côté, elle ne pouvait pas rester là, ils finiraient par la trouver. Il n’était pas non plus question de repasser par l’escalier. Donc il ne restait plus qu’une solution.
Elle prit son courage à deux mains et se hissa sur le rebord de la fenêtre. Elle se retourna, dos au vide, saisit le tuyau et cala son pied gauche sur le collier le reliant au mur.
« Allez, maintenant fait que ça tienne ! »
Et elle fit passer résolument son pied droit de l’autre côté. Maintenant elle était au-dessus du vide. Rien ne bougea. Serrant les genoux elle laissa glisser ses pieds vers le collier du dessous en s’aidant des mains. C’était finalement beaucoup plus facile qu’elle ne l’aurait cru ! De colliers en colliers elle se retrouva bientôt au sol, toute surprise d’être arrivée aussi vite !
Bon, ça s’était bien passé, mais cela n’était pas une raison pour traîner dans le coin ! Il fallait aller chercher de l’aide. La nuit était tombée et était assez sombre pour couvrir sa fuite. Lucille se baissa et courut en longeant l’ombre du mur de la maison. Quand elle arriva à l’angle, elle tendit l’oreille. Tout semblait calme. Elle tourna et s’arrêta instantanément. Le couple était là, face à elle, Michelle braquant son arme sur elle, pendant que Charles tenait la sienne sur la tempe d’Yves.
« Je serais vous, ma sœur je n’irais pas plus loin ! »


( le suite mercredi 8 août)

chapitre 13 et 14

Posté le 03.09.2007 par lesromansdelara
Chapitre 13

Intervention musclée


Emeric Laugarec somnolait devant la télévision. Cette nuit de garde s’annonçait calme et son collègue était allé chercher des sodas dans le frigo. Il faisait chaud et il aurait préféré une bonne bière mais, comme il était en service, il n’était pas question pour eux d’absorber la moindre goutte d’alcool.
La sonnerie du téléphone le tira de sa rêverie. Il s’étira et alla décrocher.
« Gendarmerie nationale bonjour ! » fit-il avec assurance.
Daniel, alerté par le bruit, revint avec ses canettes. Il s’arrêta net en voyant la tête d’Emmeric.
« Attendez ma Mère calmez-vous et répétez-moi ça… Oui…Oui… Où êtes-vous ?… Bon d’accord, on arrive mais vous ne faîtes rien avant… Non, surtout pas, on ne sait jamais, ce n’est pas la peine de les affoler ! S’il ne se passe rien vous serez dans votre tort et s’il y a quelque chose cela pourrait être dangereux pour tout le monde… Oui, c’est ça, attendez-nous ! recommanda-t-il une dernière fois en raccrochant.
- Qu’est ce qui se passe ?
- Prépare-toi Danny, tenue d’intervention ! Mets le GIGN en pré-alerte premier niveau. Si la sœur a vu juste, il va y avoir du sport ! Dépêche-toi, je t’expliquerais dans la voiture ! » ajouta Emeric comme son collègue ouvrait la bouche

Mère Jeanne regarda sa montre. Il lui semblait que cela faisait des heures qu’elle attendait devant la maison des Darrube. Pourtant elle n’était là que depuis dix minutes. Il lui fallait patienter. Les gendarmes allaient bientôt arriver. Par chance c’étaient ceux de Vic qui étaient de garde ce soir-là. Elle tenta de regarder par la grille et il lui semblait voir de la lumière à travers les arbres. Par contre aucune trace du vélo de Lucille. Elle avait sûrement dû le garer près de la maison. En tout cas elle l’aurait croisée en venant si elle était repartie.
Soudain, la supérieure entendit un bruit de voiture qui avançait tous phares éteints. Il y avait cependant assez de luminosité pour qu’elle puisse reconnaître le fourgon de gendarmerie. Deux hommes en sortirent en treillis kaki. Bien qu’elle ne les jamais vus habillés de cette manière là, Mère Jeanne les reconnu de suite.
« Bonjour ma Mère. Alors qu’est-ce qui vous fait dire que Michelle Darrube veut tuer son mari ? » demanda le lieutenant Laugarec sans traîner. La sœur lui raconta rapidement ce qui les avaient conduites avec Lucille à soupçonner Michelle puis leurs doutes sur leurs conclusions.
« Nous comprenons bien, conclut le caporal Daniel Dajen. Mais alors pourquoi avez-vous changé d’avis et qu’est-ce qui vous fait dire qu’elle va passer à l’acte précisément ce soir ?
- Parce que nous avons trouvé cela », fit-elle en tendant le papier ramassé dans la chambre de Michelle.
Les gendarmes jetèrent un coup d’œil à la feuille et il se regardèrent, interloqués.
« Bon, dit Emeric, ça à l’air sérieux mais pas de précipitation ! Danny, tu préviens le GIGN de se mettre en pré alerte deuxième niveau ! Je monte sur la butte pour voir ce qui se passe à l’intérieur. Vous, ma Mère vous restez là ! »
Le lieutenant s’enfonça dans les bois, en empruntant un chemin qui montait en pente douce, jusqu’en haut d’une petite colline surplombant la maison. Tout en marchant, il sortit de puissantes jumelles commando qui avaient une position infrarouge pour voir de nuit. Il regarda la maison de temps en temps afin de noter le moindre détail suspect. Il nota la présence d’un VTT devant la porte principale. Puis il se guida sur les pièces qui était illuminées. Il choisit une place protégée par les arbres d’où il avait une vue imprenable sur les fenêtres donnant sur les principales pièces de la demeure. Puis, il s’allongea et régla ses jumelles sur l’option normale avant de les braquer sur les fenêtres de la seule pièce éclairée.
Il voyait ce qu’il s’y passait comme s’il y était. Il observa un instant et ce qu’il vit lui suffit. Il prit son talkie-walkie et appela son collègue :
« Bronx, ici le Breton, tu me reçois ?
- Oui le Breton, ici Bronx je te reçois cinq sur cinq !
- Danny, Madame Darrube tient en joue son mari. Je répète, elle a une arme et menace son mari. Aucune trace de personne d’autre. Déclenche le GIGN et demande à la Mère avec quel moyen de locomotion Sœur Lucille est arrivée. Bien reçu ?
- Bien reçu, je déclenche le groupe d’intervention ! Ne quitte pas. »
Le lieutenant ne dû pas attendre très longtemps la réponse à sa question.
« Elle est venue en vélo ! fit une voix juste derrière lui.
- Mais qu’est-ce que vous faîtes-là !? s’exclama-t-il en apercevant Mère Jeanne.
- Ecoutez, Lucille est peut-être en danger ! Est-ce que vous croyez franchement que je vais rester plantée à côté de la voiture en me rongeant les sangs !?
- Ma sœur, avec tout le respect que je vous dois, vous n’avez rien à faire là ! Cela peut-être dangereux ! Alors redescendez et mettez-vous à l’abris avant que je vous y mette de force !
- Il n’en n’est pas question et…
- Couchez-vous ! »
Il la prit par les épaules et la plaqua au sol.
« Mais ça ne va pas non ?
- Chut ! »
Quelque chose bougeait dans la maison. Les pièces du premier étage s’allumaient et s’éteignaient successivement. Le gendarme braqua ses jumelles dans cette direction et vit un homme qui fouillait le premier étage, revolver au poing.
« Qui c’est celui-là ? marmonna-t-il.
- Il ressemble à Charles Ceven, l’amant de Michelle. »
Emmeric regarda la Mère avec surprise.
« Eh ! Mais où avez-vous trouvé çà !? demanda-t-il en s’apercevant qu’elle tenait, elle aussi une paire de jumelles.
- Dans votre voiture ! Je me suis dit que tant qu’à venir voir, autant prendre ce qu’il faut !
- Ne vous gênez pas surtout !… »
Sa voix commençait à se teinter d’humour. Il avait toujours cru que Lucille était un cas à part dans sa communauté mais il s’apercevait que ces bonnes sœurs n’avaient pas fini de le surprendre !
« Comment savez-vous que c’est lui ? Je croyais que vous ne l’aviez jamais vu ?
- C’est vrai mais Lucille me l’a décri très précisément et ça paraît correspondre… Regardez ! » fit la Mère en lui désignant une fenêtre sur la gauche qui s’ouvrait doucement. Une petite tête brune en sortit.
« C’est Lucille ! »
Elle était heureuse de la voir en bonne santé et poussa un soupir de soulagement. Mais elle sentit le lieutenant se crisper. Elle comprit pourquoi en voyant la pièce d’à coté fouillée par Ceven.
« Mon Dieu ! c’est elle qu’il cherche ! » pensa-t-elle.
Pendant ce temps la jeune sœur avait tiré sur le lierre et s’était attardée à regarder quelque chose sur la droite.
« Elle va se faire prendre ! Il faut faire quelque chose !
- Restez tranquille ! répondit fermement Emmeric. On ne peut rien pour l’instant. Il faut attendre le GIGN. »
Lucille avait disparue de leur vue et Charles entra dans la pièce où elle était. Il ressortit peu après, seul. Puis, une minute après, la fenêtre de droite s’ouvrit et la jeune femme réapparut.
« Mais qu’est-ce qu’elle fait !? » s’exclama la supérieure en la voyant monter sur le rebord de la fenêtre.
« Je crois comprendre. Non… elle ne va pas faire çà ?! fit le gendarme éberlué en la voyant s’agripper à la gouttière.
- Oh si ! Elle va le faire… » soupira Mère Jeanne qui ne se faisait guère plus d’illusion depuis longtemps sur la capacité qu’avait Lucille d’être raisonnable.
La descente avait l’air de bien se passer mais leur regard fut attiré par un trait de lumière qui venait d’un autre côté de la maison.
« Ne bougez pas ! » ordonna le lieutenant .
Il se déplaça avec précaution pour voir la demeure sous le bon angle. Trois personnes étaient sorties de la maison. Charles Ceven tenait en respect monsieur Darrube avec son revolver pendant que Michelle les suivait de près.
Pendant ce temps, Lucille avait atteint le sol et se dirigeait droit vers le danger.
« Il faut faire quelque chose ! » s’exclama Mère Jeanne.
Emeric sursauta.
« Ah mais c’est une manie ! Je vous avais dit de rester là-bas !
- Mais Lucille va se faire capturer ! Il faut intervenir ! protesta la supérieure
- Vous allez nous faire repérer ! Si vous continuez, je vous coffre !
- Vous n’oseriez pas !…
- Oh ne me tentez pas ! »
Maintenant ça y était, la jeune sœur s’était fait surprendre par ses agresseurs. La Mère foudroya le gendarme du regard.
« Et voilà ! Vous êtes content ?
- Le Breton, de Bronx, fit le talkie-walkie en sourdine.
- Bronx, ici le Breton, parle Danny.
- Emeric, le GIGN est là !
- Bien reçu, on arrive ! »


Michelle menaçait la jeune sœur avec son arme.
« Je serais vous, ma sœur, je n’irais pas plus loin ! »
Lucille était furieuse envers elle-même ! Elle s’en voulait de s’être jetée ainsi dans la gueule du loup ! Elle réfléchit rapidement à la façon de se tirer de ce mauvais pas.
Il lui était difficile de finasser. D’abord parce qu’elle sentait que Charles, s’étant fait berner une première fois, était beaucoup plus méfiant. Ensuite parce qu’elle n’était pas seule en cause et que, si elle tentait de s’échapper, Yves risquait d’être abattu immédiatement.
D’autre part, elle sentait qu’elle devait essayer de rester à l’extérieur. Il était beaucoup plus facile et plus discret de leur tirer dessus à l’intérieur et, maintenant que les deux amants les avaient sous la main rien ne les retenaient plus de passer à l’acte. La jeune femme résolut donc d’essayer de gagner du temps.
« Mais je n’ai pas l’intention d’aller me promener après avoir reçu une si gentille invitation !
- Vous me voyez désolée d’utiliser la force, répondit Michelle. Mais vous vous trouvez au mauvais endroit au mauvais moment. »
La jeune sœur joua l’innocente. Peut-être qu’en les persuadant qu’elle croyait à de la légitime défense, elle ne serait plus une menace pour eux. S’ils saisissaient l’occasion, ils trouveraient ainsi une sortie honorable sans avoir à recourir à la violence.
« Je comprends que se faire battre par son mari, est intolérable. Mais le menacer de votre arme ne résoudra rien. Au contraire, vous allez vous mettre dans votre tort.
- Mais vous ne comprenez pas qu’ils s’en fichent de ça ! protesta Yves qui ne comprenait pas la tactique de Lucille. Je ne l’ai jamais touchée ! Tout ce qu’elle veut c’est mon argent !
- Vous, si vous ne l’aviez pas brutalisée, vous ne seriez pas dans cette situation ! répondit fermement la jeune sœur en priant pour qu’Yves se taise. Alors vous auriez plutôt intérêt à faire profil bas !
- Oui, renchérit Michelle, ta g… toi, ne la ramènes pas !
- Ne te laisses pas avoir ! intervint Charles. Elle est maligne, elle essaye de nous embobiner, je suis sur qu’elle sait tout ! Sinon pourquoi serait-elle là ?
- Oh je comprends ! Je vous ai fait peur en rentrant chez vous sans permission ! Je m’en excuse ! fit la jeune femme en continuant son cinéma. Je voulais vous ramener le pyjama que vous aviez oublié. La sonnette ne marchait pas et la porte était ouverte, alors je vous ai cherché.
- Mais oui… et c’est pour cela que vous essayiez de téléphoner en me racontant une histoire à dormir debout quand je vous ai surprise ? dit Charles, incrédule. Je te dis qu’elle a tout entendu ! Si elle est là je suis sur que c’est parce qu’elle a trouvé le papier que tu as perdu.
- Quel papier ? demanda la sœur, réellement étonnée cette fois.
- Mais tais-toi ! ordonna Michelle à son amant.
- Le testament qu’ils m’ont volé ! révéla Yves avant que sa femme puisse l’en empêcher. Figurez-vous que ces deux escrocs m’ont cambriolé ! Ils ont trouvé le nouveau testament que j’avais fait après que Michelle m’ait quitté ! Je l’y déshérite. Ils veulent me tuer pour l’annuler.
- Mais ça n’a pas de sens ! répondit Lucille pour essayer une dernière fois de sauver la situation. Le fait de tuer quelqu’un n’a jamais fait annuler un testament, au contraire ! »
Tout en parlant, elle se disait que sœur Roselyne avec sa maniaquerie du ménage, allait peut-être lui sauver la mise ! Si elle avait trouvé le document et avait compris ce que c’était, il était à parier que la cavalerie était en passe d’intervenir. A partir de ce moment-là, elle essaya d’observer discrètement les alentours pour repérer d’éventuels indices lui indiquant que les gendarmes étaient dans le coin.
Pendant ce temps, Yves continuait de lui casser la baraque.
« … faire un testament prend quelques jours. Ce que j’avais dans mon bureau était l’épreuve définitive que je devais lire à tête reposée. J’ai rendez-vous demain pour le signer. Quand ce sera fait, il annulera l’autre. »
Maintenant c’était fichu ! Lucille ne pouvait plus faire mine de ne rien savoir. Par contre, pour continuer à gagner du temps, elle pouvait essayer de se faire expliquer ce qu’elle savait déjà.
« Mais alors, fit-elle innocemment, vous avez tout inventé ?»
Les deux amants se mirent à rire. Elle se dit qu’elle réussissait vraiment à passer pour une imbécile ! Enfin, bon, en même temps, il valait mieux paraître idiote, qu’être tuée !
Au début, leur histoire avait été on ne peu plus banale. Ils lui expliquèrent ainsi comment ils s’étaient rencontrés, fortuitement, en faisant le marché. Ils s’étaient revus et étaient tombés amoureux l’un de l’autre. De fil en aiguille, Michelle avait décidé de quitter Yves. Ils avaient le projet de refaire leur vie aux Antilles en montant un hôtel. Mais, pour cela il fallait des capitaux et pas qu’un peu. Charles lui fit remarquer qu’avec tout l’argent que possédait son mari il serait dommage que Michelle parte sans rien.
Ils montèrent donc l’histoire du suicide qui justifierait ensuite amplement le divorce au profit de Michelle. Ils réussirent tant bien que mal à faire croire à cette thèse. Mais petit à petit, Charles convainquit Michelle qu’elle ne retirerait pas assez en procédant de cette manière. Avoir une partie de l’argent c’était bien, posséder toute la fortune c’était mieux. La passion qu’elle ressentait pour Ceven étant plus forte que tout, elle résolut de liquider purement et simplement son mari. Ce geste, vu le contexte, passerait naturellement pour de la légitime défense. Bien sur, la rumeur l’accuserait, mais la justice l’acquitterait et, comme ensuite ils partiraient loin, cela n’avait pas d’importance.
Ils avaient décidé de prendre leur temps pour bien cimenter tout cela, mais un événement imprévu les força à accélérer le mouvement. Charles, qui surveillait les faits et gestes d’Yves c’était aperçu qu’il s’était rendu chez le notaire. La seconde fois, il en était ressorti avec une enveloppe sous le bras.
Les amants, se doutant qu’il y avait anguille sous roche, allèrent fouiller le bureau d’Yves. Au début, il ne devait même pas s’apercevoir du cambriolage car Michelle avait toujours ses clés. Manque de chance, Yves avait changé les serrures. Ils avaient été obligés de rentrer par effraction. Par contre, il n’était pas question qu’il sache ce qui les intéressait. Ils prirent donc le temps de photocopier le document et de le remettre en place. Ce n’était que ce soir qu’ils lui avaient tout révélé.
Quand ils s’aperçurent du contenu du testament, ils s’affolèrent. Heureusement il n’était pas signé et, en regardant dans l’agenda d’Yves, ils se rendirent compte qu’il avait rendez-vous avec le notaire dans la semaine. Il fallait agir rapidement.
Michelle profita donc de sa consultation chez le psychiatre pour exprimer sa volonté de reprendre la vie commune avec son mari. Quand elle rentra chez elle, elle s’installa et, le soir venu, elle monta le son de la télé, laissa la porte ouverte pour que Charles puisse rentrer et tuer son mari. Mais, avant de le faire, elle tenait à lui donner certaines explications.
« Ca aurait pu se passer sans accrocs. Mais quand Charles est arrivé…
- Il m’a trouvée dans la maison ! compléta Lucille.
- Oui et maintenant nous sommes obligés de vous liquider tous les deux et ça ne nous amuse pas, croyez-moi ! »
Lucille non plus ne rigolait pas. Par contre, depuis une minute, elle avait senti du mouvement dans les arbres qui se trouvaient derrière les trois autres, juste en face d’elle. Les renforts arrivaient, il fallait encore gagner un peu de temps. Elle décida de mettre la pagaille entre les deux. Rien ne valait un peu de division avant un assaut !
« Dites Michelle, votre histoire me fascine mais il n’y a rien qui ne vous paraît bizarre dans tout cela ?
- Qu’est ce que vous voulez dire ?
- Et bien vous rencontrez quelqu’un dont vous tombez amoureuse et vous voulez quitter votre mari, très bien. Mais qui a eu l’idée de divorcer en mentant pour récupérer de l’argent ?
- Et bien… je ne sais pas… Charles je crois, pourquoi ? »
Lucille continua en éludant la question. Le mouvement devenait de plus en plus évident derrière les fourrés.
« Bon. Et qui a décidé que ce ne serait pas une part du gâteau, mais l’ensemble que vous vouliez ? »
Michelle ne répondit pas, mais la réponse devait la déranger car elle fronça les sourcils.
« Où est-ce que vous voulez en venir ?
- Arrête ! interrompit Charles. Tu ne vois pas qu’elle veut nous embrouiller ! »
La jeune femme aperçut une silhouette en treillis qui longeait le mur derrière eux. Elle devait absolument se retenir de le regarder et maintenir l’attention des autres sur elle.
« Je trouve que vous devenez franchement nerveux. Est-ce que je toucherais un point sensible ?
- Mais de quoi parlez-vous ? demanda Michelle qui voyait son amant se décomposer.
- Avant de le rencontrer vous étiez assez heureuse avec votre mari et, peu après, vous en venez à le liquider pour prendre son argent. Vous n’avez pas l’impression de vous être fait manipuler ? Je serais vous je n’aimerai pas !
- Tais-toi ou je te crève! rugit Ceven.
- Je crois en effet que vous êtes tout à fait capable de le faire sans sourciller. Mais, Michelle, qui l’empêchera, une fois que vous serez mariés d’en faire autant avec vous ?
- Non, il m’aime !
- Oui, mais, apparemment, il n’est pas de tempérament très partageur ! Je serais vous je me méfierais ! »
Elle avait touché juste. Michelle regarda Charles et lu sur son visage que Lucille avait raison. Elle s’était fait berner. Ceven, furieux de voir que la situation lui échappait, lâcha Yves et braqua son revolver sur Lucille.
Mal lui en prit. Le GIGN n’attendait que ça pour donner l’assaut. Ils le firent rapidement et avec une synchronisation parfaite. Lucille se sentit plaquée au sol et vit un gendarme faire de même avec Yves. Une fusillade s’en suivie. La jeune femme voulut jeter un coup d’œil pour savoir ce qui se passait, mais le gendarme chargé de la protéger lui mit la main sur la tête pour la forcer à rester à couvert.
« Ne bougez surtout pas tant que je ne vous le dis pas ! » lui chuchota-t-il.
Au bout d’une minute, ce qui est plutôt long quand les balles vous siffle au-dessus de la tête, elle n’entendit plus rien.
« Opération terminée ! Félicitation les gars ! » fit une voix forte.
Le gendarme qui maintenait Lucille au sol, l’aida à se relever. Elle se retrouva face à un grand gars cagoulé.
« Vous n’avez pas de mal ? demanda-t-il.
- Non, grâce à vous. Je ne sais comment vous remercier.
- Nous n’avons fait que notre travail » répondit-il visiblement surpris du remerciement.
Soudain une tornade blanche s’abattit sur elle.
« Lucille, Lucille, mon petit, ça va ? Vous m’avez fait si peur !» fit Mère Jeanne en la serrant fort dans ses bras.
La jeune sœur se dit qu’après avoir échappé aux balles il n’était pas sûr qu’elle survive à l’étreinte de sa supérieure !
Quand la Mère la lâcha, Lucille prit conscience de ce qui se passait autour d’elle. Elle fut éberluée de voir tous ces gendarmes en treillis et cagoulés. Ils étaient en train de conduire Michelle, menottée, dans le fourgon. Yves qui avait l’air en bonne santé, lui aussi, s’expliquait avec Emeric. Elle s’aperçut alors qu’un homme était resté à terre. C’était Charles Ceven.
Laissant la Mère en plant elle courut vers lui. Daniel était en train de l’examiner. Le gendarme leva la tête quand il la vit arriver.
« Je lui coupe la manche. Regarde, il a reçu la balle juste là. »
Elle avait été parfaitement ajustée dans l’épaule droite pour lui faire lâcher son arme. Il était pâle, perdait beaucoup de sang mais il était vivant. Lucille demanda un linge et pressa fortement la blessure avec. Ceven tressaillit de douleur.
« Je suis désolée, je sais que ça fait mal, mais c’est le seul moyen de vous empêcher de perdre tout votre sang.
- C’est bon, Danny ! fit la voix d’Emmeric derrière eux, les pompiers sont prévenus, ils arrivent. »
Juste à ce moment là le bip de Lucille se mit à sonner.
« Record de rapidité ! s’exclama-t-elle. Maintenant, je commence à intervenir avant même que le bip sonne ! »
La sirène retentit à son tour.
« Pourquoi vous faites ça ? demanda Charles d’une voix faible.
- Faire quoi ?
- Me sauver la vie alors que j’ai voulu vous tuer… »
Lucille sourit.
« Parce que toute vie humaine est sacrée, même celle d’une personne qui a voulu en tuer une autre.
- Même celle d’un raté qui ne sait faire que des conneries ?
- Vous savez, ce sont les actes qui sont répréhensibles. La personne qui les commet reste une personne humaine. Surtout quand elle commence à réaliser qu’elle aurait pu se conduire autrement.
- Vous êtes complètement fêlée ! »
Il disait cela pour ne pas perdre la face mais était visiblement touché.
« Ma sœur, vous êtes occupée ? fit alors un gendarme du GIGN.
- Un petit peu oui… répondit-elle les deux mains appuyées contre la blessure de Charles.
- Parce qu’il nous faudrait votre déposition.
- Et bien, de deux choses l’une. Soit vous venez la prendre ici, soit vous attendez un petit quart d’heure que les pompiers arrivent et que je finisse de m’occuper du blessé. »
Il repartit en marmonnant qu’il allait voir avec ses chefs. Un peu inquiète d’avoir envoyé balader un gendarme, elle le suivit du regard. Il alla parler à un autre homme qui était visiblement haut gradé. Le chef se rendit alors prés de Lucille, l’air surpris.
« Excusez-moi ma sœur, vous savez vous occuper des blessés ?
- Euh… Oui…un peu… »
Daniel pouffa.
« Elle infirmière chez les pompiers ! »
Le gradé la regarda, étonné. Depuis qu’il était arrivé, il avait entendu parler de descente de gouttière, d’esquive, de négociation, de bluff…et maintenant il découvrait qu’elle était pompier. Toutes ses conceptions sur les bonnes sœurs étaient en train de voler en éclat ! Il s’entendit proposer :
« Un petit stage au GIGN ça ne vous dirait pas ? »
Lucille vit repasser devant ses yeux la soirée, les poursuites, les revolvers sans compter la trouille qu’elle avait eu.
« Non, merci, sans façon ! Je crois que je vais me tenir loin des émotions fortes pour quelque temps ! »
La pauvre fille ne savait pas qu’elles allaient la rattraper plus tôt que prévue…





Chapitre 14

Visions


Un mois était passé depuis ces évènements. Les remous causés par ces faits commençaient à s’estomper. Tout ce qui s’était passé ce soir-là devait rester absolument secret pendant l’enquête, par conséquent tout le village était au courant dès le lendemain !
Bien sur, la rumeur se chargea de transmettre les évènements répétés, déformés et amplifiés. Les journalistes s’y mirent et Lucille reçut bientôt des tonnes d’offres allant du simple article, à l’émission de télévision, sans parler des propositions pour reprendre cette histoire dans un téléfilm !
Au début, d’un commun accord avec la Mère, elle décida de rester discrète et de ne rien dire. Les médias ont tôt fait de monter une histoire en épingle qu’ils oublient aussitôt pour se focaliser sur autre chose. Il suffisait de laisser la déferlante passer.
Mais tout le monde n’était pas dans ce cas et certains se laissèrent interviewer, en particuliers ceux qui ne savaient rien. Du coup l’aventure parue avec des variantes plus ou moins importantes ! Cela faisait rire Lucille, mais pas trop la Mère. Finalement les faits prirent de telles proportions que la jeune femme accorda une interview exclusive au journal local pour remettre les choses au point et raconter ce qui c’était vraiment passé. Le numéro de ce jour-là battit des records de vente !
Cependant, la vérité paraissait tellement terne par rapport à tout ce qui avait été dit, que l’information fut peu relayée. Les journalistes s’intéressèrent alors au cas d’un homme politique qui avait détourné de l’argent, ce qui était nettement plus vendeur.
Durant toute cette période la vie continuait. Yves essayait de retomber sur ses pieds. Comme il avait besoin de parler avec quelqu’un de confiance il venait souvent voir la Mère pour essayer d’y voir plus clair. Au début il avait été furieux contre Lucille qui avait semblé douter de ses dires pendant la confrontation avec sa femme et son amant. Puis, comprenant le sens de ses paroles, il se sentit un peu confus de ne pas avoir comprit de suite que cela n’était qu’une manœuvre pour essayer de les sauver.
La jeune sœur avait fait sa déposition le soir même. Quand elle eut fini, Emeric fronça les sourcils.
« La déposition est close maintenant, mais, dis-moi, il y a une chose que je ne comprends pas. Comment avais-tu deviné que Charles avait monté ce coup-là juste pour l’argent des Darrube et qu’il projetait ensuite de se débarrasser de Michelle ?
- Je n'en savais rien ! J’ai dis ça au hasard pour gagner du temps et pour jeter la suspicion entre eux. Je ne m’attendais pas a ce que ce soit vrai ! »
Le lieutenant avait écarquillé les yeux.
« Ben toi alors ! »
Elle avait ensuite dû témoigner auprès du juge d’instruction. Finalement, Charles et Michelle avaient été mis en examen et incarcérés en attendant le jugement. C’est au cours de cet entretien qu’elle leva le voile sur la dernière zone d’ombre du dossier : pourquoi n’avait-elle pas trouvé le nom de Charles sur la boite aux lettres de sa maison ? La réponse était toute simple. La demeure appartenait à sa mère, morte récemment. Il habitait avant dans un autre département et avait rencontré Michelle pendant des vacances. Ensuite il était venu habiter là mais sans faire le changement d’adresse. Il avait ainsi une base de replis au cas où quelque chose tournerait mal.
Tout cela, n’avait pas empêché Lucille de reprendre ses activités normalement. La vie au couvent alternait avec les visites à l’hôpital. Les interventions avec les pompiers se faisaient rare pour elle. L’été battait son plein avec son lot de feu. En tant qu’infirmière elle n’y intervenait pas car c’étaient pour l’instant des feux de petite superficie ne justifiant pas sa présence. Ils avaient juste eu à secourir un touriste qui s’était cassé un tibia en faisant du VTT.
Par contre, son jugement du conseil de discipline était arrivé. C’était un petit bijou de diplomatie, ménageant habilement chaque partie. Il était dit en gros à Lucille que, dans ce cas, le non-respect de la procédure était justifié mais que cela ne devait être fait qu’occasionnellement, à bon escient et, uniquement en cas d’urgence vitale. Aucune sanction n’était requise contre elle. René avait aussi été relaxé.
Cela n’avait pas plû à Jean-Luc. D’autant plus que le conseil de centre statuant du sort de son fils avait été franchement houleux. Là aussi, l’affaire avait fini auprès du colonel, mais avait plutôt mal tourné pour Louis. Le jeune homme avait écopé d’une mise à pied d’un an. Du coup le lieutenant faisait franchement la tête à tout le monde et ignorait purement et simplement Lucille et René. L’ambiance était pour le moins tendue !
Pour couronner le tout, les incidents bizarres continuaient à se multiplier. Ils étaient moins importants que dans le cas des freins du VSAV, mais leur nombre était plutôt inquiétant. Ainsi les portes du garage à véhicule se déboîtaient, certains outils étaient endommagés, du matériel manquait… Rien qui ne puisse mettre la puce à l’oreille de quelqu’un qui ne savait rien mais assez pour piquer la curiosité de Lucille.
Bizarrement, plus ces évènements se produisaient, moins Greg paraissait y faire attention. A chaque fois que la jeune femme lui en parlait, il les expliquait au fur et à mesure par des explications naturelles qui pouvaient, en effet, coller. De plus cette multiplication d’incidents coïncidait, comme par hasard, avec les problèmes de Jean-Luc. Ses doutes étaient en train de se confirmer.
Elle avait parlé de ses soupçons à Greg qui avait franchement rigolé. Comment soupçonner Jean-Luc, ce pompier irréprochable ? Non cela n’était pas sérieux ! Lucille commençait à penser qu’il voulait protéger son adjoint et cela la décevait. Elle en voulait au chef de centre de lâchement fuir ses responsabilités. Comme quoi on découvrait, dans les moments de crise, des facettes de la personnalité des gens, restées inconnues jusque là. Le manque de courage de Greg en était le parfait exemple.
Au couvent, elle avait entamé ses cours aux postulantes. Celles-ci semblaient s’acclimater progressivement. Maylis acceptait difficilement d’être guidée par Lucille mais elle le montrait un peu moins et semblait se faire à cette idée. Sarah commençait peu à peu à sortir de sa réserve et s’ouvrait un peu plus volontiers aux autres. Aucun troubles psychiques ne s’était déclarés et Lucille commençait à penser qu’elle avait trouvé un équilibre qui lui convenait. Après tout, ils étaient peut-être dû au changement de cadre de vie. Il fallait toujours un peu de temps pour trouver de nouveaux repères.
Mais un événement se chargea de la détromper.
Cette après-midi là, après le cours d’histoire de la congrégation, Sarah et Lucille se rendirent au jardin, pendant que Maylis allait à la confection d’hosties. La jeune sœur voulait aider un peu la postulante qui avait du mal à se faire au jardinage et était assez terrifiée par sœur Marie-Yves. Quand la sœur jardinière les vit arriver, elle ouvrit de grands yeux.
« Et alors j’en ai deux aujourd’hui ?
- Oui, expliqua Lucille, je viens lui donner un coup de main parce que j’ai cru comprendre qu’elle avait un peu de mal.
- Un peu de mal… c’est une drôle de façon de le dire ! Et vous voulez lui donner un coup de main ? C’est vraiment un aveugle qui guide un aveugle !
- Ne vous inquiétez pas ! Pour le jardinage, je vous en laisse le soin. Je veux juste lui montrer qu’elle peut être une sœur de la Miséricorde même si elle n’est pas excellente au jardin. C’est l’état d’esprit dans le quel on fait les choses qui comptent.
- Mouais, bien sur, on peut toujours s’en sortir comme cela… En tout cas çà n'est pas avec des théories comme ça que mes tomates vont pousser ! »
Lucille se mit à rire et elles commencèrent leur travail. Aujourd’hui, il s’agissait d’enterrer les restes du poisson de midi au pied des tomates. Ca faisait un engrais formidable. Lucille, qui n’aimait déjà pas le poisson, n’appréciait pas du tout de devoir le mettre en terre à quatre heures de l’après-midi. En effet, en pleine chaleur, il exhalait un fumet très peu subtil.
Tout à coup sœur Marie-Yves s’exclama:
« Sarah ! quand je dis au pied des tomates, ça n'est pas au travers des racines. Regardez celui-là vous lui avez sectionné tout le bas du pied. Vous croyez qu’il va tenir comment, par l’opération du Saint Esprit ? Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour récolter toutes les filles qui ont deux mains gauches ? »
Lucille était en train de finir d’enterrer un tas d’arrêtes. Elle se dit qu’elle allait la laisser dire une minute sans intervenir.
« Mais enfin comment croyez-vous… Oh ! Mais qu’est-ce qu’il y a ? »
Lucille se releva vivement. Sarah s’était figée, les yeux perdus dans le vide et son visage était devenu d’une blancheur cadavérique. Elle avait beau avoir été prévenue, elle resta un instant pétrifiée. La jeune sœur se ressaisit vite.
« Aidez-moi à la transporter à l’ombre ! » demanda-t-elle à Marie-Yves.
La jardinière, malgré son âge, était une force de la nature. Elles saisirent la postulante chacune par un bras et essayèrent de la soulever. Impossible. Elle était toute raide et d’une lourdeur terrible. Les deux sœurs se regardèrent avec surprise. Sarah était un petit gabarit et rien n’expliquait un tel poids.
« Mais qu’est-ce qu’elle a, une insolation ? » demanda la jardinière.
L’infirmière en doutait. Quand quelqu’un souffrait d’un coup de chaud, il était plus rouge écrevisse que blanc farine et il ne pesait pas dix fois son poids.
« Mais qu’est-ce qu’elles ont toutes à faire des crises dès que je dis quelque chose ? se lamenta Marie-Yves.
- Ne vous en faites pas. Je ne pense pas que cela soit du à votre diplomatie légendaire ! »
La jardinière allait répondre vertement quand la postulante sembla revenir à elle.
« Sarah ça va ? demanda Lucille.
- Oui.. Ma sœur ! répondit la postulante en regardant Lucille d’un air terrifié. Vous allez bien ?
- C’est plutôt moi qui te le demande ! Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Ca m’arrive des fois. Il y avait longtemps que ça n’était pas revenu.
- Viens un peu par-là, fit Lucille en l’entraînant sur un banc, à l’ombre. Tu veux boire ?
- Non, ça va maintenant, je vous assure.
- Est-ce que c’est indiscret de te demander, ce que sont ces crises ? »
Sarah parut un peu embarrassée mais répondit assez rapidement.
« Personne ne le sait. J’en ai depuis toute petite. Au début mes parents m’ont emmenée chez le médecin qui a pensé à des crises d’épilepsie. J’ai fait tout un tas d’examen avec un neurologue mais ça n’était pas cela. Comme il n’y avait rien physiquement, j’ai été orientée vers tout un tas de médecins et de psychiatres qui n’ont pas pu faire de diagnostique fiable.
- Mais toi, qu’est-ce que tu ressens ?
- Eh bien, tout d’un coup je me sens bien et c’est comme si j’étais ailleurs.
- Ailleurs ?
- Oui. Je ne vois plus rien de ce qui se passe autour de moi…
- Et tu vois autre chose ?
- Non… Non, rien. »
Lucille avait le sentiment que ce ‘non’ cachait quelque chose. Elle n’alla pourtant pas plus avant dans les questionnements. Quand Sarah serait plus en confiance, peut-être qu’elle se confierait plus avant. Mais il fallait que cela vienne d’elle.
L’infirmière demanda donc à la jeune fille d’aller se reposer en attendant l’heure de la messe et demanda à Marie-Yves de garder le secret sur ce qui s’était passé pour ne pas embarrasser la postulante. Comme la jardinière était une femme discrète, Lucille avait confiance. Par contre elle alla immédiatement en parler en parler avec la supérieure.
« Je ne suis pas surprise que cela arrive. Après la crise, vous a-t-elle parut décalée dans ses propos ?
- Non, répondit la jeune sœur. Elle m’a très bien expliqué les choses, c’était clair et précis.
- Il faudra la surveiller d’ici demain, car après ses absences, il y aurait des comportements un peu bizarres de sa part. Il faut vérifier cela.
- Je vais faire de mon mieux. Elle se repose jusqu’à la messe.
- Très bien. On avisera s’il y a du nouveau.
- S’il faut, il ne va rien se passer du tout » sourit Lucille, optimiste.
Mais il se passa quelque chose…
Le soir-même Lucille était en train de s’endormir. Dans un demi-sommeil elle crut entendre frapper à sa porte. Elle resta immobile et attendit, quand elle entendit le plancher craquer devant sa chambre. Elle passa une robe de chambre et ouvrit. Elle aperçut une petite silhouette qui s’éloignait.
« Sarah ?»
La jeune fille s’arrêta et se retourna. Elle revint vers Lucille.
« Qu’est-ce qui se passe ? Tu ne te sens pas bien ?
- Si… Si, ça va très bien mais il faudrait que je vous parle.
- Et ça ne peut vraiment pas attendre demain ?
- Je sais qu’il est tard, mais c’est quelque chose qui m’angoisse beaucoup et m’empêche de dormir. Je ne me voyais pas attendre demain.
- Bon, d’accord ne bouge pas ! »
Lucille regagna sa chambre et s’habilla rapidement, puis elle conduit Sarah dans la salle de cours.
« Là nous serons tranquilles et nous ne risquons pas de réveiller quelqu’un. Alors, dis-moi ce qui te tracasse ?
- Eh bien voilà. Tout à l’heure vous m’avez envoyée me coucher tôt pour que je puisse me reposer. A ce propos, je voudrais vous remercier ne n’avoir pas parlé à tout le monde de ma crise de cette après-midi. En général, après, les gens ont tôt fait de me prendre pour une folle. »
Lucille comprit que c’était une manière détournée de lui demander ce qu’elle en pensait.
« Ne t’inquiète pas, je n’ai jamais pensé cela. Par contre ça serait mieux pour tout le monde si on arrivait à en déceler l’origine.
- Oh, oui, j’en serais heureuse ! Vous ne pouvez pas savoir ce que c’est que de vivre avec quelque chose en soi qui ne tourne pas rond et que personne ne puisse vous aider à savoir ce que c’est !
- Je veux bien t’aider et la Mère aussi, mais il faudra que tu coopère en nous disant tout ce que tu sais dès que tu te sentiras prête.
- Mais je vous ai tout dit…
- En est-tu sure ? »
La jeune fille rougit et détourna le regard. Un bref instant Lucille crut qu’elle allait parler mais l’instant passa et l’occasion avec.
« Pour le moment ça n’est pas de cela que je voulais vous parler.
- Allez je n’insiste pas. Dis-moi ce qu’il y a.
- Tout à l’heure, j’étais en effet assez fatiguée et je me suis endormie tout de suite. Je ne sais pas si c’est par angoisse, mais j’ai fait un rêve qui m’a paru si réel que je ne pourrais plus dormir après si je ne le racontais pas. »
Lucille eut un moment d’attendrissement. Si c’était pas mignon. Elle venait lui raconter ses cauchemars, comme un petit enfant le ferait à sa mère… C’est vrai qu’à vingt-trois ans, cela faisait un peu bizarre. Mais elle laissa parler la jeune fille en essayant de ne rien laisser paraître.
« C’était bizarre, j’étais dans une maison en rondins qui brûlait très fort. Vous étiez là, habillée en pompier et vous regardiez la maison brûler. Il n’y avait personne d’autre avec vous. Soudain un pompier m’est presque tombé dessus. Il venait de l’étage supérieur. Il était par terre, inconscient. Il était habillé comme vous sauf qu’il avait des bandes bleues au niveau des bras et des épaules.
Vous avez crié son nom, que je n’ai pas entendu à cause du bruit, et vous avez couru dans la maison en feu. Vous l’avez traîné en le prenant sous les bras. Vous alliez arriver sous la porte quand j’ai remarqué qu’une des poutres qui la soutenait allait céder. Je vous ai crié de faire attention et vous vous êtes soudain arrêtée, comme si vous m’aviez entendue.
Vous êtes alors allée sur la droite en longeant le mur de la maison. Il faisait très chaud et il y avait plein de fumée partout. Je vous ai devancée et, en fouillant un peu, j’ai trouvé deux petits soupirails au fond, à gauche de la maison. Je vous ai crié de venir par-là, ce que vous avez fait.
Vous avez ouvert le premier. Dans la fumée on ne voyait pas qu’il était légèrement plus petit que le deuxième et en plus il ne s’ouvrait pas bien. Vous êtes passée en premier et vous êtes arrivée sous un petit appentis où du bois était stocké. Mais vous aviez du mal à faire passer votre collègue par le soupirail car il était grand et fort. Il se coinça et tout s’écroula sur vous deux…
Là, je me suis réveillée en sursaut. »
Lucille la regarda surprise. C’était un cauchemar, certes, mais à vingt-trois ans c’était quand même le genre de chose que l’on pouvait assumer seule, sans courir le raconter aussitôt.
« Je comprends que c’est un rêve qui a dû te faire peur, mais, tu sais, ça n’est qu’un rêve.
- Je sais bien, mais celui-là avait l’air d’être tellement réel que j’ai peur pour vous !
- Pour moi ? Mais pourquoi ? demanda Lucille qui ne voyait pas du tout où elle voulait en venir.
- Eh bien, dans mon rêve, vous finissiez, écrasée sous une maison en feu… »
L’infirmière comprit soudain.
« Et tu as peur que ton rêve se réalise ?
- Oui, j’en suis malade rien que de l’imaginer…
- Tu sais, les rêves prémonitoires, ça n’existe pas.
- On ne sait jamais… Celui-là avait l’air si réel…
- Dis-moi, as-tu déjà eu des rêves qui se sont réalisés ? »
Sarah rougit et baissa la tête.
« Non, jamais, répondit-elle dans un souffle.
- Sais-tu pourquoi ? Pour la bonne raison, que les rêves ne prédisent en aucun cas l’avenir.
- Mais si là, c’était le cas ? » insista la postulante.
Lucille la vit si angoissée qu’elle se dit qu’il valait mieux changer de tactique pour désamorcer la situation. Elle décida de mettre le doigt sur les incohérences de son rêve pour lui démontrer qu’il était impossible qu’il se réalise.
« Bon nous allons reprendre tout cela pas à pas, d’accord ? Est-ce que tu te souviens bien clairement de ce que tu as vu ?
- Oh oui ! C’est comme si les images étaient encore devant mes yeux !
- Bon, très bien ! Dis-moi comment j’étais habillée. »
Sarah décrivit l’habillement d’un pompier qui partait au feu : la veste de cuir noir, le pantalon avec le liseré rouge, les rangers et le casque argenté. La jeune sœur lui demanda s’il y avait une bande qui bordait la veste en cuir.
« Oui, sur le bas.
- De quelle couleur était-elle ?
- Orange, je crois. »
Lucille se dit qu’elle allait bientôt pouvoir regagner son lit. Elle avait déjà de quoi amplement démontrer à Sarah qu’une telle scène ne pouvait en aucun cas se dérouler dans la réalité.
La jeune fille avait du voir des pompiers dans des films ou dans des reportages. C’était sûrement ces images qui lui revenaient inconsciemment en mémoire maintenant.
« Ecoute-moi Sarah, tu as fait un cauchemar, mais il ne peut pas devenir réalité, rassures-toi. Je suis une infirmière Sapeur-pompier, donc je m’occupe des personnes qui ont des accidents et font des malaises. Je ne vais sur les gros feux que pour veiller sur la bonne santé des pompiers. De plus quand j’y vais, je ne porte ni veste en cuir, ni casque argenté. Le mien est blanc et je reste habillée comme pour les autres interventions. Enfin, même si j’avais un jour un cuir, il serait bordé d’argent car je suis officier. Le orange c’est pour les sapeurs et le jaune pour les sous-officiers. »
Sarah baissa la tête tristement.
« Alors vous ne me croyez pas ?
- Mais si, je crois que tu dis la vérité et que tu as réellement fais un rêve ! Mais ça n’est qu’un rêve avec son lot d’incohérences. Regarde le pompier qui tombe dans le feu, il tombe d’en haut et il porte des bandes bleues, c’est ça ?
- Oui, c’est çà !
- Et bien ce n’est pas possible. Il n’y aucune bande bleue sur nos tenues. »
La jeune fille se tut et ne savait plus quoi répondre.
« Peut-être qu’en effet ce n’était qu’un songe, admit-elle finalement un peu à contrecœur. »
Lucille fut intérieurement soulagée. Elle avait cru qu’elle n’arriverait pas à lui faire entendre raison. Sarah se leva et sortit de la pièce après avoir dit bonsoir.
« S’il vous plaît, faites quand même attention aux maisons en rondin. » ajouta-t-elle avant de disparaître.
La jeune sœur aurait rit si elle ne s’inquiétait pas un peu pour Sarah et ses drôles d’angoisses.

Lucille eut du mal à sortir de son sommeil. Elle avait l’impression de venir de s’endormir. En jetant un coup d’œil à son réveil, elle se rendit compte que ce n’était pas qu’une sensation. Elle n’était au lit que depuis une demi-heure. Elle essayait de faire taire son réveil qui braillait quand elle s’aperçut qu’e fait c’était son Bip qui sonnait.
Elle fut vite sur pied. En passant devant la chambre de Mère Jeanne elle colla un petit post-it sur la porte. C’était un code entre elles, comme cela elle savait que Lucille était en intervention. Trois minutes après, elle saisissait son vélo et s’élançait dans la pente. La nuit, elle prenait la route, le raccourci par la prairie étant trop dangereux par manque de visibilité. En arrivant au centre elle vit la porte du garage du Fourgon Pompe Tonne Léger ouverte.
« Flutte, se dit-elle, c’est un feu ! Je me suis levée pour rien ! »
Une équipe de cinq gars se préparait. C’était l’équipe de René qui était de garde. Ils partaient pour fumée suspecte.
« Je vous fais le départ ! annonça-t-elle.
- Merci, Sister ! Si tu peux, reste un peu là le temps qu’on reconnaisse. Si on a besoin du soutien sanitaire tu seras sur place et tu n’auras pas à revenir.
- D’accord, je reste et j’attends tes ordres. »
Ils montèrent dans leur engin et démarrèrent. Lucille referma le garage et nota sur l’ordinateur qu’ils étaient partis. Ensuite, elle écrivit sur la main courante la nature de l’intervention, l’engin qui était engagé et les numéros matricules des pompiers engagés.
Peu après les gars arrivèrent sur le feu et firent une reconnaissance. Le message de René ne tarda pas.
« Feu d’habitation R+1, rez-de-chaussée complètement enflammé, le feu est en train de gagner le premier étage. Il y a trois habitations aux alentours. Demande renforts et soutien sanitaire. »
Lucille commençait à s’habiller quand son BIP sonna à nouveau pour déclencher son intervention. Elle acquitta l’appel et vérifia son matériel. Puis elle prit de l’eau et des barres de céréales pour commencer à donner à manger aux gars en attendant que la logistique arrive. Enfin, elle pensa à vérifier son itinéraire avant de partir. Il valait mieux car, la dernière fois, elle avait été envoyée sur un autre secteur à cinquante kilomètres de là et s’était perdue dans la campagne. Pour arriver, elle avait dû se guider à la colonne de fumée !
Cette fois, ce n’était pas le cas car elle connaissait les lieux. Elle arriva au bout de cinq minutes, se gara dans un coin et chercha René pour lui demander où se placer pour ne pas gêner. Elle se guida à la lueur et arriva bientôt sur les lieux du sinistre. Elle s’arrêta net, la bouche ouverte.
Elle était devant une magnifique demeure qui était en train de brûler. Mais ce qui la stupéfiait, c’était que la maison qui était devant elle était en rondins.


( à suivre ...)

chapitre 15

Posté le 10.09.2007 par lesromansdelara
Chapitre 15

Accident



« Eh la belle ! Tu rêves ? » fit René en tapant sur l’épaule de Lucille qui sursauta.
« Excuse-moi !.. Je pensais à autre chose ! dit-elle en essayant de s’arracher à la contemplation de la maison. Où est-ce que je me place ?
- Là, si tu veux, répondit le major. C’est assez près de nous et, en même temps en sécurité. »
Lucille déchargea la voiture pendant que les pompiers attaquaient le feu. La phase d’attaque est toujours très athlétique. Cette nuit-là, c’était d’autant plus vrai que le vent était fort et qu’il faisait très chaud. En plus il y avait des maisons proches qu’il fallait protéger. Les renforts arrivaient peu à peu, et, avec eux, Greg qui prit la coordination des opérations.
L’infirmière fit une première tournée pour donner à boire et à manger aux pompiers. Elle en profitait pour prendre des mesures de température et de vent à chaque poste. Celles-ci, additionnées avec la température corporelle, lui indiquaient la quantité d’eau que chaque pompier devait absorber pour ne courir aucun risque. Elle pouvait aussi, grâce à un tableau, en déduire les temps de pause nécessaire à leur récupération physique.
Comme une équipe était postée derrière la maison, elle résolut de s’y rendre. Mais il n’y avait qu’un petit chemin pour faire le tour et il passait très près des flammes elle en informa donc le lieutenant.
« Oui, vas-y mais protège-toi. Vas voir au lieu de pause s’il n’y a pas quelqu’un qui peu te prêter quelque chose. Ah, excuse-moi… »
Le feu étant en train de gagner du terrain, il partit demander à René et à son équipe d’essayer de l’attaquer par le haut en essayant d’arroser par le toit.
Lucille alla du côté où les gars se reposait. Justement une équipe était en train d’arriver. Ils ôtaient leurs casques, leurs cagoules et leurs vestes de cuir avec soulagement. L’infirmière en profita pour prendre leur température corporelle frontale avec le thermomètre laser. Aucun d’entre eux ne dépassait le seuil critique. Elle leur conseilla de bien se ventiler et de boire pendant le temps de repos. Puis elle demanda au chef d’équipe si l’un d’eux pouvait lui passer des vêtements.
« Tu en as pour longtemps ?
- Non, un quart d’heure à tout casser. C’est juste pour aller voir les types qui sont derrière.
- D’accord, il n’y a pas de problème. Sophie, tu peux voir si ton cuir lui va bien ? »
Une jeune femme qui semblait avoir à peu près le même âge que Lucille se détacha du groupe et l’aida à essayer la veste.
« Eh ben dit donc c’est lourd ! s’exclama-t-elle.
- Oui mais c’est efficace, tu va voir. Tiens prends aussi mon casque, il vaut mieux si tu va près du feu. Le tien risque de ne pas être suffisant. »
Lucille remercia Sophie, puis elle prit ses instruments de mesures et de quoi donner à manger et à boire aux gars qui étaient postés derrière la maison. Ensuite, après avoir enfilé le casque argenté, elle entreprit de contourner la maison.
En passant, elle aperçut René qui grimpait à l’échelle après avoir revêtu son harnais de sécurité. Puis elle les perdit de vue en tournant à l’angle. Elle était vraiment près de la maison maintenant et la chaleur était intense. Elle faillit glisser, le sol étant détrempé par l’eau déversée par les lances et se rattrapa in extremis.
En arrivant sur l’arrière de la maison elle put constater que le vent rabattait toute la fumée à cet endroit. Le groupe de pompier devait être à l’autre bout du bâtiment pour l’éviter car elle ne les voyait pas. Elle tendit l’oreille mais, entre les pompes des engins qui tournaient à plein régime et le feu qui vombrissait elle ne les entendait pas non plus. Elle allait se diriger vers l’endroit où elle pensait qu’ils étaient mais la vue de René qui apparaissait sur le fait du toit l’arrêta. Il était entrain d’essayer de retirer des tuiles pour pouvoir arroser efficacement.
Lucille regarda en face d’elle. Elle se trouvait devant l’emplacement de la porte arrière qui avait brûlée entièrement. Elle voyait clairement l’intérieur de la maison. C’était un vrai brasier. Elle se sentit un peu angoissée pour René mais elle se raisonna car il n’y avait aucune raison d’avoir peur pour lui. Même s’il glissait, il avait son harnais et les gars, en dessous le retiendraient par la corde qui y était attaché.
Comme si les évènements répondaient à sa pensée une poutre céda derrière le major. Lucille lui cria de se pousser mais, avec le bruit ambiant, il n’entendit rien. Soudain la partie du toit où il était s’effondra dans un craquement sinistre entraînant une partie du mur et bouchant le passage par lequel l’infirmière était arrivée. La corde dût casser aussi car Lucille vit nettement René passer à travers le plancher du premier étage et s’étaler sur le sol.
« René ! René ! » cria-t-elle, horrifiée. Mais le major ne bougea pas. L’infirmière regarda à sa droite vers le groupe invisible. Ca ne servait à rien de les appeler car ils n’entendraient pas. Il fallait faire vite car le pompier ne tiendrait pas une minute dans cet enfer. Elle n’avait pas le temps d’attendre les autres qui devaient maintenant faire tout le tour par l’autre coté pour les rejoindre.
Elle ne fit ni une, ni deux et entra par l’ouverture. Elle fut suffoquée d’emblée par la fumée et la chaleur mais, seule comptait la vue de son ami qui gisait au milieu du brasier. Elle s’avança vers lui et le prit sous les épaules comme elle avait apprit à le faire, dans les nombreux exercices de dégagement d’urgence. Sur le moment, elle ne se souvint pas qu’elle n’avait jamais eu la force de traîner quelqu’un sur plus d’un centimètre. Si elle avait réfléchi, elle n’aurait même pas essayé avec René qui, avec son mètre quatre-vingt-dix, devait peser au moins cent kilos, sans compter son habillement !
Mais ce n’était pas le moment d’hésiter et elle agit sans trop y penser. La peur aidant, elle parvint à le traîner sans trop de mal en se dirigeant au plus court, vers l’ouverture par où elle était rentrée. Elle y était presque quand sa prise qui n’était pas bien assurée sur le cuir lui manqua. Elle se rattrapa au harnais de sécurité qui enserrait toujours le Major. Elle bénit les sangles bleues qui lui permettaient d’avoir plus de force.
« Un pompier avec un casque, une veste de cuir et qui porte des bandes bleues. »
Lucille s’arrêta, sidérée, en réalisant qu’elle se trouvait précisément dans la situation décrite par Sarah. Cela lui fut confirmé quand elle entendit la poutre soutenant l’ouverture de la porte s’effondrer dans un grand fracas. En une fraction de seconde, tout en se disant qu’elle était complètement fêlée de croire à des choses comme cela, elle tourna sur la droite. Il y avait une telle fumée qu’elle ne voyait même pas ses pieds. Elle ne pouvait pas se baisser pour respirer un maximum d’air frais car elle traînait toujours René. En arrivant au bout de la maison elle le posa par terre et tâtât le mur de droite avec ses mains pour trouver les soupirails indiqués par la postulante. Elle fut à moitié surprise de les trouver.
Se souvenant de ce qui s’était passé dans le « rêve » de Sarah elle ne chercha même pas à ouvrir le premier qu’elle avait sous la main, mais poussa celui de gauche qui s’ouvrit facilement et entièrement. Elle traîna le major dans le prolongement, sortit en premier et le prenant sous les aisselles le sortit sans accroc par la petite ouverture. Elle se retrouva, comme prévu, sous une prolongation du toit où du bois était stocké. Tout était en feu et Lucille ne traîna pas. Elle traîna le major tout droit à reculons. Ils étaient à peine sortis de là que l’appentis s’écroula dans une gerbe d’étincelles. L’infirmière, exténuée par l’effort et la chaleur, fut projetée à terre par le souffle.
Elle se releva aussitôt la tête et s’aperçu qu’avec l’écroulement, le feu avait gagné autour d’eux. Elle eut un moment de désespoir car elle se sentait vidée, incapable de se relever et, encore moins de continuer à porter René. Heureusement, au milieu de la fumée, des voix se firent entendre. Lucille se sentit entraînée et, avant qu’elle ait pu réagir, elle était à l’abri du côté de l’air de repos.
« Lucille, ça va ? »
C’était Greg. Il l’aida à retirer son cuir et son casque, puis quelqu’un lui donna à boire. Elle sentit la force lui revenir.
« Vite, il faut s’occuper de René ! dit-elle en se relevant d’un coup.
- Eh doucement ! protesta le lieutenant. Un VSAV et le SAMU sont en route et tu as avalé plein de fumées toi aussi !
- Ca va maintenant. J’ai les jambes un peu molles, mais laisse-moi m’en occuper, il est peut-être en mauvais état. Plus vite on fait quelque chose, mieux ça vaut. »
Greg l’autorisa à prodiguer les premiers soins à la condition qu’elle aussi se ferait examiner par le médecin.
Elle fit donc dévêtir avec précaution le blessé pour le refroidir, et le plaça sous oxygène. Pendant qu’un des pompiers lui maintenait la tête droite, les autres le mirent en position latérale de sécurité. Puis, elle le perfusa et préleva un bilan sanguin. Comme il avait sûrement avalé beaucoup de fumée elle préleva aussi un tube pour doser le monoxyde de carbone qu’il avait dans le sang.
Quand le VSAV arriva, elle leur fit placer immédiatement un collier cervical. Elle examina attentivement les membres du pompier et il s’avéra qu’une de ses jambes semblait déformée. Les gars lui posèrent donc une attelle. Puis il fut déposé avec précaution dans le matelas immobilisateur au cas où il y aurait une atteinte vertébrale. C’était indécelable à l’œil nu mais une possibilité, vu la hauteur de la chute qu’il avait faite.
Juste à ce moment-là, le SAMU arriva. Le médecin reprocha à Lucille le choix du point de perfusion et du soluté employé. Celle-ci n’avait fait que suivre ses protocoles de soin. Il demanda à son infirmier de repiquer René et plaça une autre poche. Greg, en voyant cela, voulut intervenir pour lui dire sa façon de penser, mais Lucille le retint. Les rapports entre le SAMU et les pompiers étaient déjà assez tendus sans en rajouter.
« Avant leur arrivée je fais ce que j’ai à faire, après ils ont tout à fait le droit de faire ce qu’ils veulent.
- Mais ce n’est pas juste envers toi ! protesta le lieutenant.
- Oui, mais il est médecin, je ne suis qu’infirmière. Quand il est là, je dois rester à ma place. »
Et Lucille offrit son aide à l’équipe médicale qui la déclina. Elle resta donc là à regarder partir le VSAV en priant pour que René s’en sorte. Elle prit les affaires qu’on avait enlevées au major avant de le mettre dans l’ambulance et les mit à l’abri dans le FPTL pour qu’elles ne soient pas oubliées par la suite. Puis elle s’occupa de remettre le harnais dans le sac jaune du lot de sauvetage.
L’infirmière ôta le bout de corde encore accroché au harnais. Il mesurait à peine vingt centimètre et ne serait plus d’aucune utilité. Elle avait entendu dire par Greg que toute la corde qui avait cédée serait remplacée le lendemain. Elle allait donc jeter le petit bout quand quelque chose l’intrigua. Il était effiloché sur l’extérieur mais, à l’intérieur, il avait cédé nettement. Peut-être que les tuiles avaient pu le scier petit à petit et qu’ensuite avec la chute il aura été tranché net, le milieu étant à nu. Elle le fourra dans la poche de son pantalon pour vérifier cela avant d’en parler à Greg. Elle voulait être sure avant de lui dire quoi que ce soit, et, en plus ce n’était pas le moment car le feu était loin d’être maîtrisé.
Avec tout cela elle avait oublié de se montrer au médecin, mais elle se sentait bien. Elle se remit donc au travail pour donner de l’eau et à manger aux collègues qui combattaient le feu. Peu après, le véhicule logistique arriva et ils se relayèrent pour manger.

La matinée était bien avancée quand Lucille rentra au couvent. Le feu était éteint, la phase de déblai terminée et la relève était arrivée. La surveillance et le noyage des derniers points chauds ne présentaient plus aucun risque. Greg lui avait donc permit de repartir.
Elle était fatiguée par sa nuit blanche, mais, par-dessus tout, elle désirait parler à Sarah. Durant son travail de surveillance, cette nuit, elle avait pensé à ce qui était arrivé. C’était incroyable ! Les faits avaient suivit pas à pas ce que la postulante avait rêvé alors qu’ils étaient imprévisibles, n’ayant suivis aucune procédure habituelle. Comment, par exemple, aurait-on pu prévoir la chute de René, normalement impossible avec le harnais ? Comment dire avant que cela ne se passe que Lucille allait emprunter des affaires à un autre pompier, un sapeur de surcroît (elle avait vérifié ensuite et avait bien vu la bande orange sur le cuir de Sophie) ? Et tout était à l’avenant, de la maison en rondin, peu fréquentes dans le coin, aux soupirails qui étaient pile à l’emplacement annoncé ! Sans comptés les effondrements de la poutre de la porte et de l’appentis qui s’étaient produit aux moments précis où Sarah les avait prédits…
Un seul point ne s’était pas réalisé. Ils n’étaient pas morts sous la maison qui s’était écroulée loin d’eux. Mais Lucille n’arrêtait pas de se dire que c’était parce qu’elle avait suivit les conseils de la postulante et qu’elle avait pris le soupirail de gauche et non celui de droite pour sortir.
L’infirmière avait beau tourner tout cela dans sa tête, elle ne trouvait aucune explication raisonnable à ces évènements. Il faudrait que Sarah explique comment elle avait su ce qu’il allait se passer et qu’elle ne recommence pas avec ses histoires à dormir debout ! Elle était partagée entre la colère contre les demi-vérités de la postulante et la reconnaissance. Elle lui avait quand même sauvé la vie en lui racontant tout cela, car, le moment venu, elle avait pu faire le bon choix.
Elle poussa donc la porte du couvent résolue à demander des explications à la jeune fille. En passant devant la loge de sœur Patricia, elle la salua comme d’habitude et s’arrêta, stupéfaite devant l’air effaré de la gardienne de la porte.
« Qu’est-ce qu’il y a ? demanda la jeune sœur.
- Vous êtes là, Dieu merci ! Tout le monde vous cherche partout !
- Mais j’ai laissé le signe à Mère Jeanne comme quoi j’étais en intervention. Elle ne l’a pas trouvé ?
- Si mais… attendez, je l’appelle tout de suite elle vous expliquera ! »
Lucille attendit donc que la Mère arrive pendant que sœur Patricia, n’arrivait qu’à formuler des :
« Mon Dieu…. Dieu Merci… Vous êtes là… Mon Dieu… »
L’infirmière était sur le point de lui proposer de s’allonger tellement elle était pâle, quand la supérieure arriva.
« Ah Lucille ! Dieu Merci vous allez bien ! »
D’habitude elle était très heureuse d’entendre remercier Dieu pour ses bienfaits, mais là elle avait le sentiment que ces exclamations cachaient quelque chose d’autre !
« Qu’est-ce qu’il y a ? Vous me fichez la trouille toutes ! Après toutes les émotions de la nuit je…
- Quelles émotions ? » coupa vivement la mère soudain très pâle.
Au vu des réactions qu’elle suscitait par sa simple apparition, Lucille se demanda si c’était bien le moment de raconter cela. Elle donna donc une rapide version édulcorée en se disant qu’elle ajouterait les détails quand la Mère serait plus calme. Elle fit bien car, en entendant ce résumé, la supérieure dut aller s’asseoir dans la loge. Elle qui était toujours très maîtresse de ses émotions cela faisait deux fois qu’elle se laissait submerger en deux mois. Elle était excusable, vues les circonstances particulières !
Elle se reprit assez vite et entraîna Lucille vers la salle d’étude. La supérieure fit signe à l’infirmière d’attendre un peu. Celle-ci eu à peine le temps de se demander à quoi cela rimait qu’elle entendit une grande exclamation et une voix surexcitée hurler :
« Non, je veux la voir !… C’est pas possible ! … »
Sarah ouvrit la porte à la volée et regarda Lucille, stupéfaite. Elle n’était plus la petite jeune fille timide et réservée, mais une véritable furie hystérique toute rouge. Puis, soudain, elle devint toute blanche et tomba sans connaissance.

L’infirmière et la Mère avait couché la postulante à l’infirmerie. Elles s’étaient installée dans la salle de soin pour pouvoir discuter tranquillement tout en pouvant la surveiller. Lucille avait voulu appeler le médecin, mais, à sa grande surprise, la supérieure l’en empêcha.
« Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Depuis que je suis rentrée, tout le monde se conduit plus que bizarrement ! Est-ce que durant mon absence la communauté aurait mangé quelque chose d’hallucinogène ? En tout cas, cette fois-ci, je n’ai rien ramassé au jardin !
- Lucille, ça n’est pas le moment de plaisanter, il se passe des faits très graves !
- C’est justement pour çà que c’est le moment de détendre l’atmosphère ! »
La Mère eut un sourire las.
« Je vais vous expliquer, je vous le promets, mais avant, il faut que vous me disiez exactement ce qu’il s’est passé cette nuit. Et n’édulcorez pas cette fois-ci, je suis en état de tout entendre ! » acheva-t-elle avec un petit sourire malicieux.
Lucille obéit et fit un récit détaillé de tout ce qui s’était passé, depuis le moment où Sarah avait frappé à sa porte, jusqu’à l’instant où elle était rentrée au couvent. Quand elle eut finit, la Mère la regarda et parut réfléchir un instant.
« Je comprends mieux, maintenant. Oui, tout cela est très étrange… A mon tour de tout vous expliquer. Figurez-vous que ce matin en me levant j’ai trouvé votre post-it sur la porte de ma chambre. J’ai donc compris que vous étiez en intervention. Mais voilà que, quand Sarah ne vous a pas aperçu au petit déjeuner, elle est venue me demander où vous étiez. Ma réponse a eu un effet désastreux ! Il a fallut que nous sachions pour quel genre d’intervention vous étiez parti, où vous étiez, pour quoi faire… Au bout d’un moment j’ai voulut l’arrêter et lui expliquer que cela ne la regardait pas ! Mais j’ai vite vu à son regard que ce n’était pas un caprice de sa part. Elle s’est mise à pleurer qu’il fallait empêcher… je ne sais quoi d’ailleurs. En tout cas j’ai fini par me renseigner et nous avons su qu’il y avait un pompier blessé dans l’incendie. A partir de ce moment-là, elle s’est mise à pleurer que vous étiez morte avec des accents si convaincus, qu’elle a fini par m’angoisser ! Quand vous êtes arrivé, j’avais juste réussi à la calmer. Mais ce que vous m’avez raconté explique son comportement. Par contre le fait lui-même reste bien mystérieux…
- Oh ma mère, si vous pouviez m’expliquer je serais très heureuse de comprendre moi-même ! » fit une petite voix juste derrière elles.
Les deux sœurs sursautèrent. Sarah s’était réveillée et était debout devant la porte. Lucille se mit sur ses deux pieds immédiatement et reconduisit la jeune fille dans son lit.
« Mais je vous assure que ça va maintenant ! protesta-t-elle.
Peut-être, mais pour l’instant tu restes un peu là, lui ordonna Lucille. Je te rappelle que l’obéissance fait aussi partie de notre vocation.
- Puisque vous vous sentez mieux, enchaîna la Mère, nous allons pouvoir discuter toutes les trois. Dites-moi comment vous avez eu connaissance d’évènements avant qu’ils se passent.
- Oui, reprit Lucille, je suppose qu’il n’y a pas de rêves prémonitoires ?
- Non, admit la postulante, mais c’est très proche… En fait, je vous ai dit, que depuis toute petite, j’avais des crises avec des absences, comme hier au jardin. Mais ce que je vous ai caché c’est qu’alors des images me viennent.
- Quels genres d’images ? demanda la Mère.
- Des scènes se jouent dans ma tête, comme si j’y étais. Parfois j’arrive à identifier ce que c’est, d’autre fois non. Ce sont des évènements qui peuvent appartenir au passé, au présent ou au futur, je ne le sais jamais sur le moment. En ce qui concerne celle-là je vous l’ai racontée pour savoir si vous l’aviez déjà vécue. Quand je me suis aperçu que non, jugez de mon angoisse ! J’avais résolu de trouver un moyen de vous empêcher de partir. Mais ça n’était pas facile car, quand ce sont des évènements futurs, je ne sais jamais quand ils vont se produire ! Ca peut-être de suite ou dans dix ans. Pour vous donner une idée, j’avais eu la vision de la catastrophe du onze septembre trois ans avant ! J’ai essayé de les prévenir mais ils ne m’ont pas cru ! D’ailleurs quand on a su que le FBI avait l’information et qu’ils n’en avaient pas tenus compte, ça a fait du grabuge ! »
Lucille et la Mère se regardèrent brièvement. C’était une histoire difficile à croire.
« Et ça t’arrive souvent ? fit Lucille pour ne pas laisser paraître son désarroi.
- Ca dépend, ce n’est pas régulier. Parfois je peux passer des mois sans rien voir et, d’autre fois j’en ai deux dans la même journée !
- Et depuis que vous êtes là, interrogea la Mère, en avez-vous eu d’autres ?
- Oui, dit Sarah dans un souffle. Mais ça n’était qu’une image qui fait partie de celles dont je ne connais pas la signification. »
Et elle raconta ce qu’elle avait vu pendant la visite du cimetière en passant devant une tombe : un visage de sœur âgée, souriant et, se dessinant en contre-point un arc-en-ciel.
Lucille sursauta. Serais-ce possible ? Elle essaya de garder le contrôle de ses nerfs.
« Devant quelle tombe étais-ce ? » demanda-t-elle la gorge serrée. La postulante décrivit celle de sœur Gertrude. Mère Jeanne, qui ne comprenait pas tout ce qui se passait, en avait saisit assez pour se lever et aller chercher une photo dans un des tiroirs de l’infirmerie. C’était un cliché de la communauté au complet, prit l’été dernier.
« Est-ce que vous la reconnaissez ? »
Sans l’ombre d’une hésitation, Sarah désigna sœur Gertrude.


( à suivre ...)

chapitre 16 et 17

Posté le 23.09.2007 par lesromansdelara
Chapitre 16

Lucille s’emporte


Il avait fallu un peu de temps à Lucille pour digérer les évènements de ces derniers jours. D’ailleurs, à chaque fois qu’elle y pensait, il lui semblait qu’elle rêvait et qu’elle allait se réveiller. Elle avait tourné et retourné tout cela dans sa tête et n’arrivait décidément pas à trouver une explication rationelle. Sarah n’avait pas pu savoir que l’arc-en-ciel était un signe entre Gertrude et elle. Personne d’autre n’était au courant, même pas la Mère.
Elle avait reparlé de tout cela avec la supérieure qui en avait déduit que la postulante avait vraiment un don. Apparemment, dans sa recherche pour savoir ce que c’était et d’où cela venait, Sarah s’était fait aider d’un prêtre à l’adolescence. Il lui avait dit de confier tout cela à Dieu et de lui demander de lui ôter ce don s’il ne venait pas de Lui. Mais il lui était resté.
La supérieure en avait déduit que si cela venait de Dieu, comme Lucille était chargée de la diriger, elle était sûrement la plus à même d’aider la postulante à décrypter ces visions et, peut-être à les maîtriser. Quand elle entendit cela, l’infirmière ouvrit de grands yeux et demanda immédiatement à être déchargée des postulantes. Elle ne se sentait pas du tout à la hauteur de la tache.
« Voyons, un peu de foi ! Si Dieu demande cela de vous, Il vous en donnera les moyens ! »
Sur cette bonne parole, Lucille céda en maugréant quelque chose que Mère Jeanne ne comprit pas très bien mais qui devait s’apparenter à :
« Elle est tombée sur la tête oui… »


L’après-midi même, la jeune femme fit un tour à l’hôpital, prendre des nouvelles de René. Il avait été opéré dans la matinée, d’une double fracture du tibia et du péroné. Sa femme était auprès de lui et Lucille ne rentra dans la chambre pour ne pas le fatiguer. Elle se dit qu’elle reviendrait ensuite.
Comme elle rentrait au couvent, elle croisa Yves Darrube qui venait parler avec la Mère.
« Oh, Yves ! Vous avez une minute ?
- Euh oui…
- Il faudrait que je vous demande un avis, est-ce que vous pourriez m’attendre une seconde ?
- Bien sur ! »
Et Lucille fonça dans sa chambre pour aller chercher le bout de corde qu’elle avait ramené du centre.
« Si je vous montre cela, à quoi ça vous fait penser ? » dit-elle en le donnant à Yves. Il le regarda et leva les yeux, surpris :
« Mon Dieu ! Il y avait quelqu’un au bout de cette corde ?
- Oui, justement. Il est à l’hôpital avec une double fracture !
- Il a eu de la chance ! En tout cas, c’est la première fois que fois une corde sectionnée comme de cette manière. C’est habile, vraiment très habile…
- Comment ça, habile ?
- Oui, habillement sectionnée.
- Vous voulez dire…
- …que cette corde a été tranchée volontairement, oui ! »
La jeune femme mit un peu de temps à assimiler la nouvelle.
« Vous êtes sur ?
- Oui, regardez comme elle est coupée nette sur le milieu. Seule une lame peut faire cela.
- Mais, quand la personne qui est tombée a mis son harnais elle n’était pas coupée, voyons ! Ensuite il était perché sur un toit et il pensait à autre chose qu’à trancher sa corde, croyez-moi !
- Sauf que, vu la façon dont elle est coupée, votre corde avait l’air intact. Regardez. Une corde comme celle-là est composée de l’âme, le cœur si vous voulez, et d’une enveloppe tissée. Ce qui fait la résistance c’est l’âme. La personne s’est arrangée pour couper l’âme sans endommager l’enveloppe. Ni vu, ni connu. La corde a l’air intact, mais au moindre choc…
- …elle casse, compléta Lucille l’air songeur.
- Oui, et là c’est manifestement ce qui s’est passé, vu l’état de l’enveloppe toute effilochée. Un choc a du la faire céder. »
La jeune femme revit René chuter et la corde se tendre brusquement.
« Dites-moi une dernière chose. Est-ce qu’il y a un moyen de se rendre compte qu’une corde est dans cet état puisque ce n’est pas visible a priori ?
- Tout à fait ! A chaque fois qu’on la range, on fait une boucle avec la corde et on la fait glisser entièrement dans les mains, comme cela. Si l’âme a cédé, la corde, au lieu de faire une boucle, fait un angle pointu. »
Lucille se souvint avoir vu faire cette vérification à ses collègues. Si elle ne se trompait pas, ils la faisaient tous les dimanches. Il fallait qu’elle sache maintenant qui l’avait faite dimanche dernier. Elle pourrait alors essayer d’interroger la personne pour voir si elle avait décelé quelque chose. Mais il fallait qu’elle fasse attention car c’était peut-être ce pompier qui avait sectionné la corde.
Elle remercia Yves et descendit au centre de secours. Là elle regarda le registre de vérification du FPTL. Chaque détail était noté, coché et signé. Elle suivit la colonne. Lot de sauvetage : Armand. Elle l’appela immédiatement sur son portable et lui demanda s’il avait vu quelque chose de particulier en vérifiant le lot de sauvetage.
« Je n’ai pas tout vérifié. Il ne me manquait plus que les cordes quand Greg m’a appelé signer un papier. Pendant ce temps, Jean-Luc a fini le travail. »
Elle le remercia et raccrocha. Jean-Luc, encore… A chaque fois qu’il y avait quelque chose qui clochait, elle tombait sur lui ! En tous cas, elle avait assez de présomptions pour aller voir Greg. Il faudrait qu’il bouge maintenant et qu’il arrête de se mettre des œillères ! Sinon quelqu’un allait finir par y rester.
Elle se mit en route sans attendre. Greg Rimfart avait une exploitation agricole située à trois kilomètres de Vic. En s’arrêtant devant la maison, elle aperçut la femme du chef de centre qui se battait avec une tondeuse à gazon qui faisait un sacré boucan.
« …jour… Lu…lle, comm… va-tu ? Excu…moi, je n’arr…er.. euse.
- Quoi ? hurla Lucille.
- …tends … un …tant. »
La fermière éloigna l’engin. Le bruit du moteur s’estompa fortement.
« Ca fait du bien quand ça s’arrête ! » pensa l’infirmière.
« Excuses-moi, Lucille. Cet engin me rendra folle ! Elle ne veut plus s’arrêter… Je n’ai plus qu’à attendre qu’elle tombe en panne d’essence ! »
Elles se saluèrent en s’embrassant.
« Ce n’est pas grave, assura la jeune femme. Dis-moi, Greg n’est pas là ?
- Oh si ! Il est entrain de moissonner dans le champ là-bas ! »
En effet, la jeune sœur vit un tracteur au loin.
« Tu crois que je peux aller lui parler ? C’est assez urgent !
- Oh oui, je pense ! D’ailleurs, ça va bientôt être l’heure de lui apporter à manger. Tu pourrais le faire, en même temps ? Ca m’éviterais d’y aller, je suis un peu en retard pour soigner les bêtes !
- Oui, avec plaisir ! »
Deux minutes après, Lucille entrait dans le champ de blé. Greg, qui l’aperçut de loin, la salua de la main et lui fit signe d’aller dans une petite clairière où il y avait un arbre. Il arrêta son tracteur et descendit tout en sueur.
« Tu m’excuses si je ne te fais pas la bise mais je ne suis pas très présentable !
- C’est moi qui suis désolée de te déranger durant ton travail, mais il fallait que je te parle… Mais avant, prends ça, c’est la part de Viviane, fit la jeune femme en lui tendant le panier.
- Merci. Viens allons nous asseoir sous l’arbre. Tu permets que je boive un coup d’abord ?»
Il était cinq heures de l’après-midi mais il faisait encore extrêmement chaud en ce milieu de mois de Juillet.
« Ah ! Ca fait du bien par où ça passe ! dit-il en posant la bouteille d’eau et en s’essuyant le visage avec une serviette. Alors qu’est-ce qui t’amène ? » demanda Greg en commençant à manger.
La jeune femme expliqua en détail au chef de centre, ses découvertes successives et ses soupçons. Sa réaction fut à la mesure de ces révélations. Il commença par pâlir puis il posa son sandwiche, ensuite il ouvrit de grands yeux et quand elle eut fini, il parut incapable de répondre de suite. Puis, inexplicablement, il se mit à rire. C’était un rire forcé qui ne plaisait pas du tout à Lucille.
« Et ben dis donc, tu as une imagination débordante !
- C’est loin d’être de l’imagination, il y a des faits tangibles voyons !
- Oui, mais dont tu tires des conclusions complètement tirées par les cheveux ! Voyons Lucille, reprend toi ! »
La moutarde commençait à monter au nez de la jeune femme devant tant de mauvaise foi.
« Ecoute Greg, nous avons un problème et un problème sérieux ! C’est même toi qui m’as mis sur la piste. Pourquoi fais-tu machine arrière ?
- Ouais, et bien maintenant je regrette de t’en avoir parlé, répondit-il un peu vertement. J’avais quelques doutes mais c’est fini maintenant… Tout cela c’est du passé.
- Tu sais ton problème ? fit Lucille sur le même ton. Tu sais qu’il y a des sabotages dans le centre. Manque de chance c’est ton adjoint qui est soupçonné et, pour le protéger, tu mets en danger tes hommes !
- Je te défends de dire ça ! hurla Greg. C’est dans l’intérêt du service et de l’honneur des pompiers que je fais tout cela ! Il n’y a pas que nos petits soucis personnels en jeu, figures-toi ! Un scandale comme cela rejaillit sur l’ensemble du corps des pompiers. Il faut être prudent et avoir des preuves solides avant d’accuser quelqu’un d’aussi apprécié que Jean-Luc ! »
Lucille n’en croyait pas ses oreilles. Pour une stupide histoire d’honneur, il allait laisser ce malade saboter tranquillement le centre au risque de tuer quelqu’un !
« Je ne peux pas croire que tu ne veuilles pas bouger et que…
- Bon, écoutes, plus un mot ! Je ne veux plus jamais entendre parler de cela compris ? Sinon je te vire immédiatement ! Et que je n’ai pas à le redire ! » conclut-il sur un ton autoritaire.
La jeune femme se remit sur ses pieds sans dire un mot, jeta un regard glacial au lieutenant et partit rapidement. Greg la suivit des yeux en murmurant tristement :
« Désolé !… Je n’ai pas le choix… C’est pour ta sécurité…»

Le bip avait sonné en fin de soirée quelque temps après. Ce jour-là était au cœur du week-end de la fête du village. En général, c’était plus à trois heures du matin qu’à onze heures du soir que les gens se trouvaient mal. Mais comme certains jeunes ne dessaoulaient pas de trois jours durant la fête, Lucille ne fut qu’à demi surprise de voir du monde attroupé sur la place quand elle descendit avec son vélo. Elle s’arrêta voir si c’était urgent avant de passer au centre. Bien lui en prit.
Quand elle vit la personne qui était le centre de l’attention générale, elle sut tout de suite que c’était grave. C’était un jeune homme, presque un adolescent. Il était par terre, inconscient et son teint livide, donna un frisson à l’infirmière. Le pire c’est qu’elle reconnut Franck Larribe le fils du boucher.
« Qu’est-ce qui s’est passé, demanda-t-elle immédiatement.
On ne sait pas ! répondit David, un de ses amis. Il a avalé un de ses trucs là et il est tombé ! » et il montra un sac contenant des cachets blancs.
Pendant qu’il parlait, la jeune femme avait fait un bilan rapide. Le jeune homme était inerte et ne répondait pas. Elle se pencha sur son sternum qui ne bougeait pas.
« Zut ! Il ne respire plus ! » se dit-elle.
Elle lui bascula la tête en arrière et lui fit deux insufflations dans la bouche. Puis elle essaya de sentir les pulsations du jeune homme en mettant deux doigts sur l’artère carotide. Elle ne sentit rien.
« Est-ce que quelqu’un a un brevet de secourisme ? » demanda-t-elle. Mais personne ne répondit. Elle devrait donc se débrouiller seule le temps que les autres arrivent.
Elle se fit aider pour enlever la chemise de Franck et lui dénuder le torse. Elle regarda l’heure, puis elle réinsuffla de l’air dans les poumons du jeune homme et commença le massage cardiaque. Elle prit vite le rythme : 15 massages, 2 insufflations.
Les gens autour d’elle, comprenant la gravité du moment, s’étaient tût et il régnait un silence impressionnant rythmé seulement par Lucille qui comptait ses massages. Cela lui paru durer longtemps. En fait seules quelques minutes s’écoulèrent avant que le VSAV n’arrive.
Les gars descendirent. Au grand déplaisir de l’infirmière c’était Greg qui commandait. Elle avait décidé de ne plus avoir avec lui que des relations ayant trait aux interventions. En dehors de cela, elle ne lui adresserait plus la parole. De toute façon, elle n’eut pas à faire de grands discours pour expliquer la situation. Ils la relayèrent immédiatement. Rémi s’occupa du massage cardiaque et Fred de l’insufflation au masque que Pascal relia à l’oxygène. Puis ils posèrent le Défibrillateur semi-Automatique sur le thorax du jeune homme. Pendant ce temps Greg passa un premier message pour demander le SAMU.
Lucille, quant à elle, reprit son souffle une seconde car un massage cardiaque est vite très fatigant à faire. Puis sans perdre de temps elle fonça dans le VSAV et prépara une seringue d’adrénaline et de quoi perfuser le jeune homme. Elle lui posa rapidement le soluté et commença à injecter l’adrénaline comme son protocole le lui demandait.
Les pompiers se relayèrent pour le massage cardiaque pendant que le Défibrillateur faisait son analyse. Il commanda un choc électrique. Greg appuya sur le bouton après avoir fait dégager tout le monde. L’impulsion électrique souleva un peu Franck mais son cœur ne repartit pas. L’infirmière injecta la seconde dose et le massage reprenait quand un cri déchirant se fit entendre.
« Mon petit ! Mon petit ! qu’est-ce qui lui arrive ? »
C’était la mère de Franck que quelqu’un avait du prévenir.
Lucille se serait bien passé de ce problème supplémentaire. Dans un cas d’urgence absolu comme celui-là il y avait assez à faire avec le patient sans avoir à gérer la douleur de la famille. D’autant que, plus le temps passait et moins il y avait de chances de réanimer l’adolescent.
Mais l’ensemble de ces choses faisaient partie du métier de l’urgence et, tout en surveillant sa montre pour injecter à temps la prochaine dose d’adrénaline, l’infirmière s’approcha de la mère de Franck.
« Nous nous occupons de lui Madame, laissez-nous faire.
- Qu’est-ce qu’il a, où est le médecin ? s’affola la maman.
- Le SAMU arrive, répondit la sœur calmement, il a eu un malaise, nous nous en occupons… Excusez-moi… »
L’infirmière partit injecter le médicament. La maman de Franck, se rendant compte de ce qui se passait, s’évanouit. Lucille finit sa seringue et fit allonger la dame à l’abri, en position latérale de sécurité. Elle la fit surveiller par les badauds.
« Quand elle reprendra connaissance vous m’appelez ! » leur recommanda-t-elle.
Elle vit arriver avec soulagement l’équipe du SAMU. Elle informa rapidement le médecin de ses faits et gestes, et, pour une fois celui-ci eut l’air satisfait.
« Très bien, bon travail les gars » dit-il à toute l’équipe en préparant son matériel.
Pendant ce temps le défibrillateur refaisait une analyse et demanda un choc. Le médecin fit signe à Greg de le déclencher. L’impulsion électrique fut lancée et tout le monde retint son souffle. Le médecin prit le pouls. Tous les regards étaient fixés sur lui.
« Il y a un pouls ! Continuez la ventilation ! »
Un murmure passa dans la foule. A ce moment-là quelqu’un vint chercher Lucille.
« Ma sœur, Suzanne est réveillée, elle veut vous voir !
- J’arrive ! »
Et la jeune femme se rendit auprès de la maman.
« Gardez espoir Madame, le cœur est repartit. C’est encore faible mais le médecin est auprès de lui. »
Les yeux de la dame se remplirent de larmes et elle ne put souffler que :
« Merci mon Dieu…Merci mon Dieu… Mon petit, mon petit… »
Puis, regardant Lucille :
« Allez vous occuper de lui je vous en prie ! »
Et la jeune femme repartit aider les autres. Petit à petit la situation se stabilisait et quelques minutes après ils purent mettre l’adolescent dans le VSAV.
« Doucement recommanda le médecin, surtout pas de secousses ! »
La jeune sœur lui fit savoir que la mère du jeune homme n’était pas loin. Plein d’humanité, il décida d’aller la voir pour lui expliquer la situation. Lucille et l’infirmière du SAMU restèrent pour surveiller Franck.
Au bout d’une minute le jeune homme ouvrit les yeux.
« Comment te sens-tu ? demanda l’autre infirmière.
- Bien… Qu’est-ce qui s’est passé ? fit-il faiblement.
- Tu as eu un malaise en avalant des comprimés » expliqua Lucille.
Soudain elle eut une idée qui lui glaça le sang demanda :
« Franck, où est-ce que tu as eu ces trucs ? »
Pas de réponse. Par deux fois elle renouvela la question mais le jeune homme resta butté.
« Je ne suis pas une balance ! finit-il par dire.
- Je ne te demande pas ça pour le répéter aux flics ! Réfléchis voyons ! Ces trucs ont faillit te tuer. Si d’autres en ont acheté, ils vont peut-être y passer pour de bon. Tu veux avoir ça sur la conscience ? »
Il y eut un court silence.
« C’est Ben.
- Benoît ? Le fils du boulanger.
- Oui… Mais ne dites pas que c’est moi…
- Est-ce que tu sais s’il en a vendu beaucoup ?
- Ici, non… Juste à moi et à Steve mais on a acheté le paquet à deux. Par contre après, il est allé à la fête à Montbaqué. »
Le médecin revint et elle laissa l’équipe partir vers l’hôpital avec le SAMU. Lucille sentait qu’il y avait urgence à arrêter Benoît avant qu’il y ait un autre drame mais c’était imprudent de partir seule. D’un autre côté, elle ne pouvait pas avertir la gendarmerie car elle avait promis à Franck de rester discrète.
Elle réfléchissait à la conduite à tenir quand elle vit arriver le père de Franck. C’était l’occasion qu’elle attendait. C’était un gars plein de sang froid. Comme il mesurait un mètre quatre-vingt-quinze environs et qu’il avait des épaules de déménageur, il était très impressionnant. A côté de lui, René, qui aurait pu être pilier de rugby, passait pour un petit bonhomme !
La jeune sœur le prit à l’écart, et lui expliqua rapidement la situation.
« Votre fils a eu de la chance ce soir, mais peut-être que d’autres n’en auront pas autant…
- Vous avez raison ! Nous ne pouvons pas laisser nos enfants se détruire, ni détruire les autres. Laissez-moi une minute, j’arrive ! »
Il s’arrangea pour faire raccompagner sa femme par des amis afin qu’elle ne soit pas seule, et suivit Lucille.
Montbaqué se situait à dix kilomètres de là, dans les collines. Durant tout l’été les fêtes de village se succédaient et les jeunes y passaient leur week-end. Avec les années, ces joyeux regroupements se transformaient progressivement en rassemblement de bandes. La drogue avait fait petit à petit son apparition dans les endroits les plus reculés.
Un quart d’heures après, ils y étaient. La fête battait son plein.
« Laissez-moi faire, fit le père de Franck, ça va être vite réglé ! »
Il avisa un de ses amis qu’il salua et demanda :
« Tu n’aurais pas vu Benoît Farroux ?
- Si ! Il est dans la salle des fêtes avec sa bande de petits voyous ! »
Il eut tôt fait d’expliquer la situation et plusieurs autres parents amis se joignirent à eux pour aller interroger l’adolescent. Ils coupèrent les retraites, en postant une personne à chaque sortie de la salle et entrèrent.
Ce fut vite fait. Le groupe d’homme encercla les adolescents. Plusieurs avaient de la drogue dans les poches mais, au grand soulagement de Lucille aucun n’en avait encore consommé. Benoît fut ramené par la peau du coup à son père après avoir expliqué aux autres ce qui était arrivé à Franck. Cela jeta un grand froid et certains, à partir de ce jour ne touchèrent plus à des produits illicites.
Le lendemain ils apprirent que Franck était sorti d’affaire. Lucille en profita pour le visiter en même temps qu’elle allait voir René. Il allait mieux mais il se passerait un moment avant qu’il ne soit capable de reprendre ses activités. En repartant, elle croisa Greg dans le couloir. Elle eut le sentiment qu’il voulait lui parler mais elle fit sciemment demi-tour et passa par une autre sortie. Ce n’était que partie remise…
Le soir même, pendant les informations, il téléphona à Lucille. Elle n’avait pas trop envie de lui parler, mais alla prendre l’appel dans un coin au calme.
« Allô ? fit la jeune sœur.
- Bonjour c’est Greg, fit une voix un peu hésitante.
- Greg ? Qu’est-ce que tu veux, ? répondit-elle un peu froidement
- Ecoute Lucille, ça ne peut pas durer comme ça ! Il faut qu’on se parle.
- De quoi ?
- Tu le sais très bien. Arrêtes de faire l’imbécile ! dit-il un peu impatienté. Tu peux venir demain soir à vingt heures au centre ?
- Je croyais que ça ne me regardait pas et que tu me virais si on en reparlait ? s’emporta-t-elle. Et puis si c’est pour me resservir le coup de l’intérêt du service et de l’honneur des pompiers c’est pas la peine !
- J’avais des raisons pour te parler de cette manière. Mais depuis certains éléments ont changé. Je te promets que je vais tout t’expliquer.
- Bon d’accord, marmonna-t-elle. Je viendrais, a ce soir.
- Merci beaucoup, à ce soir »

Le lieutenant raccrocha son combiné et leva les yeux vers la personne qui se trouvait en face de lui.
« Est-on obligé d’en arriver là ? demanda-t-il.
- On en a parlé cent fois, vous le savez bien. On n’a pas le choix. Elle en sait trop ! On ne peut pas prendre le risque qu’elle parle.
- Il faudra y aller doucement alors.
- Ca non ! s’exclama fermement l’homme. Il faut y aller énergiquement et régler le problème ce soir ! Vous avez été parfait jusqu’à maintenant, vous n’allez quand même pas craquer quand tout est sur le point de se terminer ?
- Non, fit Greg en se levant, vous savez que j’irai jusqu’au bout.
- Bon alors, à ce soir. Courage ! » ajouta-t-il en lui tapant sur l’épaule avant de sortir.
Le chef de centre se retrouva seul dans son bureau. Ses yeux tombèrent sur la photo de groupe des pompiers du centre fixée sur le mur. Il s’approcha et fixa le visage de la jeune sœur :
« Lucille je te demande pardon pour ce qu’on va être obligé de faire demain. »








Chapitre 17

Guet-append


Lucille arrêta son vélo sous le lampadaire qui était devant le centre. Elle regarda sa montre : il était vingt heures pile. La voiture du chef de centre était déjà là, mais aucune lumière ne filtrait du bâtiment.
« Bizarre » se dit-elle. Elle n’eut pas à composer le code d’entré car la porte était déjà ouverte, ce qui était normal si Greg était là. Par contre, en entrant, elle eut la confirmation que le centre était dans le noir. Elle alluma la lumière et monta l’escalier menant au bureau du chef de centre. Là non plus il n’y avait personne.
« Greg, Greg tu es là ? » appela-t-elle un peu nerveuse. Mais personne ne lui répondit, rien ne bougeait dans le centre. Elle allait redescendre l’escalier quand elle sentit une présence derrière elle. La jeune sœur se retourna brusquement. Il n’y avait personne.
« Je deviens stupide. Depuis l’histoire de Michelle je deviens un peu paranoïaque ! » pensa-t-elle en riant de façon un peu forcée.
Elle redescendit au rez-de-chaussée et rentra dans la remise des véhicules qui était dans le noir et aussi déserte que le reste. Elle entendit nettement quelque chose qui bougeait sur sa droite. Elle alluma immédiatement mais rien n’était visible. Cette fois-ci Lucille eut franchement peur et elle décida de ressortir et d’attendre Greg dehors. Elle saisit la poignée de la porte.
Soudain un bras s’enroula autour de son cou et une main se plaqua sur sa bouche. La jeune femme eut tellement peur que de vieux réflexes ressurgirent. Elle lança ses coudes en arrière et entendit une exclamation étouffée. L’étreinte se desserra. Elle ouvrit la porte de la remise à la volée et se rua vers la sortie. Mais la porte était déjà ouverte et une grande silhouette se dessinait à contre jour.
La jeune sœur n’avait plus qu’un choix de retraite et elle se précipita dans l’escalier. Elle entendait des pas précipités derrière elle. Elle se jeta dans la petite cuisine qui se trouvait en face du bureau de Greg et coinça la poignée avec une chaise. Des coups se firent entendre à la porte mais elle était déjà sortie par la seconde ouverture qui donnait sur la salle de réunion.
Celle-ci était dans le noir malgré les baies vitrées qui composaient le mur donnant sur la prairie attenante. Comme elle était devant le bar, Lucille saisit une bouteille et voulut aller discrètement aux baies vitrées. Mais quelqu’un surgit par la seconde entrée de la pièce et elle lui cassa la bouteille sur la tête. Puis elle fonça vers la porte-fenêtre et l’ouvrit.
Mais son élan fut coupé par une main qui lui saisit une cheville. La jeune femme trébucha et se retrouva à plat ventre, a moitié dans l’herbe. Elle voulut crier mais une main essaya de l’empêcher d’appeler. La jeune sœur la mordit de bon cœur et se délivra d’une bonne ruade.
Elle courut en faisant le tour du centre pour récupérer son vélo. Quand elle déboucha sur le parking elle aperçut Greg sous le lampadaire.
« Greg, Greg, lui cria-t-elle, méfie-toi, il y a des types qui… » Elle s’aperçut soudain qu’il saignait du cuir chevelu et réalisa que c’était lui qu’elle avait frappé avec la bouteille. Elle restait là frappée de stupeur quand une voix dit derrière elle :
« Bon, je crois que ça suffira, félicitation ma sœur vous avez passé le test ! »
L’homme qui se trouvait devant elle avait un hématome a la mâchoire et la main qui saignait. Lucille reconnut le colonel Rimfart le chef de corps départemental…



« Mon colonel, je suis vraiment désolée … » fit Lucille pour la dixième fois tout en finissant de lui panser la main. Le Colonel sourit ce qui n’était pas facile à cause du sac de glaçons qu’il tenait sur sa mâchoire.
« Ne vous inquiétez pas ! Je vous le dis, vous avez dépassé nos plus folles espérances ! Voyez, ajouta-t-il à l’adresse de Greg, elle est tout à fait en mesure de se défendre !
- Oui, j’ai constaté ! répondit le chef de centre en grimaçant parce que Lucille s’employait maintenant à désinfecter les plaies de son crâne. Dis-moi, comment ça se fait qu’une sœur sache se battre de cette façon ? demanda-t-il à la jeune femme.
- Ca n’est pas très compliqué, fit-elle en riant. Quand j’étais enfant j’habitais à Toulouse dans un quartier pas très sûr, surtout la nuit. A l’adolescence, quand j’ai voulut sortir le soir, mes parents ne vivaient plus tant que je n’étais pas rentrée. Alors ils m’ont fait prendre des cours de self défense, et, comme ça m’a plut, j’en ai fait pendant six ans. Mais c’est vrai que ça fait dix ans que j’ai arrêté et qu’avant ce soir je n’avais jamais utilisé ce que je sais en situation réelle. Je croyais même avoir tout oublié !
- Encore heureux pour nous ! » ajouta une troisième personne qui était restée silencieuse jusqu’à maintenant. Le Colonel avait présenté cet homme comme étant un gendarme mais Lucille ne savait pas du tout pourquoi il était là.
- Y a t’il quelque chose d’autre que nous devons savoir sur vos talents cachés ? demanda prudemment le Colonel.
- Ca dépend par rapport à quoi… hésita la jeune femme. Je suppose que si je vous dis que j’aime le dessin, la broderie et que je ne me débrouille pas trop mal en ski, ça ne vous apportera pas grand chose ? »
Vu la tête des trois hommes la jeune sœur en déduit que ce n’était en effet pas cela qu’ils attendaient. Soudain elle se souvint de quelque chose d’autre :
« Sinon, ajouta-t-elle tranquillement, quand j’étais adolescente, j’ai été championne de France Junior de tir au revolver. Je faisais aussi du tir à l’arc et au fusil d’assaut, mais ça hors compétition juste pour me détendre.
- Pour vous déten… bredouilla le gendarme. On m’avait bien prévenu… Dites Rimfart vous êtes sûr que c’est bien une sœur ?
- Cent pour cent sûr je confirme, intervint Greg en riant. Aïe ! gémit-il soudain alors que Lucille nettoyait sa plaie la plus profonde.
- Bouge pas comme ça ! fit-elle. Tu as eu de la chance quand même. J’aurais pu te faire très mal !
- Et ben qu’est-ce que ça aurait été ! grimaça-t-il. »


Dix minutes après les trois hommes et la jeune femme se retrouvèrent dans la salle de réunion autour d’un café. Les deux pompiers étaient pleins de bleus et de pansements. Le gendarme n’avait pas de blessure visible mais, a sa façon de se déplacer, Lucille avait constaté avec confusion que ses coups de coudes arrière avaient laissé des traces.
« Bon, commença le Colonel, je crois que nous vous devons des explications.
- Et bien j’avoue que je ne comprends pas bien à quoi tout cela rime, acquiesça Lucille »
Il jeta un coup d’œil aux autres qui lui firent signe de commencer à expliquer.
« Comme vous le savez, depuis quelque temps votre chef de centre a remarqué des incidents à répétitions. Des choses qu’on ne remarque pas au début car cela peu passer pour de simples coïncidences. Mais c’est leur répétition qui nous a mis la puce à l’oreille. Car, ce que vous ne savez pas, c’est que ces problèmes ont commencé à Vic il y a quelque mois, ils avaient débuté dans plusieurs centres du département depuis un an environ.
Beaucoup de temps est passé avant que nous soyons vraiment mis au courant. Finalement c’est le service de la logistique des véhicules qui nous a prévenu car leur budget réparation a explosé. Après une brève et discrète enquête auprès des chefs de centre, nous avons suspecté quelque chose de plus important que de simples sabotages indépendants les uns des autres et nous avons fait appel à la gendarmerie. »
Le colonel s’arrêta un moment et regarda le gendarme assis à ses côtés. Celui-ci pris la parole pour continuer à expliquer la situation.
« Nous avons commencé à enquêter sur tout cela et nous avons trouvé des preuves sur l’existence d’un groupe extrêmement bien organisé, ayant des ramifications dans de nombreux centres du département.. »
Lucille ouvrit de grands yeux et demanda, un peu incrédule :
« Vous pensez à un groupe de pompiers, qui utiliserait tout ce temps et cette énergie pour saboter des interventions ? Quel serait leur intérêt ?
- Nous pensons que ces incidents provoqués ne sont que de petits essais pour discréditer le service, expliqua le gendarme. Toutes les personnes que nous avons identifiées comme faisant partie de cette organisation sont toutes en conflits avec leur hiérarchie. Ces sabotages sont le début d’un plan visant à se venger.
- Mais si vous savez tout, pourquoi ne pas les arrêter de suite ? demanda la jeune sœur.
- Pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il nous manque des preuves. Nous avons infiltré un homme dans le centre le plus touché. Il a pu obtenir pas mal de renseignements mais nous n’avons pas repéré tous ceux qui font partie de cette bande. Si nous les arrêtons, il faut faire un coup de filet groupé, sinon certains pourraient passer au travers des mailles et recommencer par la suite.
- Je comprends… mais pourquoi vous me racontez tout cela ? Qu’est-ce que je viens faire là-dedans ? » s’étonna Lucille.
Les trois hommes se regardèrent gravement, comme s’ils attendaient cette question depuis le début de la conversation et qu’ils hésitaient à y répondre.
« Mais enfin qu’est-ce qui se passe ? A quoi rime l’attaque de tout à l’heure ? » insista-t-elle.
Le colonel se lança.
« Depuis quelques semaines, la bande est passée à la vitesse au-dessus. Ils veulent s’en prendre directement à moi et régler leurs comptes. Mais dans des conditions normales, ce n’est pas très facile de me prendre à partie. Ils ont donc monté un plan.
Ils se sont dit qu’ils le feraient à l’occasion d’une fête un peu officielle où je serais invité. Il fallait en choisir une, pas trop grande pour pouvoir m’isoler et trouver un moyen de m’attirer à l’écart. Or, un événement inconnu a précipité les choses. Ils ont choisi la prochaine fête qui convenait…
- Oh !… J’ai peur de comprendre… la Sainte Barbe de Vic…
- Oui, acquiesça Greg.
- Mais pourquoi me le dire à moi ? Il y a, dans le centre, d’autres gars qui sont plus aptes physiquement que moi pour intervenir !
- Il y deux raisons majeures, continua le gendarme. D’abord parce que nous suspectons tout le monde, dans le doute. Vous êtes la seule à qui nous pouvons faire confiance. D’autre part, ils ont trouvé un moyen d’attirer le colonel à l’écart : avec un appât.
- Un appât mais qu’est-ce que ça a à voir avec moi ? … » demanda Lucille qui n’était pas sure de vouloir comprendre.
Les trois hommes la regardèrent si intensément qu’elle commença à se sentir franchement mal à l’aise.
« C’est… C’est moi ?…bégaya-t-elle.
- J’ai essayé de te protéger, Lucille, expliqua Greg. Au début j’ai été informé des sabotages et je t’ai dit d’ouvrir l’œil car je ne pouvais pas tout voir. Puis, quand les choses se sont précisées, j’ai essayé de te tenir à l’écart.
- Ah c’est pour ça ?… et moi qui croyais…
- … que j’étais lâche ?
- Oui… pardonne-moi !
- T’inquiètes pas. J’ai fait de mon mieux pour que tu le croies et ça aurait pu marcher. Mais ensuite nous avons eu ces dernières informations…
- Quand votre chef de centre à su cela, expliqua le colonel, il a voulut vous mettre à l’écart pour vous protéger. Mais nous avons là une occasion unique de les arrêter dans un coup de filet général et en flagrant délit. D’autre part, nous savons quand, où, et comment ils vont frapper. Si nous laissons passer l’occasion maintenant, ils agiront plus tard à un moment où nous serons moins bien armés…
- Il y a aussi votre action dans l’arrestation de deux personnes de votre village, renchérit le gendarme. Cette histoire a fait le tour des services de la gendarmerie. Pour que le GIGN raconte des choses pareilles c’est que vous avez dû faire fort !
- Je n’étais toujours pas convaincu, poursuivit Greg, mais le temps pressait et le colonel a alors proposé que l’on te mette à l’épreuve pour voir si tu étais capable de te défendre seule. C’est pour cela que nous avons monté ce piège ce soir.
- Comme je l’avais prévu, conclu le gendarme, vous avez passé le test avec succès… »
Lucille les regarda tous, un peu abasourdie. Ce la faisait beaucoup de révélations pour un seul soir.
« Mais qu’attendez-vous exactement de moi ?
- Nous vous avons exposé les faits, reprit le colonel. Nous pensons que c’est l’occasion idéale de les arrêter et que votre collaboration est essentielle. Par contre, il faut que vous sachiez qu’il y a une notion de danger, très faible car la gendarmerie sera là, prête à intervenir mais, on ne peut pas tout maîtriser. Maintenant, nous vous donnons le choix : vous pouvez nous aider ou vous retirer simplement en donnant une excuse pour ne pas être là à la fête.
- Si je ne viens pas, ils agiront quand même ?
- Oui, certainement, mais par d’autres moyens qui ne vous mettront pas en danger. »
Mais elle pensa que les autres seraient beaucoup plus dépendants de l’aléatoire et, si ça tournait mal pour l’un d’eux, elle ne se le pardonnerait jamais.
« D’accord, dit-elle simplement. »
Cette réponse toute simple sans tergiversations sembla les prendre un peu par surprise.
« Le GIGN me l’avait bien dit… murmura le gendarme.
- Tu es sure ? demanda Greg, l’air inquiet.
- Absolument sure, répondit la jeune sœur d’un air déterminé. Dites-moi exactement ce que je dois faire. »

Mère Jeanne écarquilla les yeux et resta un moment sans pouvoir dire un mot.
« … et vous avez dit quoi ? put-elle seulement articuler.
- Que j’étais d’accord, répéta tranquillement Lucille.
- Mais ça ne va pas non ?! Vous avez perdu la tête ? »
La jeune femme laissa le temps à sa supérieure d’exprimer son émotion puis se mit à expliquer :
« Ecoutez, ils frapperont de toute façon et il vaut mieux que ce soit entouré de gendarmes que dans le coin d’une rue sombre.
- Lucille, je comprends, mais laissez faire les professionnels. Il n’est pas raisonnable de vous exposer ainsi. Vous avez failli me donner une attaque il y a un mois chez Michelle et je n’ai pas envie que vous recommenciez.
- Les professionnels seront là pour nous entourer. C’est la formule la plus sure pour les autres. Il faut absolument arrêter ces gars avant qu’il n’y ait des morts. »
Mère Jeanne soupira. Décidément, quand Lucille avait une idée en tête… Mais d’un autre côté elle se dit que, bien que le plan soit aventureux, il était, en effet bien moins dangereux de le laisser se dérouler ainsi.
« Bon… mais soyez prudente… et n’en faites pas plus que vous ne le devez…
- Je vous le promets, d’ailleurs vous…
- …me connaissez…oui, oui, oui… »
L’infirmière sortit avec un grand sourire. Elle partait crânement mais, au fond d’elle-même, elle n’en menait pas large en pensant à ce qui l’attendait…


( a suivre ...)














Chapitre 18

Posté le 01.10.2007 par lesromansdelara
Chapitre 18

Piége


Lucille avançait vers la salle des fêtes de Vic avec une allure qu’elle voulait la plus naturelle possible. Elle était habillée avec la jupe et le chemisier bleu ciel réglementaires pour les cérémonies officielles. Avec la fouragerre autour du bras et les galons sur les épaules elle était très élégante.
En temps normal, elle aimait bien se balader dans cette tenue, mais aujourd’hui elle avait un peu la tête ailleurs. Le micro qui lui avait été prêté par la gendarmerie était caché sous son chemisier. Greg l’avait appelée dans l’après-midi pour lui indiquer les derniers détai