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Nom du blog :
lesromansdelara
Description du blog :
Voici l'histoire d'un pompier pas comme les autres ! Blog pour ceux qui M l'action et le suspens
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
05.05.2007
Dernière mise à jour :
30.04.2008

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chapitre 12b

Publié le 04/08/2007 à 12:00 par lesromansdelara
Lucille n’en revenait pas d’entendre Michelle parler de cette façon. De plus elle croyait percevoir de la peur dans le ton de voix d’Yves et elle ne comprenait pas pourquoi. Elle continua donc à descendre prudemment et risqua un coup d’œil dans le salon. Ce qu’elle vit lui glaça le sang.
Yves était assis sur le canapé et sa femme le tenait en joue avec un revolver. Elle avait un regard dur et déterminé que Lucille ne lui connaissait pas. A force de se faire battre, elle a dut dérailler et avait sûrement résolu de se défendre. Elle pensa qu’elle n’avait franchement pas choisi la bonne solution. La meilleure manière de les aider tous les deux étaient de les arrêter avant que cela n’aille trop loin ! Mais il était peut-être dangereux de le tenter seule.
La jeune femme passa donc discrètement dans le couloir et avisant un téléphone dans le hall d’entrée, décrocha.
Elle sentit alors une présence derrière elle et se retourna brusquement. Charles Ceven était là, pointant un pistolet vers elle !

La Mère était dans son bureau et finissait d’écrire une lettre de félicitation pour son neveu qui venait d’avoir un petit garçon. Elle ne les voyait qu’une fois par an à l’occasion de la visite en famille mais, elle avait gardé des rapports très affectueux avec ce jeune couple. Elle cherchait le meilleur moyen de formuler sa joie de voir la famille s’agrandir quand elle fut interrompue par sœur Roselyne qui frappait à la porte.
« Qu’est-ce qui se passe ? Vous faîtes encore du ménage ? demanda la supérieure étonnée, en la voyant arriver en tenue de travail à neuf heures du soir.
- Il le faut bien ! répondit la responsable de l’entretient. Sœur Lucille a fait la chambre de Michelle tout à l’heure. Mais les coins, s’ils en veulent, il faut qu’ils s’approchent, si vous voyez ce que je veux dire !
- Je vois. Et c’est pour me dire que Lucille fait mal le ménage que vous venez me voir ?
- Oh non ! Sinon je ne quitterais plus votre bureau ! fit sœur Roselyne d’un air désespéré. C’est juste parce qu’en bougeant l’armoire…
- Vous avez bougé l’armoire toute seule ? coupa Mère Jeanne alarmée.
- Oui, pourquoi ?
- Mais enfin ce sont des armoires en chêne massif ! Vous allez vous démolir, voyons ! Ce n’est pas raisonnable !
- Ne vous inquiétez pas, j’en ai vu d’autre ! affirma Roselyne fièrement. Il faut bien faire le ménage derrière les meubles ! Enfin, ça n’est pas la question ! Je disais qu’en bougeant cette armoire il y a un papier qui est tombé. Comme ça a l’air important et qu’il y a le nom de Michelle dessus, je vous l’ai apporté.
- Mince, c’est dommage ! s’exclama la supérieure en se saisissant du document pour y jeter un coup d’œil. Lucille est juste partie lui rendre quelque chose qu’elle avait oublié !
- Ouais, et bien si elle faisait un peu moins les choses à la va-vite, elle aurait pu tout emmener en même temps ! D’ailleurs, à ce sujet ce serait bien que vous lui disiez de faire un peu attention ! C’est vrai quoi ! J’en ai assez de toujours repasser derrière elle et de… Mais qu’est ce qui se passe ?… Vous ne vous sentez pas bien ? »
La Mère, qui regardait fixement le papier, était subitement devenue toute pâle.
« Oh, mon Dieu, souffla-t-elle, mais bien sur… C’est pour ça…
- Non mais en même temps ce n’est pas si grave, tempéra la sœur continuant sur son idée, ça n’est que du ménage… »
Mère Jeanne parut se ressaisir et se leva vivement. Elle fourra le papier dans sa poche, se saisit de son téléphone mobile et sortit en courant. Sœur Roselyne eut juste le temps d’entendre :
« Allo ? La gendarmerie, oui, c’est une question de vie ou, de mort… ».
Déjà la Mère avait disparue par la porte donnant sur le parking. La responsable du ménage resta planté là.
« C’était quand même pas sale à ce point-là !… » souffla-t-elle complètement ahurie.

Lucille regardait l’homme qui pointait le revolver en sa direction.
« Bonjour ! fit-elle d’un ton qu’elle essayait de rendre anodin. Je ne voulais pas vous faire peur, mais j’ai crevé ! J’ai trouvé la porte ouverte et j’appelais le dépanneur. »
Le type ne semblait pas du tout croire son histoire.
« Ne vous fatiguez pas ! fit-il d’une voix brève, je sais qui vous êtes ! »
Il lui fit signe, avec le canon de son arme de passer devant. Ils repartaient vers le salon. C’était le dernier endroit où elle voulait se retrouver. En effet, elle commençait à réaliser que le geste de Michelle n’avait peut-être rien de désespéré. Lucille avait tellement peur qu’elle sentait ses jambes se dérober sous elle.
« Allez, se dit-elle, c’est pas le moment de flancher ! Il faut absolument que je me tire de là ! »
Il fallait agir vite car, quand elle serait dans le salon, il lui faudrait compter avec deux personnes brandissant des pistolets. Fausser compagnie à un seul était quand même plus réalisable. Elle repéra un magnifique vase dans le couloir qui ferait très bien l’affaire. Quand ils passèrent à côté elle le poussa discrètement et il tomba en se fracassant sur le sol. Charles sursauta et eut un mouvement de surprise. Lucille, qui le surveillait du coin de l’œil, n’attendait que cela. Elle s’engouffra vivement par une des portes de la salle à manger et se plaqua contre le mur. Son poursuivant se rua dans la pièce et lui passa à coté sans la voir. Elle en profita pour repartir dans le couloir et se diriger vers la porte de sortie.
L’homme se retourna et, comprenant les intentions de la sœur, prit la seconde porte qui s’ouvrait à l’autre bout de la salle à manger. C’était un tel raccourci qu’il coupa la route de la jeune femme avant même qu’elle ne touche la poignée.
Affolée, Lucille rebroussa chemin et remonta le couloir. Elle se disait que c’était la dernière direction à prendre. Soit elle se retrouverait dans le salon face à Michelle, soit face à l’escalier qui la mènerait au premier étage, donc dans un cul de sac.
La jeune femme s’engagea tout de même dans les marches pensant au moins gagner un peu de temps. Elle sentait Charles si proche d’elle qu’elle croyait presque sentir son souffle. Mais la peur lui donnait des ailes ! Elle qui était nulle en athlétisme à l’école aurait été capable, en ce moment, de battre le record du monde du cent mètres !
Soudain, elle sentit une main lui saisir la cheville. Elle perdit l’équilibre et tomba à plat ventre sur les marches. Dans un réflexe de survie, elle donna un violent coup de pied en arrière. Elle dut toucher quelque point sensible de son agresseur car elle entendit un cri étouffé et un bruit de chute. Elle ne prit pas le temps de se retourner pour constater les dégâts ! Se relevant rapidement, elle finit son ascension et entra, au hasard, dans une des pièces du palier.
Elle tendit l’oreille tout en essayant de se calmer. Un bruit de pas et de porte lui apprirent que Charles était déjà en train de fouiller l’étage. Il fallait agir vite ! Elle ouvrit la fenêtre, la seule issue possible, et se pencha. La façade était couverte de lierre. Elle y tira dessus et il céda tout de suite. Dire que dans les films les héros s’échappaient en s’y accrochant ! Tu parles ! Il n’y avait manifestement pas intérêt à les imiter ! Par contre, en regardant sur la gauche, elle aperçut une gouttière qui paraissait accessible en passant la pièce d’à côté.
Elle referma la fenêtre sans bruit et alla doucement ouvrir la porte pour vérifier si la voie était libre. Ceven était juste en train de refermer la porte d’à côté ! La jeune femme n’eut que le temps de pousser la sienne et de se jeter à plat ventre sous le lit. Charles entra dans la pièce et elle vit ses deux pieds s’y déplacer lentement faisant craquer les lames du plancher.
Lucille, un peu essoufflée, se força à retenir sa respiration et à se tapir dans l’ombre. Pourtant elle ne se faisait pas d’illusion. Bien que le lit soit assez bas, s’il se baissait un tant soit peu, il la trouverait. La peur lui vrillait le ventre.
Les pieds s’arrêtèrent près de la cachette de la jeune femme et elle réalisa qu’il fléchissait ses jambes. Il lui semblait que son cœur s’arrêtait. Dans trois secondes elle était perdue.
« Seigneur, là il me faut un coup de main d’urgence ! » pria-t-elle désespérément.
« Charles ! cria Michelle du salon, Charles ! Viens donc par-là ! ».
Ceven ressortit rapidement et ferma la porte. Lucille n’en revenait pas ! Elle resta un instant, incapable de faire le moindre mouvement. La peur l’avait rendu toute molle.
« Merci de Ton aide ! Je Te redevrais cela ! chuchota-t-elle avec gratitude. »
La pensée qu’il pouvait revenir d’un moment à l’autre lui redonna de la force. Elle sortit de son repaire et alla prudemment ouvrir la porte. La jeune sœur entendit le couple qui parlait dans le salon. Il fallait en profiter. Elle prit une grande inspiration, sortit sur le palier et, sur la pointe des pieds, se rendit dans l’autre chambre.
Après avoir repoussé la porte elle s’approcha de la fenêtre qu’elle ouvrit en faisant attention de ne pas la faire craquer. Elle eut un moment d’hésitation. La gouttière était bien accessible, par contre, elle avait beau n’être qu’au premier étage, vu d’ici, cela paraissait bien assez haut ! De plus, qu’est ce qui lui disait que le cylindre métallique qui descendait jusqu’au sol pourrait supporter son poids ? D’un autre côté, elle ne pouvait pas rester là, ils finiraient par la trouver. Il n’était pas non plus question de repasser par l’escalier. Donc il ne restait plus qu’une solution.
Elle prit son courage à deux mains et se hissa sur le rebord de la fenêtre. Elle se retourna, dos au vide, saisit le tuyau et cala son pied gauche sur le collier le reliant au mur.
« Allez, maintenant fait que ça tienne ! »
Et elle fit passer résolument son pied droit de l’autre côté. Maintenant elle était au-dessus du vide. Rien ne bougea. Serrant les genoux elle laissa glisser ses pieds vers le collier du dessous en s’aidant des mains. C’était finalement beaucoup plus facile qu’elle ne l’aurait cru ! De colliers en colliers elle se retrouva bientôt au sol, toute surprise d’être arrivée aussi vite !
Bon, ça s’était bien passé, mais cela n’était pas une raison pour traîner dans le coin ! Il fallait aller chercher de l’aide. La nuit était tombée et était assez sombre pour couvrir sa fuite. Lucille se baissa et courut en longeant l’ombre du mur de la maison. Quand elle arriva à l’angle, elle tendit l’oreille. Tout semblait calme. Elle tourna et s’arrêta instantanément. Le couple était là, face à elle, Michelle braquant son arme sur elle, pendant que Charles tenait la sienne sur la tempe d’Yves.
« Je serais vous, ma sœur je n’irais pas plus loin ! »


( le suite mercredi 8 août)



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chapitre 13 et 14

Publié le 03/09/2007 à 12:00 par lesromansdelara
Chapitre 13

Intervention musclée


Emeric Laugarec somnolait devant la télévision. Cette nuit de garde s’annonçait calme et son collègue était allé chercher des sodas dans le frigo. Il faisait chaud et il aurait préféré une bonne bière mais, comme il était en service, il n’était pas question pour eux d’absorber la moindre goutte d’alcool.
La sonnerie du téléphone le tira de sa rêverie. Il s’étira et alla décrocher.
« Gendarmerie nationale bonjour ! » fit-il avec assurance.
Daniel, alerté par le bruit, revint avec ses canettes. Il s’arrêta net en voyant la tête d’Emmeric.
« Attendez ma Mère calmez-vous et répétez-moi ça… Oui…Oui… Où êtes-vous ?… Bon d’accord, on arrive mais vous ne faîtes rien avant… Non, surtout pas, on ne sait jamais, ce n’est pas la peine de les affoler ! S’il ne se passe rien vous serez dans votre tort et s’il y a quelque chose cela pourrait être dangereux pour tout le monde… Oui, c’est ça, attendez-nous ! recommanda-t-il une dernière fois en raccrochant.
- Qu’est ce qui se passe ?
- Prépare-toi Danny, tenue d’intervention ! Mets le GIGN en pré-alerte premier niveau. Si la sœur a vu juste, il va y avoir du sport ! Dépêche-toi, je t’expliquerais dans la voiture ! » ajouta Emeric comme son collègue ouvrait la bouche

Mère Jeanne regarda sa montre. Il lui semblait que cela faisait des heures qu’elle attendait devant la maison des Darrube. Pourtant elle n’était là que depuis dix minutes. Il lui fallait patienter. Les gendarmes allaient bientôt arriver. Par chance c’étaient ceux de Vic qui étaient de garde ce soir-là. Elle tenta de regarder par la grille et il lui semblait voir de la lumière à travers les arbres. Par contre aucune trace du vélo de Lucille. Elle avait sûrement dû le garer près de la maison. En tout cas elle l’aurait croisée en venant si elle était repartie.
Soudain, la supérieure entendit un bruit de voiture qui avançait tous phares éteints. Il y avait cependant assez de luminosité pour qu’elle puisse reconnaître le fourgon de gendarmerie. Deux hommes en sortirent en treillis kaki. Bien qu’elle ne les jamais vus habillés de cette manière là, Mère Jeanne les reconnu de suite.
« Bonjour ma Mère. Alors qu’est-ce qui vous fait dire que Michelle Darrube veut tuer son mari ? » demanda le lieutenant Laugarec sans traîner. La sœur lui raconta rapidement ce qui les avaient conduites avec Lucille à soupçonner Michelle puis leurs doutes sur leurs conclusions.
« Nous comprenons bien, conclut le caporal Daniel Dajen. Mais alors pourquoi avez-vous changé d’avis et qu’est-ce qui vous fait dire qu’elle va passer à l’acte précisément ce soir ?
- Parce que nous avons trouvé cela », fit-elle en tendant le papier ramassé dans la chambre de Michelle.
Les gendarmes jetèrent un coup d’œil à la feuille et il se regardèrent, interloqués.
« Bon, dit Emeric, ça à l’air sérieux mais pas de précipitation ! Danny, tu préviens le GIGN de se mettre en pré alerte deuxième niveau ! Je monte sur la butte pour voir ce qui se passe à l’intérieur. Vous, ma Mère vous restez là ! »
Le lieutenant s’enfonça dans les bois, en empruntant un chemin qui montait en pente douce, jusqu’en haut d’une petite colline surplombant la maison. Tout en marchant, il sortit de puissantes jumelles commando qui avaient une position infrarouge pour voir de nuit. Il regarda la maison de temps en temps afin de noter le moindre détail suspect. Il nota la présence d’un VTT devant la porte principale. Puis il se guida sur les pièces qui était illuminées. Il choisit une place protégée par les arbres d’où il avait une vue imprenable sur les fenêtres donnant sur les principales pièces de la demeure. Puis, il s’allongea et régla ses jumelles sur l’option normale avant de les braquer sur les fenêtres de la seule pièce éclairée.
Il voyait ce qu’il s’y passait comme s’il y était. Il observa un instant et ce qu’il vit lui suffit. Il prit son talkie-walkie et appela son collègue :
« Bronx, ici le Breton, tu me reçois ?
- Oui le Breton, ici Bronx je te reçois cinq sur cinq !
- Danny, Madame Darrube tient en joue son mari. Je répète, elle a une arme et menace son mari. Aucune trace de personne d’autre. Déclenche le GIGN et demande à la Mère avec quel moyen de locomotion Sœur Lucille est arrivée. Bien reçu ?
- Bien reçu, je déclenche le groupe d’intervention ! Ne quitte pas. »
Le lieutenant ne dû pas attendre très longtemps la réponse à sa question.
« Elle est venue en vélo ! fit une voix juste derrière lui.
- Mais qu’est-ce que vous faîtes-là !? s’exclama-t-il en apercevant Mère Jeanne.
- Ecoutez, Lucille est peut-être en danger ! Est-ce que vous croyez franchement que je vais rester plantée à côté de la voiture en me rongeant les sangs !?
- Ma sœur, avec tout le respect que je vous dois, vous n’avez rien à faire là ! Cela peut-être dangereux ! Alors redescendez et mettez-vous à l’abris avant que je vous y mette de force !
- Il n’en n’est pas question et…
- Couchez-vous ! »
Il la prit par les épaules et la plaqua au sol.
« Mais ça ne va pas non ?
- Chut ! »
Quelque chose bougeait dans la maison. Les pièces du premier étage s’allumaient et s’éteignaient successivement. Le gendarme braqua ses jumelles dans cette direction et vit un homme qui fouillait le premier étage, revolver au poing.
« Qui c’est celui-là ? marmonna-t-il.
- Il ressemble à Charles Ceven, l’amant de Michelle. »
Emmeric regarda la Mère avec surprise.
« Eh ! Mais où avez-vous trouvé çà !? demanda-t-il en s’apercevant qu’elle tenait, elle aussi une paire de jumelles.
- Dans votre voiture ! Je me suis dit que tant qu’à venir voir, autant prendre ce qu’il faut !
- Ne vous gênez pas surtout !… »
Sa voix commençait à se teinter d’humour. Il avait toujours cru que Lucille était un cas à part dans sa communauté mais il s’apercevait que ces bonnes sœurs n’avaient pas fini de le surprendre !
« Comment savez-vous que c’est lui ? Je croyais que vous ne l’aviez jamais vu ?
- C’est vrai mais Lucille me l’a décri très précisément et ça paraît correspondre… Regardez ! » fit la Mère en lui désignant une fenêtre sur la gauche qui s’ouvrait doucement. Une petite tête brune en sortit.
« C’est Lucille ! »
Elle était heureuse de la voir en bonne santé et poussa un soupir de soulagement. Mais elle sentit le lieutenant se crisper. Elle comprit pourquoi en voyant la pièce d’à coté fouillée par Ceven.
« Mon Dieu ! c’est elle qu’il cherche ! » pensa-t-elle.
Pendant ce temps la jeune sœur avait tiré sur le lierre et s’était attardée à regarder quelque chose sur la droite.
« Elle va se faire prendre ! Il faut faire quelque chose !
- Restez tranquille ! répondit fermement Emmeric. On ne peut rien pour l’instant. Il faut attendre le GIGN. »
Lucille avait disparue de leur vue et Charles entra dans la pièce où elle était. Il ressortit peu après, seul. Puis, une minute après, la fenêtre de droite s’ouvrit et la jeune femme réapparut.
« Mais qu’est-ce qu’elle fait !? » s’exclama la supérieure en la voyant monter sur le rebord de la fenêtre.
« Je crois comprendre. Non… elle ne va pas faire çà ?! fit le gendarme éberlué en la voyant s’agripper à la gouttière.
- Oh si ! Elle va le faire… » soupira Mère Jeanne qui ne se faisait guère plus d’illusion depuis longtemps sur la capacité qu’avait Lucille d’être raisonnable.
La descente avait l’air de bien se passer mais leur regard fut attiré par un trait de lumière qui venait d’un autre côté de la maison.
« Ne bougez pas ! » ordonna le lieutenant .
Il se déplaça avec précaution pour voir la demeure sous le bon angle. Trois personnes étaient sorties de la maison. Charles Ceven tenait en respect monsieur Darrube avec son revolver pendant que Michelle les suivait de près.
Pendant ce temps, Lucille avait atteint le sol et se dirigeait droit vers le danger.
« Il faut faire quelque chose ! » s’exclama Mère Jeanne.
Emeric sursauta.
« Ah mais c’est une manie ! Je vous avais dit de rester là-bas !
- Mais Lucille va se faire capturer ! Il faut intervenir ! protesta la supérieure
- Vous allez nous faire repérer ! Si vous continuez, je vous coffre !
- Vous n’oseriez pas !…
- Oh ne me tentez pas ! »
Maintenant ça y était, la jeune sœur s’était fait surprendre par ses agresseurs. La Mère foudroya le gendarme du regard.
« Et voilà ! Vous êtes content ?
- Le Breton, de Bronx, fit le talkie-walkie en sourdine.
- Bronx, ici le Breton, parle Danny.
- Emeric, le GIGN est là !
- Bien reçu, on arrive ! »


Michelle menaçait la jeune sœur avec son arme.
« Je serais vous, ma sœur, je n’irais pas plus loin ! »
Lucille était furieuse envers elle-même ! Elle s’en voulait de s’être jetée ainsi dans la gueule du loup ! Elle réfléchit rapidement à la façon de se tirer de ce mauvais pas.
Il lui était difficile de finasser. D’abord parce qu’elle sentait que Charles, s’étant fait berner une première fois, était beaucoup plus méfiant. Ensuite parce qu’elle n’était pas seule en cause et que, si elle tentait de s’échapper, Yves risquait d’être abattu immédiatement.
D’autre part, elle sentait qu’elle devait essayer de rester à l’extérieur. Il était beaucoup plus facile et plus discret de leur tirer dessus à l’intérieur et, maintenant que les deux amants les avaient sous la main rien ne les retenaient plus de passer à l’acte. La jeune femme résolut donc d’essayer de gagner du temps.
« Mais je n’ai pas l’intention d’aller me promener après avoir reçu une si gentille invitation !
- Vous me voyez désolée d’utiliser la force, répondit Michelle. Mais vous vous trouvez au mauvais endroit au mauvais moment. »
La jeune sœur joua l’innocente. Peut-être qu’en les persuadant qu’elle croyait à de la légitime défense, elle ne serait plus une menace pour eux. S’ils saisissaient l’occasion, ils trouveraient ainsi une sortie honorable sans avoir à recourir à la violence.
« Je comprends que se faire battre par son mari, est intolérable. Mais le menacer de votre arme ne résoudra rien. Au contraire, vous allez vous mettre dans votre tort.
- Mais vous ne comprenez pas qu’ils s’en fichent de ça ! protesta Yves qui ne comprenait pas la tactique de Lucille. Je ne l’ai jamais touchée ! Tout ce qu’elle veut c’est mon argent !
- Vous, si vous ne l’aviez pas brutalisée, vous ne seriez pas dans cette situation ! répondit fermement la jeune sœur en priant pour qu’Yves se taise. Alors vous auriez plutôt intérêt à faire profil bas !
- Oui, renchérit Michelle, ta g… toi, ne la ramènes pas !
- Ne te laisses pas avoir ! intervint Charles. Elle est maligne, elle essaye de nous embobiner, je suis sur qu’elle sait tout ! Sinon pourquoi serait-elle là ?
- Oh je comprends ! Je vous ai fait peur en rentrant chez vous sans permission ! Je m’en excuse ! fit la jeune femme en continuant son cinéma. Je voulais vous ramener le pyjama que vous aviez oublié. La sonnette ne marchait pas et la porte était ouverte, alors je vous ai cherché.
- Mais oui… et c’est pour cela que vous essayiez de téléphoner en me racontant une histoire à dormir debout quand je vous ai surprise ? dit Charles, incrédule. Je te dis qu’elle a tout entendu ! Si elle est là je suis sur que c’est parce qu’elle a trouvé le papier que tu as perdu.
- Quel papier ? demanda la sœur, réellement étonnée cette fois.
- Mais tais-toi ! ordonna Michelle à son amant.
- Le testament qu’ils m’ont volé ! révéla Yves avant que sa femme puisse l’en empêcher. Figurez-vous que ces deux escrocs m’ont cambriolé ! Ils ont trouvé le nouveau testament que j’avais fait après que Michelle m’ait quitté ! Je l’y déshérite. Ils veulent me tuer pour l’annuler.
- Mais ça n’a pas de sens ! répondit Lucille pour essayer une dernière fois de sauver la situation. Le fait de tuer quelqu’un n’a jamais fait annuler un testament, au contraire ! »
Tout en parlant, elle se disait que sœur Roselyne avec sa maniaquerie du ménage, allait peut-être lui sauver la mise ! Si elle avait trouvé le document et avait compris ce que c’était, il était à parier que la cavalerie était en passe d’intervenir. A partir de ce moment-là, elle essaya d’observer discrètement les alentours pour repérer d’éventuels indices lui indiquant que les gendarmes étaient dans le coin.
Pendant ce temps, Yves continuait de lui casser la baraque.
« … faire un testament prend quelques jours. Ce que j’avais dans mon bureau était l’épreuve définitive que je devais lire à tête reposée. J’ai rendez-vous demain pour le signer. Quand ce sera fait, il annulera l’autre. »
Maintenant c’était fichu ! Lucille ne pouvait plus faire mine de ne rien savoir. Par contre, pour continuer à gagner du temps, elle pouvait essayer de se faire expliquer ce qu’elle savait déjà.
« Mais alors, fit-elle innocemment, vous avez tout inventé ?»
Les deux amants se mirent à rire. Elle se dit qu’elle réussissait vraiment à passer pour une imbécile ! Enfin, bon, en même temps, il valait mieux paraître idiote, qu’être tuée !
Au début, leur histoire avait été on ne peu plus banale. Ils lui expliquèrent ainsi comment ils s’étaient rencontrés, fortuitement, en faisant le marché. Ils s’étaient revus et étaient tombés amoureux l’un de l’autre. De fil en aiguille, Michelle avait décidé de quitter Yves. Ils avaient le projet de refaire leur vie aux Antilles en montant un hôtel. Mais, pour cela il fallait des capitaux et pas qu’un peu. Charles lui fit remarquer qu’avec tout l’argent que possédait son mari il serait dommage que Michelle parte sans rien.
Ils montèrent donc l’histoire du suicide qui justifierait ensuite amplement le divorce au profit de Michelle. Ils réussirent tant bien que mal à faire croire à cette thèse. Mais petit à petit, Charles convainquit Michelle qu’elle ne retirerait pas assez en procédant de cette manière. Avoir une partie de l’argent c’était bien, posséder toute la fortune c’était mieux. La passion qu’elle ressentait pour Ceven étant plus forte que tout, elle résolut de liquider purement et simplement son mari. Ce geste, vu le contexte, passerait naturellement pour de la légitime défense. Bien sur, la rumeur l’accuserait, mais la justice l’acquitterait et, comme ensuite ils partiraient loin, cela n’avait pas d’importance.
Ils avaient décidé de prendre leur temps pour bien cimenter tout cela, mais un événement imprévu les força à accélérer le mouvement. Charles, qui surveillait les faits et gestes d’Yves c’était aperçu qu’il s’était rendu chez le notaire. La seconde fois, il en était ressorti avec une enveloppe sous le bras.
Les amants, se doutant qu’il y avait anguille sous roche, allèrent fouiller le bureau d’Yves. Au début, il ne devait même pas s’apercevoir du cambriolage car Michelle avait toujours ses clés. Manque de chance, Yves avait changé les serrures. Ils avaient été obligés de rentrer par effraction. Par contre, il n’était pas question qu’il sache ce qui les intéressait. Ils prirent donc le temps de photocopier le document et de le remettre en place. Ce n’était que ce soir qu’ils lui avaient tout révélé.
Quand ils s’aperçurent du contenu du testament, ils s’affolèrent. Heureusement il n’était pas signé et, en regardant dans l’agenda d’Yves, ils se rendirent compte qu’il avait rendez-vous avec le notaire dans la semaine. Il fallait agir rapidement.
Michelle profita donc de sa consultation chez le psychiatre pour exprimer sa volonté de reprendre la vie commune avec son mari. Quand elle rentra chez elle, elle s’installa et, le soir venu, elle monta le son de la télé, laissa la porte ouverte pour que Charles puisse rentrer et tuer son mari. Mais, avant de le faire, elle tenait à lui donner certaines explications.
« Ca aurait pu se passer sans accrocs. Mais quand Charles est arrivé…
- Il m’a trouvée dans la maison ! compléta Lucille.
- Oui et maintenant nous sommes obligés de vous liquider tous les deux et ça ne nous amuse pas, croyez-moi ! »
Lucille non plus ne rigolait pas. Par contre, depuis une minute, elle avait senti du mouvement dans les arbres qui se trouvaient derrière les trois autres, juste en face d’elle. Les renforts arrivaient, il fallait encore gagner un peu de temps. Elle décida de mettre la pagaille entre les deux. Rien ne valait un peu de division avant un assaut !
« Dites Michelle, votre histoire me fascine mais il n’y a rien qui ne vous paraît bizarre dans tout cela ?
- Qu’est ce que vous voulez dire ?
- Et bien vous rencontrez quelqu’un dont vous tombez amoureuse et vous voulez quitter votre mari, très bien. Mais qui a eu l’idée de divorcer en mentant pour récupérer de l’argent ?
- Et bien… je ne sais pas… Charles je crois, pourquoi ? »
Lucille continua en éludant la question. Le mouvement devenait de plus en plus évident derrière les fourrés.
« Bon. Et qui a décidé que ce ne serait pas une part du gâteau, mais l’ensemble que vous vouliez ? »
Michelle ne répondit pas, mais la réponse devait la déranger car elle fronça les sourcils.
« Où est-ce que vous voulez en venir ?
- Arrête ! interrompit Charles. Tu ne vois pas qu’elle veut nous embrouiller ! »
La jeune femme aperçut une silhouette en treillis qui longeait le mur derrière eux. Elle devait absolument se retenir de le regarder et maintenir l’attention des autres sur elle.
« Je trouve que vous devenez franchement nerveux. Est-ce que je toucherais un point sensible ?
- Mais de quoi parlez-vous ? demanda Michelle qui voyait son amant se décomposer.
- Avant de le rencontrer vous étiez assez heureuse avec votre mari et, peu après, vous en venez à le liquider pour prendre son argent. Vous n’avez pas l’impression de vous être fait manipuler ? Je serais vous je n’aimerai pas !
- Tais-toi ou je te crève! rugit Ceven.
- Je crois en effet que vous êtes tout à fait capable de le faire sans sourciller. Mais, Michelle, qui l’empêchera, une fois que vous serez mariés d’en faire autant avec vous ?
- Non, il m’aime !
- Oui, mais, apparemment, il n’est pas de tempérament très partageur ! Je serais vous je me méfierais ! »
Elle avait touché juste. Michelle regarda Charles et lu sur son visage que Lucille avait raison. Elle s’était fait berner. Ceven, furieux de voir que la situation lui échappait, lâcha Yves et braqua son revolver sur Lucille.
Mal lui en prit. Le GIGN n’attendait que ça pour donner l’assaut. Ils le firent rapidement et avec une synchronisation parfaite. Lucille se sentit plaquée au sol et vit un gendarme faire de même avec Yves. Une fusillade s’en suivie. La jeune femme voulut jeter un coup d’œil pour savoir ce qui se passait, mais le gendarme chargé de la protéger lui mit la main sur la tête pour la forcer à rester à couvert.
« Ne bougez surtout pas tant que je ne vous le dis pas ! » lui chuchota-t-il.
Au bout d’une minute, ce qui est plutôt long quand les balles vous siffle au-dessus de la tête, elle n’entendit plus rien.
« Opération terminée ! Félicitation les gars ! » fit une voix forte.
Le gendarme qui maintenait Lucille au sol, l’aida à se relever. Elle se retrouva face à un grand gars cagoulé.
« Vous n’avez pas de mal ? demanda-t-il.
- Non, grâce à vous. Je ne sais comment vous remercier.
- Nous n’avons fait que notre travail » répondit-il visiblement surpris du remerciement.
Soudain une tornade blanche s’abattit sur elle.
« Lucille, Lucille, mon petit, ça va ? Vous m’avez fait si peur !» fit Mère Jeanne en la serrant fort dans ses bras.
La jeune sœur se dit qu’après avoir échappé aux balles il n’était pas sûr qu’elle survive à l’étreinte de sa supérieure !
Quand la Mère la lâcha, Lucille prit conscience de ce qui se passait autour d’elle. Elle fut éberluée de voir tous ces gendarmes en treillis et cagoulés. Ils étaient en train de conduire Michelle, menottée, dans le fourgon. Yves qui avait l’air en bonne santé, lui aussi, s’expliquait avec Emeric. Elle s’aperçut alors qu’un homme était resté à terre. C’était Charles Ceven.
Laissant la Mère en plant elle courut vers lui. Daniel était en train de l’examiner. Le gendarme leva la tête quand il la vit arriver.
« Je lui coupe la manche. Regarde, il a reçu la balle juste là. »
Elle avait été parfaitement ajustée dans l’épaule droite pour lui faire lâcher son arme. Il était pâle, perdait beaucoup de sang mais il était vivant. Lucille demanda un linge et pressa fortement la blessure avec. Ceven tressaillit de douleur.
« Je suis désolée, je sais que ça fait mal, mais c’est le seul moyen de vous empêcher de perdre tout votre sang.
- C’est bon, Danny ! fit la voix d’Emmeric derrière eux, les pompiers sont prévenus, ils arrivent. »
Juste à ce moment là le bip de Lucille se mit à sonner.
« Record de rapidité ! s’exclama-t-elle. Maintenant, je commence à intervenir avant même que le bip sonne ! »
La sirène retentit à son tour.
« Pourquoi vous faites ça ? demanda Charles d’une voix faible.
- Faire quoi ?
- Me sauver la vie alors que j’ai voulu vous tuer… »
Lucille sourit.
« Parce que toute vie humaine est sacrée, même celle d’une personne qui a voulu en tuer une autre.
- Même celle d’un raté qui ne sait faire que des conneries ?
- Vous savez, ce sont les actes qui sont répréhensibles. La personne qui les commet reste une personne humaine. Surtout quand elle commence à réaliser qu’elle aurait pu se conduire autrement.
- Vous êtes complètement fêlée ! »
Il disait cela pour ne pas perdre la face mais était visiblement touché.
« Ma sœur, vous êtes occupée ? fit alors un gendarme du GIGN.
- Un petit peu oui… répondit-elle les deux mains appuyées contre la blessure de Charles.
- Parce qu’il nous faudrait votre déposition.
- Et bien, de deux choses l’une. Soit vous venez la prendre ici, soit vous attendez un petit quart d’heure que les pompiers arrivent et que je finisse de m’occuper du blessé. »
Il repartit en marmonnant qu’il allait voir avec ses chefs. Un peu inquiète d’avoir envoyé balader un gendarme, elle le suivit du regard. Il alla parler à un autre homme qui était visiblement haut gradé. Le chef se rendit alors prés de Lucille, l’air surpris.
« Excusez-moi ma sœur, vous savez vous occuper des blessés ?
- Euh… Oui…un peu… »
Daniel pouffa.
« Elle infirmière chez les pompiers ! »
Le gradé la regarda, étonné. Depuis qu’il était arrivé, il avait entendu parler de descente de gouttière, d’esquive, de négociation, de bluff…et maintenant il découvrait qu’elle était pompier. Toutes ses conceptions sur les bonnes sœurs étaient en train de voler en éclat ! Il s’entendit proposer :
« Un petit stage au GIGN ça ne vous dirait pas ? »
Lucille vit repasser devant ses yeux la soirée, les poursuites, les revolvers sans compter la trouille qu’elle avait eu.
« Non, merci, sans façon ! Je crois que je vais me tenir loin des émotions fortes pour quelque temps ! »
La pauvre fille ne savait pas qu’elles allaient la rattraper plus tôt que prévue…





Chapitre 14

Visions


Un mois était passé depuis ces évènements. Les remous causés par ces faits commençaient à s’estomper. Tout ce qui s’était passé ce soir-là devait rester absolument secret pendant l’enquête, par conséquent tout le village était au courant dès le lendemain !
Bien sur, la rumeur se chargea de transmettre les évènements répétés, déformés et amplifiés. Les journalistes s’y mirent et Lucille reçut bientôt des tonnes d’offres allant du simple article, à l’émission de télévision, sans parler des propositions pour reprendre cette histoire dans un téléfilm !
Au début, d’un commun accord avec la Mère, elle décida de rester discrète et de ne rien dire. Les médias ont tôt fait de monter une histoire en épingle qu’ils oublient aussitôt pour se focaliser sur autre chose. Il suffisait de laisser la déferlante passer.
Mais tout le monde n’était pas dans ce cas et certains se laissèrent interviewer, en particuliers ceux qui ne savaient rien. Du coup l’aventure parue avec des variantes plus ou moins importantes ! Cela faisait rire Lucille, mais pas trop la Mère. Finalement les faits prirent de telles proportions que la jeune femme accorda une interview exclusive au journal local pour remettre les choses au point et raconter ce qui c’était vraiment passé. Le numéro de ce jour-là battit des records de vente !
Cependant, la vérité paraissait tellement terne par rapport à tout ce qui avait été dit, que l’information fut peu relayée. Les journalistes s’intéressèrent alors au cas d’un homme politique qui avait détourné de l’argent, ce qui était nettement plus vendeur.
Durant toute cette période la vie continuait. Yves essayait de retomber sur ses pieds. Comme il avait besoin de parler avec quelqu’un de confiance il venait souvent voir la Mère pour essayer d’y voir plus clair. Au début il avait été furieux contre Lucille qui avait semblé douter de ses dires pendant la confrontation avec sa femme et son amant. Puis, comprenant le sens de ses paroles, il se sentit un peu confus de ne pas avoir comprit de suite que cela n’était qu’une manœuvre pour essayer de les sauver.
La jeune sœur avait fait sa déposition le soir même. Quand elle eut fini, Emeric fronça les sourcils.
« La déposition est close maintenant, mais, dis-moi, il y a une chose que je ne comprends pas. Comment avais-tu deviné que Charles avait monté ce coup-là juste pour l’argent des Darrube et qu’il projetait ensuite de se débarrasser de Michelle ?
- Je n'en savais rien ! J’ai dis ça au hasard pour gagner du temps et pour jeter la suspicion entre eux. Je ne m’attendais pas a ce que ce soit vrai ! »
Le lieutenant avait écarquillé les yeux.
« Ben toi alors ! »
Elle avait ensuite dû témoigner auprès du juge d’instruction. Finalement, Charles et Michelle avaient été mis en examen et incarcérés en attendant le jugement. C’est au cours de cet entretien qu’elle leva le voile sur la dernière zone d’ombre du dossier : pourquoi n’avait-elle pas trouvé le nom de Charles sur la boite aux lettres de sa maison ? La réponse était toute simple. La demeure appartenait à sa mère, morte récemment. Il habitait avant dans un autre département et avait rencontré Michelle pendant des vacances. Ensuite il était venu habiter là mais sans faire le changement d’adresse. Il avait ainsi une base de replis au cas où quelque chose tournerait mal.
Tout cela, n’avait pas empêché Lucille de reprendre ses activités normalement. La vie au couvent alternait avec les visites à l’hôpital. Les interventions avec les pompiers se faisaient rare pour elle. L’été battait son plein avec son lot de feu. En tant qu’infirmière elle n’y intervenait pas car c’étaient pour l’instant des feux de petite superficie ne justifiant pas sa présence. Ils avaient juste eu à secourir un touriste qui s’était cassé un tibia en faisant du VTT.
Par contre, son jugement du conseil de discipline était arrivé. C’était un petit bijou de diplomatie, ménageant habilement chaque partie. Il était dit en gros à Lucille que, dans ce cas, le non-respect de la procédure était justifié mais que cela ne devait être fait qu’occasionnellement, à bon escient et, uniquement en cas d’urgence vitale. Aucune sanction n’était requise contre elle. René avait aussi été relaxé.
Cela n’avait pas plû à Jean-Luc. D’autant plus que le conseil de centre statuant du sort de son fils avait été franchement houleux. Là aussi, l’affaire avait fini auprès du colonel, mais avait plutôt mal tourné pour Louis. Le jeune homme avait écopé d’une mise à pied d’un an. Du coup le lieutenant faisait franchement la tête à tout le monde et ignorait purement et simplement Lucille et René. L’ambiance était pour le moins tendue !
Pour couronner le tout, les incidents bizarres continuaient à se multiplier. Ils étaient moins importants que dans le cas des freins du VSAV, mais leur nombre était plutôt inquiétant. Ainsi les portes du garage à véhicule se déboîtaient, certains outils étaient endommagés, du matériel manquait… Rien qui ne puisse mettre la puce à l’oreille de quelqu’un qui ne savait rien mais assez pour piquer la curiosité de Lucille.
Bizarrement, plus ces évènements se produisaient, moins Greg paraissait y faire attention. A chaque fois que la jeune femme lui en parlait, il les expliquait au fur et à mesure par des explications naturelles qui pouvaient, en effet, coller. De plus cette multiplication d’incidents coïncidait, comme par hasard, avec les problèmes de Jean-Luc. Ses doutes étaient en train de se confirmer.
Elle avait parlé de ses soupçons à Greg qui avait franchement rigolé. Comment soupçonner Jean-Luc, ce pompier irréprochable ? Non cela n’était pas sérieux ! Lucille commençait à penser qu’il voulait protéger son adjoint et cela la décevait. Elle en voulait au chef de centre de lâchement fuir ses responsabilités. Comme quoi on découvrait, dans les moments de crise, des facettes de la personnalité des gens, restées inconnues jusque là. Le manque de courage de Greg en était le parfait exemple.
Au couvent, elle avait entamé ses cours aux postulantes. Celles-ci semblaient s’acclimater progressivement. Maylis acceptait difficilement d’être guidée par Lucille mais elle le montrait un peu moins et semblait se faire à cette idée. Sarah commençait peu à peu à sortir de sa réserve et s’ouvrait un peu plus volontiers aux autres. Aucun troubles psychiques ne s’était déclarés et Lucille commençait à penser qu’elle avait trouvé un équilibre qui lui convenait. Après tout, ils étaient peut-être dû au changement de cadre de vie. Il fallait toujours un peu de temps pour trouver de nouveaux repères.
Mais un événement se chargea de la détromper.
Cette après-midi là, après le cours d’histoire de la congrégation, Sarah et Lucille se rendirent au jardin, pendant que Maylis allait à la confection d’hosties. La jeune sœur voulait aider un peu la postulante qui avait du mal à se faire au jardinage et était assez terrifiée par sœur Marie-Yves. Quand la sœur jardinière les vit arriver, elle ouvrit de grands yeux.
« Et alors j’en ai deux aujourd’hui ?
- Oui, expliqua Lucille, je viens lui donner un coup de main parce que j’ai cru comprendre qu’elle avait un peu de mal.
- Un peu de mal… c’est une drôle de façon de le dire ! Et vous voulez lui donner un coup de main ? C’est vraiment un aveugle qui guide un aveugle !
- Ne vous inquiétez pas ! Pour le jardinage, je vous en laisse le soin. Je veux juste lui montrer qu’elle peut être une sœur de la Miséricorde même si elle n’est pas excellente au jardin. C’est l’état d’esprit dans le quel on fait les choses qui comptent.
- Mouais, bien sur, on peut toujours s’en sortir comme cela… En tout cas çà n'est pas avec des théories comme ça que mes tomates vont pousser ! »
Lucille se mit à rire et elles commencèrent leur travail. Aujourd’hui, il s’agissait d’enterrer les restes du poisson de midi au pied des tomates. Ca faisait un engrais formidable. Lucille, qui n’aimait déjà pas le poisson, n’appréciait pas du tout de devoir le mettre en terre à quatre heures de l’après-midi. En effet, en pleine chaleur, il exhalait un fumet très peu subtil.
Tout à coup sœur Marie-Yves s’exclama:
« Sarah ! quand je dis au pied des tomates, ça n'est pas au travers des racines. Regardez celui-là vous lui avez sectionné tout le bas du pied. Vous croyez qu’il va tenir comment, par l’opération du Saint Esprit ? Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour récolter toutes les filles qui ont deux mains gauches ? »
Lucille était en train de finir d’enterrer un tas d’arrêtes. Elle se dit qu’elle allait la laisser dire une minute sans intervenir.
« Mais enfin comment croyez-vous… Oh ! Mais qu’est-ce qu’il y a ? »
Lucille se releva vivement. Sarah s’était figée, les yeux perdus dans le vide et son visage était devenu d’une blancheur cadavérique. Elle avait beau avoir été prévenue, elle resta un instant pétrifiée. La jeune sœur se ressaisit vite.
« Aidez-moi à la transporter à l’ombre ! » demanda-t-elle à Marie-Yves.
La jardinière, malgré son âge, était une force de la nature. Elles saisirent la postulante chacune par un bras et essayèrent de la soulever. Impossible. Elle était toute raide et d’une lourdeur terrible. Les deux sœurs se regardèrent avec surprise. Sarah était un petit gabarit et rien n’expliquait un tel poids.
« Mais qu’est-ce qu’elle a, une insolation ? » demanda la jardinière.
L’infirmière en doutait. Quand quelqu’un souffrait d’un coup de chaud, il était plus rouge écrevisse que blanc farine et il ne pesait pas dix fois son poids.
« Mais qu’est-ce qu’elles ont toutes à faire des crises dès que je dis quelque chose ? se lamenta Marie-Yves.
- Ne vous en faites pas. Je ne pense pas que cela soit du à votre diplomatie légendaire ! »
La jardinière allait répondre vertement quand la postulante sembla revenir à elle.
« Sarah ça va ? demanda Lucille.
- Oui.. Ma sœur ! répondit la postulante en regardant Lucille d’un air terrifié. Vous allez bien ?
- C’est plutôt moi qui te le demande ! Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Ca m’arrive des fois. Il y avait longtemps que ça n’était pas revenu.
- Viens un peu par-là, fit Lucille en l’entraînant sur un banc, à l’ombre. Tu veux boire ?
- Non, ça va maintenant, je vous assure.
- Est-ce que c’est indiscret de te demander, ce que sont ces crises ? »
Sarah parut un peu embarrassée mais répondit assez rapidement.
« Personne ne le sait. J’en ai depuis toute petite. Au début mes parents m’ont emmenée chez le médecin qui a pensé à des crises d’épilepsie. J’ai fait tout un tas d’examen avec un neurologue mais ça n’était pas cela. Comme il n’y avait rien physiquement, j’ai été orientée vers tout un tas de médecins et de psychiatres qui n’ont pas pu faire de diagnostique fiable.
- Mais toi, qu’est-ce que tu ressens ?
- Eh bien, tout d’un coup je me sens bien et c’est comme si j’étais ailleurs.
- Ailleurs ?
- Oui. Je ne vois plus rien de ce qui se passe autour de moi…
- Et tu vois autre chose ?
- Non… Non, rien. »
Lucille avait le sentiment que ce ‘non’ cachait quelque chose. Elle n’alla pourtant pas plus avant dans les questionnements. Quand Sarah serait plus en confiance, peut-être qu’elle se confierait plus avant. Mais il fallait que cela vienne d’elle.
L’infirmière demanda donc à la jeune fille d’aller se reposer en attendant l’heure de la messe et demanda à Marie-Yves de garder le secret sur ce qui s’était passé pour ne pas embarrasser la postulante. Comme la jardinière était une femme discrète, Lucille avait confiance. Par contre elle alla immédiatement en parler en parler avec la supérieure.
« Je ne suis pas surprise que cela arrive. Après la crise, vous a-t-elle parut décalée dans ses propos ?
- Non, répondit la jeune sœur. Elle m’a très bien expliqué les choses, c’était clair et précis.
- Il faudra la surveiller d’ici demain, car après ses absences, il y aurait des comportements un peu bizarres de sa part. Il faut vérifier cela.
- Je vais faire de mon mieux. Elle se repose jusqu’à la messe.
- Très bien. On avisera s’il y a du nouveau.
- S’il faut, il ne va rien se passer du tout » sourit Lucille, optimiste.
Mais il se passa quelque chose…
Le soir-même Lucille était en train de s’endormir. Dans un demi-sommeil elle crut entendre frapper à sa porte. Elle resta immobile et attendit, quand elle entendit le plancher craquer devant sa chambre. Elle passa une robe de chambre et ouvrit. Elle aperçut une petite silhouette qui s’éloignait.
« Sarah ?»
La jeune fille s’arrêta et se retourna. Elle revint vers Lucille.
« Qu’est-ce qui se passe ? Tu ne te sens pas bien ?
- Si… Si, ça va très bien mais il faudrait que je vous parle.
- Et ça ne peut vraiment pas attendre demain ?
- Je sais qu’il est tard, mais c’est quelque chose qui m’angoisse beaucoup et m’empêche de dormir. Je ne me voyais pas attendre demain.
- Bon, d’accord ne bouge pas ! »
Lucille regagna sa chambre et s’habilla rapidement, puis elle conduit Sarah dans la salle de cours.
« Là nous serons tranquilles et nous ne risquons pas de réveiller quelqu’un. Alors, dis-moi ce qui te tracasse ?
- Eh bien voilà. Tout à l’heure vous m’avez envoyée me coucher tôt pour que je puisse me reposer. A ce propos, je voudrais vous remercier ne n’avoir pas parlé à tout le monde de ma crise de cette après-midi. En général, après, les gens ont tôt fait de me prendre pour une folle. »
Lucille comprit que c’était une manière détournée de lui demander ce qu’elle en pensait.
« Ne t’inquiète pas, je n’ai jamais pensé cela. Par contre ça serait mieux pour tout le monde si on arrivait à en déceler l’origine.
- Oh, oui, j’en serais heureuse ! Vous ne pouvez pas savoir ce que c’est que de vivre avec quelque chose en soi qui ne tourne pas rond et que personne ne puisse vous aider à savoir ce que c’est !
- Je veux bien t’aider et la Mère aussi, mais il faudra que tu coopère en nous disant tout ce que tu sais dès que tu te sentiras prête.
- Mais je vous ai tout dit…
- En est-tu sure ? »
La jeune fille rougit et détourna le regard. Un bref instant Lucille crut qu’elle allait parler mais l’instant passa et l’occasion avec.
« Pour le moment ça n’est pas de cela que je voulais vous parler.
- Allez je n’insiste pas. Dis-moi ce qu’il y a.
- Tout à l’heure, j’étais en effet assez fatiguée et je me suis endormie tout de suite. Je ne sais pas si c’est par angoisse, mais j’ai fait un rêve qui m’a paru si réel que je ne pourrais plus dormir après si je ne le racontais pas. »
Lucille eut un moment d’attendrissement. Si c’était pas mignon. Elle venait lui raconter ses cauchemars, comme un petit enfant le ferait à sa mère… C’est vrai qu’à vingt-trois ans, cela faisait un peu bizarre. Mais elle laissa parler la jeune fille en essayant de ne rien laisser paraître.
« C’était bizarre, j’étais dans une maison en rondins qui brûlait très fort. Vous étiez là, habillée en pompier et vous regardiez la maison brûler. Il n’y avait personne d’autre avec vous. Soudain un pompier m’est presque tombé dessus. Il venait de l’étage supérieur. Il était par terre, inconscient. Il était habillé comme vous sauf qu’il avait des bandes bleues au niveau des bras et des épaules.
Vous avez crié son nom, que je n’ai pas entendu à cause du bruit, et vous avez couru dans la maison en feu. Vous l’avez traîné en le prenant sous les bras. Vous alliez arriver sous la porte quand j’ai remarqué qu’une des poutres qui la soutenait allait céder. Je vous ai crié de faire attention et vous vous êtes soudain arrêtée, comme si vous m’aviez entendue.
Vous êtes alors allée sur la droite en longeant le mur de la maison. Il faisait très chaud et il y avait plein de fumée partout. Je vous ai devancée et, en fouillant un peu, j’ai trouvé deux petits soupirails au fond, à gauche de la maison. Je vous ai crié de venir par-là, ce que vous avez fait.
Vous avez ouvert le premier. Dans la fumée on ne voyait pas qu’il était légèrement plus petit que le deuxième et en plus il ne s’ouvrait pas bien. Vous êtes passée en premier et vous êtes arrivée sous un petit appentis où du bois était stocké. Mais vous aviez du mal à faire passer votre collègue par le soupirail car il était grand et fort. Il se coinça et tout s’écroula sur vous deux…
Là, je me suis réveillée en sursaut. »
Lucille la regarda surprise. C’était un cauchemar, certes, mais à vingt-trois ans c’était quand même le genre de chose que l’on pouvait assumer seule, sans courir le raconter aussitôt.
« Je comprends que c’est un rêve qui a dû te faire peur, mais, tu sais, ça n’est qu’un rêve.
- Je sais bien, mais celui-là avait l’air d’être tellement réel que j’ai peur pour vous !
- Pour moi ? Mais pourquoi ? demanda Lucille qui ne voyait pas du tout où elle voulait en venir.
- Eh bien, dans mon rêve, vous finissiez, écrasée sous une maison en feu… »
L’infirmière comprit soudain.
« Et tu as peur que ton rêve se réalise ?
- Oui, j’en suis malade rien que de l’imaginer…
- Tu sais, les rêves prémonitoires, ça n’existe pas.
- On ne sait jamais… Celui-là avait l’air si réel…
- Dis-moi, as-tu déjà eu des rêves qui se sont réalisés ? »
Sarah rougit et baissa la tête.
« Non, jamais, répondit-elle dans un souffle.
- Sais-tu pourquoi ? Pour la bonne raison, que les rêves ne prédisent en aucun cas l’avenir.
- Mais si là, c’était le cas ? » insista la postulante.
Lucille la vit si angoissée qu’elle se dit qu’il valait mieux changer de tactique pour désamorcer la situation. Elle décida de mettre le doigt sur les incohérences de son rêve pour lui démontrer qu’il était impossible qu’il se réalise.
« Bon nous allons reprendre tout cela pas à pas, d’accord ? Est-ce que tu te souviens bien clairement de ce que tu as vu ?
- Oh oui ! C’est comme si les images étaient encore devant mes yeux !
- Bon, très bien ! Dis-moi comment j’étais habillée. »
Sarah décrivit l’habillement d’un pompier qui partait au feu : la veste de cuir noir, le pantalon avec le liseré rouge, les rangers et le casque argenté. La jeune sœur lui demanda s’il y avait une bande qui bordait la veste en cuir.
« Oui, sur le bas.
- De quelle couleur était-elle ?
- Orange, je crois. »
Lucille se dit qu’elle allait bientôt pouvoir regagner son lit. Elle avait déjà de quoi amplement démontrer à Sarah qu’une telle scène ne pouvait en aucun cas se dérouler dans la réalité.
La jeune fille avait du voir des pompiers dans des films ou dans des reportages. C’était sûrement ces images qui lui revenaient inconsciemment en mémoire maintenant.
« Ecoute-moi Sarah, tu as fait un cauchemar, mais il ne peut pas devenir réalité, rassures-toi. Je suis une infirmière Sapeur-pompier, donc je m’occupe des personnes qui ont des accidents et font des malaises. Je ne vais sur les gros feux que pour veiller sur la bonne santé des pompiers. De plus quand j’y vais, je ne porte ni veste en cuir, ni casque argenté. Le mien est blanc et je reste habillée comme pour les autres interventions. Enfin, même si j’avais un jour un cuir, il serait bordé d’argent car je suis officier. Le orange c’est pour les sapeurs et le jaune pour les sous-officiers. »
Sarah baissa la tête tristement.
« Alors vous ne me croyez pas ?
- Mais si, je crois que tu dis la vérité et que tu as réellement fais un rêve ! Mais ça n’est qu’un rêve avec son lot d’incohérences. Regarde le pompier qui tombe dans le feu, il tombe d’en haut et il porte des bandes bleues, c’est ça ?
- Oui, c’est çà !
- Et bien ce n’est pas possible. Il n’y aucune bande bleue sur nos tenues. »
La jeune fille se tut et ne savait plus quoi répondre.
« Peut-être qu’en effet ce n’était qu’un songe, admit-elle finalement un peu à contrecœur. »
Lucille fut intérieurement soulagée. Elle avait cru qu’elle n’arriverait pas à lui faire entendre raison. Sarah se leva et sortit de la pièce après avoir dit bonsoir.
« S’il vous plaît, faites quand même attention aux maisons en rondin. » ajouta-t-elle avant de disparaître.
La jeune sœur aurait rit si elle ne s’inquiétait pas un peu pour Sarah et ses drôles d’angoisses.

Lucille eut du mal à sortir de son sommeil. Elle avait l’impression de venir de s’endormir. En jetant un coup d’œil à son réveil, elle se rendit compte que ce n’était pas qu’une sensation. Elle n’était au lit que depuis une demi-heure. Elle essayait de faire taire son réveil qui braillait quand elle s’aperçut qu’e fait c’était son Bip qui sonnait.
Elle fut vite sur pied. En passant devant la chambre de Mère Jeanne elle colla un petit post-it sur la porte. C’était un code entre elles, comme cela elle savait que Lucille était en intervention. Trois minutes après, elle saisissait son vélo et s’élançait dans la pente. La nuit, elle prenait la route, le raccourci par la prairie étant trop dangereux par manque de visibilité. En arrivant au centre elle vit la porte du garage du Fourgon Pompe Tonne Léger ouverte.
« Flutte, se dit-elle, c’est un feu ! Je me suis levée pour rien ! »
Une équipe de cinq gars se préparait. C’était l’équipe de René qui était de garde. Ils partaient pour fumée suspecte.
« Je vous fais le départ ! annonça-t-elle.
- Merci, Sister ! Si tu peux, reste un peu là le temps qu’on reconnaisse. Si on a besoin du soutien sanitaire tu seras sur place et tu n’auras pas à revenir.
- D’accord, je reste et j’attends tes ordres. »
Ils montèrent dans leur engin et démarrèrent. Lucille referma le garage et nota sur l’ordinateur qu’ils étaient partis. Ensuite, elle écrivit sur la main courante la nature de l’intervention, l’engin qui était engagé et les numéros matricules des pompiers engagés.
Peu après les gars arrivèrent sur le feu et firent une reconnaissance. Le message de René ne tarda pas.
« Feu d’habitation R+1, rez-de-chaussée complètement enflammé, le feu est en train de gagner le premier étage. Il y a trois habitations aux alentours. Demande renforts et soutien sanitaire. »
Lucille commençait à s’habiller quand son BIP sonna à nouveau pour déclencher son intervention. Elle acquitta l’appel et vérifia son matériel. Puis elle prit de l’eau et des barres de céréales pour commencer à donner à manger aux gars en attendant que la logistique arrive. Enfin, elle pensa à vérifier son itinéraire avant de partir. Il valait mieux car, la dernière fois, elle avait été envoyée sur un autre secteur à cinquante kilomètres de là et s’était perdue dans la campagne. Pour arriver, elle avait dû se guider à la colonne de fumée !
Cette fois, ce n’était pas le cas car elle connaissait les lieux. Elle arriva au bout de cinq minutes, se gara dans un coin et chercha René pour lui demander où se placer pour ne pas gêner. Elle se guida à la lueur et arriva bientôt sur les lieux du sinistre. Elle s’arrêta net, la bouche ouverte.
Elle était devant une magnifique demeure qui était en train de brûler. Mais ce qui la stupéfiait, c’était que la maison qui était devant elle était en rondins.


( à suivre ...)

chapitre 15

Publié le 10/09/2007 à 12:00 par lesromansdelara
Chapitre 15

Accident



« Eh la belle ! Tu rêves ? » fit René en tapant sur l’épaule de Lucille qui sursauta.
« Excuse-moi !.. Je pensais à autre chose ! dit-elle en essayant de s’arracher à la contemplation de la maison. Où est-ce que je me place ?
- Là, si tu veux, répondit le major. C’est assez près de nous et, en même temps en sécurité. »
Lucille déchargea la voiture pendant que les pompiers attaquaient le feu. La phase d’attaque est toujours très athlétique. Cette nuit-là, c’était d’autant plus vrai que le vent était fort et qu’il faisait très chaud. En plus il y avait des maisons proches qu’il fallait protéger. Les renforts arrivaient peu à peu, et, avec eux, Greg qui prit la coordination des opérations.
L’infirmière fit une première tournée pour donner à boire et à manger aux pompiers. Elle en profitait pour prendre des mesures de température et de vent à chaque poste. Celles-ci, additionnées avec la température corporelle, lui indiquaient la quantité d’eau que chaque pompier devait absorber pour ne courir aucun risque. Elle pouvait aussi, grâce à un tableau, en déduire les temps de pause nécessaire à leur récupération physique.
Comme une équipe était postée derrière la maison, elle résolut de s’y rendre. Mais il n’y avait qu’un petit chemin pour faire le tour et il passait très près des flammes elle en informa donc le lieutenant.
« Oui, vas-y mais protège-toi. Vas voir au lieu de pause s’il n’y a pas quelqu’un qui peu te prêter quelque chose. Ah, excuse-moi… »
Le feu étant en train de gagner du terrain, il partit demander à René et à son équipe d’essayer de l’attaquer par le haut en essayant d’arroser par le toit.
Lucille alla du côté où les gars se reposait. Justement une équipe était en train d’arriver. Ils ôtaient leurs casques, leurs cagoules et leurs vestes de cuir avec soulagement. L’infirmière en profita pour prendre leur température corporelle frontale avec le thermomètre laser. Aucun d’entre eux ne dépassait le seuil critique. Elle leur conseilla de bien se ventiler et de boire pendant le temps de repos. Puis elle demanda au chef d’équipe si l’un d’eux pouvait lui passer des vêtements.
« Tu en as pour longtemps ?
- Non, un quart d’heure à tout casser. C’est juste pour aller voir les types qui sont derrière.
- D’accord, il n’y a pas de problème. Sophie, tu peux voir si ton cuir lui va bien ? »
Une jeune femme qui semblait avoir à peu près le même âge que Lucille se détacha du groupe et l’aida à essayer la veste.
« Eh ben dit donc c’est lourd ! s’exclama-t-elle.
- Oui mais c’est efficace, tu va voir. Tiens prends aussi mon casque, il vaut mieux si tu va près du feu. Le tien risque de ne pas être suffisant. »
Lucille remercia Sophie, puis elle prit ses instruments de mesures et de quoi donner à manger et à boire aux gars qui étaient postés derrière la maison. Ensuite, après avoir enfilé le casque argenté, elle entreprit de contourner la maison.
En passant, elle aperçut René qui grimpait à l’échelle après avoir revêtu son harnais de sécurité. Puis elle les perdit de vue en tournant à l’angle. Elle était vraiment près de la maison maintenant et la chaleur était intense. Elle faillit glisser, le sol étant détrempé par l’eau déversée par les lances et se rattrapa in extremis.
En arrivant sur l’arrière de la maison elle put constater que le vent rabattait toute la fumée à cet endroit. Le groupe de pompier devait être à l’autre bout du bâtiment pour l’éviter car elle ne les voyait pas. Elle tendit l’oreille mais, entre les pompes des engins qui tournaient à plein régime et le feu qui vombrissait elle ne les entendait pas non plus. Elle allait se diriger vers l’endroit où elle pensait qu’ils étaient mais la vue de René qui apparaissait sur le fait du toit l’arrêta. Il était entrain d’essayer de retirer des tuiles pour pouvoir arroser efficacement.
Lucille regarda en face d’elle. Elle se trouvait devant l’emplacement de la porte arrière qui avait brûlée entièrement. Elle voyait clairement l’intérieur de la maison. C’était un vrai brasier. Elle se sentit un peu angoissée pour René mais elle se raisonna car il n’y avait aucune raison d’avoir peur pour lui. Même s’il glissait, il avait son harnais et les gars, en dessous le retiendraient par la corde qui y était attaché.
Comme si les évènements répondaient à sa pensée une poutre céda derrière le major. Lucille lui cria de se pousser mais, avec le bruit ambiant, il n’entendit rien. Soudain la partie du toit où il était s’effondra dans un craquement sinistre entraînant une partie du mur et bouchant le passage par lequel l’infirmière était arrivée. La corde dût casser aussi car Lucille vit nettement René passer à travers le plancher du premier étage et s’étaler sur le sol.
« René ! René ! » cria-t-elle, horrifiée. Mais le major ne bougea pas. L’infirmière regarda à sa droite vers le groupe invisible. Ca ne servait à rien de les appeler car ils n’entendraient pas. Il fallait faire vite car le pompier ne tiendrait pas une minute dans cet enfer. Elle n’avait pas le temps d’attendre les autres qui devaient maintenant faire tout le tour par l’autre coté pour les rejoindre.
Elle ne fit ni une, ni deux et entra par l’ouverture. Elle fut suffoquée d’emblée par la fumée et la chaleur mais, seule comptait la vue de son ami qui gisait au milieu du brasier. Elle s’avança vers lui et le prit sous les épaules comme elle avait apprit à le faire, dans les nombreux exercices de dégagement d’urgence. Sur le moment, elle ne se souvint pas qu’elle n’avait jamais eu la force de traîner quelqu’un sur plus d’un centimètre. Si elle avait réfléchi, elle n’aurait même pas essayé avec René qui, avec son mètre quatre-vingt-dix, devait peser au moins cent kilos, sans compter son habillement !
Mais ce n’était pas le moment d’hésiter et elle agit sans trop y penser. La peur aidant, elle parvint à le traîner sans trop de mal en se dirigeant au plus court, vers l’ouverture par où elle était rentrée. Elle y était presque quand sa prise qui n’était pas bien assurée sur le cuir lui manqua. Elle se rattrapa au harnais de sécurité qui enserrait toujours le Major. Elle bénit les sangles bleues qui lui permettaient d’avoir plus de force.
« Un pompier avec un casque, une veste de cuir et qui porte des bandes bleues. »
Lucille s’arrêta, sidérée, en réalisant qu’elle se trouvait précisément dans la situation décrite par Sarah. Cela lui fut confirmé quand elle entendit la poutre soutenant l’ouverture de la porte s’effondrer dans un grand fracas. En une fraction de seconde, tout en se disant qu’elle était complètement fêlée de croire à des choses comme cela, elle tourna sur la droite. Il y avait une telle fumée qu’elle ne voyait même pas ses pieds. Elle ne pouvait pas se baisser pour respirer un maximum d’air frais car elle traînait toujours René. En arrivant au bout de la maison elle le posa par terre et tâtât le mur de droite avec ses mains pour trouver les soupirails indiqués par la postulante. Elle fut à moitié surprise de les trouver.
Se souvenant de ce qui s’était passé dans le « rêve » de Sarah elle ne chercha même pas à ouvrir le premier qu’elle avait sous la main, mais poussa celui de gauche qui s’ouvrit facilement et entièrement. Elle traîna le major dans le prolongement, sortit en premier et le prenant sous les aisselles le sortit sans accroc par la petite ouverture. Elle se retrouva, comme prévu, sous une prolongation du toit où du bois était stocké. Tout était en feu et Lucille ne traîna pas. Elle traîna le major tout droit à reculons. Ils étaient à peine sortis de là que l’appentis s’écroula dans une gerbe d’étincelles. L’infirmière, exténuée par l’effort et la chaleur, fut projetée à terre par le souffle.
Elle se releva aussitôt la tête et s’aperçu qu’avec l’écroulement, le feu avait gagné autour d’eux. Elle eut un moment de désespoir car elle se sentait vidée, incapable de se relever et, encore moins de continuer à porter René. Heureusement, au milieu de la fumée, des voix se firent entendre. Lucille se sentit entraînée et, avant qu’elle ait pu réagir, elle était à l’abri du côté de l’air de repos.
« Lucille, ça va ? »
C’était Greg. Il l’aida à retirer son cuir et son casque, puis quelqu’un lui donna à boire. Elle sentit la force lui revenir.
« Vite, il faut s’occuper de René ! dit-elle en se relevant d’un coup.
- Eh doucement ! protesta le lieutenant. Un VSAV et le SAMU sont en route et tu as avalé plein de fumées toi aussi !
- Ca va maintenant. J’ai les jambes un peu molles, mais laisse-moi m’en occuper, il est peut-être en mauvais état. Plus vite on fait quelque chose, mieux ça vaut. »
Greg l’autorisa à prodiguer les premiers soins à la condition qu’elle aussi se ferait examiner par le médecin.
Elle fit donc dévêtir avec précaution le blessé pour le refroidir, et le plaça sous oxygène. Pendant qu’un des pompiers lui maintenait la tête droite, les autres le mirent en position latérale de sécurité. Puis, elle le perfusa et préleva un bilan sanguin. Comme il avait sûrement avalé beaucoup de fumée elle préleva aussi un tube pour doser le monoxyde de carbone qu’il avait dans le sang.
Quand le VSAV arriva, elle leur fit placer immédiatement un collier cervical. Elle examina attentivement les membres du pompier et il s’avéra qu’une de ses jambes semblait déformée. Les gars lui posèrent donc une attelle. Puis il fut déposé avec précaution dans le matelas immobilisateur au cas où il y aurait une atteinte vertébrale. C’était indécelable à l’œil nu mais une possibilité, vu la hauteur de la chute qu’il avait faite.
Juste à ce moment-là, le SAMU arriva. Le médecin reprocha à Lucille le choix du point de perfusion et du soluté employé. Celle-ci n’avait fait que suivre ses protocoles de soin. Il demanda à son infirmier de repiquer René et plaça une autre poche. Greg, en voyant cela, voulut intervenir pour lui dire sa façon de penser, mais Lucille le retint. Les rapports entre le SAMU et les pompiers étaient déjà assez tendus sans en rajouter.
« Avant leur arrivée je fais ce que j’ai à faire, après ils ont tout à fait le droit de faire ce qu’ils veulent.
- Mais ce n’est pas juste envers toi ! protesta le lieutenant.
- Oui, mais il est médecin, je ne suis qu’infirmière. Quand il est là, je dois rester à ma place. »
Et Lucille offrit son aide à l’équipe médicale qui la déclina. Elle resta donc là à regarder partir le VSAV en priant pour que René s’en sorte. Elle prit les affaires qu’on avait enlevées au major avant de le mettre dans l’ambulance et les mit à l’abri dans le FPTL pour qu’elles ne soient pas oubliées par la suite. Puis elle s’occupa de remettre le harnais dans le sac jaune du lot de sauvetage.
L’infirmière ôta le bout de corde encore accroché au harnais. Il mesurait à peine vingt centimètre et ne serait plus d’aucune utilité. Elle avait entendu dire par Greg que toute la corde qui avait cédée serait remplacée le lendemain. Elle allait donc jeter le petit bout quand quelque chose l’intrigua. Il était effiloché sur l’extérieur mais, à l’intérieur, il avait cédé nettement. Peut-être que les tuiles avaient pu le scier petit à petit et qu’ensuite avec la chute il aura été tranché net, le milieu étant à nu. Elle le fourra dans la poche de son pantalon pour vérifier cela avant d’en parler à Greg. Elle voulait être sure avant de lui dire quoi que ce soit, et, en plus ce n’était pas le moment car le feu était loin d’être maîtrisé.
Avec tout cela elle avait oublié de se montrer au médecin, mais elle se sentait bien. Elle se remit donc au travail pour donner de l’eau et à manger aux collègues qui combattaient le feu. Peu après, le véhicule logistique arriva et ils se relayèrent pour manger.

La matinée était bien avancée quand Lucille rentra au couvent. Le feu était éteint, la phase de déblai terminée et la relève était arrivée. La surveillance et le noyage des derniers points chauds ne présentaient plus aucun risque. Greg lui avait donc permit de repartir.
Elle était fatiguée par sa nuit blanche, mais, par-dessus tout, elle désirait parler à Sarah. Durant son travail de surveillance, cette nuit, elle avait pensé à ce qui était arrivé. C’était incroyable ! Les faits avaient suivit pas à pas ce que la postulante avait rêvé alors qu’ils étaient imprévisibles, n’ayant suivis aucune procédure habituelle. Comment, par exemple, aurait-on pu prévoir la chute de René, normalement impossible avec le harnais ? Comment dire avant que cela ne se passe que Lucille allait emprunter des affaires à un autre pompier, un sapeur de surcroît (elle avait vérifié ensuite et avait bien vu la bande orange sur le cuir de Sophie) ? Et tout était à l’avenant, de la maison en rondin, peu fréquentes dans le coin, aux soupirails qui étaient pile à l’emplacement annoncé ! Sans comptés les effondrements de la poutre de la porte et de l’appentis qui s’étaient produit aux moments précis où Sarah les avait prédits…
Un seul point ne s’était pas réalisé. Ils n’étaient pas morts sous la maison qui s’était écroulée loin d’eux. Mais Lucille n’arrêtait pas de se dire que c’était parce qu’elle avait suivit les conseils de la postulante et qu’elle avait pris le soupirail de gauche et non celui de droite pour sortir.
L’infirmière avait beau tourner tout cela dans sa tête, elle ne trouvait aucune explication raisonnable à ces évènements. Il faudrait que Sarah explique comment elle avait su ce qu’il allait se passer et qu’elle ne recommence pas avec ses histoires à dormir debout ! Elle était partagée entre la colère contre les demi-vérités de la postulante et la reconnaissance. Elle lui avait quand même sauvé la vie en lui racontant tout cela, car, le moment venu, elle avait pu faire le bon choix.
Elle poussa donc la porte du couvent résolue à demander des explications à la jeune fille. En passant devant la loge de sœur Patricia, elle la salua comme d’habitude et s’arrêta, stupéfaite devant l’air effaré de la gardienne de la porte.
« Qu’est-ce qu’il y a ? demanda la jeune sœur.
- Vous êtes là, Dieu merci ! Tout le monde vous cherche partout !
- Mais j’ai laissé le signe à Mère Jeanne comme quoi j’étais en intervention. Elle ne l’a pas trouvé ?
- Si mais… attendez, je l’appelle tout de suite elle vous expliquera ! »
Lucille attendit donc que la Mère arrive pendant que sœur Patricia, n’arrivait qu’à formuler des :
« Mon Dieu…. Dieu Merci… Vous êtes là… Mon Dieu… »
L’infirmière était sur le point de lui proposer de s’allonger tellement elle était pâle, quand la supérieure arriva.
« Ah Lucille ! Dieu Merci vous allez bien ! »
D’habitude elle était très heureuse d’entendre remercier Dieu pour ses bienfaits, mais là elle avait le sentiment que ces exclamations cachaient quelque chose d’autre !
« Qu’est-ce qu’il y a ? Vous me fichez la trouille toutes ! Après toutes les émotions de la nuit je…
- Quelles émotions ? » coupa vivement la mère soudain très pâle.
Au vu des réactions qu’elle suscitait par sa simple apparition, Lucille se demanda si c’était bien le moment de raconter cela. Elle donna donc une rapide version édulcorée en se disant qu’elle ajouterait les détails quand la Mère serait plus calme. Elle fit bien car, en entendant ce résumé, la supérieure dut aller s’asseoir dans la loge. Elle qui était toujours très maîtresse de ses émotions cela faisait deux fois qu’elle se laissait submerger en deux mois. Elle était excusable, vues les circonstances particulières !
Elle se reprit assez vite et entraîna Lucille vers la salle d’étude. La supérieure fit signe à l’infirmière d’attendre un peu. Celle-ci eu à peine le temps de se demander à quoi cela rimait qu’elle entendit une grande exclamation et une voix surexcitée hurler :
« Non, je veux la voir !… C’est pas possible ! … »
Sarah ouvrit la porte à la volée et regarda Lucille, stupéfaite. Elle n’était plus la petite jeune fille timide et réservée, mais une véritable furie hystérique toute rouge. Puis, soudain, elle devint toute blanche et tomba sans connaissance.

L’infirmière et la Mère avait couché la postulante à l’infirmerie. Elles s’étaient installée dans la salle de soin pour pouvoir discuter tranquillement tout en pouvant la surveiller. Lucille avait voulu appeler le médecin, mais, à sa grande surprise, la supérieure l’en empêcha.
« Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Depuis que je suis rentrée, tout le monde se conduit plus que bizarrement ! Est-ce que durant mon absence la communauté aurait mangé quelque chose d’hallucinogène ? En tout cas, cette fois-ci, je n’ai rien ramassé au jardin !
- Lucille, ça n’est pas le moment de plaisanter, il se passe des faits très graves !
- C’est justement pour çà que c’est le moment de détendre l’atmosphère ! »
La Mère eut un sourire las.
« Je vais vous expliquer, je vous le promets, mais avant, il faut que vous me disiez exactement ce qu’il s’est passé cette nuit. Et n’édulcorez pas cette fois-ci, je suis en état de tout entendre ! » acheva-t-elle avec un petit sourire malicieux.
Lucille obéit et fit un récit détaillé de tout ce qui s’était passé, depuis le moment où Sarah avait frappé à sa porte, jusqu’à l’instant où elle était rentrée au couvent. Quand elle eut finit, la Mère la regarda et parut réfléchir un instant.
« Je comprends mieux, maintenant. Oui, tout cela est très étrange… A mon tour de tout vous expliquer. Figurez-vous que ce matin en me levant j’ai trouvé votre post-it sur la porte de ma chambre. J’ai donc compris que vous étiez en intervention. Mais voilà que, quand Sarah ne vous a pas aperçu au petit déjeuner, elle est venue me demander où vous étiez. Ma réponse a eu un effet désastreux ! Il a fallut que nous sachions pour quel genre d’intervention vous étiez parti, où vous étiez, pour quoi faire… Au bout d’un moment j’ai voulut l’arrêter et lui expliquer que cela ne la regardait pas ! Mais j’ai vite vu à son regard que ce n’était pas un caprice de sa part. Elle s’est mise à pleurer qu’il fallait empêcher… je ne sais quoi d’ailleurs. En tout cas j’ai fini par me renseigner et nous avons su qu’il y avait un pompier blessé dans l’incendie. A partir de ce moment-là, elle s’est mise à pleurer que vous étiez morte avec des accents si convaincus, qu’elle a fini par m’angoisser ! Quand vous êtes arrivé, j’avais juste réussi à la calmer. Mais ce que vous m’avez raconté explique son comportement. Par contre le fait lui-même reste bien mystérieux…
- Oh ma mère, si vous pouviez m’expliquer je serais très heureuse de comprendre moi-même ! » fit une petite voix juste derrière elles.
Les deux sœurs sursautèrent. Sarah s’était réveillée et était debout devant la porte. Lucille se mit sur ses deux pieds immédiatement et reconduisit la jeune fille dans son lit.
« Mais je vous assure que ça va maintenant ! protesta-t-elle.
Peut-être, mais pour l’instant tu restes un peu là, lui ordonna Lucille. Je te rappelle que l’obéissance fait aussi partie de notre vocation.
- Puisque vous vous sentez mieux, enchaîna la Mère, nous allons pouvoir discuter toutes les trois. Dites-moi comment vous avez eu connaissance d’évènements avant qu’ils se passent.
- Oui, reprit Lucille, je suppose qu’il n’y a pas de rêves prémonitoires ?
- Non, admit la postulante, mais c’est très proche… En fait, je vous ai dit, que depuis toute petite, j’avais des crises avec des absences, comme hier au jardin. Mais ce que je vous ai caché c’est qu’alors des images me viennent.
- Quels genres d’images ? demanda la Mère.
- Des scènes se jouent dans ma tête, comme si j’y étais. Parfois j’arrive à identifier ce que c’est, d’autre fois non. Ce sont des évènements qui peuvent appartenir au passé, au présent ou au futur, je ne le sais jamais sur le moment. En ce qui concerne celle-là je vous l’ai racontée pour savoir si vous l’aviez déjà vécue. Quand je me suis aperçu que non, jugez de mon angoisse ! J’avais résolu de trouver un moyen de vous empêcher de partir. Mais ça n’était pas facile car, quand ce sont des évènements futurs, je ne sais jamais quand ils vont se produire ! Ca peut-être de suite ou dans dix ans. Pour vous donner une idée, j’avais eu la vision de la catastrophe du onze septembre trois ans avant ! J’ai essayé de les prévenir mais ils ne m’ont pas cru ! D’ailleurs quand on a su que le FBI avait l’information et qu’ils n’en avaient pas tenus compte, ça a fait du grabuge ! »
Lucille et la Mère se regardèrent brièvement. C’était une histoire difficile à croire.
« Et ça t’arrive souvent ? fit Lucille pour ne pas laisser paraître son désarroi.
- Ca dépend, ce n’est pas régulier. Parfois je peux passer des mois sans rien voir et, d’autre fois j’en ai deux dans la même journée !
- Et depuis que vous êtes là, interrogea la Mère, en avez-vous eu d’autres ?
- Oui, dit Sarah dans un souffle. Mais ça n’était qu’une image qui fait partie de celles dont je ne connais pas la signification. »
Et elle raconta ce qu’elle avait vu pendant la visite du cimetière en passant devant une tombe : un visage de sœur âgée, souriant et, se dessinant en contre-point un arc-en-ciel.
Lucille sursauta. Serais-ce possible ? Elle essaya de garder le contrôle de ses nerfs.
« Devant quelle tombe étais-ce ? » demanda-t-elle la gorge serrée. La postulante décrivit celle de sœur Gertrude. Mère Jeanne, qui ne comprenait pas tout ce qui se passait, en avait saisit assez pour se lever et aller chercher une photo dans un des tiroirs de l’infirmerie. C’était un cliché de la communauté au complet, prit l’été dernier.
« Est-ce que vous la reconnaissez ? »
Sans l’ombre d’une hésitation, Sarah désigna sœur Gertrude.


( à suivre ...)

chapitre 16 et 17

Publié le 23/09/2007 à 12:00 par lesromansdelara
Chapitre 16

Lucille s’emporte


Il avait fallu un peu de temps à Lucille pour digérer les évènements de ces derniers jours. D’ailleurs, à chaque fois qu’elle y pensait, il lui semblait qu’elle rêvait et qu’elle allait se réveiller. Elle avait tourné et retourné tout cela dans sa tête et n’arrivait décidément pas à trouver une explication rationelle. Sarah n’avait pas pu savoir que l’arc-en-ciel était un signe entre Gertrude et elle. Personne d’autre n’était au courant, même pas la Mère.
Elle avait reparlé de tout cela avec la supérieure qui en avait déduit que la postulante avait vraiment un don. Apparemment, dans sa recherche pour savoir ce que c’était et d’où cela venait, Sarah s’était fait aider d’un prêtre à l’adolescence. Il lui avait dit de confier tout cela à Dieu et de lui demander de lui ôter ce don s’il ne venait pas de Lui. Mais il lui était resté.
La supérieure en avait déduit que si cela venait de Dieu, comme Lucille était chargée de la diriger, elle était sûrement la plus à même d’aider la postulante à décrypter ces visions et, peut-être à les maîtriser. Quand elle entendit cela, l’infirmière ouvrit de grands yeux et demanda immédiatement à être déchargée des postulantes. Elle ne se sentait pas du tout à la hauteur de la tache.
« Voyons, un peu de foi ! Si Dieu demande cela de vous, Il vous en donnera les moyens ! »
Sur cette bonne parole, Lucille céda en maugréant quelque chose que Mère Jeanne ne comprit pas très bien mais qui devait s’apparenter à :
« Elle est tombée sur la tête oui… »


L’après-midi même, la jeune femme fit un tour à l’hôpital, prendre des nouvelles de René. Il avait été opéré dans la matinée, d’une double fracture du tibia et du péroné. Sa femme était auprès de lui et Lucille ne rentra dans la chambre pour ne pas le fatiguer. Elle se dit qu’elle reviendrait ensuite.
Comme elle rentrait au couvent, elle croisa Yves Darrube qui venait parler avec la Mère.
« Oh, Yves ! Vous avez une minute ?
- Euh oui…
- Il faudrait que je vous demande un avis, est-ce que vous pourriez m’attendre une seconde ?
- Bien sur ! »
Et Lucille fonça dans sa chambre pour aller chercher le bout de corde qu’elle avait ramené du centre.
« Si je vous montre cela, à quoi ça vous fait penser ? » dit-elle en le donnant à Yves. Il le regarda et leva les yeux, surpris :
« Mon Dieu ! Il y avait quelqu’un au bout de cette corde ?
- Oui, justement. Il est à l’hôpital avec une double fracture !
- Il a eu de la chance ! En tout cas, c’est la première fois que fois une corde sectionnée comme de cette manière. C’est habile, vraiment très habile…
- Comment ça, habile ?
- Oui, habillement sectionnée.
- Vous voulez dire…
- …que cette corde a été tranchée volontairement, oui ! »
La jeune femme mit un peu de temps à assimiler la nouvelle.
« Vous êtes sur ?
- Oui, regardez comme elle est coupée nette sur le milieu. Seule une lame peut faire cela.
- Mais, quand la personne qui est tombée a mis son harnais elle n’était pas coupée, voyons ! Ensuite il était perché sur un toit et il pensait à autre chose qu’à trancher sa corde, croyez-moi !
- Sauf que, vu la façon dont elle est coupée, votre corde avait l’air intact. Regardez. Une corde comme celle-là est composée de l’âme, le cœur si vous voulez, et d’une enveloppe tissée. Ce qui fait la résistance c’est l’âme. La personne s’est arrangée pour couper l’âme sans endommager l’enveloppe. Ni vu, ni connu. La corde a l’air intact, mais au moindre choc…
- …elle casse, compléta Lucille l’air songeur.
- Oui, et là c’est manifestement ce qui s’est passé, vu l’état de l’enveloppe toute effilochée. Un choc a du la faire céder. »
La jeune femme revit René chuter et la corde se tendre brusquement.
« Dites-moi une dernière chose. Est-ce qu’il y a un moyen de se rendre compte qu’une corde est dans cet état puisque ce n’est pas visible a priori ?
- Tout à fait ! A chaque fois qu’on la range, on fait une boucle avec la corde et on la fait glisser entièrement dans les mains, comme cela. Si l’âme a cédé, la corde, au lieu de faire une boucle, fait un angle pointu. »
Lucille se souvint avoir vu faire cette vérification à ses collègues. Si elle ne se trompait pas, ils la faisaient tous les dimanches. Il fallait qu’elle sache maintenant qui l’avait faite dimanche dernier. Elle pourrait alors essayer d’interroger la personne pour voir si elle avait décelé quelque chose. Mais il fallait qu’elle fasse attention car c’était peut-être ce pompier qui avait sectionné la corde.
Elle remercia Yves et descendit au centre de secours. Là elle regarda le registre de vérification du FPTL. Chaque détail était noté, coché et signé. Elle suivit la colonne. Lot de sauvetage : Armand. Elle l’appela immédiatement sur son portable et lui demanda s’il avait vu quelque chose de particulier en vérifiant le lot de sauvetage.
« Je n’ai pas tout vérifié. Il ne me manquait plus que les cordes quand Greg m’a appelé signer un papier. Pendant ce temps, Jean-Luc a fini le travail. »
Elle le remercia et raccrocha. Jean-Luc, encore… A chaque fois qu’il y avait quelque chose qui clochait, elle tombait sur lui ! En tous cas, elle avait assez de présomptions pour aller voir Greg. Il faudrait qu’il bouge maintenant et qu’il arrête de se mettre des œillères ! Sinon quelqu’un allait finir par y rester.
Elle se mit en route sans attendre. Greg Rimfart avait une exploitation agricole située à trois kilomètres de Vic. En s’arrêtant devant la maison, elle aperçut la femme du chef de centre qui se battait avec une tondeuse à gazon qui faisait un sacré boucan.
« …jour… Lu…lle, comm… va-tu ? Excu…moi, je n’arr…er.. euse.
- Quoi ? hurla Lucille.
- …tends … un …tant. »
La fermière éloigna l’engin. Le bruit du moteur s’estompa fortement.
« Ca fait du bien quand ça s’arrête ! » pensa l’infirmière.
« Excuses-moi, Lucille. Cet engin me rendra folle ! Elle ne veut plus s’arrêter… Je n’ai plus qu’à attendre qu’elle tombe en panne d’essence ! »
Elles se saluèrent en s’embrassant.
« Ce n’est pas grave, assura la jeune femme. Dis-moi, Greg n’est pas là ?
- Oh si ! Il est entrain de moissonner dans le champ là-bas ! »
En effet, la jeune sœur vit un tracteur au loin.
« Tu crois que je peux aller lui parler ? C’est assez urgent !
- Oh oui, je pense ! D’ailleurs, ça va bientôt être l’heure de lui apporter à manger. Tu pourrais le faire, en même temps ? Ca m’éviterais d’y aller, je suis un peu en retard pour soigner les bêtes !
- Oui, avec plaisir ! »
Deux minutes après, Lucille entrait dans le champ de blé. Greg, qui l’aperçut de loin, la salua de la main et lui fit signe d’aller dans une petite clairière où il y avait un arbre. Il arrêta son tracteur et descendit tout en sueur.
« Tu m’excuses si je ne te fais pas la bise mais je ne suis pas très présentable !
- C’est moi qui suis désolée de te déranger durant ton travail, mais il fallait que je te parle… Mais avant, prends ça, c’est la part de Viviane, fit la jeune femme en lui tendant le panier.
- Merci. Viens allons nous asseoir sous l’arbre. Tu permets que je boive un coup d’abord ?»
Il était cinq heures de l’après-midi mais il faisait encore extrêmement chaud en ce milieu de mois de Juillet.
« Ah ! Ca fait du bien par où ça passe ! dit-il en posant la bouteille d’eau et en s’essuyant le visage avec une serviette. Alors qu’est-ce qui t’amène ? » demanda Greg en commençant à manger.
La jeune femme expliqua en détail au chef de centre, ses découvertes successives et ses soupçons. Sa réaction fut à la mesure de ces révélations. Il commença par pâlir puis il posa son sandwiche, ensuite il ouvrit de grands yeux et quand elle eut fini, il parut incapable de répondre de suite. Puis, inexplicablement, il se mit à rire. C’était un rire forcé qui ne plaisait pas du tout à Lucille.
« Et ben dis donc, tu as une imagination débordante !
- C’est loin d’être de l’imagination, il y a des faits tangibles voyons !
- Oui, mais dont tu tires des conclusions complètement tirées par les cheveux ! Voyons Lucille, reprend toi ! »
La moutarde commençait à monter au nez de la jeune femme devant tant de mauvaise foi.
« Ecoute Greg, nous avons un problème et un problème sérieux ! C’est même toi qui m’as mis sur la piste. Pourquoi fais-tu machine arrière ?
- Ouais, et bien maintenant je regrette de t’en avoir parlé, répondit-il un peu vertement. J’avais quelques doutes mais c’est fini maintenant… Tout cela c’est du passé.
- Tu sais ton problème ? fit Lucille sur le même ton. Tu sais qu’il y a des sabotages dans le centre. Manque de chance c’est ton adjoint qui est soupçonné et, pour le protéger, tu mets en danger tes hommes !
- Je te défends de dire ça ! hurla Greg. C’est dans l’intérêt du service et de l’honneur des pompiers que je fais tout cela ! Il n’y a pas que nos petits soucis personnels en jeu, figures-toi ! Un scandale comme cela rejaillit sur l’ensemble du corps des pompiers. Il faut être prudent et avoir des preuves solides avant d’accuser quelqu’un d’aussi apprécié que Jean-Luc ! »
Lucille n’en croyait pas ses oreilles. Pour une stupide histoire d’honneur, il allait laisser ce malade saboter tranquillement le centre au risque de tuer quelqu’un !
« Je ne peux pas croire que tu ne veuilles pas bouger et que…
- Bon, écoutes, plus un mot ! Je ne veux plus jamais entendre parler de cela compris ? Sinon je te vire immédiatement ! Et que je n’ai pas à le redire ! » conclut-il sur un ton autoritaire.
La jeune femme se remit sur ses pieds sans dire un mot, jeta un regard glacial au lieutenant et partit rapidement. Greg la suivit des yeux en murmurant tristement :
« Désolé !… Je n’ai pas le choix… C’est pour ta sécurité…»

Le bip avait sonné en fin de soirée quelque temps après. Ce jour-là était au cœur du week-end de la fête du village. En général, c’était plus à trois heures du matin qu’à onze heures du soir que les gens se trouvaient mal. Mais comme certains jeunes ne dessaoulaient pas de trois jours durant la fête, Lucille ne fut qu’à demi surprise de voir du monde attroupé sur la place quand elle descendit avec son vélo. Elle s’arrêta voir si c’était urgent avant de passer au centre. Bien lui en prit.
Quand elle vit la personne qui était le centre de l’attention générale, elle sut tout de suite que c’était grave. C’était un jeune homme, presque un adolescent. Il était par terre, inconscient et son teint livide, donna un frisson à l’infirmière. Le pire c’est qu’elle reconnut Franck Larribe le fils du boucher.
« Qu’est-ce qui s’est passé, demanda-t-elle immédiatement.
On ne sait pas ! répondit David, un de ses amis. Il a avalé un de ses trucs là et il est tombé ! » et il montra un sac contenant des cachets blancs.
Pendant qu’il parlait, la jeune femme avait fait un bilan rapide. Le jeune homme était inerte et ne répondait pas. Elle se pencha sur son sternum qui ne bougeait pas.
« Zut ! Il ne respire plus ! » se dit-elle.
Elle lui bascula la tête en arrière et lui fit deux insufflations dans la bouche. Puis elle essaya de sentir les pulsations du jeune homme en mettant deux doigts sur l’artère carotide. Elle ne sentit rien.
« Est-ce que quelqu’un a un brevet de secourisme ? » demanda-t-elle. Mais personne ne répondit. Elle devrait donc se débrouiller seule le temps que les autres arrivent.
Elle se fit aider pour enlever la chemise de Franck et lui dénuder le torse. Elle regarda l’heure, puis elle réinsuffla de l’air dans les poumons du jeune homme et commença le massage cardiaque. Elle prit vite le rythme : 15 massages, 2 insufflations.
Les gens autour d’elle, comprenant la gravité du moment, s’étaient tût et il régnait un silence impressionnant rythmé seulement par Lucille qui comptait ses massages. Cela lui paru durer longtemps. En fait seules quelques minutes s’écoulèrent avant que le VSAV n’arrive.
Les gars descendirent. Au grand déplaisir de l’infirmière c’était Greg qui commandait. Elle avait décidé de ne plus avoir avec lui que des relations ayant trait aux interventions. En dehors de cela, elle ne lui adresserait plus la parole. De toute façon, elle n’eut pas à faire de grands discours pour expliquer la situation. Ils la relayèrent immédiatement. Rémi s’occupa du massage cardiaque et Fred de l’insufflation au masque que Pascal relia à l’oxygène. Puis ils posèrent le Défibrillateur semi-Automatique sur le thorax du jeune homme. Pendant ce temps Greg passa un premier message pour demander le SAMU.
Lucille, quant à elle, reprit son souffle une seconde car un massage cardiaque est vite très fatigant à faire. Puis sans perdre de temps elle fonça dans le VSAV et prépara une seringue d’adrénaline et de quoi perfuser le jeune homme. Elle lui posa rapidement le soluté et commença à injecter l’adrénaline comme son protocole le lui demandait.
Les pompiers se relayèrent pour le massage cardiaque pendant que le Défibrillateur faisait son analyse. Il commanda un choc électrique. Greg appuya sur le bouton après avoir fait dégager tout le monde. L’impulsion électrique souleva un peu Franck mais son cœur ne repartit pas. L’infirmière injecta la seconde dose et le massage reprenait quand un cri déchirant se fit entendre.
« Mon petit ! Mon petit ! qu’est-ce qui lui arrive ? »
C’était la mère de Franck que quelqu’un avait du prévenir.
Lucille se serait bien passé de ce problème supplémentaire. Dans un cas d’urgence absolu comme celui-là il y avait assez à faire avec le patient sans avoir à gérer la douleur de la famille. D’autant que, plus le temps passait et moins il y avait de chances de réanimer l’adolescent.
Mais l’ensemble de ces choses faisaient partie du métier de l’urgence et, tout en surveillant sa montre pour injecter à temps la prochaine dose d’adrénaline, l’infirmière s’approcha de la mère de Franck.
« Nous nous occupons de lui Madame, laissez-nous faire.
- Qu’est-ce qu’il a, où est le médecin ? s’affola la maman.
- Le SAMU arrive, répondit la sœur calmement, il a eu un malaise, nous nous en occupons… Excusez-moi… »
L’infirmière partit injecter le médicament. La maman de Franck, se rendant compte de ce qui se passait, s’évanouit. Lucille finit sa seringue et fit allonger la dame à l’abri, en position latérale de sécurité. Elle la fit surveiller par les badauds.
« Quand elle reprendra connaissance vous m’appelez ! » leur recommanda-t-elle.
Elle vit arriver avec soulagement l’équipe du SAMU. Elle informa rapidement le médecin de ses faits et gestes, et, pour une fois celui-ci eut l’air satisfait.
« Très bien, bon travail les gars » dit-il à toute l’équipe en préparant son matériel.
Pendant ce temps le défibrillateur refaisait une analyse et demanda un choc. Le médecin fit signe à Greg de le déclencher. L’impulsion électrique fut lancée et tout le monde retint son souffle. Le médecin prit le pouls. Tous les regards étaient fixés sur lui.
« Il y a un pouls ! Continuez la ventilation ! »
Un murmure passa dans la foule. A ce moment-là quelqu’un vint chercher Lucille.
« Ma sœur, Suzanne est réveillée, elle veut vous voir !
- J’arrive ! »
Et la jeune femme se rendit auprès de la maman.
« Gardez espoir Madame, le cœur est repartit. C’est encore faible mais le médecin est auprès de lui. »
Les yeux de la dame se remplirent de larmes et elle ne put souffler que :
« Merci mon Dieu…Merci mon Dieu… Mon petit, mon petit… »
Puis, regardant Lucille :
« Allez vous occuper de lui je vous en prie ! »
Et la jeune femme repartit aider les autres. Petit à petit la situation se stabilisait et quelques minutes après ils purent mettre l’adolescent dans le VSAV.
« Doucement recommanda le médecin, surtout pas de secousses ! »
La jeune sœur lui fit savoir que la mère du jeune homme n’était pas loin. Plein d’humanité, il décida d’aller la voir pour lui expliquer la situation. Lucille et l’infirmière du SAMU restèrent pour surveiller Franck.
Au bout d’une minute le jeune homme ouvrit les yeux.
« Comment te sens-tu ? demanda l’autre infirmière.
- Bien… Qu’est-ce qui s’est passé ? fit-il faiblement.
- Tu as eu un malaise en avalant des comprimés » expliqua Lucille.
Soudain elle eut une idée qui lui glaça le sang demanda :
« Franck, où est-ce que tu as eu ces trucs ? »
Pas de réponse. Par deux fois elle renouvela la question mais le jeune homme resta butté.
« Je ne suis pas une balance ! finit-il par dire.
- Je ne te demande pas ça pour le répéter aux flics ! Réfléchis voyons ! Ces trucs ont faillit te tuer. Si d’autres en ont acheté, ils vont peut-être y passer pour de bon. Tu veux avoir ça sur la conscience ? »
Il y eut un court silence.
« C’est Ben.
- Benoît ? Le fils du boulanger.
- Oui… Mais ne dites pas que c’est moi…
- Est-ce que tu sais s’il en a vendu beaucoup ?
- Ici, non… Juste à moi et à Steve mais on a acheté le paquet à deux. Par contre après, il est allé à la fête à Montbaqué. »
Le médecin revint et elle laissa l’équipe partir vers l’hôpital avec le SAMU. Lucille sentait qu’il y avait urgence à arrêter Benoît avant qu’il y ait un autre drame mais c’était imprudent de partir seule. D’un autre côté, elle ne pouvait pas avertir la gendarmerie car elle avait promis à Franck de rester discrète.
Elle réfléchissait à la conduite à tenir quand elle vit arriver le père de Franck. C’était l’occasion qu’elle attendait. C’était un gars plein de sang froid. Comme il mesurait un mètre quatre-vingt-quinze environs et qu’il avait des épaules de déménageur, il était très impressionnant. A côté de lui, René, qui aurait pu être pilier de rugby, passait pour un petit bonhomme !
La jeune sœur le prit à l’écart, et lui expliqua rapidement la situation.
« Votre fils a eu de la chance ce soir, mais peut-être que d’autres n’en auront pas autant…
- Vous avez raison ! Nous ne pouvons pas laisser nos enfants se détruire, ni détruire les autres. Laissez-moi une minute, j’arrive ! »
Il s’arrangea pour faire raccompagner sa femme par des amis afin qu’elle ne soit pas seule, et suivit Lucille.
Montbaqué se situait à dix kilomètres de là, dans les collines. Durant tout l’été les fêtes de village se succédaient et les jeunes y passaient leur week-end. Avec les années, ces joyeux regroupements se transformaient progressivement en rassemblement de bandes. La drogue avait fait petit à petit son apparition dans les endroits les plus reculés.
Un quart d’heures après, ils y étaient. La fête battait son plein.
« Laissez-moi faire, fit le père de Franck, ça va être vite réglé ! »
Il avisa un de ses amis qu’il salua et demanda :
« Tu n’aurais pas vu Benoît Farroux ?
- Si ! Il est dans la salle des fêtes avec sa bande de petits voyous ! »
Il eut tôt fait d’expliquer la situation et plusieurs autres parents amis se joignirent à eux pour aller interroger l’adolescent. Ils coupèrent les retraites, en postant une personne à chaque sortie de la salle et entrèrent.
Ce fut vite fait. Le groupe d’homme encercla les adolescents. Plusieurs avaient de la drogue dans les poches mais, au grand soulagement de Lucille aucun n’en avait encore consommé. Benoît fut ramené par la peau du coup à son père après avoir expliqué aux autres ce qui était arrivé à Franck. Cela jeta un grand froid et certains, à partir de ce jour ne touchèrent plus à des produits illicites.
Le lendemain ils apprirent que Franck était sorti d’affaire. Lucille en profita pour le visiter en même temps qu’elle allait voir René. Il allait mieux mais il se passerait un moment avant qu’il ne soit capable de reprendre ses activités. En repartant, elle croisa Greg dans le couloir. Elle eut le sentiment qu’il voulait lui parler mais elle fit sciemment demi-tour et passa par une autre sortie. Ce n’était que partie remise…
Le soir même, pendant les informations, il téléphona à Lucille. Elle n’avait pas trop envie de lui parler, mais alla prendre l’appel dans un coin au calme.
« Allô ? fit la jeune sœur.
- Bonjour c’est Greg, fit une voix un peu hésitante.
- Greg ? Qu’est-ce que tu veux, ? répondit-elle un peu froidement
- Ecoute Lucille, ça ne peut pas durer comme ça ! Il faut qu’on se parle.
- De quoi ?
- Tu le sais très bien. Arrêtes de faire l’imbécile ! dit-il un peu impatienté. Tu peux venir demain soir à vingt heures au centre ?
- Je croyais que ça ne me regardait pas et que tu me virais si on en reparlait ? s’emporta-t-elle. Et puis si c’est pour me resservir le coup de l’intérêt du service et de l’honneur des pompiers c’est pas la peine !
- J’avais des raisons pour te parler de cette manière. Mais depuis certains éléments ont changé. Je te promets que je vais tout t’expliquer.
- Bon d’accord, marmonna-t-elle. Je viendrais, a ce soir.
- Merci beaucoup, à ce soir »

Le lieutenant raccrocha son combiné et leva les yeux vers la personne qui se trouvait en face de lui.
« Est-on obligé d’en arriver là ? demanda-t-il.
- On en a parlé cent fois, vous le savez bien. On n’a pas le choix. Elle en sait trop ! On ne peut pas prendre le risque qu’elle parle.
- Il faudra y aller doucement alors.
- Ca non ! s’exclama fermement l’homme. Il faut y aller énergiquement et régler le problème ce soir ! Vous avez été parfait jusqu’à maintenant, vous n’allez quand même pas craquer quand tout est sur le point de se terminer ?
- Non, fit Greg en se levant, vous savez que j’irai jusqu’au bout.
- Bon alors, à ce soir. Courage ! » ajouta-t-il en lui tapant sur l’épaule avant de sortir.
Le chef de centre se retrouva seul dans son bureau. Ses yeux tombèrent sur la photo de groupe des pompiers du centre fixée sur le mur. Il s’approcha et fixa le visage de la jeune sœur :
« Lucille je te demande pardon pour ce qu’on va être obligé de faire demain. »








Chapitre 17

Guet-append


Lucille arrêta son vélo sous le lampadaire qui était devant le centre. Elle regarda sa montre : il était vingt heures pile. La voiture du chef de centre était déjà là, mais aucune lumière ne filtrait du bâtiment.
« Bizarre » se dit-elle. Elle n’eut pas à composer le code d’entré car la porte était déjà ouverte, ce qui était normal si Greg était là. Par contre, en entrant, elle eut la confirmation que le centre était dans le noir. Elle alluma la lumière et monta l’escalier menant au bureau du chef de centre. Là non plus il n’y avait personne.
« Greg, Greg tu es là ? » appela-t-elle un peu nerveuse. Mais personne ne lui répondit, rien ne bougeait dans le centre. Elle allait redescendre l’escalier quand elle sentit une présence derrière elle. La jeune sœur se retourna brusquement. Il n’y avait personne.
« Je deviens stupide. Depuis l’histoire de Michelle je deviens un peu paranoïaque ! » pensa-t-elle en riant de façon un peu forcée.
Elle redescendit au rez-de-chaussée et rentra dans la remise des véhicules qui était dans le noir et aussi déserte que le reste. Elle entendit nettement quelque chose qui bougeait sur sa droite. Elle alluma immédiatement mais rien n’était visible. Cette fois-ci Lucille eut franchement peur et elle décida de ressortir et d’attendre Greg dehors. Elle saisit la poignée de la porte.
Soudain un bras s’enroula autour de son cou et une main se plaqua sur sa bouche. La jeune femme eut tellement peur que de vieux réflexes ressurgirent. Elle lança ses coudes en arrière et entendit une exclamation étouffée. L’étreinte se desserra. Elle ouvrit la porte de la remise à la volée et se rua vers la sortie. Mais la porte était déjà ouverte et une grande silhouette se dessinait à contre jour.
La jeune sœur n’avait plus qu’un choix de retraite et elle se précipita dans l’escalier. Elle entendait des pas précipités derrière elle. Elle se jeta dans la petite cuisine qui se trouvait en face du bureau de Greg et coinça la poignée avec une chaise. Des coups se firent entendre à la porte mais elle était déjà sortie par la seconde ouverture qui donnait sur la salle de réunion.
Celle-ci était dans le noir malgré les baies vitrées qui composaient le mur donnant sur la prairie attenante. Comme elle était devant le bar, Lucille saisit une bouteille et voulut aller discrètement aux baies vitrées. Mais quelqu’un surgit par la seconde entrée de la pièce et elle lui cassa la bouteille sur la tête. Puis elle fonça vers la porte-fenêtre et l’ouvrit.
Mais son élan fut coupé par une main qui lui saisit une cheville. La jeune femme trébucha et se retrouva à plat ventre, a moitié dans l’herbe. Elle voulut crier mais une main essaya de l’empêcher d’appeler. La jeune sœur la mordit de bon cœur et se délivra d’une bonne ruade.
Elle courut en faisant le tour du centre pour récupérer son vélo. Quand elle déboucha sur le parking elle aperçut Greg sous le lampadaire.
« Greg, Greg, lui cria-t-elle, méfie-toi, il y a des types qui… » Elle s’aperçut soudain qu’il saignait du cuir chevelu et réalisa que c’était lui qu’elle avait frappé avec la bouteille. Elle restait là frappée de stupeur quand une voix dit derrière elle :
« Bon, je crois que ça suffira, félicitation ma sœur vous avez passé le test ! »
L’homme qui se trouvait devant elle avait un hématome a la mâchoire et la main qui saignait. Lucille reconnut le colonel Rimfart le chef de corps départemental…



« Mon colonel, je suis vraiment désolée … » fit Lucille pour la dixième fois tout en finissant de lui panser la main. Le Colonel sourit ce qui n’était pas facile à cause du sac de glaçons qu’il tenait sur sa mâchoire.
« Ne vous inquiétez pas ! Je vous le dis, vous avez dépassé nos plus folles espérances ! Voyez, ajouta-t-il à l’adresse de Greg, elle est tout à fait en mesure de se défendre !
- Oui, j’ai constaté ! répondit le chef de centre en grimaçant parce que Lucille s’employait maintenant à désinfecter les plaies de son crâne. Dis-moi, comment ça se fait qu’une sœur sache se battre de cette façon ? demanda-t-il à la jeune femme.
- Ca n’est pas très compliqué, fit-elle en riant. Quand j’étais enfant j’habitais à Toulouse dans un quartier pas très sûr, surtout la nuit. A l’adolescence, quand j’ai voulut sortir le soir, mes parents ne vivaient plus tant que je n’étais pas rentrée. Alors ils m’ont fait prendre des cours de self défense, et, comme ça m’a plut, j’en ai fait pendant six ans. Mais c’est vrai que ça fait dix ans que j’ai arrêté et qu’avant ce soir je n’avais jamais utilisé ce que je sais en situation réelle. Je croyais même avoir tout oublié !
- Encore heureux pour nous ! » ajouta une troisième personne qui était restée silencieuse jusqu’à maintenant. Le Colonel avait présenté cet homme comme étant un gendarme mais Lucille ne savait pas du tout pourquoi il était là.
- Y a t’il quelque chose d’autre que nous devons savoir sur vos talents cachés ? demanda prudemment le Colonel.
- Ca dépend par rapport à quoi… hésita la jeune femme. Je suppose que si je vous dis que j’aime le dessin, la broderie et que je ne me débrouille pas trop mal en ski, ça ne vous apportera pas grand chose ? »
Vu la tête des trois hommes la jeune sœur en déduit que ce n’était en effet pas cela qu’ils attendaient. Soudain elle se souvint de quelque chose d’autre :
« Sinon, ajouta-t-elle tranquillement, quand j’étais adolescente, j’ai été championne de France Junior de tir au revolver. Je faisais aussi du tir à l’arc et au fusil d’assaut, mais ça hors compétition juste pour me détendre.
- Pour vous déten… bredouilla le gendarme. On m’avait bien prévenu… Dites Rimfart vous êtes sûr que c’est bien une sœur ?
- Cent pour cent sûr je confirme, intervint Greg en riant. Aïe ! gémit-il soudain alors que Lucille nettoyait sa plaie la plus profonde.
- Bouge pas comme ça ! fit-elle. Tu as eu de la chance quand même. J’aurais pu te faire très mal !
- Et ben qu’est-ce que ça aurait été ! grimaça-t-il. »


Dix minutes après les trois hommes et la jeune femme se retrouvèrent dans la salle de réunion autour d’un café. Les deux pompiers étaient pleins de bleus et de pansements. Le gendarme n’avait pas de blessure visible mais, a sa façon de se déplacer, Lucille avait constaté avec confusion que ses coups de coudes arrière avaient laissé des traces.
« Bon, commença le Colonel, je crois que nous vous devons des explications.
- Et bien j’avoue que je ne comprends pas bien à quoi tout cela rime, acquiesça Lucille »
Il jeta un coup d’œil aux autres qui lui firent signe de commencer à expliquer.
« Comme vous le savez, depuis quelque temps votre chef de centre a remarqué des incidents à répétitions. Des choses qu’on ne remarque pas au début car cela peu passer pour de simples coïncidences. Mais c’est leur répétition qui nous a mis la puce à l’oreille. Car, ce que vous ne savez pas, c’est que ces problèmes ont commencé à Vic il y a quelque mois, ils avaient débuté dans plusieurs centres du département depuis un an environ.
Beaucoup de temps est passé avant que nous soyons vraiment mis au courant. Finalement c’est le service de la logistique des véhicules qui nous a prévenu car leur budget réparation a explosé. Après une brève et discrète enquête auprès des chefs de centre, nous avons suspecté quelque chose de plus important que de simples sabotages indépendants les uns des autres et nous avons fait appel à la gendarmerie. »
Le colonel s’arrêta un moment et regarda le gendarme assis à ses côtés. Celui-ci pris la parole pour continuer à expliquer la situation.
« Nous avons commencé à enquêter sur tout cela et nous avons trouvé des preuves sur l’existence d’un groupe extrêmement bien organisé, ayant des ramifications dans de nombreux centres du département.. »
Lucille ouvrit de grands yeux et demanda, un peu incrédule :
« Vous pensez à un groupe de pompiers, qui utiliserait tout ce temps et cette énergie pour saboter des interventions ? Quel serait leur intérêt ?
- Nous pensons que ces incidents provoqués ne sont que de petits essais pour discréditer le service, expliqua le gendarme. Toutes les personnes que nous avons identifiées comme faisant partie de cette organisation sont toutes en conflits avec leur hiérarchie. Ces sabotages sont le début d’un plan visant à se venger.
- Mais si vous savez tout, pourquoi ne pas les arrêter de suite ? demanda la jeune sœur.
- Pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il nous manque des preuves. Nous avons infiltré un homme dans le centre le plus touché. Il a pu obtenir pas mal de renseignements mais nous n’avons pas repéré tous ceux qui font partie de cette bande. Si nous les arrêtons, il faut faire un coup de filet groupé, sinon certains pourraient passer au travers des mailles et recommencer par la suite.
- Je comprends… mais pourquoi vous me racontez tout cela ? Qu’est-ce que je viens faire là-dedans ? » s’étonna Lucille.
Les trois hommes se regardèrent gravement, comme s’ils attendaient cette question depuis le début de la conversation et qu’ils hésitaient à y répondre.
« Mais enfin qu’est-ce qui se passe ? A quoi rime l’attaque de tout à l’heure ? » insista-t-elle.
Le colonel se lança.
« Depuis quelques semaines, la bande est passée à la vitesse au-dessus. Ils veulent s’en prendre directement à moi et régler leurs comptes. Mais dans des conditions normales, ce n’est pas très facile de me prendre à partie. Ils ont donc monté un plan.
Ils se sont dit qu’ils le feraient à l’occasion d’une fête un peu officielle où je serais invité. Il fallait en choisir une, pas trop grande pour pouvoir m’isoler et trouver un moyen de m’attirer à l’écart. Or, un événement inconnu a précipité les choses. Ils ont choisi la prochaine fête qui convenait…
- Oh !… J’ai peur de comprendre… la Sainte Barbe de Vic…
- Oui, acquiesça Greg.
- Mais pourquoi me le dire à moi ? Il y a, dans le centre, d’autres gars qui sont plus aptes physiquement que moi pour intervenir !
- Il y deux raisons majeures, continua le gendarme. D’abord parce que nous suspectons tout le monde, dans le doute. Vous êtes la seule à qui nous pouvons faire confiance. D’autre part, ils ont trouvé un moyen d’attirer le colonel à l’écart : avec un appât.
- Un appât mais qu’est-ce que ça a à voir avec moi ? … » demanda Lucille qui n’était pas sure de vouloir comprendre.
Les trois hommes la regardèrent si intensément qu’elle commença à se sentir franchement mal à l’aise.
« C’est… C’est moi ?…bégaya-t-elle.
- J’ai essayé de te protéger, Lucille, expliqua Greg. Au début j’ai été informé des sabotages et je t’ai dit d’ouvrir l’œil car je ne pouvais pas tout voir. Puis, quand les choses se sont précisées, j’ai essayé de te tenir à l’écart.
- Ah c’est pour ça ?… et moi qui croyais…
- … que j’étais lâche ?
- Oui… pardonne-moi !
- T’inquiètes pas. J’ai fait de mon mieux pour que tu le croies et ça aurait pu marcher. Mais ensuite nous avons eu ces dernières informations…
- Quand votre chef de centre à su cela, expliqua le colonel, il a voulut vous mettre à l’écart pour vous protéger. Mais nous avons là une occasion unique de les arrêter dans un coup de filet général et en flagrant délit. D’autre part, nous savons quand, où, et comment ils vont frapper. Si nous laissons passer l’occasion maintenant, ils agiront plus tard à un moment où nous serons moins bien armés…
- Il y a aussi votre action dans l’arrestation de deux personnes de votre village, renchérit le gendarme. Cette histoire a fait le tour des services de la gendarmerie. Pour que le GIGN raconte des choses pareilles c’est que vous avez dû faire fort !
- Je n’étais toujours pas convaincu, poursuivit Greg, mais le temps pressait et le colonel a alors proposé que l’on te mette à l’épreuve pour voir si tu étais capable de te défendre seule. C’est pour cela que nous avons monté ce piège ce soir.
- Comme je l’avais prévu, conclu le gendarme, vous avez passé le test avec succès… »
Lucille les regarda tous, un peu abasourdie. Ce la faisait beaucoup de révélations pour un seul soir.
« Mais qu’attendez-vous exactement de moi ?
- Nous vous avons exposé les faits, reprit le colonel. Nous pensons que c’est l’occasion idéale de les arrêter et que votre collaboration est essentielle. Par contre, il faut que vous sachiez qu’il y a une notion de danger, très faible car la gendarmerie sera là, prête à intervenir mais, on ne peut pas tout maîtriser. Maintenant, nous vous donnons le choix : vous pouvez nous aider ou vous retirer simplement en donnant une excuse pour ne pas être là à la fête.
- Si je ne viens pas, ils agiront quand même ?
- Oui, certainement, mais par d’autres moyens qui ne vous mettront pas en danger. »
Mais elle pensa que les autres seraient beaucoup plus dépendants de l’aléatoire et, si ça tournait mal pour l’un d’eux, elle ne se le pardonnerait jamais.
« D’accord, dit-elle simplement. »
Cette réponse toute simple sans tergiversations sembla les prendre un peu par surprise.
« Le GIGN me l’avait bien dit… murmura le gendarme.
- Tu es sure ? demanda Greg, l’air inquiet.
- Absolument sure, répondit la jeune sœur d’un air déterminé. Dites-moi exactement ce que je dois faire. »

Mère Jeanne écarquilla les yeux et resta un moment sans pouvoir dire un mot.
« … et vous avez dit quoi ? put-elle seulement articuler.
- Que j’étais d’accord, répéta tranquillement Lucille.
- Mais ça ne va pas non ?! Vous avez perdu la tête ? »
La jeune femme laissa le temps à sa supérieure d’exprimer son émotion puis se mit à expliquer :
« Ecoutez, ils frapperont de toute façon et il vaut mieux que ce soit entouré de gendarmes que dans le coin d’une rue sombre.
- Lucille, je comprends, mais laissez faire les professionnels. Il n’est pas raisonnable de vous exposer ainsi. Vous avez failli me donner une attaque il y a un mois chez Michelle et je n’ai pas envie que vous recommenciez.
- Les professionnels seront là pour nous entourer. C’est la formule la plus sure pour les autres. Il faut absolument arrêter ces gars avant qu’il n’y ait des morts. »
Mère Jeanne soupira. Décidément, quand Lucille avait une idée en tête… Mais d’un autre côté elle se dit que, bien que le plan soit aventureux, il était, en effet bien moins dangereux de le laisser se dérouler ainsi.
« Bon… mais soyez prudente… et n’en faites pas plus que vous ne le devez…
- Je vous le promets, d’ailleurs vous…
- …me connaissez…oui, oui, oui… »
L’infirmière sortit avec un grand sourire. Elle partait crânement mais, au fond d’elle-même, elle n’en menait pas large en pensant à ce qui l’attendait…


( a suivre ...)














Chapitre 18

Publié le 01/10/2007 à 12:00 par lesromansdelara
Chapitre 18

Piége


Lucille avançait vers la salle des fêtes de Vic avec une allure qu’elle voulait la plus naturelle possible. Elle était habillée avec la jupe et le chemisier bleu ciel réglementaires pour les cérémonies officielles. Avec la fouragerre autour du bras et les galons sur les épaules elle était très élégante.
En temps normal, elle aimait bien se balader dans cette tenue, mais aujourd’hui elle avait un peu la tête ailleurs. Le micro qui lui avait été prêté par la gendarmerie était caché sous son chemisier. Greg l’avait appelée dans l’après-midi pour lui indiquer les derniers détails. Personne ne savait à quel moment de la soirée elle allait être contactée. Il était donc impératif qu’elle reste dans la salle et qu’elle ne sorte qu’au moment où la bande le déciderait. En outre, il fallait faire comme si de rien n'était, donc ne pas se jeter de coup d’œil et ne pas se parler plus que d’habitude.
C’était avec toutes ces consignes dans la tête qu’elle entra dans la salle des fêtes. Elle salua tout le monde et alla se servir à boire au buffet. Puis elle alla tranquillement discuter avec le premier groupe venu tout en mangeant des petits fours. Dix minutes après, elle vit du coin de l’œil le colonel et sa femme arriver. Ils furent suivis de prés par le représentant de la gendarmerie. Greg se déplaça pour les accueillir. Il était temps de faire un essaie radio. Elle plaça alors la phrase convenue dans la conversation :
« En tout cas, on a de la chance, la nuit est chaude. »
La conversation s’engagea donc sur le terrain de la météo et Lucille sous prétexte de finir son verre jeta un rapide coup d’œil au Colonel. Celui-ci se passa la main sur la joue. C’était bon elle était reçue cinq sur cinq. S’il avait mis sa main dans le dos, elle aurait du s’absenter aux toilettes où l’attendait quelqu’un pour faire des réglages.
Tous les officiels étant là, Armand qui était le président de l’amicale des sapeurs pompiers de Vic, les rassembla sur l’estrade et les discours commencèrent : celui du Conseiller général, du Maire de la commune, du Colonel du chef de centre… Tout le monde écoutait poliment, en priant pour que ça finisse vite !
Puis vinrent les remises de diplômes pour ceux qui avaient fait des formations et la remise des grades pour ceux qui en changeaient. Ensuite, normalement venait le repas, mais à la grande surprise de la jeune femme, le Colonel reprit la parole :
« Je sais que vous avez hâte de vous mettre à table, mais je tenais ce soir à remercier officiellement deux pompiers de votre centre, en leur donnant la médaille d’or du mérite. »
Un murmure de surprise passa dans les rangs. Cette distinction n’était donnée que rarement, et uniquement pour des cas d’actes de courage en intervention.
« Tout d’abord j’appelle le Sapeur première classe Gilles Dufour. »
Gilles devint tout pâle de surprise et monta sur la scène sous des tonnerres d’applaudissements.
« Sapeur Dufour, dans la nuit du vingt au vingt et un juin, vous avez contribué, par votre sang froid et votre maîtrise du volant, à sauver la vie de vos trois coéquipiers qui étaient avec vous dans un VSAV dont les freins ne répondaient plus. Pour cet acte de bravoure, je vous octroie, sur la demande votre chef de centre, la médaille d’or du mérite. »
Le colonel lui épingla la médaille et tout le monde applaudit de bon cœur. Lucille se sentit saisie par le bras. C’était Gérard qui l’entraînait vers l’estrade alors que Florian serrait déjà Gilles dans ses bras. L’équipe du VSAV de ce soir-là était au complet pour remercier le conducteur sans qui tout aurait pu très mal se terminer. Gilles en avait les larmes aux yeux.
Il allait redescendre quand il fut arrêté par Greg.
« Attendez, je n’en ais pas fini avec vous ! rajouta le colonel. Par votre sens de l’à propos vous avez sauvé la vie de vos camarades. Je vous pense capable de gérer une équipe d’intervention. C’est pourquoi, j’ai la grande joie de vous nommer au grade de Caporal. »
Le chef de centre se chargea de lui enlever ses galons de première classe pour lui mettre les épaulettes de caporal. Lucille était vraiment ravie pour lui. C’était un garçon très effacé et c’était bien qu’un hommage lui soit rendu devant tout le monde.
« Je voudrais à présent donner également une distinction à un autre pompier de votre centre qui a également contribué à sauver une vie en intervention. Je n’ai pas à l’appeler car elle est déjà sur cette estrade : Infirmière Lucille Vallan. »
La jeune femme s’arrêta, totalement interdite. Elle regarda tour à tour Greg qui affichait un grand sourire et Jean-Luc qui se figea brutalement.
« Infirmière Vallan, au cours de la nuit du 11 au 12 juillet, vous avez, dans le cadre de votre mission de soutient sanitaire sur un feu de grange, effectué le sauvetage du Major Tribou qui avait fait une chute dans une maison en feu. Pour cet acte de bravoure, je vous octroie, à la demande de votre chef de centre et du Major Tribou, la médaille d’or du mérite. »
Les applaudissements fusèrent à nouveau mais, cette fois le Colonel ne semblait pas avoir la médaille avec lui.
« Quelqu’un tenait à vous la remettre en main propre » expliqua-t-il. En se retournant Lucille aperçut René qui avançait sur des béquilles, soutenu par sa femme et son fils. Derrière, suivaient les trois petits-enfants du Major avec leur mère.
Il lui agrafa la médaille et :
« Depuis le temps que je dis que tu mérite une médaille je voulais te la donner moi-même ! »
La salle s’esclaffa et, quand la femme du Major pris le micro un silence religieux se fit.
« René et moi-même sommes mariés depuis trente-cinq ans. Si tu n’avais pas été là ce soir là, il ne serait plus des nôtres aujourd’hui. Merci de lui avoir permis de rentrer à la maison… » ajouta-t-elle la voix perdue dans un sanglot et elle embrassa la jeune sœur sous un feu nourri d’applaudissements.
L’émotion étreignait la salle et même les plus endurci avaient du mal la contenir.
« Nous tenons aussi, ajouta le Colonel, à marquer l’occasion en vous donnant le grade d’infirmière en chef. »
Une fois de plus Greg s’occupa des galons. Soudain alors que le silence se faisait pour laisser le Colonel reprendre, la plus jeune des petites-filles de René s’élança spontanément dans les bras de Lucille :
« Merci d’avoir sauvé mon Papi ! » hurla-t-elle à tue-tête.
Et la salle partit d’un éclat de rire général tout en écrasant une petite larme.

Lucille, assise à côté de René et de sa famille, avait passé un très bon moment. La soirée avançait. Le repas était en train de se terminer et l’orchestre commençait à jouer pour permettre à ceux qui le voulaient de danser. Elle finissait par espérer que, finalement, rien d’autre ne se passerait quand elle sentit qu’on lui tapait sur l’épaule.
« Excusez-moi de vous déranger… »
C’était le pompier qui servait de chauffeur au colonel.
« Il y a quelqu’un qui ne se sent pas bien dehors. Est-ce que vous pouvez venir voir ? »
L’infirmière acquiesça et se leva en souriant.
« Je reviens dans une minute ! » indiqua-t-elle à René d’un ton badin.
Elle suivit le pompier tout en se demandant si quelqu’un n’était pas réellement malade. En effet le fait que ce soit le chauffeur du colonel qui l’interpellait la chiffonnait. S’il était dans le coup, il aurait eu vingt fois l’occasion, durant le trajet, de dévier sa route et d’enlever le colonel sans problème et sans impliquer personne d’autre. Pourquoi prendrait-il le risque de le faire au milieu d’une fête avec tout ce que cela impliquait d’impondérables ?
En tous cas elle le suivit sans faire d’histoires et, arrivée sur le parking ils contournèrent la salle. Ensuite selon leur plan, ils devaient la maîtriser et faire venir le colonel. Les gendarmes étaient postés tout autour, invisibles, même pour Lucille. Au début, tout se déroula comme prévu.
Elle se retrouva au milieu d’un groupe de six pompiers qu’elle ne connaissait pas.
« Lequel d’entre vous est-il malade ? demanda-t-elle innocemment. »
Les gars se regardèrent en ricanant.
« Nous allons vous demander de nous suivre » fit un grand type en faisant signe à Lucille de se diriger vers une voiture garée non loin de là. Les autres resserrèrent le cercle autour de la jeune femme. Ca, par contre ce n’était pas prévu… Il fallait à tout prix rester sur place car tout le dispositif était anticipé autour du fait que le piège était monté sur le lieu de la salle des fêtes. Un changement de lieu se révèlerait catastrophique.
« Je crois qu’il y a un malentendu… esquissa-t-elle.
- Non, je ne crois pas » fit le grand gars en s’approchant.
Deux gars lui saisirent les bras pendant qu’il mis une main sous son chemisier.
« Eh ! Mais ne me touchez pas, protesta violemment la jeune femme.
- Restez tranquille ! ordonna le pompier en saisissant la mâchoire de Lucille dans une de ses mains tout en continuant à fouiller de l’autre. Votre personne ne m’intéresse pas, ce qui m’importe… c’est ça ! » ajouta-t-il, en retirant le micro.
La jeune femme eut un moment d’affolement. Là le plan tournait vraiment à vaux l’eau ! Le groupe se mit à rire en voyant la tête de l’infirmière.
« C’est pas bien de vouloir nous rouler ! Et vous, ajouta-t-il dans le micro, je vous conseille de ne pas nous suivre si vous voulez la récupérer entière. Allez, on y va ! » ordonna-t-il.
Lucille tenta le tout pour le tout et essaya de se dégager. Mais, semblant avoir tout prévu, ils resserrèrent leur étreinte et lui appliquèrent un linge sur le nez et la bouche. Elle eut l’impression d’étouffer sous ce truc qui sentait horriblement mauvais, puis, rapidement un voile lui passa devant les yeux et elle perdit connaissance…

La fête commençait à battre son plein et il y avait beaucoup de monde sur la piste de danse. Lucille était sortie depuis dix minutes et le colonel commençait à trouver le temps long. Il avait été atterré de constater que Stéphane, son propre chauffeur, était dans le coup. Il suspectait certains membres de son entourage mais pas lui. Il lui faisait confiance et se félicitait d’avoir gardé un maximum d’informations secrètes, même pour lui. D’ailleurs, il avait le pressentiment que cela n’allait pas être sa première surprise de la soirée. Il ne savait pas à quel point il avait raison.
« Excusez-moi, est-ce que je pourrais vous parler un moment ? »
Stéphane était de retour.
« Oui, bien sur !
- Vous aussi, dit-il en désignant Greg. »
Ils eurent du mal à ne pas avoir une réaction de surprise. Normalement, le chef de centre ne devait pas être mis en cause. Mais, pour ne pas se trahir, ils durent suivre, sans rien dire.
Quand ils furent sorti, Stéphane se retourna :
« Vous reconnaissez cela ? demanda-t-il en montrant une petite croix en métal aux deux hommes.
- Oui, fit Greg, c’est à Lucille.
- Si vous voulez la revoir vivante je vous conseille de nous suivre sans histoire et de me donner vos micros.
- Mais quels micros ? Je ne vous suis pas !
- Ne faites pas l’innocent mon colonel et ne perdons pas de temps, dans l’intérêt de la jeune femme… allez ! » ordonna-t-il en tendant la main vers les poitrines des deux hommes. Ils retirèrent leurs micros à contre cœur.
« Maintenant suivez-moi ! Si vous tentez quoi que ce soit la fille est morte ! »
Ils montèrent dans une voiture, qui démarra sans bruit.

« C’est pas bien de vouloir nous rouler ! Et vous, je vous conseille de ne pas nous suivre si vous voulez la récupérer vivante. Allez, on y va ! »
Un grand silence régnait dans le PC de commandement de la gendarmerie. Le commandant Orlando qui commandait l’opération avait été appelé d’urgence. Il avait quitté le repas juste à temps pour entendre l’enlèvement du colonel et du lieutenant. Il s’était arrangé pour qu’une équipe mobile les suive. Mais elle était partie un peu tard et il fallait espérer qu’elle les rattrape vite. En attendant, il écoutait l’enregistrement de ce qui c’était passé entre Lucille et les autres.
Tout le monde le regardait, un peu atterré avec le sentiment de s’être fait rouler dans la farine. Le piège avait été éventé et il y avait beaucoup de chance que ça tourne mal. Bizarrement, le seul à garder un petit sourire était le commandant. Il regarda intensément ses hommes.
« S’ils croient qu’ils nous ont semé, c’est qu’ils ne nous connaissent pas ! »

Greg avait pris le volant et était guidé par Stéphane qui était monté à l’arrière avec le colonel. Ils roulèrent pendant une heure en faisant des tours et des détours pour être sur de ne pas être suivis. Quand ils s’arrêtèrent en bordure d’un champs entouré d’une haie, ils n’étaient finalement qu’à une dizaine de kilomètres de Vic.
« On est où exactement ? demanda le Colonel.
- Prés de Trencal si je ne me trompe pas ? suggéra Greg.
- Vous avez le sens de l’orientation, lieutenant… Allez descendez et pas de blagues.
- Où est Mademoiselle Vallan ? demanda la Colonel. Nous voulons la voir sinon nous ne faisons pas un pas de plus !
- Je crois que vous n’êtes pas en position de nous donner des ordres ! Mais, pour vous prouver que nous ne sommes pas mauvais garçons, nous allons vous donner satisfaction. »
Ils contournèrent la haie et se retrouvèrent dans un champ, brusquement éclairé par des projecteurs dirigés dans leur direction. Ils étaient aveuglés et ne distinguaient qu’une forme allongée prés d’un arbre.
« Lucille ! s’exclama Greg en se précipitant.
- Qu’est-ce que vous lui avez fait ? demanda le Colonel.
- Rien de grave, juste un peu de chloroforme. Elle va juste se réveiller avec la gueule de bois ».
Pendant que Greg essayait de ranimer Lucille, le Colonel scrutait les environs. Ses yeux commençaient à s’habituer à la lumière et il lui semblait voir du monde bouger dans les alentours.
« Oui, mon Colonel, nous sommes nombreux, très nombreux…
- Et malins, à ce que je vois… Comment vous avez su pour les micros ?
- Par d’autres micros : le SDISS et tous les autres centres du département en sont truffés. »
Depuis le début de la soirée le colonel avait le sentiment que les choses ne se déroulaient pas exactement comme ils l’avaient prévus. Pour quelque chose d’organisé par vengeance par des pompiers déçus, les évènements prenaient une tournure un peu trop disproportionnée. Le doute qui l’étreignait devenait insupportable, il fallait qu’il en ait le cœur net.
« Des micros partout ? Comment avez-vous eu les moyens matériels de faire cela ?
- On a été sponsorisé » plaisanta Stéphane.
Pendant ce temps, Lucille revenait progressivement à elle.
« Comment tu te sens ? demanda Greg.
- Un peu vaseuse mais ça va… Qu’est-ce que tu fais là ?
- J’ai été invité aussi, figure-toi ! »
La conversation entre le colonel et son chauffeur continuait.
« Mais vous n’allez pas me dire que tous ces gars qui sont là agissent par vengeance ?
- Le noyau dur si… D’autres comme moi ont accepté une petite rétribution.
- Ne me faites pas croire que vous trahissez tous vos principes pour une liasse de billet et un peu de ressentiment ?
- Ne sous-estimez pas la force de la vengeance, Rimfart. »
Tout le monde tourna les yeux vers l’endroit d’où venait cette nouvelle voix. Une silhouette se détacha en contre jour et se précisa au fur et à mesure que l’homme avançait.
« Friart ! fit le Colonel. J’aurais du m’en douter.
- Vous connaissez cet homme ? demanda Lucille qui avait rejoint le groupe avec Greg.
- Oui, nous nous sommes rencontrés il y a longtemps…
- Vous avez fait du chemin depuis… Colonel… il fallait quand même le faire. Donner une promotion à quelqu’un qui a laissé un jeune garçon mourir sous ses yeux sans rien faire… »
Lucille et Greg les regardaient avec surprise. Qu’est-ce que tout cela venait faire là-dedans ?
« Mais de quoi parlez-vous ? s’étonna le lieutenant.
- Alors Rimfart ? Vous ne leur racontez pas ?
- OK, ne vous énervez pas, j’y vais. Avant d’être nommé directeur de ce département, j’ai fait ma carrière professionnelle dans un département du Nord. J’ai été nommé dans une grande ville et il y a eu des bagarres à répétitions la nuit. Un chef important de la pègre avait trouvé la mort et la lutte était vive pour la répartition des zones d’influence.
Une nuit, les violences avaient atteint leur apogée. De nombreux véhicules avaient été appelés car il y avait pas mal de blessés.
- Et parmi eux, mon frère ! Vous vous souvenez Rimfart ? Un gamin de quinze ans ! Il avait pris un pavé sur la tête et était par terre, inconscient. Il avait besoins de soins et vous avez arrêté les hommes qui voulaient intervenir. Vous l’avez laissé mourir !
- Mais souvenez-vous comme c’était difficile ! Les pierres tombaient drues et la bagarre faisait rage. Les gars devaient aller chercher les victimes au milieu de la mêlée jusqu’au moment où un pompier a été blessé. Mon devoir était de protéger mes équipes ! J’ai alors donné l’ordre aux gars d’attendre que les CRS régulent un peu la situation avant d’y aller car c’était vraiment trop dangereux. »
Le colonel s’arrêta un moment. Il était évident que cette vieille histoire devait le hanter.
« Trop dangereux… et moi je n’y étais pas à le voir mourir ? J’ai repéré qui vous étiez et j’ai pensé qu’où que vous alliez et quoi que vous fassiez, je ne vous lâcherais plus ! J’ai voulu que votre vie devienne un enfer !
- Pour l’enfer vous avez réussi ! Un jour, j’ai commencé à recevoir des lettres de menace, faisant allusion aux évènements de la nuit d’émeute. Puis, ma femme a été victime d’ « accidents » plus ou moins dangereux.
- Et la police n’a rien fait ? s’étonna Lucille.
- Elle a essayé mais ce que je ne savais pas c’est que le gamin que j’avais rencontré ce soir-là était en train de devenir petit à petit un des chefs les plus influents de la pègre locale. La police n’a rien pu faire face à des bandes si organisées. J’ai du partir pour protéger ma famille et quitter la zone d’influence de mon ennemi. Je suis arrivé ensuite dans ce département.
- Et oui ! Sauf que ce que vous ne savez pas c’est que vous ne pouviez pas m’échapper en changeant seulement de lieu ! Nous avons un faisceau de relation qui va au-delà de ce que vous pouvez imaginer ! Nous vous avons retrouvé et j’ai décidé de passer à la vitesse supérieure et d’agir différemment. Un homme de confiance est entré dans un de vos centres de secours et s’est arrangé pour pourrir l’ambiance. Il s’est débrouillé pour contacter les mécontents et les tester en organisant les sabotages. Nous nous sommes assurés qu’ils iraient jusqu’au bout.
- Sauf que vous avez fait une erreur ! fit le colonel. L’un d’eux nous a prévenu !
- Nous le savons et nous avons un châtiment réservé aux traîtres. C’est pourquoi nous attendons avant de vous régler votre compte. Nous ne sommes pas au complet…
- Ecoutez, que vous vouliez vous venger de moi, je peux le concevoir. Mais laissez partir les autres. Ils n’ont rien à voir avec tout cela !
- Sauf que je ne peux pas ! D’abord ils sont des témoins gênants et puis j’ai voulu faire plaisir à une recrue prometteuse qui me demandait de les associer à la petite fête que j’ai préparée pour vous. »
Lucille, qui était un peu embrumée par le chloroforme au début de la conversation, commençait à récupérer un peu sa vivacité d’esprit.
« Cette fameuse recrue c’est Jean-Luc Monvalent, n’est-ce pas ? »
Tout le monde la regarda avec surprise.
« Bien ! Comment avez-vous déduit cela ?
- A chaque fois qu’il y avait un sabotage il était le seul à pouvoir le faire ! »
Et elle raconta l’ensemble de ses déductions à partir des faits qu’elle avait constatés.
- Je suis impressionné ! En fait vous n’êtes pas loin de la vérité ! »
Ils furent interrompus par un bruit de moteur.
« Ah ! Voilà notre autre invité, ce traître à notre cause. »
Lucille tendit le cou pour apercevoir celui qui avait prévenu le Colonel. Ce qu’elle vit la laissa sans voix.
Un homme s’avançait, les bras attachés et menacé par une arme. C’était Jean-Luc Barreau !
Lucille regarda le truand avec surprise.
« Eh oui Mademoiselle ! c’est lui qui nous a trahi ! Nous avions compté sur sa haine de sa hiérarchie, renforcée par le renvoie de son fils. Mais, bêtement, c’est un homme d’honneur et intègre en plus ! Nous n’avons pas pu le corrompre.
- Jamais vous ne pousserez un Barreau à faire quelque chose de malhonnête !
- Ah tiens ! Ca me fait penser qu’il faut que je vous présente un garçon prometteur que je pense prendre sous mon aile pour mes affaires à venir. Il a vraiment des dispositions pour le crime et, en plus, il est intelligent, ce qui ne gâte rien. C’est lui qui vous a invité lieutenant et vous aussi ma sœur. Vous allez pouvoir le remercier. Allez viens ! »
Une autre silhouette se détacha et entra dans la lumière. Jean-Luc poussa un cri de détresse. Louis, son fils était là debout devant eux les toisant d’un regard narquois.
« Ca n’est pas finit, une dernière personne manque à l’appel. J’ai décidé, mon colonel, que cette nuit vous alliez mourir de la même façon que vous avez laissé crever mon frère ! Comme un chien… Mais ce n’était pas assez. Je veux que vous ressentiez la douleur que j’ai ressentie quand il est mort. Avez-vous déjà vu quelqu’un qui vous est cher souffrir et mourir sous vos yeux ? Non ? Et bien nous allons arranger çà… Gilbert, emmène-le ! »
Un gars à l’air peu fréquentable arriva tenant dans ses bras un petit garçon, le visage barbouillé de larmes. Quand il vit le Colonel l’enfant se mit à appeler :
« Papa, Papa !
- Lucas ! Non… Laissez-le partir, il n’a que quatre ans ! N’aie pas peur Lucas, papa est là !» Et le Colonel se rua sur Gilbert, vite arrêté par une demi-douzaines de costauds. Le truand prit un air féroce.
« Et maintenant que la fête commence ! »


( à suivre ...)
























chapitre 19 et 20

Publié le 18/10/2007 à 12:00 par lesromansdelara
Chapitre 19

Explications




L’arrivée du petit garçon avait fait l’effet d’un électrochoc dans la tête de Lucille. Son esprit redevenait complètement clair pour la première fois depuis qu’elle avait été endormie. Il fallait absolument faire quelque chose pour retarder le passage à l’acte de ces hommes. La meilleure manière de gagner du temps c’est de le faire à plusieurs. Jean-Luc paraissait anéanti et il ne fallait pas compter sur lui. Il fallait qu’elle allie ses forces avec celles du colonel et du lieutenant, donc trouver un langage codé pour communiquer. Un code… mais bien sur !
« Ecoutez, commença-t-elle l’air de rien, on a de la chance, la nuit est chaude, ce serait bête de mourir sans bien comprendre. »
Après un instant de surprise, Greg et Paul Rimfart reconnurent la phrase convenue pour le test des micros. Négligemment chacun porta la main à la joue. Ils étaient sur la même longueur d’onde. Le colonel était intérieurement ravi, il avait besoin de temps avant jouer sa carte maîtresse. Elle pouvait donc se lancer, assurée de leur aide.
« Qu’est-ce que vous ne comprenez pas ? demanda Friart.
- C’est au sujet des sabotages à Vic. Pour le VSAV, comme je vous l’ai expliqué, il ne pouvait être fait que par un gradé et par quelqu’un qui connaissait la mécanique. Louis ne correspond pas à la description. »
Le truand se retourna vers le jeune homme et lui fit signe de parler.
« Tu oublies juste, Lucille, que, même si je ne me suis pas lancé dans des études de mécanique, j’ai grandi dans un garage. Depuis tout petit mon père m’a initié et il n’y pas un véhicule qui ait de secret pour moi. D’autre part, tu as bien vu. Mon père savait qui allait être le conducteur. Je me suis débrouillé pour qu’il m’en parle au cours d’un repas et…
- Comment as-tu pu faire cela ? le coupa furieusement son père.
- T’as plus rien à me dire. Depuis tout petit tu me casse les pieds, ‘’réussis ‘’, ‘’sois le meilleur’’. C’était jamais bien, jamais assez ! Là j’ai trouvé quelqu’un qui me respecte qui pense que je vaux quelque chose et que je suis capable de réussir !
- Mais, moi et ta mère t’avons tout donné !
- Tout sauf de l’attention ! T’es toujours au boulot ou chez les pompiers. Je me suis dit qu’en entrant en tant que pompier volontaire je serais un peu plus avec toi. Mais là aussi je n’ai rencontré que mépris de ta part et de la part des autres. De ceux-là en particulier ! » dit-il en montrant Greg et Lucille de la main.
Celle-ci sentait que c’était le moment de réorienter la conversation car sinon la situation risquait de se dégrader.
« Mais, pour la corde qui a cédé, c’est bien ton père qui l’a vérifiée ?
- Non, c’est moi. Ma mère m’avait envoyé le chercher car nous étions invités à manger chez des amis. J’ai donc terminé la vérification de la corde pendant qu’il signait le registre. J’en ai profité pour la sectionner de l’intérieur. Par contre, le fait que ce soit René qui s’en soit servi le premier, et dans de telles conditions, est allé au-delà de mes espérances. Mon seul regret c’est qu’il n’y soit pas resté…
- Comment peux-tu dire cela ? s’exclama Greg.
- Je le dis comme je le pense ! Il m’a pris en grippe depuis toujours et il m’a enfoncé, comme vous ! Mais ce soir, vous allez payer… »
Lucille allait relancer mais le Colonel mis ses mains derrière le dos, comme convenu si le micro ne marchait pas. Elle en conclut qu’il voulait qu’elle ne dise rien de plus. Sa déduction se confirma car il prit aussitôt la parole.
« Si vous voulez nous tuer, je pense que vous pouvez nous dire comment. Je suppose que tous vos complices sont ici ?
- Bien sur, personne ne voulait louper ça ! Ils sont tous là, venez les gars. »
Une trentaines de gars se montrèrent dans la lumière. Sur le tas, une dizaines seulement étaient des pompiers. Il y en avait finalement moins que prévus mais choisis de façons stratégiques. Ils venaient de centres situés dans tout le département et, certains faisaient partie du SDISS.
« Finalement, avec peu de monde, vous auriez pu paralyser tout le service, constata le colonel.
- C’était le but ! Nous voulions vous discréditer complètement avant d’en finir. Mais la dénonciation de Montvalent nous a coupé l’herbe sous le pied. Nous avons pensé l’éliminer tout de suite en représailles pour faire un exemple pour les autres. Après cela personne n’aurait osé nous trahir. Mais nous avons décidé de le laisser faire sans qu’il ne s’en doute. Nous avons distillé les informations au compte-gouttes comme celles concernant l’embuscade de ce soir. C’était jubilatoire pour moi de penser que j’allais rouler tout le monde y compris la gendarmerie. Nous avons suivi avec attention la façon dont vous avez averti la sœur. Nous avons été impressionnés ! Franchement sans cela nous vous aurions sous estimée Mademoiselle. C’est comme cela que nous avons décidé de vous maîtriser en vous endormant d’emblée.
- Merci de votre sollicitude ! Mais, quand même ce serait bien si vous en aviez autant pour le petit bout de chou que voilà, dit-elle en montrant Lucas.
- Et il en a eut son père de la sollicitude ?
- Ecoutez faites ce que vous voulez de moi mais ne touchez pas à mon fils.
- Pas question ! J’attends ce moment-là depuis trop longtemps. »
La situation était critique. Lucille était à cours d’idée. Jusqu'à maintenant, quand elle avait réussit de à se tirer d’ennuis similaires, c’était parce qu’elle était seule en cause contre deux ou trois personnes. Là c’était différent. D’abord parce que les autres étaient très nombreux, ensuite parce qu’il y avait un petit garçon qu’il fallait protéger à tout prix. Finalement, une idée lui vint qui lui paraissait tellement loufoque… Non… Ils étaient bêtes mais quand même… En même temps si rien n’était fait… « Allez j’essaye », se dit-elle en mettant les mains derrière le dos pour que les autres lui laisse la parole. Sa voix se fit enjôleuse.
« Je comprends que vous êtes obligé de tuer les autres, mais est-ce que j’ai un moyen d’y échapper ? »
Le Colonel se passa la main sur la joue, il avait compris ce qu’elle voulait faire. Greg, en revanche la regardait d’un air ahuri. Dans un sens, c’était bien. Sa réaction spontanée allait rajouter à la véracité de ce qu’elle allait tenter.
Le truand la regarda avec suspicion. Ca n’était pas gagné.
« Comment cela ?
- Ecoutez, je n’ai pas l’intention de mourir pour une histoire qui n’a rien à voir avec moi. En plus, Louis, tu as déjà blessé René et tu as Greg. Tu n’es pas obligé de me rajouter. »
Greg était en train de rentrer dans un terrible état de fureur. Friart la regarda de haut en bas avec un air de convoitise.
« Franchement ce que vous pourriez me donner n’est pas compatible avec votre condition, si vous voyez ce que je veux dire… »
Lucille voyait très bien. Elle se mit à mentir effrontément.
« Ma condition n’est pas immuable. J’ai trente-deux ans et pas du tout envie de mourir. De plus tu es plutôt beau garçon. Qui c’est, si ça marche entre nous, nous pourrions collaborer pour la suite.
- Pour la suite ?
- Oui, réfléchis un peu. Ces témoins éliminés personne ne saura que je suis de votre côté. Si on s’y prend bien, ça peut donner lieu à des coups plus fumants les uns que les autres. Dans peu de temps tu te retrouve le numéro un de la pègre française. »
Friat, n’était pas idiot. Il se doutait bien que Lucille bluffait. Mais elle avait touché deux de ses points faibles : il aimait les femmes et le pouvoir. Il pouvait toujours se servir de cette fille quitte à l’éliminer ensuite si elle devenait moins coopérative.
Pourtant, il ne voulait pas avoir l’air de céder trop spontanément.
« Qu’est-ce qui me prouve que ta proposition est sérieuse ?
- Viens avec moi au fond du champs, derrière le bosquet. Je te montrerais ma bonne volonté. »
C’était risqué, mais elle se doutait bien qu’il avait hâte d’en finir. Il ne pouvait pas se permettre ce genre de loisir maintenant. Il s’apprêtait à décliner l’offre quand Greg explosa :
« Mais qu’est-ce qui te prend voyons, tu es folle ? Tu ne vas pas laisser tomber tout ce qui fait ta vie pour sauver ta peau non ? »
Lucille s’efforça de lui lancer un sourire frondeur. C’était dur de mentir à cet homme qu’elle estimait, mais il le fallait. Le Colonel vint à son secours en jouant le dédain.
« Calmez-vous, voyons ! Le danger révèle les caractères. Tout ce qu’elle nous a montré d’elle jusqu’à maintenant était faux, n’est-ce pas ? »
Lucille approuva, tout en se demandant où il voulait en venir.
« Allez dites-nous qui vous êtes vraiment ? »
La jeune femme fit un sourire entendu, en se demandant qui il voulait qu’elle soit.
« Allez, je vais vous aider. Vous ne vous appelleriez pas Terlou ? »
Lucille ne savait pas qui était mademoiselle Terlou mais ce nom fit un effet bœuf sur Friart. Il sursauta, pâlit et regarda la jeune femme avec surprise.
« Quoi… Non ce n’est pas possible… Ca fait…
- Trente-deux ans, oui, compléta le Colonel. Juste l’âge de cette jeune femme. De plus la ressemblance est frappante !
- N’est-ce pas ? fit Lucille, incapable de dire à qui elle ressemblait.
- Vous… êtes la fille de Louise Terlou ? bredouilla le truand.
- Oui, affirma la Colonel, et donc…
- La fille de mon frère…» compléta Friart.
Lucille était complètement bluffée. Le Colonel Rimfart était encore plus gonflé qu’elle quand il s’agissait de monter des bobards ! En tout cas le truand n’était pas le seul à gober ces bêtises. Greg n’avait plus de couleur et paraissait désespéré.
« Mais qu’est-ce que tu fais là ? C’est incroyable ! s’exclama Friart. Ta mère a disparu subitement après la mort de Fred. »
C’était une bonne question et Lucille avait intérêt inventer une histoire très vite. Heureusement pour elle, elle avait une imagination débordante. C’est pourquoi elle répondit presque instantanément.
« Après la mort de papa, maman a voulut me mettre en sécurité. Nous sommes partis dans le Sud, prés de Toulouse. Elle m’a raconté comment mon père est mort et elle ne s’en est jamais remise. Elle a sombré dans une sévère dépression et a finit par se suicider il y a dix ans. J’ai ensuite consacré ma vie à préparer ma vengeance.
Quand j’ai appris que le meurtrier de mon père était nommé dans ce département je me suis engagée dans un couvent d’où je pourrais agir. C’était vraiment la couverture idéale ! Qui aurait pu suspecter une gentille petite sœur ? Puis j’ai fait de mon mieux pour être repérée par le chef de centre. Il a mis du temps mais j’ai été patiente et il a fini par me proposer de rentrer chez les pompiers. Quand j’ai su que mon oncle était par là et tentait quelque chose aussi, je me suis arrangée pour l’aider en sous-main. Je suis ta carte surprise !
- Pour une surprise, s’en est une ! admit Friart.
- Ecoutez, votre histoire est touchante, intervint le colonel, mais soyez raisonnable et réfléchissez à ce que vous allez faire !
- Vous avez tué mon père, et ma mère est morte de désespoir ! hurla-t-elle à l’adresse du Colonel. Je suis comme mon oncle je veux que vous mouriez désespéré. Donnes-moi ce gamin ! » dit-elle à l’adresse de celui qui le portait.
Elle s’avança résolument vers lui. Tout ce qu’elle avait raconté jusqu’à maintenant n’avait qu’un but : se saisir du petit Lucas pour pouvoir le protéger. Elle savait que si elle y parvenait son père pourrait tenter quelque chose sans crainte.
Elle prit le petit dans ses bras et s’éloigna vers un arbre.
« Regarde ton gamin ! Il va subir la même chose que mon père ! » et elle passa derrière l’arbre.
Lucille ne comprit pas vraiment tout de suite ce qui se passa ensuite. Elle s’attendait à ce que ses amis tentent quelque chose à trois mais elle entendit une grande clameur et un bruit de coups de feu. Elle voulut se précipiter à leur aide mais elle entendit hurler :
« Cours Lucille, cours ! »
Elle réalisa qu’elle n’était pas seule et qu’elle tenait la vie de Lucas entre ses bras. Instinctivement le petit garçon s’était collé contre elle, recherchant sa protection. Elle se mit donc à courir sans chercher à comprendre quoi que ce soit d’autre. Elle se dirigea vers la lisière de la forêt toute proche. Elle était un peu gênée par ses petites chaussures à talons qui n’étaient par franchement faites pour le cross en forêt !
D’ailleurs, il lui apparut assez rapidement qu’elle ne pourrait pas aller bien loin en portant Lucas. Il fallait qu’elle s’arrête un peu pour reprendre son souffle. Elle avisa un trou dans la racine d’un gros arbre et elle y sauta.
Le petit garçon demanda son père, elle allait lui répondre quand il lui sembla entendre un bruit de course au loin. Quelqu’un les poursuivait !
« Ecoute Lucas, on joue à cache-cache avec un monsieur. Il ne faut pas faire de bruit. »
L’enfant mis un doigt sur sa bouche et ne fit plus de bruit. Par bonheur, il prenait ça pour un jeu ! La jeune femme le plaça au fond du trou et se pelotonna dans la cavité en priant pour qu’on ne la trouve pas.
Les pas se rapprochèrent et tournèrent autour de l’arbre. Lucille avait la désagréable impression d’être un gibier que l’on traque. Puis, à son grand soulagement, la personne s’éloigna. Elle attendit une minute. Seul le silence régnait alentour. Elle sortit prudemment la tête. Rien ne bougeait. Elle s’extraya complètement du trou.
Une masse lui tomba soudain sur le dos lui faisant perdre l’équilibre et une main se plaqua brutalement sur sa bouche…
« Ne bougez pas, mademoiselle, gendarmerie nationale. »
Elle se senti entraînée à nouveau vers le trou juste au moment où des pas se firent à nouveau entendre. Ils firent silence jusqu’au moment où Lucas se mit à babiller. Lucille lui mit la main sur la bouche mais trop tard. La personne se dirigea rapidement vers eux. Le gendarme jaillit et un coup de feu se fit entendre.
Friart tomba lourdement sur le sol. Il était mort.

Paul Rimfart commençait à ruer dans les brancards. Après que Lucille ait mis son fils à l’abris derrière l’arbre il leva la main et, comme convenu, les gendarmes chargèrent. Ils étaient arrivés dès le début grâce à l’émetteur miniature incrusté dans le bras du Colonel. Par soucis de sécurité, personne à par lui et le commandant de gendarmerie, n’était au courant du subterfuge.
Il était convenu que pour lancer l’attaque, il fallait d’une part obtenir des aveux complets, ensuite être sur que tout le monde était sur place pour que le coup de filet soit total. Pour finir, il tenait à mettre son fils en sécurité.
Lucille avait parfaitement réagi. Manque de chance, dans la mêlée, Friart leur avait échappé et c’était lancé à la poursuite de la jeune femme et de l’enfant. Ils s’en étaient aperçu un peu tard et avaient envoyé une équipa à leur aide. Le colonel Rimfart avait voulu les suivre mais le commandant l’en avait empêché.
Mais maintenant ça faisait une demi-heure qu’ils n’avaient pas de nouvelles.
« Ecoutez ! Si dans cinq minutes on n’a toujours rien, j’y vais… et c’est inutile de m’en empêcher, rajouta-t-il comme le gendarme voulait parler.
- Si vous me laissiez en placer une, vous sauriez que nous avons de la visite » répliqua le commandant en riant.
Le Colonel se retourna vivement. Sortant de l’ombre, Lucille arrivait portant le petit garçon. Il se précipita et serra son fils dans ses bras.
« Jamais je ne vous remercierais assez ! » s’exclama-t-il à l’adresse de la jeune femme.
Celle-ci se sentait un peu sonnée par l’ensemble des évènements de la nuit et avait du mal à réaliser, que tout était finit. Elle était éberluée par le nombre de gendarmes présents sur les lieux qui étaient en train d’embarquer les membres de la bande.
« Comment êtes-vous arrivés là ? demanda-t-elle au commandant. Ils nous avaient arraché tous les micros ! »
Il n’eut pas le temps de répondre. Greg leur fondit dessus.
« Toi t’es gonflée de te représenter devant nous ! »
Et il étala Lucille d’un direct du droit parfaitement orienté sur la pommette.























Chapitre 20

Jour de neige


La vie avait reprit normalement au couvent. Dès le lendemain, comme si de rien n’était, Lucille avait fait cour aux postulantes et aidé au ménage. Bien sur, il avait fallu qu’elle explique à la Mère pourquoi elle rentrait avec un œil au beurre noir… La supérieure avait changé de couleur en écoutant le récit de Lucille.
« En tout cas, dorénavant, je vous interdis d’aller vous fourrer dans des histoires pareilles !
- L’embêtant c’est que ces histoires me tombent dessus sans prévenir !
- Et bien arrangez-vous pour qu’elles te tombent à côté.
- Oui, ma Mère, répondit docilement la jeune sœur en sortant.
- Ouais, marmonna la Mère qui ne se faisait pas d’illusion, cause toujours… »
Une semaine était passée depuis, tranquille comme le calme après la tempête. Lucille venait de terminer de recevoir les postulantes et était très satisfaite. Dans l’ensemble elles s’adaptaient très bien. Sarah n’avait plus eu de visions et Maylis commençait un peu à se plier à ce que Lucille demandait.
C’est alors que sœur Roselyne vint la trouver.
« Vous avez une visite ! »
La jeune sœur se dirigea vivement vers la porte en se demandant qui pouvait bien venir la voir. Arrivée dans le hall d’entrée ce qu’elle vit lui coupa le souffle. Le colonel Rimfart était là avec sa femme et Lucas. Quand le petit garçon la vit, il courut vers elle en criant :
« Cille, Cille !
- Il n’arrive pas à prononcer votre prénom en entier» expliqua sa maman comme pour s’excuser.
La jeune femme prit l’enfant dans ses bras en riant.
« Et bien pour toi, et rien que pour toi, ce sera Cille ! Bonjour mon colonel, Madame.
- Non, je vous en prie, aujourd’hui c’est le père de Lucas qui vient vous voir, pas le colonel.»
Tout en les conduisant au parloir, la jeune sœur se disait que c’était étrange de voir le colonel habillé en civil. Ils s’installèrent dans la petite pièce. Lucille leur proposa des boissons fraîches qui se trouvaient dans un frigo, placé dans un angle de la pièce. En effet, pour une fin septembre, il faisait encore très chaud. Lucas prit son verre de jus d’orange à deux mains et l’engloutit en deux temps, trois mouvements.
« Il fait plaisir à voir ! s’exclama Lucille.
- C’est vrai, admit le colonel. Mais, s’il est en bonne santé aujourd’hui, c’est grâce à vous.
- Oh, j’étais juste au bon endroit au bon moment.
- Ca vous pouvez le dire ! Vous avez une capacité de réaction peu commune. Est-ce que tu sais qu’avec ses airs de sainte Nitouche elle ment comme un arracheur de dents ! fit-il en se tournant vers sa femme.
- Sauf votre respect mais en manière de bluff, vous n’avez rien à m’envier ! Par contre j’ai été moins rapide à esquiver le coup de poing de mon chef de centre ! »
Ils rirent au souvenir de ce pauvre Greg, tout déconfit quand on lui avait tout raconté. A sa décharge, il fallait dire que, dans le feu de l’action, personne n’avait pensé à lui expliquer que Lucille avait inventé l’histoire qu’elle avait racontée à Friart !
« Je suis beaucoup plus inquiète pour Jean-Luc, reprit l’infirmière. Depuis cette histoire il est l’ombre de lui-même.
- Oui, c’est préoccupant… Ca n’est pas encore officiel mais il compte donner sa démission à la fin de l’année.
- Mais pourquoi ? Il n’est pour rien dans le comportement de son fils !
- Il faut le comprendre. C’est un enfant qu’ils ont eu du mal à avoir et il avait placé tous ses espoirs en lui. Le voir devenir criminel est un terrible choc pour lui.
- A ce propos. Que vont devenir les pompiers qui ont pris part à cette cabale ?
- Et bien nous allons les renvoyer discrètement. Nous avons réussit à mener cette opération dans le secret et nous la conclurons ainsi. Il faut préserver l’honneur du service.
- Mais ils ont été arrêtés et seront jugés. Comment allez-vous garder le secret dans ces conditions ?
- Nous nous sommes arrangés avec la gendarmerie et le parquet. Tout le monde pense qu’on y arrivera. Par contre, je ne pourrais pas vous remercier officiellement comme j’aurais voulut le faire.
- Oh ne vous inquiétez pas pour cela, je n’ai fait que mon devoir.
- Vous avez fait beaucoup plus que çà, intervint la femme du colonel en regardant son petit.
- Oui. C’est pour cela que nous voulons, mon épouse et moi-même vous remercier officieusement. Nous allons vous confier quelque chose que vous serez la première à apprendre. »
Le couple se regarda en souriant et le colonel prit la main de sa femme.
« J’attends un petit frère ou une petite sœur pour Lucas. »
Lucille était touchée de cette confidence.
« Je suis vraiment très contente pour vous ! » s’exclama-t-elle.
Le couple se regarda à nouveau. Visiblement ils avaient quelque chose à ajouter. Cette fois, ce fut monsieur qui se lança.
« Nous aurions voulu vous demander si vous accepteriez d’être la marraine de cet enfant. »
La jeune femme écarquilla les yeux. C’était la dernière demande à laquelle elle s’attendait. Peut-être se sentaient-ils obligé de le faire. Elle voulut les mettre à l’aise.
« Mais maintenant que vous n’êtes plus poursuivis par Friart, vous n’avez pas envie de retourner dans le Nord ?
- Non, nous avons fait notre vie ici maintenant et Paul est Directeur de ce SDISS. Nous n’avons pas d’autre famille, donc aucune de raison de remonter.
- Donc si j’accepte votre proposition je ne pends la place de personne ?
- Non. Nous vous le proposons parce que nous voulons vraiment que ce soit vous. »
Lucille les regarda. Elle sentait vraiment qu’elle leur ferait de la peine en refusant. D’autre part, elle avait beaucoup de plaisir à accepter.
« Alors c’est d’accord ! » conclut-elle.
Madame Rimfart se leva et embrassa Lucille très spontanément. A son tour le colonel lui serra la main.
« Merci beaucoup ! Et au niveau du service nous serons nous souvenir de vos capacités.
- Oh, si vous pouviez oublier, çà m’arrangerez. Je doute que ma supérieure apprécierait de me voir renouveler ce genre de choses…
- Qui sait ma sœur, on ne sait jamais ! »
Et longtemps après que les Rimfart soient repartis, cette dernière phrase du Colonel lui trotta dans la tête.
« Seigneur, s’il te plait, fait que ma vie soit dorénavant monotone et ennuyeuse… »
Mais, apparemment, cela ne Lui plaisait pas…

Cependant, pendant quelque temps, la jeune femme put croire que sa prière avait été exaucée. Le temps s’écoula tranquillement entre les postulantes, la maison et quelques interventions on ne peut plus classiques. L’hiver peinait à s’installer et début décembre il faisait encore anormalement chaud. Sœur Marie-Yves n’arrêtait pas de pester.
« Ce temps est complètement fou ! répétait-elle à tout bout de champs. Il n’y a plus de saison ! »
Puis, petit à petit, les températures se firent plus basses.
Ce matin-là, c’était l’avant-veille de Noël. Le couvent était en effervescence car traditionnellement la messe de la veillée avait lieu chez les religieuses. Le moindre recoin avait été récuré et la chapelle était magnifiquement décorée.
Lucille avait toujours aimé ce temps de Noël. Mais elle ne savait pas à quel point celui-là allait être particulier… Cela commença tout simplement par la chute d’un flocon sur le nez de Sarah.
« Oh ! s’exclama-t-elle. Chic, il neige ! »
Elle était si contente qu’elle sautait partout. Maylis la regarda d’un air de commisération en marmonnant :
« Mais qu’elle est gamine celle-ci ! »
Toujours la plus jeune des postulantes avait de quoi se réjouir car, la température se maintenant assez basse, la neige tomba drue toute la journée et, le lendemain, il y en avait une sacrée couche. La circulation sur les routes se fit plus difficile et Greg dû demander à une équipe de rester de garde au centre. C’était nécessaire car il y avait pas mal d’interventions pour accompagner les personnes qui devaient absolument circuler comme le médecin ou les infirmiers libéraux.
Il neigea toute la veille de Noël et le temps ne se calma que vers la fin de l’après-midi. Ce fut alors que Greg appela. Lucille était alors avec la Mère pour régler les derniers détails de la veillée. Se doutant de la nature de l’appel, la jeune sœur actionna le haut-parleur.
« Lucille, il faudrait relever l’équipe qui à fait la journée. Comme c’est la veillée de Noël et que la circulation est difficile j’essaye de demander aux célibataires qui n’habitent pas trop loin du centre.
- Une minute, je demande. »
La jeune femme regarda la supérieure.
« Allez-y. De toute façon avec la neige il y aura peu de monde qui viendra. De plus il est normal de laisser les pères de famille passer Noël avec leurs enfants. Votre place est la-bas.
- C’est d’accord, reprit Lucille pour Greg.
- Bon amènes ton duvet. Vu l’état des routes, vous devrez passer la nuit au centre. »
Lucille regarda la Mère à nouveau qui acquiesça.
« C’est bon, j’y vais !
- Merci Lucille, fit Greg en raccrochant.
- La route est bloquée et la prairie impraticable en vélo, constata la Mère. Comment Allez-vous descendre ? »
Lucille la regarda avec un sourire entendu.
« Ah non ! s’exclama la supérieure. Il n’en est pas question ! N’y pensez même pas ! »

Lucille s’avança au bord de l’esplanade juste avant la prairie qui descendait vers Vic. Au bout d’une corde, elle traînait une vieille luge en bois qui datait du siècle dernier. Elle l’avait trouvé dans le grenier durant un des derniers nettoyages de printemps. A temps perdu elle l’avait réparée et lustrée dans le but de l’essayer dans un champs s’il neigeait. Une fois, pour faire râler sa supérieure, elle avait dit que, s’il neigeait beaucoup, elle irait au centre avec. La Mère avait lancé de hauts cris avant de s’apercevoir que Lucille plaisantait.
Mais, même si alors elle n’avait pas l’intention de mettre son idée à exécution, aujourd’hui cela semblait le seul moyen de descendre à Vic. La supérieure, elle-même avait finit par en convenir à contre-cœur.
« Vous allez me faire vieillir avant l’heure ! s’était-elle exclamé. Allez filez avant que je change d’avis… »
La jeune femme ne se le fit pas dire deux fois. Elle monta prendre quelques affaires dans sa chambre qu’elle mis dans un petit sac à dos. Elle prit aussi son sac de couchage puis elle se dirigea vers la sortie, après avoir sortit la luge de la remise. Elle s’installa dessus et s’élança dans la pente.
La descente fut moins drôle que ce qu’elle aurait pensé. Il était tombé cinquante centimètres de neige et la luge s’enfonçait dans la poudreuse. Elle avait donc du mal à prendre de la vitesse. Mais elle arriva quand même en bas sans tomber.
Arrivée au centre, elle retrouva Armand, Gilles et Jean-Luc. C’était la dernière garde du lieutenant dont la démission prenait effet le premier janvier. Il était le seul pompier marié, mais Lucille pensa qu’il ne voulait peut-être pas trop penser à son fils le jour de Noël.
Ils s’installèrent pour passer le réveillon ensemble. Ils avaient amené chacun un petit quelque chose : foie gras, champagne, saumon fumé, gâteau… Lucille posa son sac de couchage dans le bureau de Greg. Les autres dormiraient dans la grande salle.
Puis, Armand ayant emmené un jeu de carte, ils se mirent à faire une belote. Comme il n’était que dix-huit heures ils pensèrent avoir le temps de manger ensuite. Mal leur en prit. Une demi-heure après leurs bips se mirent à sonner.
« Flutte, fit Armand. ma Mère qui était si fière de son gâteau !
- T’inquiète pas ! répondit Gilles. On l’appréciera mieux en rentrant. »
Ils étaient alors loin de se douter qu’ils n’y toucheraient jamais…

Le VSAV avançait difficilement malgré les chaînes dont Gilles l’avait équipé dans l’après-midi. Ils venaient de s’engager dans une petite route qui n’avait pas été du toute déneigée.
« Je ne sais pas si on va pouvoir continuer longtemps, fit Gilles au bout d’un moment.
- Va le plus loin possible et on finira à pied, répondit Jean-Luc. »
Il avait été mutique toute la soirée et n’avait recommencé à dire quelques mots qu’au début de l’intervention. Lucille distinguait à peine la route. Entre la neige et la nuit elle se demandait comment Gilles arrivait à la suivre. Quand elle en fit la remarque il se mit à rire.
« C’est facile, je vise entre la falaise et le ravin ! »
Après avoir vainement essayé de jauger la profondeur du-dit ravin, la jeune femme eut un sourire crispé. Cinq minutes après ils virent une lumière en contre-bas.
« C’est ici ! annonça le conducteur. Mais si je descends avec le VSAV, il ne remontera jamais une pente pareille.
- C’est pas grave. Gare-toi le mieux possible et on va descendre à pied. Allez dépêchons-nous ! »
Ils prirent leurs sacs et descendirent de l’ambulance.
« On prend les radios portatives. Je vais demander une fréquence tactique au CODIS. »
Deux minutes après Jean-Luc revint.
« Fréquence huit. »
Jean-Luc et Armand réglèrent les deux radios sur le canal huit.
« En avant maintenant ! »
Ils s’enfonçaient dans la neige jusqu’à mi-cuisse et la progression fut difficile. Pourtant il fallait qu’ils fassent vite car quand on est appelé pour un accouchement, il ne faut pas traîner plus que nécessaire. Dans des conditions comme celles là, c’était toujours un peu stressant d’être isolé du reste du monde. Mais, ce qui était rassurant dans ce cas-là c’était qu’apparemment un médecin était sur place. Ils n’étaient appelés que pour le seconder et apporter du matériel.
Ils mirent dix minutes à franchir les cinq cents mètres qui les séparaient de la maison et arrivèrent trempés. Ils furent accueillis avec un tel soulagement que les pompiers furent étonnés. Mais ce n’était pas la dernière surprise de la soirée.
Quand ils rentrèrent dans la chambre ils virent la future maman qui avait l’air assez fatiguée. Son mari en avait les larmes aux yeux.
« Que je suis content de vous voir. Je ne sais plus quoi faire. »
Lucille pressenti une catastrophe à venir.
« Où est le médecin ?
- On l’a appelé il y a une heure mais il n’est toujours pas là. »
L’infirmière avala sa salive avec difficulté. Un accouchement sans médecin…
« Ne vous inquiétez pas, intervint Jean-Luc, nous avons une infirmière avec nous. Elle va s’occuper de tout. »
Il en avait de bonnes Jean-Luc ! Elle s’efforça pourtant de prendre un air assuré.
« Oui, j’ai travaillé en maternité. »
Elle omit juste de dire que c’était il y a déjà treize ans pour un simple stage d’un mois quand elle était à l’école d’infirmière. Pour se donner une contenance, elle fouilla dans son sac à la recherche de ses protocoles.
Elle sortit ensuite la grille de Malinas. En se renseignant sur le temps depuis le début du travail, la durée des contractions et leur espacement elle pourrait évaluer le temps qu’il restait avant l’accouchement. Elle obtint un chiffre élevé et quand elle le reporta dans les résultats elle obtint : accouchement imminent… Elle n’avait plus le choix, il fallait assumer.
Elle avait entendu dire que si çà se passait bien, il suffisait de laisser faire. Elle prit le kit accouchement dans le sac, mit la tunique, les gants et rangea sur une table le reste du matériel. Puis elle s’employa à faire connaissance avec la future maman.
« Comment vous appelez-vous ?
- Emilie, répondit-elle un peu essoufflée.
- Bon, Emilie vous allez m’écouter et dans quelques minutes vous allez serrer votre bébé dans vos bras. Ce sera un garçon ou une fille ?
- On ne sait pas. Nous n’avons pas voulut savoir et… »
Elle fut coupée par une contraction qui fut longue et efficace.
Lucille laissa les autres prendre la tension qui était bonne puis elle perfusa Emilie au cas où il y aurait des complications. Quelques minutes passèrent entrecoupées de contractions. Les futurs parents commençaient à se détendre. Gilles et Armand s’occupaient du futur père, pendant que Jean-Luc et Lucille géraient l’accouchement.
« Ca y est ! fit soudain Lucille. Je vois la tête ! A la prochaine contraction vous poussez à fond ! »
La contraction arriva vite et Lucille retira le bébé.
« Il ne pleure pas ! s’exclama la maman. »
Pendant quelques instants il resta inerte, puis poussa un cri. Le premier d’une nouvelle vie. Lucille se hâta de le couvrir avec un petit bonnet et des chaussettes en jersey.
« Monsieur, appela-t-elle ensuite. Vous pouvez venir !
- Est-ce qu’il va bien ? demanda le papa avec angoisse.
- Oui, répondit Lucille, elle va bien !
- Elle ? C’est…
- Une merveilleuse petite fille oui… »
Après avoir coupé le cordon ombilical, elle remit la petite dans les bras de sa mère puis, ils s’éclipsèrent dans la salle à manger pour laisser les parents profiter de ces premiers instants magiques avec leur enfant. Les pompiers les regardaient en silence savourant ce beau moment. Lucille regarda sa montre.
« Il est minuit ! dit-elle doucement. Joyeux Noël ! »
Il s’embrassèrent avec émotion. Ils n’auraient jamais imaginé passer un tel moment ! Un bébé pour Noël que pouvait-on imaginer de mieux !
Quand elle se retourna vers Jean-Luc, Lucille s’aperçut qu’il avait les larmes aux yeux. Réalisant qu’elle s’en était rendu compte il partit dans la cuisine. Avec la fatigue et l’émotion, la tension nerveuse et la peine qu’il avait accumulées étaient en train de le submerger.
Il était difficile pour la jeune femme de savoir ce qu’il fallait faire. Cet homme était en pleine détresse et ça la gênait de le laisser seul endurer cela. Mais, d’un autre coté, il voulait sûrement rester seul. Elle décida de proposer sa présence sans insister et s’approcha doucement de lui, sans rien dire.
« Tu sais, commença-t-il, c’est par une nuit comme celle-là que Louis est venu au monde. On était si content. Au dire des médecins c’était miraculeux que l’on ait pu l’avoir. Tu l’aurais vu petit, un vrai petit ange… Mais qu’est-ce qu’on a manqué avec lui ?… » finit-il la voix brisée par l’émotion.
Lucille était émue de voir un homme qui semblait ordinairement si dur, pleurer sur son enfant. Elle lui mit une main sur l’épaule pour lui signifier qu’elle était avec lui. Il se retourna et la serra dans ses bras avec émotion.
« Merci d’être là, put-il articuler. Pardon… Pardon pour tout ce que j’ai pu te dire… »
La sonnette de la porte les fit sursauter. Lucille alla à la rencontre d’un homme qui rentrait, couvert de neige. C’était le médecin.
« J’ai fait aussi vite que possible, comment va-t-elle ? »
La jeune femme sourit et tendit le bras vers la chambre où l’on voyait la petite famille toute à sa joie.
« J’arrive un peu tard à ce que je vois » dit-il en entrant dans la pièce.
Il ausculta la maman et le bébé. Tout le monde était en parfaite santé.
« Beau travail ! dit-il aux pompiers. Je pense qu’il est inutile de les transférer à l’hôpital. Avec ce temps ce serait plus dangereux qu’autre chose.
- Oui, confirma Jean-Luc qui en avait profité pour se reprendre. Ca me fait penser que je vais demander au CODIS si on ne peut pas finir la nuit ici. Entre la nuit et la neige, je ne sens pas vraiment le retour. »
En attendant Lucille repartit voir le jeune couple.
« Tout va bien ?
- Oui merci, répondit Emilie. Mon mari et moi avons décidé de changer le prénom que nous avions choisi. Nous avions pensé l’appeler Clara, mais nous avons trouvé mieux.
- Ah bon ?
- Oui, nous avons choisi de l’appeler Lucille, comme celle qui a aidé à la mettre au monde. »
La jeune femme resta la bouche ouverte, ce qui fit rire les jeunes parents. Elle n’eut pas le temps de réagir plus avant car Jean-Luc lui fit signe de venir.
« Qu’est-ce qu’il y a ?
- Il faut qu’on reparte. Le CODIS préfère qu’on soit prêt à répondre s’il y a une autre urgence. »
Lucille fit la grimace. L’idée d’une grimpette dans la neige et le froid ne lui disait rien du tout.
« Moi non plus ça ne m’amuse pas mais il faut y aller. »
Ils prirent donc congés du jeune couple et du médecin, et entamèrent la montée. Le temps s’était nettement réchauffé par rapport au début de soirée et la neige était devenu très molle. Ils gravirent difficilement le chemin et une coulée de neige les obligea à un petit détour. Ils récupérèrent la route cent mètres derrière le VSAV.
« On va suivre la falaise, proposa Jean-Luc, de cette manière on ne risque pas de dévier. »
Ils suivirent la paroi pendant une cinquantaine de mètres. Ce n’était pas facile parce, qu’avec le vent, la neige s’était accumulée à cet endroit. Lucille qui était plus petite que les autres en avait jusqu'à la taille et avançait péniblement. Ils étaient arrivés au niveau d’une anfractuosité de la falaise qui formait une petite grotte.
« Tu veux qu’on s’arrête un peu ? proposa Jean-Luc à la jeune femme.
- On est bientôt arrivés, fit Lucille un peu essoufflée. Je pense que je vais y arriver.
- Arrêtons-nous quand même une minute. On n’est pas à la pièce !
- Ecoutez ! fit soudain Armand. Qu’est-ce que c’est ? »
Ils tendirent l’oreille. En effet un bruit sourd se faisait entendre, lointain d’abord, puis se rapprochant. Un peu de neige leur tomba sur la tête.
« M… s’exclama Jean-Luc. Une avalanche ! A l’abri, vite ! »
Lucille bloquée par le poids la neige avait du mal a finir les deux mètres qui la séparaient de la grotte. Soudain elle sentit un grand souffle derrière elle qui la projeta contre le sol de la cavité. Sa tête tapa violemment par terre et elle perdit connaissance.

( à suivre ...)








Derniers chapitres

Publié le 10/12/2007 à 12:00 par lesromansdelara
Chapitre 21

Recherches


Le Colonel Rimfart se passa la main sur le visage. Un coup de fatigue à trois heures du matin n’avait rien d’anormal. Mais là, franchement, ce n’était pas le moment. Avec la neige qui était tombée ces derniers jours, une cellule de crise avait été activée et il était resté au SDISS durant cette nuit de Noël afin de faire face avec ses hommes à cette situation exceptionnelle.
Il venait, avec le CODIS, de faire un point des interventions en cours. Il y en avait peu. Seulement trois VSAV étaient dehors : un pour un problème cardiaque, un pour une personne qui avait chuté dans la neige et s’était fait mal à une jambe et un pour un accouchement. Il avait obtenu du préfet une dérogation générale pour que la DDE vienne déneiger les routes communales devant les ambulances.
Il n’y a que dans le canton de Vic que çà n’avait pas été fait car l’équipement avait refusé de travailler le jour de Noël. C’était un comble ! Le préfet était furieux et il était à prévoir qu’il y aurait des règlements de compte ensuite. N’empêche qu’en attendant le VSAV Vic avait eu du mal à accéder à la maison où cette jeune femme accouchait. Ils avaient même demandé à y rester ensuite. L’ennuyeux c’est que si une intervention avait lieu à l’autre bout de leur secteur ils ne pourraient pas y aller. C’est pourquoi, il leur avait demandé de repartir vers leur Centre de Secours. Il avait demandé au CODIS de le prévenir quand les VSAV seraient rentrés dans leurs centres. Ils n’aimaient pas les avoir dehors par ce temps. Les routes du département étaient escarpées et un accident était vite arrivé.
La sonnerie du téléphone le sortit de sa torpeur.
« Mon Colonel, les VSAV Pernan et Jalneau sont rentrés.
- Très bien. Des nouvelles de Vic ?
- Non mon Colonel, toujours pas.
- C’est bizarre, ça fait combien de temps ?
- Trois quart d’heures, Mon Colonel. Leurs portatifs sont silencieux également.
- Bon, restez à l’écoute, vous me tenez au courant dés que vous avez quelque chose. »
Il raccrocha, l’estomac noué. Il n’était pas dans ses habitudes d’angoisser pour rien mais là, il avait un curieux pressentiment. C’était sûrement la fatigue qui lui donnait cette impression. Il se leva donc et alla chercher un café à l’office. Puis, n’y tenant plus, il se rendit dans la salle d’opération du CODIS afin d’être aux premières loges dés qu’ils sauraient quelque chose. Les deux pompiers de garde étaient devant leurs écrans et l’un d’eux répondait à un appel téléphonique. Quand il vit le colonel arriver, il passa sur le mode haut-parleur.
« Je vous entends très mal monsieur, voulez-vous me répéter cela ?
- … plus de ligne, dit une voix masquée par un fort grésillement, j’appelle sur mon portable. Nous avons … une coulée de neige… coincés dans la maison.
- D’accord ! Que me disiez-vous au sujet de pompiers ?
- … accouché ma femme… repartis… les suivaient à la lumière de leur lampes… coulée… voit plus rien. On ne peut pas sortir pour aller voir… de la neige jusqu’au premier étage.
- Est-ce que tout le monde va bien chez vous ?
- Oui… coincés dedans, mais au chaud… médecin est avec nous. Le problème… inquiets… pompiers…
- Bon, ne vous inquiétez pas nous nous en occupons. Surtout restez dans la maison, ne faites pas d’imprudence. »
La communication coupa. Un grand silence régna un instant dans la salle de transmission. Chacun savait ce que voulait dire être coincés sous une coulée de neige en pleine nuit. La durée de vie sous la neige était d’un quart d’heure à une demi-heure. Le temps d’y arriver, vu l’état des routes, çà serait déjà trop tard. De plus il faudrait attendre encore cinq heures que le jour se lève pour que les recherches soient efficaces. Tout ceci laissait peu de chance de les retrouver vivants. Sauf s’ils avaient pu accéder au VSAV avant l’avalanche. Dans ce cas, protégés par la carrosserie, il y avait une chance qu’ils aient survécus. Il ne fallait donc pas perdre une minute.
« Je prends le commandement des opérations, fit le Colonel. Mettez en alerte les maîtres chiens de la gendarmerie. Qu’ils soient prêts à intervenir dés que le jour se lèvera. Passez-moi la permanence de la DDE. Merci.
Allo, ici le Colonel Rimfart. Il y a eu une avalanche au lieu-dit Bourtagelle sur la commune de Silnaire. Il faudrait dégager toutes les voies d’accès pour les secours… Comment çà c’est pas possible ? … Mais je m’en fous qu’ils fassent grève ! J’ai des hommes coincés là-dessous, alors débrouillez-vous…Alors là vous ne me connaissez pas, impossible n’est pas dans mon vocabulaire… »
Et il raccrocha rageusement.
« Marc, passez-moi le préfet !
- Le préfet, mon Colonel mais il est…
- Je sais trois heures du matin et c’est Noël, est-ce que tout le monde va me rabâcher çà toute la nuit ? Allez, appelez-le ! Vous Pierre essayez de me joindre le chef de centre de Vic. »
Trois minutes après avoir parlé au préfet, la DDE rappelait car ils venaient de recevoir par fax un ordre de réquisition de la préfecture. D’ici le jour les accès au site seraient dégagés.
« Mon Colonel, vous avez le chef de centre de Vic en ligne. »
Dés qu’il fut mis au courant Greg voulut partir les chercher.
« Non, Greg, il vaut mieux attendre le jour. Montez une équipe prête à intervenir demain matin. Nous avons déjà quatre hommes sous la neige inutile d’en rajouter. Par contre avez-vous la liste des disparus ?
- Oui, bien sur. Il y a le lieutenant Jean-Luc Barreau, le caporal Armand Vitry, le sapeur Gilles Verneuil et l’infirmière Lucille Vallan »
Le Colonel eut un petit choc en apprenant que Lucille faisait partie des ensevelis. Un homme a peu de chance de ce sortir d’une situation pareille, mais une femme n’en a pratiquement aucune.
« Bon, reprit-il en essayant de réfléchir vite, est-ce que vous pouvez prévenir leurs familles respectives ?
- Je m’en occupe.
- Bon on se retrouve sur place vers huit heures. »


Le CCF 2000 de Vic avançait dans la trace du chasse neige. Ce gros véhicules à quatre roues motrices étaient ordinairement réservé aux feux de forêts. Mais, dans le contexte, il était également très utile car il pouvait circuler dans des conditions extrêmes. Ils allaient bientôt arriver sur le lieu de l’avalanche. Juste devant, deux fourgons de gendarmerie et la voiture du colonel se frayaient un passage entre les murs de neige.
Greg avait trouvé une équipe sans mal. Il avait même de quoi faire une relève dans la journée si besoin. Tout le centre voulait participer à la recherche de leurs camarades. Ce qui avait été plus difficile ça avait été de prévenir les proches des pompiers disparus. Le lieutenant avait encore la gorge serrée en pensant aux larmes de la mère d’Armand et de la fiancée de Gilles, ainsi qu’aux voix angoissées de la femme de Jean-Luc et de la Mère Jeanne.
Le chef de centre n’eut pas tellement le temps de s’attarder sur ses états d’âme. Le convoi s’arrêta à cent mètres de la coulée. Les chasse-neige avaient dégagé un emplacement en bordure de route et tous les véhicules purent se garer là. Le colonel, le lieutenant et le capitaine de gendarmerie Cédric Forges se saluèrent.
« Le jour se lève nous allons pouvoir commencer à quadriller le zone ! fit le gendarme. Est-ce que vous avez une idée de l’endroit où se trouvait le VSAV ?
- Non, répondit le colonel, mais les gens qui habitent la maison en bas, on tout vu.
- Ils ont eu de la chance ceux-là ! La coulée leur est passée à raz de la maison ! On va mettre trop de temps à y accéder. Y-a-t’il un moyen de les joindre ?
- J’ai pris leur numéro, on va les appeler. »
Grâce à l’aide du jeune couple, ils surent avec certitude que les pompiers avaient rejoint la route. Mais ils ne savaient pas où se trouvait exactement le véhicule.
« Vu la difficulté à se déplacer, ils ont du s’arranger pour y déboucher devant, fit le Colonel en raccrochant. A partir du moment où ils ont pris pied sur la route ils les ont perdus de vue à cause du talus, c’était environ là-bas et cinq minutes avant la coulée.
- Donc il y a de grandes chances qu’ils aient pu atteindre le VSAV, conclut Greg plein d’espoir.
- Ca va faciliter les recherches, remarqua le gendarme. Allez les gars on quadrille, ajouta-t-il pour ses hommes. »
Ce fut le grand branle-bas de combat. Les gendarmes, parfaitement rodés pour ce genre de travail, se mirent à marquer le terrain. Ils firent des recherches systématiques avec les chiens. Un groupe, aidé des pompiers, se mit en ligne et, avec de grandes perches, sondèrent le terrain.
Il fallut attendre une heure avant d’obtenir un premier résultat. Un chien marqua l’arrêt. Le gendarme appela de l’aide. Ils creusèrent rapidement la neige sur cinquante centimètres et quelque chose de rouge apparut. Ils retirèrent un sac. Sur la plaque d’identification ils purent lire : « Lucille Vallan Service de Santé et de Secours médical ».
« Le sac d’intervention de Lucille, fit Greg, accablé, quand on leur eut montré le sac.
- Allons, dit le colonel, cela ne veut rien dire. Peut-être l'ont-ils abandonné derrière eux pour s’alléger. »
Ils furent interrompus par un bruit de voix qui s’élevait du lieu de stationnement des véhicules.
« Si vous croyez que vous allez nous empêcher de passer, vous vous mettez le doigt dans l’œil ! »
Ils se retournèrent et virent un groupe de personnes qui s’accrochait avec le gendarme sécurisant le site. Greg reconnu, entre autres, le père d’Armand, le frère de Jean-Luc, la fiancée de Gilles, Mère Jeanne, Sœur Corinne, Maylis et Sarah. C’était la supérieure du couvent qui avait lancé la phrase qui les avait fait se retourner.
« Qu’est-ce que vous faîtes là ? demanda le chef de centre.
- Est-ce que vous les avez retrouvés ?
- Par encore Sandrine. Gilles et les autres sont quelque par-là.
- Nous sommes venus proposer notre aide, fit le père d’Armand.
- Oui, on ne se voyait pas attendre sans rien faire, continua le frère de Jean-Luc.
- Et puis nous nous sommes dit qu’à plusieurs nous serions plus efficaces »conclu la Mère.
Les trois chefs se regardèrent et le Capitaine de gendarmerie finit par acquiescer.
« Bon d’accord. Allez prendre des perches, vous allez vous intercaler avec mes hommes. On va allonger la ligne de fouille. Sandrine mettez-vous à l’écoute radio. Nous sommes sur la fréquence de leurs portatifs. Si vous entendez quoi que ce soit vous nous appelez.»
Et tout le monde se remit au travail avec ardeur. Ils passèrent la matinée à sonder sans aucuns résultats. D’autres pompiers arrivèrent en civil pour aider bénévolement aux recherches qui avançaient vite. Ils venaient de reprendre le travail après la pause de midi quand plusieurs personnes rencontrèrent quelque chose de ferme sous leurs perches. C’était trop grand pour être un corps ou un sac. Ils creusèrent avec espoir et découvrirent du métal rouge.
« C’est le VSAV ! » s’exclama le colonel.
Un des gendarmes frappa sur la carrosserie.
« Il y a quelqu’un ?
- Jean-Luc, Armand vous m’entendez ? » cria Greg.
Ils firent silence mais personne ne répondait. Tout le monde se regarda avec anxiété. S’ils étaient là-dedans, ils étaient dans l’incapacité de parler. Au mieux ils étaient tous blessés, au pire ils étaient morts.
« Non, le pire serait qu’ils ne soient pas là » pensa le colonel.
Dans ce cas-là en effet, ils seraient morts à coup sur et il faudrait attendre que la neige fonde pour retrouver les corps.
En attendant, tout le monde se mit à essayer d’accéder à une des ouvertures du VSAV. Ils finirent par dégager la vitre arrière qui fut vite brisée. Greg se glissa dans la cellule arrière. Il n’y avait personne. Dans un ultime sursaut d’espoir il se précipita vers l’avant, poussa la vitre et regarda. Personne.
Les jambes coupées et la mine défaite il ressortit prévenir les autres. Ce fut la consternation. Les familles et amis s’assirent pour pleurer, Greg s’appuya, tout pâle, sur le VSAV. Pour un chef de centre, il n’y avait rien de pire que de perdre des hommes.
Seules les religieuses restaient calmes au milieu de la détresse générale. Sarah regarda la Mère avec insistance.
« Pourquoi les laisser comme cela, dites-leur ! » pensa la postulante.
En effet, ce matin elle s’était réveillée en sursaut. Elle avait eut une vision : sœur Lucille était entourée de trois autres pompiers. La jeune sœur était par terre, inconsciente, la tête bandée. Les autres avaient l’air de bien se porter. Elle était allée le dire à la Mère qui venait d’apprendre l’accident dans la nuit.
Ils étaient donc vivants et il fallait les retrouver vite car la jeune sœur était blessée. L’ennuie c’est qu’elles ne pouvaient pas dire ce qu’elles savaient. Elles avaient alors décidé de partir avec les plus jeunes du monastère pour proposer leur aide aux recherches. Les routes principales commençaient à être bien dégagées et elles arrivèrent à Vic sans trop de mal. En passant par le centre de secours, elles trouvèrent les familles des autres pompiers disparus. Elles n’eurent pas à trop les forcer pour les convaincre de venir avec elles.
Maintenant qu’on ne les avait pas retrouvés dans le VSAV et que tout le monde avait perdu espoir il fallait absolument que les recherches continuent. Les quatre pompiers étaient quelque part par-là, vivants, et attendant qu’on vienne les chercher. Mais cela la Mère ne pouvait pas le dire.
« Continuons, proposa-t-elle, on ne sait jamais.
- Ecoutez, il n’y a plus d’espoir. Ca fait six heures qu’ils sont là-dessous. »
Il n’était pas raisonnable d’insister dans le même sens. Personne ne l’écouterait.
« Je vous comprends bien, mais vous ne pouvez pas laisser tous ces gens dans le doute. Continuons pour les retrouver, morts ou vif.
- Oui, reprit le père d’Armand. Avec ou sans vous on continu. »
Le gendarme se dit que c’était en effet une question d’humanité que de les aider à retrouver les leurs même si pour lui, à partir de maintenant, ils ne recherchaient que des corps.
Tout le monde reprit le travail mais le cœur n’y était plus. A part les aboiements des chiens, tout était silencieux. Ils continuèrent ainsi jusqu’au crépuscule. Il était maintenant dangereux pour tout le monde de continuer.
« Allez les gars, on arrête pour la nuit », ordonna le capitaine.
Tout le monde se regarda, les larmes aux yeux. Cela signait la fin du dernier espoir de retrouver qui que ce soit de vivant.
































Chapitre 22

Sauvetage



La douleur, lancinante, réveilla Lucille. Elle n’aurait pas imaginé qu’on put avoir si mal à la tête. La jeune femme ouvrit les yeux et se retrouva dans une obscurité complète. Mais où était-elle ? Elle sentit une présence tout près d’elle et elle sursauta.
« Lucille se réveille, fit une voix, allume ! »
La lumière se fit brusquement. L’infirmière, éblouie, referma les yeux.
« Comment tu te sens ? »
Lucille ne savait pas par quoi commencer : le mal de tête, les nausées, le tangage, les yeux qui lui faisaient mal.
« J’ai connu mieux » dit-elle simplement.
Elle se passa la main sur la tête et rencontra un bandage.
« Tu as reçu un sacré coup sur la tête. »
Elle voulut regarder qui lui parlait mais quelque chose la gêna autour du cou.
« On t’a mis un collier cervical, on ne sait jamais. »
Elle finit par reconnaître Jean-Luc, Armand et Gilles qui se penchaient vers elle.
« Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Tu ne te souviens pas ? On a été pris dans une avalanche.
- Une avalanche ? Mais on est où ? »
Les autres se regardèrent, inquiets.
« Tu ne te souviens pas ? »
Non, elle ne se souvenait pas. Elle n’avait aucune idée d’où elle était et pourquoi. Même quand Armand lui eut tout expliqué, ses souvenir s’arrêtaient au moment où elle préparait la veillée dans le bureau de la Mère.
« Ca fait combien de temps qu’on est là ? »
Jean-Luc regarda sa montre.
« Il est cinq heures de l’après-midi et on est là depuis trois heures du matin.
- Est-ce qu’on nous recherche ?
- Normalement oui mais on n’a rien entendu. En plus la radio ne passe pas. On n’a aucun moyens de leur faire savoir qu’on est là. »
Il fallait pourtant se manifester d’une manière ou d’une autre sinon ils allaient arrêter de les chercher.
« Passe-moi une radio, demanda Lucille.
- Mais puisque je te dis que ça ne passe pas !
- J’ai compris, mais je veux essayer quelque chose. »
Elle saisit le boîtier et commença à appuyer de manière régulière sur le bouton de transmission.

Les engins étaient chargés et le convoi allait s’ébranler. Seule Sandrine, la fiancée de Gilles restait encore debout dans la neige. Elle tenait encore machinalement la radio à la main. La lumière décroissait rapidement mais elle n’arrivait pas à s’arracher de ces lieux où son fiancé était enseveli, quelque part.
« Mademoiselle, il faut y aller maintenant ». C’était le colonel Rimfart accompagné de Greg.
« Donne-moi donc la radio » fit le lieutenant en lui mettant la main sur l’épaule.
Elle lui tendit le portatif qui se mit à grésiller. Elle sursauta.
« Qu’est-ce que c’est ?
- Je ne sais pas, fit Greg, un peu de friture sur la ligne. »
Mais ils tendirent l’oreille.
« Attendez ! intervint le colonel. Ce ne sont pas des interférences. C’est trop régulier. »
En effet, les bruits se succédaient avec régularité. Trois cours, trois long, trois courts, un silence, trois courts, trois longs, trois courts, un silence.
« Pas de précipitation !», ajouta-t-il pour ne pas donner de faux espoirs à la jeune femme. Il se dirigea vivement vers le fourgon de gendarmerie.
« Ecoutez ça ! dit-il au capitaine.
- Mais c’est qu’il faut bientôt partir et… Mais c’est… C’est quoi ? Ca ressemble à…
- … du morse ?
- Oui !
- Les grésillements. Trois courts « S »
- Trois longs « O »
- Trois courts « S »
- SOS ! Un SOS… Personne ne part, ordonna le gendarme. On redéballe ! »

« On peut savoir ce que tu fabrique ? La radio ne passe pas, on ferait mieux d’économiser la batterie.»
Lucille était en train d’appuyer sur le transmetteur sans parler, de façon régulière. Elle s’arrêta, guettant quelque chose, mais rien ne se produisit. Elle recommença.
« Les porteuses sont le seul signal qui passe dans ces cas-là. Je passe un message de détresse en morse.
- Tu connais le morse ?
- Non, je ne sais que ça. Quelqu’un veut continuer ?
- Oui, fit Gilles. Qu’est-ce qu’il faut faire ? »
La jeune femme lui explique la courte séquence et lui demanda d’écouter toutes les trois ou quatre fois. Tout le monde garda le silence un moment. Lucille observait Jean-Luc du coin de l’œil. Il paraissait perdu dans ses pensées et elle ne voulait pas ajouter à ses inquiétudes. Il fallait pourtant qu’elle lui parle.
« Jean-Luc…
- Mmmm ?
- Jean-Luc, il faut que je te demande un service. Si jamais je ne m’en sort pas, j’aimerais que tu ailles voir ma famille et…
- Mais de quoi tu parles ?… On va tous s’en sortir…
- Ecoute, j’ai pris un coup sur la tête, j’ai des nausées et les idées de moins en moins claires… Il est possible que j’ai un hématome sous le crâne. Si on ne nous retrouve pas dans les prochaines heures je risque de ne pas sortir de là…
- Peut-être… Peut-être que tu te trompe…
- Peut-être… Mais au cas où… écoutes-moi. »
Elle lui passa des messages pour sa famille et pour ses sœurs.
« Je te promets que je leur dirais tout ça. Mais je suis persuadé que tu pourras leur dire toi-même… »
Lucille sourit faiblement.
« Merci…»
Et il la regarda d’une drôle de façon.
« Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle.
- Pourquoi tu ne me détestes pas ?
- Te détester… Je ne comprends pas.
- J’ai tout fait pour te rendre la vie impossible pendant deux ans… J’avais des idées toutes faites. En plus mon fils…
- Ecoute… Pour ton fils c’est toi qui en souffre le plus… Pour le reste c’est du passé maintenant… N’y pensons plus.
- Tu peux pas savoir le poids que tu m’enlève de la poitrine. Merci. »
Lucille sourit à nouveau et ferma les yeux.
« Lucille… Lucille ! »
Elle avait à nouveau perdu conscience.


« Encore un peu, on vous voit encore.
- Bien reçu ! »
Paul Rimfart était à la fenêtre de la maison, en bas de la pente. Il observait l’équipe qui grimpait la côte en direction de la route.
« Ils étaient plus à gauche, indiqua le propriétaire.
- Déportez–vous sur la gauche » relaya le colonel dans la radio »
Après avoir réalisé qu’au moins un gars enseveli était encore vivant, ils avaient décidé de continuer les recherches malgré la nuit.
« Tout le terrain en contre bas de la route à été fouillé. Donc ils sont encore là-haut, il n’y a pas d’autres alternatives, avait conclu le capitaine de gendarmerie.
- Ca n’est pas possible, protesta Paul Rimfart. La coulée aurait dû les emporter.
- A moins qu’ils n’aient trouvé un abri. On les aurait alors cherché trop bas.
- Un abri… Mais où ?
- C’est justement ce qu’il faut que l’on cherche. »
Ils avaient tout repris à zéro. Ils étaient redescendus vers la maison en demandant aux habitants à quel endroit de la route ils avaient vu l’équipe disparue pour la dernière fois. Ensuite ils avaient décidé de faire une reconstitution. Cela pouvait donner une indication pour savoir où chercher exactement.
La coulée ayant recouvert la route de trois mètres de neige au minimum il valait mieux savoir où creuser si on ne voulait as y passer des jours.
Greg et les gendarmes étaient arrivés à l’endroit où les pompiers avaient débouché.
« On y est ! »annonça-t-il dans le portatif.
Ils examinèrent les lieux.
« Ils ont sûrement suivit la paroi. Peut-être ont ils trouvé une anfractuosité par là ? »
Les chiens se remirent au travail. Après dix minutes l’un d’eux marqua l’arrêt.
« Tout le monde creuse ici, allez vite ! Et demandez quatre VSAV et une équipe médicale au cas où. »

Jean-Luc prenait pour la vingtième fois le pouls de Lucille.
« Alors ? demanda Armand.
- Elle vit, mais c’est faible. Si on ne nous sort pas de là bientôt…
- T’inquiète pas, ils nous ont répondu, ils nous cherchent. Même si maintenant les batteries sont à plat, ils savent que nous sommes vivants.
- Ecoutez… interrompit Gilles. »
De lointains sons de voix se firent entendre. Ils crièrent tous en même temps.

Le père d’Armand s’épongea le front.
« Bon Dieu, à quelle profondeur ça va ?
- On a déjà creusé deux mètres. Mais il y en a peut-être deux fois plus.
- On n’est peut-être pas au bon endroit » objecta Maylis qui voulait bien creuser mais pas pour rien.
C’est vrai que cela faisait déjà une heure que le chien avait marqué l’arrêt. La neige était très compacte et l’avancée lente. Mais l’espoir avait redonné des ailes à tout le monde. Malgré la fatigue, tous mettaient la main à la patte. Une heure après, ils atteignirent la route. Ils avaient un peu dévié de la paroi et durent creuser un peu vers le fond pour l’atteindre. Ils ne dégagèrent que la pierre.
« M… il n’y a rien ! » s’exclama Greg au nom de tout le monde.
Cela leur coupa les jambes. Ils firent un autre essai radio. Depuis deux heures rien ne répondait, même pas les interférences.
« Il va falloir attendre le jour pour continuer.
- Ca non ! hurla le père d’Armand. Mon fils est peut-être quelque part à attendre qu’on vienne le secourir et…
- Chut…» fit soudain le colonel.
Tout le monde le regarda interloqué.
« Ecoutez ! »
Cela ressemblait à des appels.
« Armand, Gilles, Lucille, hurla Greg, c’est vous ? »
Les voix recommencèrent de plus belle.
« Ca vient de par-là, vite ! »
Ils creusèrent un tunnel longeant la paroi. Au fur et à mesure ils lançaient des appels auxquels répondaient les autres. Ils s’approchaient petit à petit, mais la progression était lente. Au bout d’une demi-heure ils purent se comprendre.
« Tout le monde est là ? s’inquiéta Greg.
- Oui, répondit Jean-Luc mais Lucille est blessée, faites vite elle ne va pas tenir longtemps. »
Pendant qu’ils terminaient, ils firent venir un brancard et le médecin prés de la cavité. La jonction se fit un quart d’heure après.
Les trois hommes paraissaient fatigués mais en bonne santé. Lucille par contre était dans un sale état. Le médecin l’examina dans l’ambulance. Quand il redescendit la Mère lui demanda ce qu’il en pensait.
« Vous croyez aux miracles ma Mère ?… Alors priez… »










Chapitre 23

Epilogue



Jean-Luc montait lentement la petite colline conduisant au cimetière du couvent, un bouquet de roses blanches à la main. Il respirait à plein poumon l’air printanier du mois d’avril. Déjà quatre mois depuis Noël… Les souvenirs lui remontèrent brusquement en tête. Là, au soleil et au milieu des fleurs, ils paraissaient directement sortis d’un mauvais rêve…
Il s’arrêta pour reprendre son souffle. La pneumonie qu’il avait récoltée ce jour-là lui avait laissé quelques séquelles. Cela le ramenait à la réalité. Oui, ces évènements s’étaient bien passés et les mois qui s’étaient écoulés depuis avaient été rudes. Il avait finalement décidé de ne pas démissionner. L’engagement chez les pompiers faisait trop partie de sa vie pour tout laisser tomber de cette manière. Il ne l’aurait pas avoué mais le rire clair de Lucille ne retentissait plus au centre et laissait un grand vide.
Il reprit sa route et arriva bientôt au sommet. Il y avait vraiment une vue superbe de là haut. Il circula entre les tombes et s’arrêta devant l’une d’elle qui avait l’air plus récente que les autres. Il soupira et posa les roses sur la pierre.
« C’est vraiment pas sympa de nous avoir fait faux bon comme çà… »
Sa voix raisonna bizarrement et il se dit qu’il devait avoir l’air fin de sembler parler tout seul.
« Comment t’as su que j’étais là ? fit une voix qui venait de derrière la tombe.
- Deux jeunes femmes m’ont montré le chemin jusqu’au pied de la colline.
- Sarah et Maylis je pense. Ce sont des postulantes qui vont rentrer au noviciat en septembre. Et après, comment as-tu trouvé ?
- Ton ombre t’as trahie… »
En effet l’ombre de quelqu’un se dessinait sur le gravier juste derrière la pierre. Jean-Luc fit le tour et se retrouva face au visage hilare de Lucille.
« C’est quand même un drôle d’endroit où passer son temps, constata le lieutenant.
- Ben pourquoi ? Il fait beau, il y a une jolie vue et la tombe de sœur Gertrude est bien exposée. Comme cela je peux discuter un peu avec elle. »
Jean-Luc se mit à rire et s’assied à côté d’elle. Il observa la jeune femme. Elle avait encore un visage pâle et émacié mais ses yeux avaient repris toute leur vivacité.
« Comment tu te sens ? demanda-t-il.
- Bien mieux. D’ailleurs je pensais pouvoir venir faire un tour à la paella mais le médecin me l’a interdit. »
Chaque année, début avril, l’amicale des pompiers de Vic sur Cère organisait un repas dansant autour du plat espagnol. C’était l’événement du début de printemps pour tout le canton et il y avait toujours beaucoup de monde. La fête durait une grande parti de la nuit et l’ambiance était vraiment bonne enfant.
« Tu nous a manqué. René est venu avec sa femme, il voit le bout du tunnel lui aussi.
- Oui, acquiesça Lucille. Il m’a appelé la semaine dernière. Il a bientôt fini la rééducation et devrait pouvoir réintégrer le centre en Juillet.
- Et toi, quand est-ce que tu nous rejoins ?
- A la rentrée, je pense que ce sera possible. D’ici là mes cheveux auront repoussé et j’aurais retrouvé la forme ! »
Elle passa sa main sur sa chevelure qui recommençait à prendre bonne tournure. Elle avait été opérée la nuit même où elle avait été sortie de la neige, afin d’évacuer l’hématome qui s’était collecté sous sa boite crânienne. Pour l’occasion elle avait été rasée entièrement. Elle avait pu les laisser repousser il y a un mois, dés sa sortie de l’hôpital, car la cicatrisation était terminée.
« A propos de pleine forme, tu sais qui il y avait à la paella ? reprit Jean-Luc.
- Non.
- Jean-Yves Darrube. Figure-toi qu’il a repris le moral.
- Ah bon, tant mieux !
- Oui, et d’ailleurs il n’arrêtait pas de danser avec Céline Carles.
- La fille du médecin ? s’étonna Lucille.
- Tout à fait. Il paraît qu’ils sont ensemble.
- Je suis vraiment contente pour lui. C’est une fille très chouette ! »
La vie reprenait lentement même si tout était loin d’être résolut pour tout le monde.
« Et toi comment va-tu ? demanda la jeune femme.
- Pas trop mal, répondit-il un peu tristement. Hier nous sommes allés voir Louis. »
Il avait repris les relations avec son fils dès le milieu du mois de janvier. Il avait pris conscience, durant le temps qu’il avait passé sous la neige, que son fils restait son enfant quoi qu’il ait fait. Il avait promis dans son cœur que, s’il s’en sortait, il renouerait des relations avec lui. Il avait tenu parole.
« Comment va-t-il ?
- Il a bon moral. Le procès aura lieu à la rentrée.
- Je sais. J’ai reçu une convocation pour témoigner. »
Un silence s’installa, un peu gêné.
« Ecoutes Lucille, je sais que je n’ai rien à te demander, après tout ce qu’il t’a fait mais…
- Ne t’inquiètes pas. Je n’ai aucune raison de l’enfoncer. Je dirais la vérité mais sans plus. »
Jean-Luc poussa un soupir de soulagement qui semblait sortir du plus profond de lui-même. La jeune femme comprit que cette demande était la principale raison de la visite du lieutenant. Il lui prit la main et il la regarda, émut.
« Merci… Pour moi et pour ma femme. »
Lucille lui sourit.
Une demi-heure plus tard, en le regardant partir, elle se disait qu’elle était là, vraiment au cœur de sa vocation. Les visages de Jean-Luc, de Louis, de Gilles et Sandrine qui allaient se marier cet été, de Jean-Yves et des autres, passèrent dans son esprit tout à tour. Etre là avec tous ces gens, quoi qu’il arrive. Partager leurs joies, leurs peines et leurs espoirs, voilà pourquoi elle avait choisi cette vie. Elle était profondément heureuse de voir la vie qui reprenait le dessus malgré les difficultés.
Elle se leva à son tour et trouva les roses que Jean-Luc avait pudiquement laissées là, sur la pierre. Elle les prit dans ses bras et posa sa main sur la tombe sœur Gertrude. Elle sentit comme jamais la présence de la vieille sœur à ses côtés. La vie allait continuer mais la force des liens d’amitié qui se liaient en ce moment avec les personnes de ce village étaient une force pour eux comme pour elle. Elle sourit et regarda au loin.
Un arc-en-ciel se dessinait dans le soleil couchant.



FIN


















Nouveau Roman: L'île

Publié le 02/01/2008 à 12:00 par lesromansdelara
Attention, vous allez bientôt découvrir mon nouveau roman, nommé "L'île". Des hommes et des femmes, bloqués sur une île déserte, vont vivre un thriller palpitant...

Chapitre 1

Publié le 02/01/2008 à 12:00 par lesromansdelara
Chapitre 1

Destins croisés


Le taxi filait à vive allure sur le périphérique. Alix étouffa un bâillement et regarda sa montre. Le jour se levait à peine et elle avait encore le temps avant d’arriver à l’aéroport. Elle posa son front contre la vitre et la fraîcheur du verre lui fit du bien. Dans le demi-sommeil qui s’emparait d’elle, elle se souvint de la réaction de ses proches quand elle avait annoncé qu’elle partait quand même. Peu de monde avait compris. Mais, à présent, tout lui était égal. D’ailleurs, elle aurait eu du mal à expliquer pourquoi elle avait pris cette décision.
Tout s’était joué une semaine auparavant, en ce jour qui aurait dû être le plus beau de sa vie. Elle était bien passé à l’église ce matin-là mais, au lieu d’échanger des alliances, elle avait posé une rose sur un cercueil. Les images se bousculaient dans sa tête : le sourire de Christophe, leur rencontre, le camping de Lacanau où ils avaient passé leurs vacances l’an dernier… et son beau visage figé dans le sommeil éternel…
Elle se revit s’éclipser à la sortie du cimetière. Elle se sentait assommée par la souffrance et avait besoin d’être seule. Elle avait l’impression de vivre un cauchemar et qu’elle allait se réveiller soudain au côté de Christophe. Elle avait marché au hasard dans Paris et s’était retrouvée sur un pont. Il faisait mauvais et la pluie se mêlait à ses larmes. Elle se sentait irrésistiblement attirée par le vide. Il suffisait se jeter dans l’eau sombre pour enfin finir de souffrir. Machinalement, elle avait mis une main dans sa poche et en avait sorti deux papiers. Leurs billets d’avions pour leur voyage de noce à Tahiti. Elle avait souri tristement. Qu’ils lui paraissaient dérisoires maintenant tous ces projets dont ils s’étaient tant réjouis… Elle avait jeté le premier et le vent l’avait happé sous le pont. Elle allait lancer le second quand son geste s’arrêta. Elle se vit rester toute seule chez elle, les volets fermés et le téléphone décroché, pendant ses trois semaines de vacances. Cette idée lui fut insupportable. Elle avait besoin de fuir son contexte habituel pour pouvoir reprendre tranquillement ses esprits.
« Mademoiselle ! Mademoiselle nous sommes arrivés ! »
Alix sursauta. Elle se sentait tout engourdie, autant par le sommeil que par le chagrin. Le taxi était garé devant l’aéroport. Elle paya et se dirigea vers le hall d’entrée.


« Dépêchez-vous un peu Charles ! Les journalistes vont nous attendre !
- Oui Monsieur ! » répondit le chauffeur en appuyant sur l’accélérateur.
Pierre de Distrac se tourna vers sa fille, assise à ses côtés.
« Je peux savoir pourquoi tu n’as pas décroché un mot depuis ce matin ?
- Qu’est-ce qu’il y a ? répondit l’adolescente d’un ton maussade. Je devrais sauter de joie ?
- Tu sais Maud, il n’y a pas beaucoup de jeunes filles de quinze ans qui ont la chance de passer des vacances à Tahiti.
- Ah oui ? Et il y en a aussi sûrement peu qui vont devoir faire le chien savant à des cocktails, des meetings, des…
- Ca suffit ! Arrête d’y mettre de la mauvaise volonté ! Tu sais bien que j’ai été investi comme candidat à l’élection présidentielle par mon parti. Il faut bien préparer le terrain pour la rentrée. Nous pouvons passer de bonnes vacances et tout en soignant ma popularité.
- Ta popularité, il n’y a que ça qui t’intéresse ! Si maman était là elle…
- Tais-toi ! répondit Pierre autoritairement. Je te défends d’en parler !
- Mais c’est toujours pareil, on n’en parle jamais ! Depuis qu’elle est morte, tu as jeté toutes ses photos, tous ses souvenirs, je ne sais même plus à quoi elle ressemblait ! Tu l’as oubliée !… »
La claque partit comme un éclair.
« Je te défends de dire ça ! »
L’adolescente se mit à sangloter sans bruit dans son coin.
« Et arrêtes de pleurer ! Cela ferait mauvais effet que tu aies les yeux rouges devant les journalistes » ajouta-t-il en lui donnant un mouchoir.


« Deux, quatre, six, huit. Bon, tous les bagages sont là ! Où est Mélanie ? demanda soudain Richard Méchaleux.
- Elle est là Papa ! s’exclama Thibault qui tenait sa petite sœur par la main.
- Très bien, mon chéri, ne la lâche pas.
- Oui Maman ! »
Madame Méchaleux se tourna vers son mari.
« Eh, relax… Je te rappelle que nous partons en vacances !
- Je sais Christine, répondit-il en soupirant, mais je ne peux pas m’empêcher de me faire du souci pour Papy. »
Il se tourna vers le grand-père qui restait docilement près des bagages.
« Ne t’inquiètes pas, nous allons tous nous y mettre pour en prendre soin. Nous ne pouvions pas le laisser là quand même… et puis les enfants aussi ont besoin de vacances. Il ne faut pas les délaisser sous prétexte que nous avons accepté de nous occuper de Papy.
- Non, tu as raison, comme toujours, répondit-il en embrassant sa femme. Bon, je vais m’occuper de l’enregistrement.
- Dis Thibault, demanda Mélanie à son frère, c’est où Tahiti ? »


Bernard Veylan avançait rapidement dans le hall de l’aéroport, son petit bagage dans une main et son attaché case dans l’autre. Il se rangea dans la file d’enregistrement. Il y avait apparemment des problèmes informatiques qui retardaient les formalités d’embarquement. Il commença à s’agacer. Quand on dirige des entreprises, il n’y pas de temps à perdre. Le temps c’est de l’argent et c’est en le gérant bien qu’il avait fait fructifier la petite entreprise familiale. En quinze ans, il l’avait transformée en une énorme multinationale tentaculaire dont le chiffre d’affaires doublait chaque année. Il ne tolérait aucun fléchissement. C’est pourquoi il devait aller mettre un peu d’ordre dans les succursales de Tahiti dont les ventes avaient l’air de s’essouffler.
Son téléphone portable le tira de ses réflexions.
« Allô ? Bonjour Véronique… Non je n’ai pas eu le temps de passer à la maison… Mais ne t’énerves pas… Quoi les enfants ? L’anniversaire de Louis ? … Je suis désolé, j’avais complètement oublié… Je sais qu’il compte sur moi… Tu n’as qu’à lui acheter ce dont il a envie et… Mais je te dis... je sais qu’il a besoin de moi… Ne le prends pas sur ce ton-là ! Je te signale que, si toi et les enfants vous ne manquez de rien c’est parce que je travaille ! Arrêtes de crier… Bon salut ! »
Il raccrocha rageusement au nez de sa femme. Une fois de plus. La jeune femme qui était devant lui dans la file la regarda, l’air surpris. Il allait la remballer vertement quand il fut arrêté par son air triste et vulnérable.
Une rumeur monta soudain derrière eux et ils se retournèrent. Une nuée de journaliste se déplaçait dans leur direction, entourant une personne qu’ils ne voyaient pas. Il y eut un grand mouvement de foule et la file d’attente en fut complètement désorganisée. L’essaim de reporters se rapprocha et les questions devinrent audibles.
« Monsieur le ministre, pourquoi avez-vous choisi un avion de ligne pour partir en vacances ?
- Je crois qu’il est très important, pour maîtriser les dépenses publiques, que chacun se sente responsable. Ainsi, je compte montrer l’exemple. Le temps des privilèges pour les gouvernants est aboli. »
Les flashs crépitèrent à nouveau.
« Mademoiselle de Distrac, un mot encore. Etes-vous contente de ces vacances avec votre père ?
- Vous avez les yeux rouges avez-vous pleuré ?
- Bien sur qu’elle est contente, coupa le ministre. Elle souffre
de rhume des foins c’est tout. »
Maud fusilla son père du regard.
« D’ailleurs, c’est le moment d’embarquer. Je compte prendre
un peu de temps avec ma fille. La vie de famille est primordiale pour moi. Mais bien sur, je reste joignable à n’importe quel moment pour traiter les dossiers urgents avec mes collaborateurs. Il n’y a pas de repos qui tienne quand il s’agit du bien-être de mes concitoyens. Au revoir.
- Et ben ça promet ! marmonna l’adolescente en essayant de s’extirper de la masse, encadrée par les gardes du corps. Ils vont nous accompagner eux ? demanda-t-elle à l’adresse de son père quand ils furent un peu plus loin.
- Bien sur, question de sécurité. Il ne faudrait pas qu’on t’enlève si près des élections !
- Mais bien sur, suis-je bête ! Ca risquerait te les faire perdre… »


Alix se dirigeait vers la salle d’embarquement. Entre les problèmes techniques et l’irruption impromptue du ministre au beau milieu de l’enregistrement des bagages, ils avaient pris du retard. Mais peu lui importait, elle avait tout son temps. Pendant qu’elle attendait tout à l’heure, le type qui était derrière elle s’était disputé avec sa femme au téléphone. Elle l’avait regardé en se disant qu’elle aurait tout donné pour pouvoir se quereller avec Christophe. Soudain, elle bouscula un vieil homme, à l’air un peu perdu, qui regardait une vitrine.
« Je suis désolée, monsieur, je ne vous avais pas vu. J’étais perdue dans mes pensées et…
- Mais il n’y a pas de mal mademoiselle » répondit-il fort aimablement.
Elle s’éloigna, un peu confuse. En entrant dans la salle d’embarquement elle remarqua un agent de la sécurité qui essayait de mettre un clochard dehors. Elle s’assied sur un siège au moment où une dame avec deux enfants entra à son tour. Peu après, un homme vint les rejoindre.
« Ca y est chérie, les formalités son terminées ! annonça-t-il.
- Mais où est Papy ? demanda la femme avec angoisse.
- Il n’est pas avec toi ?
- Mais non ! Il m’a dit qu’il te rejoignait.
- Mais il ne fallait pas le laisser partir ! s’enflamma le monsieur. Tu sais bien qu’il ne faut jamais le quitter des yeux, surtout dans un endroit où il y a tant de monde !
- Bon, ça ne sert à rien de se disputer, tempéra la dame. Il vaut mieux essayer de le retrouver au plus vite.
- Oui, tu as raison ! Les enfants vous restez là et vous surveillez les affaires. On va chercher Papy. Il ne peut pas être très loin. »
Les parents partis, Alix regarda les enfants en souriant. La petite fille, qui devait avoir dans les sept ou huit ans, se mit à jouer avec sa poupée. Elle reconnut aussi, dans un angle de la salle, le ministre et sa fille flanqués de leurs gardes du corps. Il y avait également, non loin de là, le gars qui se disputait avec sa femme au téléphone tout à l’heure. Il semblait absorbé par son travail et tapait frénétiquement sur son ordinateur portable. Le clochard, quant à lui, avait dû avoir gain de cause car il vint s’asseoir juste derrière elle.
« Comment tu t’appelle ? »
La petite fille s’était plantée devant Alix et la regardait avec de grands yeux.
« Alix, répondit-elle en souriant.
- Moi c’est Mélanie, j’ai sept ans. Lui il s’appelle Thibaut et a onze ans…
- Mélanie, viens, appela son frère. Maman dit toujours qu’il ne faut pas parler aux étrangers.
- Mais la dame, elle est gentille et papa et maman ne sont pas là.
- Qui est-ce qu’ils sont allés chercher ? demanda la jeune femme.
- Papy. C’est le papa de mon papa. Il habite chez nous depuis qu’il est malade parce qu’on ne doit pas le laisser seul sinon il fait n’importe quoi. »
La petite baissa la voix et ajouta sur le ton de la confidence.
« Il a la maladie de Zaleimer.
- Ce ne serait pas plutôt la maladie d’Alzheimer ?
- Tu connais ? demanda l’enfant en ouvrant de grands yeux.
- Oui, je suis infirmière et je m’occupe de personne comme ton Papy.
- Mélanie, viens ici maintenant, interrompit Thibaut. Excusez-moi Madame. »
Et il entraîna sa sœur en la sermonnant : « Mais qu’est-ce que tu lui as raconté ? »
Alix les regarda s’éloigner, amusée. Soudain, elle repensa à l’homme au regard un peu perdu qu’elle avait bousculé tout à l’heure. Elle se leva pour aller voir. Elle devait en avoir le cœur net.


« Allez viens Apolline, allons nous asseoir et laisses-moi porter ce bagage, tu es fatiguée.
- Allons Marius, je ne suis pas en sucre quand même !
- Non, mais quand on a quatre-vingt-douze ans, il faut faire attention.
- Tu parles comme notre fille… Et puis, je te fais remarquer que tu n’as qu’un an de moins que moi.
- Oui ma douce, mais tu sais, à nos âges les années comptent triple. »
Ils s’assirent tranquillement dans la salle d’embarquement.
« Ne faisons-nous pas une folie en partant comme cela ?
- Te souviens-tu, ma douce, de ce que je t’ai promis quand je suis parti à la guerre ?
- Comme si c’était hier ! Tu m’as dit que quand tu reviendrais nous nous marierions, nous partirions en voyage de noce et que nous ne serions jamais plus séparés.
- Oui, dit-il tristement, et, à part le mariage je n’ai pas pu tenir ma promesse.
- Mais nous avons pourtant passé ensuite soixante merveilleuses années ensemble, répondit-elle en lui prenant tendrement la main.
- Oui, et dire qu’au retour de ce voyage il nous faudra…
- Chut… Profitons de l’instant présent, veux-tu ?
- Oui ma douce…
« Les passagers du vol 3683 à destination de Tahiti sont invités à se présenter à la porte quatre pour l’embarquement »
Ils se préparaient à aller vers la porte quand ils entendirent des hauts cris.
« Papa, maman, attendez !
- Oh, oh… les ennuis commencent, soupira Marius.
- Mon Dieu, souffla Apolline en pâlissant.
- Maman, papa mais qu’est-ce que vous faîtes-là ? Je vous ai cherchés partout !
- Et bien, tu le vois Myriam, nous partons à Tahiti, répondit le vieux très calmement.
- Quoi, mais ça ne va pas ? Vous êtes attendus dans vos maisons de retraite…
- Et bien tu n’as qu’à leur dire que nous serons de retour dans trois semaines.
- Mais papa, ils ne garderont pas les chambres si longtemps, voyons !
- Nous payerons le mois entier, s’il n’y a que cela qui te tracasse !
- Avec quoi ? Vous n’avez pas un rond…
- Avec l’argent de la maison bien sur ! sourit Marius.
- Quoi ? La maison… mais vous n’avez pas…
- Si, nous l’avons vendue » répondit tranquillement le vieil homme.
Myriam ouvrit de grands yeux. Là, ils dépassaient les bornes ! La moutarde commençait à lui monter sérieusement au nez.
« Comment avez-vous pu faire une chose pareille ? Avez-vous pensé à vos petits-enfants ?
- Ils n’ont plus besoin de nous, ils ont leurs vies, leur travail et leurs préoccupations. Nous voulons profiter du peu qu’il nous reste.
- Voyons, partir si loin à votre âge, ça n’est pas raisonnable… et moi qui me suis démenée pour vous trouver une place aussi vite en maison de retraite.
- Mais dans deux institutions séparées, rappela Apolline les larmes aux yeux.
- Je vous ai dis et redis que ce n’était que provisoire ! affirma leur fille d’un ton péremptoire. Il n’y avait aucun endroit qui pouvait vous recevoir tous les deux en même temps et il était urgent de vous trouver une place. C’était imprudent de vous laisser seuls chez vous.
- Nous ne le nions pas, Myriam. Mais avant de quitter ta mère je veux lui offrir le voyage de noce que je lui ai promis.
- Un voyage de noce… mais vous êtes mariés depuis soixante ans ! …
- Oui, fit Apolline en regardant intensément son Marius. Soixante ans, un mois et dix-sept jours.
- Et vingt heures, ajouta Marius après avoir consulté sa montre. Après la guerre, tout le monde était ruiné et ce n’était pas le moment de partir, puis nous t’avons élevée. Ensuite, ça n’était pas avec ma retraite d’agriculteur qu’on aurait pu se payer le voyage.
- Dire que c’est pour un stupide voyage que vous vendez la maison… Je n’arrive pas à y croire. Vous n’êtes que deux vieux égoïstes !
« Les passagers du vol 3683 à destination de Tahiti sont invités à se présenter à la porte quatre pour l’embarquement. Dernier appel. »
« Allez, viens ma douce, allons-y ! » fit Marius pour couper court.
Comme ils s’éloignaient, ils eurent le temps d’entendre leur fille hurler :
« Ne croyez pas que ça va se passer comme ça ! »


Nina traversa le hall de l’aéroport en courant. Son agent exagérait de la retenir ainsi alors qu’elle avait un avion à prendre. Elle n’avait plus qu’une minute pour arriver en salle d’embarquement, après il serait trop tard. S’il y avait bien un avion qu’il ne fallait pas qu’elle manque c’était celui-là ! Maintenant, elle allait être toute décoiffée et son maquillage allait couler. Elle tenait absolument à soigner son image de marque. Quand on est mannequin, on ne se présente pas échevelée et dégoulinante en publique.
Soudain, elle se fit arrêter par deux policiers en tenue.
« Police de l’aéroport Mademoiselle. Votre passeport s’il vous plait. »
Son cœur fit un bon dans sa poitrine. Il ne manquait plus que ça !
« Voilà, fit-elle avec un grand sourire. Pourquoi ces contrôles ?
- Le plan Vigipirate est renforcé. Nous multiplions les vérifications de routine.
- Bon, mais si vous pouviez faire vite. Je dois prendre l’avion pour Tahiti qui part dans trois minutes. Je suis mannequin et je suis attendue là-bas pour une séance photo. Si je suis en retard, je risque de perdre mon travail. »
Les policiers la regardèrent. C’est vrai que c’était vraiment une superbe jeune femme qui avait un sourire magnifique. Ce serait dommage de l’envoyer au chômage pour un contrôle de routine. Il vérifièrent donc brièvement le passeport qui était parfaitement en règle.
« Allez-y, bon voyage, mademoiselle ! »
Elle se remit à courir, laissant les deux policiers sous le charme. A sa grande surprise, elle trouva la salle d’embarquement encore pleine. Elle regarda vers la porte d’embarquement et vit une femme d’environ soixante-dix ans qui faisait un scandale. Deux autres membres de la police de l’aéroport étaient venus porter main forte à l’hôtesse d’embarquement.. Ils tenaient des passeports et des billets dans leurs mains qui semblaient appartenir à deux petits vieux qui se tenaient un peu à l’écart. La vieille dame semblait apeurée et pleurait dans les bras de son mari qui, très calme, tentait de la consoler.
« Allez ma douce, ne t’inquiètes pas, ça va s’arranger. »
Pendant ce temps l’autre dame hurlait :
« Mais, c’est impossible ! Vous ne pouvez pas les laisser embarquer, regardez l’âge qu’ils ont ! Ils ne savent pas ce qu’ils font, voyons !
- Madame, pour la dixième fois, nous vous répétons que vos parents sont parfaitement en règle et que nous ne pouvons en aucun cas les empêcher de prendre cet avion. Maintenant il faut absolument laisser les passagers embarquer, sinon nous serons obligés de vous arrêter.
- Vous ne pouvez pas faire ça, sinon je porte plainte ! »
Les autres voyageurs commençaient à s’agacer. Les retards se multipliaient et ils n’avaient qu’un souhait : décoller enfin. Un homme d’une cinquantaine d’années, un attaché case à la main, se fit le porte-parole des mécontents.
« Bon, est-ce que cela va se terminer bientôt ?! Nous avons perdu assez de temps maintenant ! Si nous n’embarquons pas immédiatement nous demandons des indemnités à la compagnie. »
Les policiers continuèrent à discuter pendant une minute, puis neutralisèrent la dame et la conduirent au poste. Les deux personne âgées s’engagèrent sur la passerelle et l’embarquement se poursuivit normalement.


Le Père Darlin trouva le numéro de place qu’il cherchait.
« Monseigneur, nos places sont là, dit-il en se tournant vers un homme grisonnant, habillé en clergyman.
- Merci Arnaud » répondit celui-ci en s’asseyant.
Le jeune prêtre, quant à lui, était habillé en civil. Seule une petite croix dorée, épinglée à sa chemise indiquait sa qualité. Quand ils furent installés, l’évêque regarda son secrétaire.
« Il n’y a aucun moyen de vous faire changer d’avis ?
- Non, Monseigneur. Je continue à vous assister pour cette conférence, mais, à mon retour je voudrais renoncer à la prêtrise.
- Ecoutez Arnaud, je vous connais depuis votre entrée au séminaire et j’ai été votre professeur. Je pense qu’une relation de confiance s’est établi entre nous durant toutes ces années.
- Oui, Monseigneur, vous êtes comme un père pour moi.
- Alors laissez-moi vous parler comme à mon fils. Je ne vous ai rien demandé jusqu’à maintenant, mais j’aimerai comprendre vos raisons. Est-ce qu’il y aurait une femme là-dessous ? »
Arnaud leva la tête. C’était la première fois depuis longtemps qu’il avait envie de rire.
« Non, Monseigneur, cela n’a rien à voir… »
Il s’arrêta un moment. Il n’hésitait pas à parler avec cet homme pour qui il avait un grand respect et une grande tendresse. Seulement, il avait du mal à mettre des mots sur ce qu’il ressentait.
« Quand j’ai choisi de me consacrer à Dieu dans la prêtrise, tout me paraissait si clair et si simple… mais aujourd’hui, je ne suis plus sur de rien… C’est comme si un grand mur montait jusqu’au ciel et me cachait le soleil…
- Je comprends. Mais le soleil, même voilé, est toujours là…
- C’est là le problème. J’en viens même à douter de l’existence de Dieu…
- Ce que vous me décrivez est une crise de qui arrive à tout le monde, tôt ou tard.
- Oui, mais je ne me sens plus à ma place dans la prêtrise…
- C’est peut-être une tentation…
- Mais comment le savoir si je ne prends pas un peu de recul ?
- Vous pouvez le faire sans renoncer à votre engagement..
- Je ne sais plus où j’en suis…
- Peut-être qu’en revenant de ce voyage, vous y verrez plus clair. »
Arnaud devait se rappeler toute sa vie de cette parole éminemment prophétique.


Alix s’installa sur son siège avec soulagement. Elle était contente de pouvoir profiter d’un moment de calme après l’agitation de l’aéroport. Elle laissa la place du côté du hublot libre.
Elle était plongée dans ses pensées quand son attention fut attirée par la petite Mélanie qui lui faisait de grands saluts. La famille au complet était placée de l’autre côté de la carlingue contre le hublot opposé. Les parents lui firent aussi un signe d’amitié. Ils avaient été extrêmement reconnaissants quand elle leur avait ramené le grand-père. Elle l’avait retrouvé presque à l’endroit où elle l’avait croisé la première fois, planté devant une vitrine de parfumerie. Heureusement, car il aurait pu errer longtemps dans l’aéroport avant d’être retrouvé.
Elle en profita pour promener son regard sur les personnes qui prenaient progressivement place autour d’elle. Les sièges de la travée du milieu les plus proches d’Alix étaient occupés par un vieux prêtre accompagné d’un jeune homme. Ils étaient en grande conversation et Alix détourna discrètement son regard. A quelques places vers l’arrière, juste au niveau du rideau de séparation d’avec les secondes classe, elle reconnut le ministre avec sa fille et le bonhomme à l’attaché case. Son téléphone n’arrêtait pas de sonner et une hôtesse venait de lui demander de le couper. Juste devant elle s’assirent deux personnes qui avaient l’air très âgées.
« Oh, Marius, comme c’est beau ! La première classe… Tu es fou !…
- Rien n’est trop beau pour toi, ma douce… »
Et ils s’embrassèrent tendrement.
Alix regarda la place restée libre à ses côtés. Celle de Christophe. Elle resterait vacante, symbole du vide béant qu’il avait laissé dans son cœur…
Une forte odeur lui sauta soudain au nez. Elle leva les yeux et se retrouva face à face avec un homme. Il était en si piteux état qu’elle resta une seconde sans voix. Ses vêtements s’apparentaient à des haillons et son visage ne devait pas avoir vu de rasoir depuis fort longtemps. Sa barbe et ses cheveux étaient sales et emmêlés.
« C’est ma place ! » dit-il sans préambule.
Sa voix était si caverneuse et son aspect si sauvage qu’elle eut un instant l’impression de se trouver devant un homme de Neandertal.
« C’est ma place ! » répéta-t-il d’une voix rauque en montrant le siège libre à côté d’Alix. Elle se ressaisit vivement.
« Vous devez faire erreur, il n’y a personne là » répondit-elle un peu vertement. Cette place était sacrée et elle ne laisserait personne l’occuper.
L’homme lui tendit sa carte d’embarquement sans rien dire. Il n’y avait pas de doute, il était en règle. C’était impossible… Le billet devait être au fond de la seine depuis un moment. Comment se faisait-il que ce gars ait le même ? Peut-être que la compagnie avait vendu des billets en doubles pour compenser les désistements. Elle n’abandonna pas le morceau pour autant. Son estomac se soulevait déjà rien qu’à respirer ses effluves pendant dix secondes, alors pendant douze heures… Il n’en était pas question… Et puis pas à la place de Christophe.
Elle fit signe au Stewart et lui expliqua la situation.
« Je suis désolé Mademoiselle mais ce Monsieur a en effet un billet et des papiers tout à fait en règle, répondit-il très embarrassé. Nous n’avons absolument aucun droit de l’empêcher de s’asseoir. »
Elle dût donc le laisser s’installer. Elle était tellement en rogne contre ce type qu’elle détourna la tête, bien décidée à l’ignorer pendant le reste du voyage.


(... à Suivre)

Chapitre 2

Publié le 07/01/2008 à 12:00 par lesromansdelara
Chapitre 2

Crash et clashs


La journée était belle et chaude. Alix tenait fermement la taille de Christophe et la moto filait sur le périphérique. Il lui avait fait la surprise de venir la chercher à l’hôpital à la fin de son service. C’était la dernière ligne droite dans les préparatifs de mariage et il ne s’agissait plus de traîner. Ils avaient le temps de faire un peu de shopping avant de rentrer terminer l’organisation des tables pour le repas. Mais, dans sa précipitation à la rejoindre, il avait oublié de prendre le casque de la jeune femme. Quand il s’en était aperçu, il avait juré.
« Ne t’énerves pas, fit-elle, je rentrerais par le RER.
- Mais on n’aura jamais le temps de faire les courses ensuite ! répliqua-t-il. Il vaut mieux y aller, tu prendras mon casque.
- Et toi ? Si on rencontre la police, tu vas te prendre un P.V. ! Il vaut mieux garder notre argent. Nous en aurons besoin pour nous installer.
- T’inquiètes pas ! fit-il en riant. A cette heure-là, ils font la sieste ! »
Et il mit lui-même le casque sur la tête d’Alix. Elle le laissa faire et ils démarrèrent.
Un léger ralentissement se produisit et Christophe ralentit un peu, puis il mit son clignotant et doubla la file. Une voiture déboîta brusquement. Il fit un écart pour essayer de l’éviter et heurta la glissière de séparation. La jeune femme ressentit un grand choc suivi d’une explosion et se sentit projetée dans les airs.
« Mettez les masques, vite ! »
Alix se réveilla en sursaut et mit quelques secondes à comprendre ce qu’il se passait. Elle était toujours à sa place dans l’avion mais il faisait un froid glacial et il y avait un courant d’air effroyable. Elle prit soudain conscience qu’elle arrivait difficilement à respirer. Un masque à oxygène pendait devant elle. Elle le saisit et le mit sur son visage. Elle ressentit un soulagement immédiat.
En regardant autour d’elle, Alix vit les autres passagers regarder avec insistance vers l’arrière de l’appareil. Elle se retourna et constata avec stupéfaction que le rideau de séparation avec les secondes classes battait dans le vide. Toute la partie succédant aux ailes avait disparu…
« On va tous mourir » pensa-t-elle.
C’était un constat lucide et froid. Elle sentait bien l’avion qui piquait et les cris d’effrois des autres passagers lui parvenaient de tous les côtés mais, à sa grande surprise, elle ne ressentait aucune peur.
Une hôtesse distribua un coussin et leur donna l’ordre de mettre les gilets de sauvetage. Elle le fit docilement. Ils étaient sûrement au-dessus du pacifique mais elle n’en était pas sure. Quelques minutes avant de s’endormir, elle avait avalé des somnifères, seule façon pour elle de pouvoir trouver le sommeil. Elle ne savait donc pas depuis combien de temps tout cela avait commencé. L’effet des médicaments continuait à agir, ce qui expliquait un peu son état second.
« Mettez les coussins sur les genoux et baissez-vous ! » hurla le Stewart.
Pliée en deux, Alix fourra sa tête sur le coussin. Elle était presque bien ainsi.
« Christophe, je viens te rejoindre… »
Un choc effroyable suivit une embardée. Puis plus rien. Seulement le silence et l’immobilité. La jeune femme s’attendait à s’enfoncer dans l’eau mais rien ne se passa.
« Est-ce que je suis morte ? »
Elle se releva et se retrouva au milieu d’une fumée opaque. Elle entendit alors tousser et bouger.
« Sortez, vite ! Ca brûle ! » cria quelqu’un.
Elle détacha vivement sa ceinture et se précipita à l’aveugle vers l’arrière. Soudain le sol lui manqua et elle se retrouva à plat ventre dans l’eau. Quelqu’un lui saisit le bras et l’entraîna plus loin sur la terre ferme.
« Alix, tout va bien ? »
C’était Richard Méchaleux.
« Oui… Oui, je crois… Votre femme et vos enfants ?
- Nous sommes tous là, regardez. »
Non loin de là, Mélanie pleurait dans les bras de sa mère, pendant que Thibaut regardait l’avion brûler au côté de son grand-père. Alix s’aperçu qu’elle était couverte de boue. Ils s’étaient écrasés au milieu d’un marécage dans lequel poussaient des arbres. De rares îles de terre ferme émergeaient de la boue. Des rescapés les regagnaient petit à petit.
La jeune femme s’élança à la suite du père de famille afin de voir si d’autres personnes pouvaient être sauvées.

Arnaud releva la tête. L’avion semblait s’être immobilisé mais la fumée était si épaisse qu’on n’y voyait rien.
« Monseigneur ! » fit-il en secouant son voisin. Il ne reçut aucune réponse. Quelqu’un cria que l’avion brûlait. Il détacha leurs ceintures à tous les deux et traîna son compagnon vers le fond de l’avion d’où lui semblait venir l’air frais. Il se heurta dans un homme qui s’exclama :
« Maud ?
- Non monsieur, je m’appelle Arnaud.
- Ma fille, j’ai perdu ma fille !
- Il faut partir de là avant de s’asphyxier, fit Arnaud en toussant.
- Non, pas sans elle !
- Elle est peut-être sortie. Allons, sinon, nous allons tous y passer. »
Ils continuèrent et descendirent ce qui ressemblait à une marche. Il se retrouvèrent dans la boue jusqu’aux genoux. Ils toussaient et avaient les yeux irrités par la fumée. Des silhouettes semblaient se mouvoir sur la droite et ils se dirigèrent dans cette direction. Il prirent pied sur la terre ferme, au côté de deux personnes âgées.
« Ne t’inquiètes pas ma douce, c’est fini… » fit le vieil homme en prenant sa femme en pleurs dans ses bras.
« Maud ! Maud ! » hurla le père, désespéré de ne pas voir de trace de sa fille.
Pendant ce temps, le jeune prêtre allongea l’évêque, se mit à genoux auprès de lui et lui dégrafa le col. Celui-ci ouvrit les yeux.
« Arnaud, dit-il faiblement.
- Monseigneur, comment vous sentez-vous ? »
Le vieil homme essaya de sourire.
« Arnaud, confessez-moi !
- Pardon ? Confessez-moi. Je veux retourner chez mon Dieu, réconcilié avec lui.
- Allons, répondit le jeune homme les larmes aux yeux, vous n’allez pas mourir.
- Arnaud, pour une fois essayez d’obéir sans discuter. Je sens que je pars » fit l’évêque en pâlissant.
Le prêtre s’exécuta.
« Vous avez toujours été mon guide. Ne me quittez pas maintenant… fit-il lorsqu’il eut entendu la confession du vieil homme.
- Vous êtes prêt maintenant, il est temps pour vous de trouver votre chemin par vous-même. Le mien arrive à son terme… Adieu mon fils, acheva l’évêque en fermant les yeux paisiblement.
- Non… » gémit le jeune prêtre.
Il regarda avec stupeur le visage, maintenant immobile de celui qui avait tant compté dans sa vie. Il sentit soudain un grand vide en lui. Rien n’avait plus de sens maintenant. Soudain une effroyable explosion le coucha par terre. Il regarda, complètement hagard, les blessés, les morts déchiquetés éparpillés un peu partout, les minces débris de l’avion qui retombaient en brûlant… Ses oreilles furent transpercées par les pleurs des survivants et les cris de ce pauvre père qui pleurait sa fille. Il se redressa et vit le corps de son père spirituel, déplacé par le souffle de l’explosion, qui s’enfonçait dans le marécage. Arnaud prit sa tête dans ses mains et se plia en deux de douleur et d’écœurement.
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi nous as-tu abandonnés ? » gémit-il.
Il fixa la petite croix dorée qui était épinglée à son revers. Son regard se durcit. Il la retira et la mit dans sa poche.


« Au secours !
- Il y a quelqu’un ?
- Par ici !
- J’arrive !
- Alix, arrêtez, il faut partir ! Ce truc-là peut exploser d’un moment à l’autre ! fit Richard en lui prenant le bras.
- Il y a encore une personne vivante par-là ! »
La jeune femme se dégagea et se dirigea à l’oreille vers le passager qui avait crié. Elle buta bientôt sur un corps qui remua.
« Aidez-moi… fit une voix de jeune fille qui suffoquait.
- C’est vous qui avez appelé.
- Oui.
- Etes-vous blessée ?
- Non, mais je n’arrive pas à sortir. Je ne sais pas où est mon père.
- Venez ! » fit Alix en la relevant.
Peu après, elles se retrouvèrent dans la boue. Richard leur donna un coup de main et elles atteignirent bientôt l’abri où était réfugié la famille. D’autres survivants les avaient rejoints.
« Eloignons-nous un peu, on ne sait jamais ! » fit Richard.
Ils s’installèrent un peu plus loin dans une grotte naturelle, creusée dans une falaise. A peine y étaient-ils qu’une énorme explosion se fit entendre.


La nuit était en train de tomber. Les survivants s’étaient regroupés peu à peu dans la grotte découverte par la famille Méchaleux. Les six blessés graves avaient été transportés tant bien que mal et Alix avait commencé à les soigner. Mais comme elle ne disposait d’aucun matériel ce n’était pas très pratique. Le seul point vraiment positif c’est qu’ils avaient pu récupérer du feu provenant des débris enflammés de l’avion.
Au fond de la grotte, Pierre de Distrac serrait sa fille dans ses bras, trop heureux de l’avoir retrouvée après avoir cru l’avoir perdue à jamais. A côté d’eux, Apolline et Marius Desner, se tenaient serrés l’un contre l’autre.
« Tant que nous sommes ensemble, nous nous en sortirons ma douce » fit le vieil homme, répondant aux inquiétudes de sa femme.
« Bonjour Mademoiselle. Comment vous appelez-vous ? » demanda Christine Méchaleux qui essayait de faire un inventaire des survivants et de leurs blessures afin de signaler les plus graves à Alix.
« Nina, Nina Delcayre.
- Est-ce que vous allez bien ?
- Oh oui ! répondit-elle ironiquement. Si vous enlevez le fait que nous nous sommes écrasés au milieu de nulle part, que je vais me faire virer, que j’ai perdu toutes mes affaires, que nous sommes trempés, pleins de boue, qu’il fait froid, que nous n’avons rien à manger et que nous sommes dévorés par les moustiques, tout va bien…
- Vous savez, la situation est la même pour tout le monde. Ce n’est pas en se mettant en colère que nous allons arranger les choses.
- Si c’est pour me sortir vos leçons à deux balles, ce n’est pas la peine ! » conclut le mannequin.
Christine jugea que ce n’était pas le moment d’insister et passa au suivant.
« Bernard Veylan. J’ai une plaie à ce bras, je me suis brûlé en essayant de sortir ce gars-là » dit-il en montrant de la main un homme roux, inconscient dont s’occupait Alix.
« Eh arrêtez ! » cria celle-ci.
Arnaud se retourna surpris.
« Qu’est-ce qu’il y a ?
- Ne touchez surtout pas à cette eau !
- Mais nous avons soif ! protesta une femme qui accompagnait le jeune homme avec une gourde.
- C’est un marécage. L’eau n’est peut-être pas potable et nous n’avons pas de récipient pour la faire bouillir, fit Richard, venant à la rescousse de l’infirmière.
- Ecoutez, si nous ne buvons pas, nous allons mourir de toute façon. Alors foutez-nous la paix ! Pour qui vous prenez-vous pour nous donner des ordres ? »
Et ils durent la laisser faire. Arnaud, quant à lui, soupira et repartit à sa place sans toucher à la gourde qu’elle lui tendait.
« Bon ça y est, fit Christine en s’asseyant. En comptant les personnes que vous soignez nous sommes vingt.
- Sur combien ? demanda Alix.
- Trois cent quatre-vingt-trois » souffla le Stewart dont elle s’occupait.
Un grand silence s’abattit sur le groupe des rescapés. Ils étaient si peu à avoir survécus à la chute de cet avion… Ils ne savaient pas exactement s’ils devaient penser qu’ils avaient eu de la chance.
« Bon, pas de panique, fit Bernard Veylan. De toute façon, nous ne pouvons rien faire tant qu’il fait noir. Alors profitons-en pour prendre du repos et nous aviserons demain.
- C’est vrai que nous sommes fatigués, acquiesça Alix, mais les blessés ont besoin de surveillance. Il faudrait faire un tour de garde.
- Oui, approuva Richard, d’autant plus qu’il y a peut-être des bêtes sauvages dans le coin.
- Et alors ? fit Nina. S’ils nous attaquent vous vous défendrez à main nues, Davy Croket ?
- Non, avec ça ! répondit-il en montrant un roseau qu’il avait taillé en pointe.
- Oh, mais c’est qu’il a un bâton… Je me sens franchement rassurée ! » ironisa-t-elle en allant s’allonger au fond de la grotte après avoir fait dégager le vieux couple qui s’était installé à l’endroit qu’elle avait prévu d’investir.
« Eh ben ! Avec de telles fortes têtes, nous n’avons pas fini ! constata Alix.
- A propos de têtes de mules, se rappela soudain Christine. Il y a un type dehors qui ne veut pas rentrer.
- Ce n’est pas très prudent, en effet répondit Richard. Bernard, allons le raisonner voulez-vous ?
- Non, fit l’infirmière en arrêtant l’homme d’affaire. Vous, vous restez là, je veux regarder votre brûlure.
- Il est inutile de résister, dit Richard en riant. Ce que femme veut…
- … Dieu le veut, complétant Bernard en remontant sa manche.
- Attendez, je vous accompagne ! » fit Arnaud en rejoignant Richard.
Quand ils furent sortis, ils constatèrent que la nuit était si noire qu’ils avaient du mal à distinguer quoi que ce soit.
« Il va falloir faire bigrement attention, dit Richard. Le terrain n’est pas sûr. Les bandes de terre sont rares et étroites entre les étendues de boues et de sables mouvants.
- Oui, il vaut mieux trouver ce gars au plus vite avant qu’il ne lui arrive quelque chose. »
Ils firent le tour de la grotte et tombèrent littéralement sur l’homme qu’ils cherchaient, couché dans un endroit sombre.
« Eh ! Ca ne va pas non ? Vous vous sentez bien ? grogna-t-il.
- Excusez-nous, dit Arnaud en se relevant. J’ai trébuché sur quelque chose.
- Oui, en effet… C’était même sur ma jambe…
- Désolé. Nous venions vous demander si vous ne vouliez pas venir dormir dans la grotte.
- Ca non ! » répondit l’homme brusquement pour les décourager les importuns. Ils se regardèrent, un peu embarrassés.
« Pardonnez-nous d’insister, continua Richard, mais on ne sait jamais ce qui peut se passer pendant la nuit. Nous ne savons pas où nous sommes et quels sont les dangers environnants. Il vaut mieux que nous restions groupés. »
L’homme se redressa, l’air déterminé, et les regarda fixement. Les deux hommes ne se sentirent pas très rassuré en face de ce type dont l’air sauvage était renforcé par ses haillons et sa barbe broussailleuse.
« Bon, je vais mettre les choses au point une bonne fois pour toute. Je vis dans la rue depuis un moment et j’en connais un bout sur les ‘dangers potentiels’ comme vous dites si bien. Si je déteste quelque chose par-dessus tout, c’est qu’on vienne me casser les pieds. Alors on va faire un marché : vous me foutez la paix et je ne vous demande rien. Chacun sa liberté et au revoir. » Sur ces paroles, il se recoucha en leur tournant le dos.
Les deux autres se regardèrent avec surprise. Ils rebroussèrent chemin tout en se disant que c’était de la folie de vouloir rester à l’écart et au dehors, en pleine nuit dans cet endroit inconnu.


Le petit groupe se réveilla très tôt le lendemain matin. Personne, à part les enfants, n’avait vraiment réussi à trouver le sommeil. Les émotions fortes de la journée, le couchage inconfortable et les moustiques les avaient réduits, au mieux à somnoler. Un des blessés était mort durant la nuit. Il restait cinq personnes dans un état grave, trois hommes et deux femmes. Ils étaient, pour la plupart, terriblement brûlés et Alix ne savait plus quoi faire pour les soulager. De plus Adeline, la femme qui avait bu l’eau du marais la veille s’était réveillée en pleine nuit en proie à de violentes douleurs abdominales. Elle avait vomi tout le reste de la nuit et était dans un piteux état.
Dès que tout le monde fut levé, ils improvisèrent une réunion avec tous ceux qui étaient en état de la suivre. Christine essaya de proposer à l’homme de dehors d’y participer. Mais il n’était plus là.
Ils s’installèrent donc en rond à l’extérieur de la grotte autour du feu.
« Bon, commença Richard Méchaleux, il nous faut décider de la conduite à tenir. Quel est le plus urgent ?
- Cela me paraît évident, fit Bernard Veylan d’un air assuré. Il faut trouver un moyen de prévenir les secours. Ils doivent nous chercher partout. Il ne s’agit pas de s’éterniser ici, mes affaires m’attendent et ne souffrent pas le moindre délai.
- Vous savez, continua Pierre de Distrac, à mon avis ils vont mettre du temps à nous retrouver. La tempête nous a terriblement déportés, j’ai entendu l’hôtesse en parler au Stewart. Il vaut mieux s’occuper en premier de trouver de l’eau et de quoi manger.
- Mais n’importe quoi ! répliqua Bernard d’un ton acerbe. A quoi servirait de bien manger si on ne signale pas notre position ?
- A être encore en vie quand on nous retrouvera, par exemple», suggéra ironiquement le ministre.
L’homme d’affaire allait répliquer vertement quand Richard jugea plus prudent de tempérer la situation.
« Attendez, ne nous disputons pas. Nous avons besoin de toute notre énergie pour faire face à la situation.
- Vous avez raison, renchérit Arnaud. Nous sommes plusieurs. Peut-être pouvons-nous faire des groupes pour nous occuper de plusieurs choses en même temps.
- Bonne idée ! s’exclama Christine. Faisons une liste des points importants et répartissons-nous selon nos compétences. »
Ils mirent une demi-heure à se mettre d’accord sur la priorité des tâches à accomplir et une autre pour répartir les rôles. Finalement, il fut décidé que ceux qui s’éloigneraient de la grotte le feraient toujours au moins par deux et qu’il y aurait toujours au minimum un homme présent.
Richard et Christine partiraient explorer les environs pour déterminer la topographie de l’endroit. Il fallait en effet de savoir s’ils étaient sur une terre habitée ou si cet endroit débouchait sur un pays civilisé où ils pourraient demander de l’aide. Ils devaient aussi essayer de trouver un autre refuge pour le groupe. Ils ne pouvaient pas rester trop longtemps dans le marais. Entre l’insalubrité de l’endroit et les moustiques, ils allaient finir par tous tomber malade. Pour cette expédition ils emmèneraient Papy afin que ceux qui resteraient à la grotte n’aient pas à le surveiller.
Pierre de Distrac, sa fille et Marius devaient chercher de l’eau potable et de la nourriture. La discussion avait été vive au sujet du vieil homme. Au début, il devait aller avec Bernard Veylan et Nina trouver un moyen d’alerter les secours. Mais l’homme d’affaire et le mannequin avait catégoriquement refusé de le prendre avec eux.
« Il n’en est pas question ! Il va nous retarder. De plus il ne nous sera d’aucune utilité…
- Ne croyez pas ça… » essaya Apolline.
Son mari lui posa la main sur le bras.
« Laisse faire les jeunes, ma douce. Nous, les vieillards nous ne servons à rien qu’à encombrer, pas vrai… »
C’est à ce moment-là que Maud, demanda à le prendre avec eux. Le ministre, pris de pitié, accepta.
Les deux enfants resteraient à la grotte pour veiller sur le feu. Apolline, quant à elle, s’occuperait de veiller les blessés et les malades. Enfin, Arnaud et Alix s’occuperaient d’enterrer les morts et de voir ce qui était récupérable dans les restes de l’avion.
Quand tout cela fut accepté par tout le monde, ils se séparèrent, se donnant rendez-vous pour faire le point à seize heures.



(... à suivre)
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