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lesromansdelara
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Voici l'histoire d'un pompier pas comme les autres ! Blog pour ceux qui M l'action et le suspens
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05.05.2007
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Chapitre 11

Chapitre 11

Posté le 27.07.2007 par lesromansdelara
Chapitre 11

Les postulantes


Une semaine après ces évènements, la communauté s’apprêtait à recevoir les postulantes. Elles devaient arriver dans l’après-midi, accompagnées de la Mère générale. Il régnait dans le couvent une ambiance de joyeuse effervescence.
Lucille, elle, avait le trac comme jamais. Et si elle ne s’en sortait pas ? Si les postulantes percevaient mal la communauté par sa faute. Et est-ce qu’elle saurait convenablement les aider, en particulier Sarah ?
Jusqu’à aujourd’hui elle n’y avait pas trop pensé tellement elle était préoccupée par ce qu’elle avait découvert dans le clocher. Elle en avait parlé à la mère dès le dimanche soir et celle-ci l’avait écouté très attentivement.
« Je pressentais quelque chose comme cela, fit-elle quand la jeune sœur eu finit. Michelle n’avait pas d’autres moyens pour divorcer à son avantage. Alors, ils ont monté cette petite comédie pour discréditer Yves.
- Je comprends à peu près la chronologie des évènements, reprit Lucille, mais un petit détail me chiffonne. Pourquoi cette porte de clocher était-elle fermée à clef ?
- J’y ai pensé moi aussi et j’ai peut-être trouvé une explication : et s’ils s’étaient fait prendre de vitesse ?
- Comment ça ? demanda la jeune femme.
- Et bien, quand Michelle à été en place, expliqua la supérieure, Charles a appelé les secours depuis le clocher. Il avait pensé avoir largement le temps de redescendre. Mais, ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que les gendarmes soient juste en bas et arrivent si vite. Le couple avait refermé la porte à clef pour ne pas être dérangés et comme les gendarmes ne savaient pas où se trouvait la clef, ils n’ont pas remarqué qu’elle n’était pas à sa place.
- Oui, s’exclama la jeune sœur, et il a dû être sacrément surpris de les voir essayer de monter si vite ! Quand il a pû sortir du clocher, dans la panique, il n’a pas pris le temps de refermer. Il a juste poussé la porte, posé la clef et il est descendu.
- Le seul problème est de savoir comment il est ressorti sans que vous le voyiez, objecta la supérieure.
- A bien y penser, je crois qu’il n’était pas ressorti, fit la jeune femme. Quand nous sommes rentrés dans l’église je me souviens avoir vu un homme mettre un cierge dans une chapelle latérale. Je m’en souviens parce qu’il est plus courant de voir des femmes faire cela.
- Oui c’est possible, approuva Mère Jeanne. Ensuite il a profité de ce que tout le monde fixait le clocher pour sortir sans être remarqué. Tout cela est très logique. Mais il y a une dernière chose que je ne comprends pas.
- Laissez-moi deviner : pourquoi ce drôle de point d’ancrage sur la poutre ?
- Oui. Votre ami, René, avait l’air de dire que le plus évident était celui de la balustrade. Alors pour quelle raison a-t-il choisi celui-là ?
- Pour la même raison qui les a fait choisir ce côté du clocher pour descendre : pour ne pas être vus, expliqua Lucille. Cette face est difficilement visible d’en bas, l’autre, par contre, est très exposée. En arrimant de l’autre côté, il prenait le risque d’être vu. C’est aussi pour cette raison qu’ils ont fait le coup assez tôt le matin. Il y a beaucoup moins de passage à cette heure là. Cela réduisait les risques.
- Ils avaient vraiment bien préparé leur complot, dit la Mère. C’est une stratégie imparable.
- Il faut prévenir la gendarmerie et leur dire ce que l’on sait, fit la jeune sœur.
- Doucement, nous n’avons pas de preuves pour étayer nos dires, tempéra la supérieure.
- Et le bout de corde sur la poutre ? suggéra Lucille.
- Ca ne prouve rien du tout voyons ! Non, je pense qu’il vaut mieux attendre encore un peu. Nous avons l’avantage de savoir ce qu’ils ont fait, sans qu’ils s’en doutent. Ils sont sûrs d’eux et se croient à l’abri. Ils feront des erreurs et nous pourrons avoir nos preuves. »
La jeune femme n’avait rien répondu. Elle savait que la mère avait raison mais son tempérament avait du mal à se plier à l’attente pure et simple. De plus cette situation entre Michelle et son mari était assez malsaine et elle avait du mal à accepter que cela s’éternise. Elle avait l’impression que laisser s’envenimer les choses pouvaient finir par être dangereux. Elle ne savait pas à quel point elle avait raison.
Mais, comme elle avait pris la ferme résolution d’aborder un problème après l’autre, elle n’avait pas réalisé que les postulantes arrivaient si vite. Elle fut presque surprise, ce matin-là en se réveillant, de se dire qu’elles seraient là dans l’après-midi. C’est à partir de ce moment-là qu’elle sentit le trac s’insinuer en elle.
Une heure avant l’arrivée des jeunes femmes, Lucille se rendit sur la tombe de sœur Gertrude.
« Aidez-moi, guidez-moi et demandez à Dieu de m’inspirer. Il n’y a que Lui qui puisse me sortir de là… »
Elle fut tirée de sa prière par la cloche du couvent qui sonnait le rassemblement à toute volée. Mon Dieu elles étaient déjà là ! La jeune femme descendit la colline à toutes jambes et ne ralentit qu’au moment de ressortir du côté du parking. Heureusement, elle n’était pas la seule à être en retard. Les sœurs arrivaient de tous côtés.
La Mère générale parlait avec Mère Jeanne et près d’elle se trouvaient les deux jeunes femmes ainsi qu’une autre sœur que Lucille ne connaissait pas. Mère Sylvie était une femme impressionnante. C’était une grande et forte femme de soixante ans qui faisait penser aux généraux qu’on voyait dans les films. Mais sa bonté et son sens de l’écoute attirait l’estime dès qu’on la connaissait un peu.
Après les premiers contacts tout le monde était rentré dans la salle de communauté. Sœur Myriam y avait préparé un goûter avec des gâteaux et des jus d’oranges. Les deux postulantes commençaient à se détendre un peu. Elles arrivaient dans un lieu inconnu où elles devraient passer un an au moins. De plus ce couvent serait le lieu du discernement sur leur engagement. Il y avait de quoi être intimidé.
Les dix-huit sœurs s’étaient rangées par ordre d’âge et années de vocation. L’infirmière était de toute façon la dernière, étant la plus jeune à tous les abords. De plus, elle avait demandé à sa supérieure de ne pas la présenter tout de suite comme la maîtresse des postulantes. Elle voulait d’abord les observer au naturel sans le poids de la relation dirigeante-dirigées.
Mère Jeanne commença donc les présentations de chacune dans l’ordre naturel des âges. Sœur Louise et sœur Irma, les plus âgées depuis que Gertrude était partie, puis sœur Myriam qui s’occupait de la cuisine et sœur Irène la lingère qui étaient de la même année. Ensuite venaient sœur Marie-Yves la jardinière, sœur Roselyne pour le réfectoire, sœur Claire l’archiviste, sœur Frida et sœur Pierrette qui s’occupaient de la librairie. Après venaient les quatre sœurs qui s’occupaient de fabriquer et de vendre les hosties produites par le couvent : sœur Josette, sœur Fabienne, sœur Vivianne et sœur Nicole. Puis ce fut le tour de sœur Brigitte l’intendante et de sœur Patricia qui tenait la porte. Enfin, sœur Corinne l’assistante et la comptable, et Lucille l’infirmière.
Pendant les présentations et les heures qui suivirent, celle-ci eut toute latitude pour observer les deux jeunes femmes. Elles lui semblaient très différentes l’une de l’autre ce qui pouvait être à la fois une richesse mais aussi une difficulté.
Maylis, la plus âgée, avait un an de plus que Lucille. Grande, blonde aux yeux bleus, vive et extériorisée, elle paraissait ne pas avoir froid aux yeux. Par contre, elle semblait avoir conscience qu’elle était bourrée de qualité et elle avait tendance à regarder les autres avec une légère commisération.
Sarah, quant à elle, paraissait timide, ce qui lui donnait un aspect général beaucoup plus sur le recul. Elle était brune aux yeux bruns et ses cheveux formaient de drôles de boucles indisciplinées encadrant son visage encore très enfant. Mais elle parlait volontiers quand on lui adressait la parole et avait une conversation très agréable. En tout cas, pour l’instant, rien ne laissait voir dans son attitude le moindre trouble psychique.
Ce premier contact terminé, sœur Corinne emmena les jeunes femmes dans leurs chambres pour qu’elles puissent s’installer pendant que la Mère générale demanda à Lucille et à Mère Jeanne de la suivre dans le bureau de la supérieure.
« Bon, commença-t-elle quand elles se furent assises, je suis très heureuse d’être là avec vous pour vivre les premiers moments de ces jeunes femmes dans notre congrégation.
- Inutile de vous dire à quel point nous sommes heureuses de les accueillir, fit Mère Jeanne avec enthousiasme.
- Et vous ma chère sœur Lucille. Comment avez-vous vécu ces premières minutes ?
- Pour être sincère… je suis un peu partagée », hésita un peu la jeune femme. Elle voulait à la fois exposer ses difficultés, mais, en même temps, son état d’esprit tranchait tellement avec le climat général d’allégresse général, qu’elle avait l’impression de réagir de travers.
La Mère générale devinait ce qui se passait dans la tête de la jeune sœur et elle voulut la rassurer de suite :
« Dites simplement ce que vous pensez, n’ayez pas peur, fit-elle avec bonté.
- Merci, ma Mère. Je ne voudrais pas casser l’ambiance de fête mais je n’arrive pas à être totalement joyeuse. Je suis à la fois très contente de leur arrivée, mais, en même temps, je me sens un peu nerveuse à l’idée que je ne serais peut-être pas à la hauteur de la responsabilité que vous m’avez confiée.
- Vous avez le droit de ressentir cela, répondit Mère Sylvie. Vous savez, vous avez un rôle vis à vis des postulantes que n’auront pas vos sœurs. Si vous n’étiez pas du tout anxieuse, c’est moi qui m’inquièterais ! Au moins, cela prouve que vous êtes consciente de vos responsabilités. Mais ne vous angoissez pas outre mesure. Mère Jeanne vous épaulera et vous pouvez toujours me joindre si vous rencontrez le moindre problème.
Mais maintenant, dites-moi, qu’avez-vous perçu au premier abord au sujet de ces jeunes femmes ? »
Lucille réfléchit un peu avant de répondre puis se lança franchement :
« Il est difficile de dire quelque chose après une heure passée ensemble, car je ne veux pas les enfermer d’emblée dans des a-prioris. Mais je pense, sans trop m’avancer, qu’elles sont très différentes l’une de l’autre. Autant je crois qu’il faudra rassurer Sarah et l’aider à s’affirmer, autant il faudra peut-être que je ne me laisse pas trop marcher sur les pieds par Maylis. »
Les deux supérieures se regardèrent d’un air assez satisfait de la réponse.
« C’est bien observé, approuva la supérieure générale. Vous avez raison de ne pas vouloir les évaluer trop vite pour prendre le temps de mieux les connaître. Sœur Jeanne vous a parlé des réserves que nous avons vis à vis de Sarah. Qu’en pensez-vous dans un premier temps ?
- Et bien, répondit l’infirmière, pour l’instant, il n’y a rien dans son comportement qui laisse entrevoir un désordre psychique, mais il est encore trop tôt pour dire quoi que ce soit.
- C’est vrai, intervint Mère Jeanne, que je m’attendais à trouver quelqu’un de moins discret.
- Oui elle est, en effet, étonnante, fit Mère Sylvie. Mais il faut la voir au moment de ses crises et après celles-ci. C’est une autre personne. L’essentiel est de savoir si cela influe dans le discernement qui nous intéresse. Attention toutefois de ne pas délaisser Maylis. Vous devez les guider chacune selon ses besoins.
- J’essaierai de faire au mieux. »
La réunion fut interrompue par le téléphone. C’était sœur Corinne qui avait terminé de montrer leurs chambres aux postulantes. Comme c’était bientôt l’heure de la messe, elles se séparèrent.

Lucille avait un peu de mal à trouver le sommeil. La soirée s’était pourtant terminée très agréablement par une petite veillée qui permit à chaque sœur de présenter la mission qui lui était confiée. Ensuite, chaque postulante exposa le parcours qui l’avait conduite à la communauté. Demain elle serait présentée aux postulantes comme leur guide pour cette année et elle se demandait comment ça allait se passer.
Au bout d’un moment, elle en eut assez de se tourner dans son lit et elle décida d’aller prendre une tisane pour se changer les idées. La jeune sœur se leva et descendit à la cuisine en pantoufles pour ne réveiller personne. Quand elle arriva des bruits de voix lui firent deviner qu’elle n’était pas la seule à ne pas dormir. C’était les deux postulantes qui échangeaient leurs premières impressions de la journée.
« … quand même très grand, finissait de dire Sarah.
- C’est vrai, répondit Maylis. Je me demande ce qu’on va nous donner à faire.
- Comme je suis infirmière, peut-être que je pourrais aller à l’infirmerie.
- Sauf qu’il n’y a personne là-bas. L’infirmière doit se tourner les pouces ici. Ca m’étonnerais qu’elle te demande de l’aider à ne rien faire !
- Je me demande quel âge elle a, elle fait si jeune ! s’exclama Sarah.
- Oui, c’est vrai. Elle ne doit pas être tellement plus vieille que toi. Je savais qu’il y avait une jeune sœur et j’aurais aimé qu’elle soit un peu plus âgée pour pouvoir partager avec elle.
- Pourquoi ? Tu ne peux pas avec les plus jeunes ?
- Si, mais quand on a trente ans on n’a pas les mêmes préoccupations qu’à vingt, fit Maylis d’un air docte. Et puis elle a l’air très gamine. Vraiment être pompier… ça fait rêve d’adolescente attardée.
- Je ne suis pas d’accord ! C’est au contraire un service qui doit demander de l’initiative et un très grand sens de la responsabilité.
- Tu dis ça parce que tu es jeune. Mais tu verras, quand tu auras mon âge et un minimum d’expérience, que certains engagements sont bons quand on est jeune, mais pas plus tard. En tout cas cette fille me paraît insignifiante, conclu autoritairement Maylis.
- Dis, qui tu crois que ce sera la maîtresse de postulat ? interrogea Sarah.
- Je pensais à la Mère. Il paraît qu’avant elle était maîtresse des novices.
- Tu crois ? En tous cas j’espère que ce ne se sera pas la sœur qui s’occupe du jardin. Elle a l’air sévère et me fait un peu peur. »
Lucille n’entendit pas la réponse de Maylis car elle s’était éloignée un peu honteuse d’avoir écouté en cachette. D’autre part, après ce qui avait été dit, elle ne se voyait pas rentrer dans la pièce et dire qu’elle avait entendu. Elle ne voulait pas qu’elles croient qu’elle était fâchée et qu’elles soient gênées dans leurs relations futures.
En remontant dans sa chambre elle réfléchit à ce qu’elle avait entendu. Paradoxalement, elle était rassurée de savoir à quoi s’en tenir et elle n’en voulait pas du tout à Maylis. Bien sur, la jeune sœur se disait qu’elle allait avoir du mal à se faire reconnaître en tant que guide, mais d’un autre coté ce serait à elle de gagner leur confiance. Ce défit ne lui déplaisait pas. Elle garda donc pour elle ce qu’elle avait entendu et s’endormit presque immédiatement.
Le lendemain matin après la prière, Mère Sylvie prit congé en souhaitant bon courage à tout le monde. Mère Jeanne, quant à elle, invita les postulantes à venir dans son bureau. Elle leur demanda leurs premières impressions et les écouta.
« C’est très bien, fit-elle avec un bon sourire quand elles eurent terminé. Alors maintenant que nous avons pris contact je vais vous expliquer comment nous allons nous organiser durant cette année. Mais, pour cela, il faut que j’appelle celle qui sera votre maîtresse de postulat.
- Oh ! s’exclama Maylis, ce ne sera pas vous ?
- Non. La conduite de la communauté me prend déjà beaucoup de temps. J’ai donc délégué à une sœur la tâche de vous guider durant cette année. Mais je reste bien sur disponible quand vous voulez en cas de besoin. Excusez-moi, je vais lui dire de venir. »
La Mère composa un numéro sur son téléphone mobile.
« Oui, c’est moi. Vous pouvez venir… Elle arrive tout de suite » ajouta-t-elle pour les jeunes femmes.
Celles-ci se regardèrent avec anxiété, surtout Sarah qui n’arrêtait pas de se répéter : « Surtout pas Marie-Yves, surtout pas Marie-Yves… » Maylis, elle, se demandait qui, à part la supérieure, serait à la hauteur pour les encadrer. Elle se remémora les présentations de la veille et pensa, qu’à la rigueur, sœur Corinne pourrait faire l’affaire.
L’attente fut de courte durée car quelqu’un frappa à la porte et entra dans la pièce à l’invitation de la supérieure. Sarah, qui comprit la première ouvrit de grands yeux, pendant que Maylis trouvait Lucille très indiscrète de les déranger dans un moment aussi important pour elles. Elle se dit que la jeune sœur allait sûrement se faire renvoyer sur-le-champ pour les laisser avec la sœur qui allait les accompagner durant cette année et qui n’allait pas tarder à arriver. Mais, à sa grande surprise, la Mère sourit et invita l’infirmière à s’asseoir.
« Mesdemoiselles, je ne vous présente pas sœur Lucille. Elle sera votre maîtresse de postulat cette année. »
Sarah, un peu revenue de sa surprise, se contenta de sourire. Quant à Maylis, l’annonce avait du mal à passer de ses oreilles à son cerveau. Elle avait bien entendu les mots mais leur signification lui échappaient :
« Qu… Quoi ?… bafouilla-t-elle. C’est ça notre maîtresse de postulat ?…poursuivit-elle d’un air dédaigneux. Mais elle n’a même pas mon âge…
- Mais oui Mademoiselle, pouffa Lucille, ça n’est que ça !… »
Mère Jeanne, elle ne rigolait pas. Elle se tut un moment, le temps de laisser l’émotion passer puis enchaîna en fusillant Maylis du regard.
« Je mettrais cette réaction sur le compte de la fatigue et de l’émotion, Mademoiselle. Mais c’est la dernière fois que je tolérerais de tels propos vis à vis de sœur Lucille. Elle a certes un an de moins que vous en âge, mais je vous pris de vous rappeler qu’elle a neuf ans de plus de vocation. Elle est, de plus, la déléguée de la congrégation pour votre formation première. A ce titre vous lui devrez le respect en toute occasion. J’espère que je n’aurais pas à vous le rappeler.
Ceci dit, continua-t-elle d’une voix plus neutre, je vais laisser sœur Lucille vous parler plus en détail de votre emploi du temps.
- Comme vous êtes ici pour découvrir la vie de la communauté, et pour discerner si c’est à cela que vous êtes appelées, commença la jeune sœur d’une voix qu’elle essayait de rendre la plus ferme possible, nous avons décidé de vous faire vivre le même rythme que celui de la communauté.»
La jeune femme leur distribua les emplois du temps.
« Comme vous le constatez, poursuivit-elle, vous suivrez donc les horaires communs de prières qui sont 8h, 12h30 et 19h, la messe étant à 18h. Le dimanche elle est à 11h et vous pourrez, si vous en avez besoin, faire la grasse matinée. »
Sarah, qui était un vrai loir, fit un geste de satisfaction. Maylis, quant à elle était en train de penser qu’elles n’étaient quand même pas venues là pour dormir, mais n’osa rien laisser paraître. Après la remontée de bretelles de tout à l’heure, elle n’avait pas envie de se distinguer à nouveau.
Pendant ce temps Lucille continuait :
« Nous aurons des temps de cours en début d’après-midi qui seront un temps de découverte de l’histoire de la congrégation et de nos règles de vies. Le samedi, je vous recevrais l’une après l’autre pour que nous puissions parler de votre cheminement et de votre ressenti.
Le matin et en milieu d’après-midi vous avez un temps de travail. Pour Sarah, ce sera de l’aide à l’infirmerie et du jardinage avec sœur Marie-Yves. »
Le visage de la jeune postulante se décomposa.
« Il y a quelque chose qui ne va pas ? interrogea Lucille.
- Non, ce n’est rien… hésita la jeune fille. C’est juste que sœur Marie-Yves m’impressionne un peu. »
L’infirmière avait une furieuse envie de la rassurer par un : « Ne t’inquiètes pas, moi aussi. » Mère Jeanne qui savait ce qui se passait dans la tête de la jeune sœur eut soudain un urgent besoin de ramasser quelque chose derrière son bureau…
Mais la maîtresse des postulantes resta imperturbable.
« Ne vous fiez pas aux apparences, répondit-elle d’une voix douce. Sœur Marie-Yves est excellente et saura vous apprendre plein de choses. Quant à vous, Maylis vous irez à la fabrication d’hosties, sauf le mercredi matin où vous aurez toutes les deux un groupe de catéchisme à la paroisse. Vous aiderez aussi sœur Roselyne pour l’entretien du couvent.
- En quoi consiste cet entretien du couvent ? demanda l’ intéressée avec étonnement.
- Pour faire plus simple c’est le ménage, expliqua la Mère.
- Le ménage ? Parce que ce sont les sœurs qui le font ? On ne peut pas payer quelqu’un pour ça ?
- Non, on ne paye pas quelqu’un pour nettoyer derrière nous, répondit Lucille que l’attitude de Maylis commençait à agacer. Ca ne fait pas précisément partie de l’esprit de la congrégation.
- Bon, fit la Mère pour calmer le jeu, si vous leur faisiez visiter le couvent ce serait une bonne entrée en matière.
- Tout à fait. Allez mesdemoiselles, allez vous préparer ! Nous commencerons dans un quart d’heure. Rendez-vous dans le parking.»
Les deux jeunes femmes partirent et la supérieure fit signe à Lucille de rester.
« Alors qu’en pensez-vous ? demanda-t-elle.
- Que je ne sais pas si je serais de taille à tenir tête à une personnalité telle que celle de Maylis, répondit honnêtement la jeune sœur
- Laissez-moi vous donner un conseil. Positionnez-vous d’emblée. Vous avez presque le même âge mais vous n’êtes ni une copine, ni une inférieure. Je sais bien que parfois vous avez du mal à être sure de vous, mais là votre rôle est légitime et il va falloir le remplir avec assurance.
D’autre part, elles ont besoin d’être guidées avec la même attention et le même soin. Ne laissez pas vos sentiments personnels favoriser l’une plutôt que l’autre. Vous aurez des sympathies et des antipathies pour l’une ou pour l’autre, c’est inévitable mais, surtout, n’en laissez rien paraître.
- Que c’est difficile ! s’exclama la jeune sœur. Je crois que c’est au-dessus de mes capacités.
- Ne vous en faites pas. Le premier formateur c’est Lui, répondit Mère Jeanne en montrant son image du Saint Esprit en forme de feu. Alors laissez-le agir. Quant à vous, vous n’avez qu’a Lui préparer le chemin, c’est tout.
- C’est tout ! Une simple promenade de santé à vous entendre !
- Mais je vous avais dit que former les autres c’était très formateur » fit la supérieure en riant.
Lucille sortit du bureau en se disant que vraiment les choses n’étaient pas gagnées.
« Bon, pria-t-elle en son cœur, Tu m’as choisie pour cette tâche alors maintenant débrouille-Toi pour que ça marche ! »
Et elle s’avança d’un pas décidé vers le lieu de rendez-vous.



( ... à suivre Mercredi 1 août )



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