Chapitre 12
Un ménage mal fait
Quand Lucille arriva sur le parking, les postulantes étaient déjà là et la visite commença par un bref rappel historique. Elle leur raconta comment leur fondatrice, Priscille de Castelmauroux, avait choisi ce couvent pour fonder sa communauté.
« Mais, demanda Sarah, si c’est le couvent fondateur, pourquoi la maison-mère est-elle à Rome ?
- Parce que, quand la communauté à été reconnue par l’Eglise, son siège a dû être transféré à Rome, expliqua Lucille. C’est comme cela pour toutes les congrégations. »
Puis elles se rendirent à peu près partout, de la cave au grenier en passant par l’infirmerie, la buanderie, la fabrique d’hosties et même le cimetière. En rentrant vers le couvent, Lucille s’aperçut que Sarah n’était plus avec elles. Elle se retourna et vit la jeune fille en arrêt devant la tombe de sœur Gertrude. Elle l’appela plusieurs fois et dû aller lui taper sur l’épaule pour qu’elle réagisse.
« Ca va Sarah ? demanda-t-elle
- Oui, répondit la postulante en sursautant, je m’excuse j’étais plongée dans mes pensées.
- Je vois bien, fit Lucille en riant. Aurais-je affaire à une rêveuse ?
- Oui, un peu » répondit la jeune fille en rougissant.
Elles continuèrent ensuite par la cuisine. Comme elles y descendaient Maylis s’exclama :
« C’est vraiment une grande maison !
- Oui, renchérit Sarah, c’est un vrai labyrinthe !
- Ne vous inquiétez pas, fit la Maîtresse, vous vous habituerez vite ! »
En arrivant dans la cuisine, elles rencontrèrent les cuisinières en pleine action pour la préparation du repas de midi.
« Oh, sœur Lucille ! dit sœur Myriam. Michelle a une bonne nouvelle à vous annoncer !
- Ah bon ? Qu’est-ce qui se passe ? demanda la jeune sœur.
- Eh bien, à ma dernière consultation, nous avons eu une entrevue avec Yves, et le psychiatre m’a autorisée à le revoir. Nous avons décidé d’essayer de retenter la vie commune.
- Ah bon ? fit l’infirmière un peu étonnée. Vous êtes sûre de ce que vous faîtes ?
- Oui, j’ai bien réfléchi et nous avons passé un contrat avec Yves. S’il n’a ne serait-ce qu’un geste violent, je pars et il ne me revoit pas. Vous savez, cela n’est pas facile de jeter à la poubelle vingt ans de mariage. Je pense que cela vaut la peine de tenter le coup.
- Vous avez raison d’essayer, répondit Lucille pour se donner une contenance. Quand est-ce que vous partez ?
- Dès ce début d’après-midi, je pense. Autant ne pas traîner maintenant que c’est décidé.
- Bon, eh bien je vous souhaite bonne chance ! dit la jeune sœur. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas.
- Oui, je sais que je peux compter sur vous. Je ne pourrais jamais assez vous remercier pour ce que vous avez fait pour moi. »
Et Michelle embrassa Lucille qui essayait de sourire pour ne pas laisser paraître son malaise. Et si elle s’était trompée du tout au tout ? Le fait que cette femme rentre chez elle maintenant, ne cadrait pas du tout avec la théorie qu’elle avait échafaudée. Elle ne voulait pas quitter son mari, sinon elle n’aurait pas décidé de revenir auprès de lui ! Lucille se disait qu’elle s’était laissée influencée par le charme d’Yves qui l’avait complètement embrouillée. Finalement, elle avait fini par douter de cette femme qui se faisait battre et à qui elle avait promis de l’aide ! Du coup, après tout cela, geste spontané de reconnaissance de Michelle avait engendré en elle un fort sentiment de culpabilité.
Heureusement la visite finissait et l’heure de la prière sonnait ce qui donnait un échappatoire à la jeune sœur. Elles se quittèrent donc en très bons termes et Lucille se dit qu’il fallait qu’elle parle de tout cela avec Mère Jeanne.
L’après-midi était assez avancée. La jeune sœur avait montré aux postulantes leurs lieux de travail. Sarah avait pris contact avec Marie-Yves. Elle lui avait expliqué qu’elle ne savait rien sur le jardinage et avait tout à apprendre. La jardinière avait eu un sourire en coin et avait répondu en regardant Lucille :
« Ce n’est pas grave. J’ai l’habitude des cas désespérés ! De toute façon, cela ne peut pas être pire que certaines ! »
Puis ce fut au tour de Maylis qui fut prise en charge par sœur Josette pour la fabrication des hosties. La postulante semblait être assez contente de ce travail et avait commencé son ouvrage avec ardeur.
Après cela, Lucille se mit à aider au ménage. Elle nettoya la chambre que Michelle avait laissé une heure plus tôt. La jeune sœur trouva un pyjama oublié. Elle se dit qu’elle irait le lui porter après le repas du soir, parce elle n’aurait pas le temps de le faire avant la messe. Elle avait parlé du comportement de Michelle avec la Mère qui ne comprenait pas plus qu’elle à quoi cela rimait. Elles se félicitèrent de n’avoir rien dit de leurs soupçons car elles seraient passées pour des imbéciles maintenant !
C’est dans cet état d’esprit que Lucille prit son vélo le soir même et descendit au village pour voir Michelle. Le pyjama lui donnait une bonne excuse pour vérifier que tout allait bien pour le couple. En passant dans le cloître, elle croisa sœur Roselyne qui vérifiait le ménage de la chambre et était un peu agacée par ce qu’elle découvrait.
« Dites-donc ! Quand vous faîtes une chambre à fond, il faudrait apprendre à tirer les meubles ! Vous avez laissé des moutons partout derrière !
- Je m’en excuse, fit la jeune sœur. Je finirai demain.
- Non, laissez tomber ! Je vais le faire, ça ira plus vite ! »
La jeune femme s’éclipsa rapidement pour ne pas s’énerver. C’était quand même désolant le ménage ! Elle essayait toujours de faire de son mieux mais elle oubliait toujours quelque chose. En plus le pire avec le ménage c’est qu’on ne le remarque que quand c’est mal fait ! Sur ces bonnes pensées, elle enfourcha son vélo et fila vers le village.
Elle mit à peine cinq minutes pour aller du couvent à la maison du couple Darrube. Elle se saisit du sac dans lequel elle avait mis le pyjama de Michelle et, passant le portail grand ouvert, elle s’avança dans l’allée. C’était une maison magnifique avec un grand parc bordé d’arbres centenaires et de magnifiques massifs de fleurs. La jeune femme se dit que ce serait le paradis de sœur Marie-Yves de s’occuper d’un tel jardin !
Elle longea successivement le cours de tennis, puis la piscine, avant d’arriver au perron. Elle posa son vélo contre la façade, gravit vivement les trois marches et sonna à la porte. Rien ne se passa. Elle se dit qu’elle n’avait pas enfoncé le bouton assez fort et recommença. Aucune sonnerie ne retentit.
Pourtant il y avait de la lumière à l’intérieur et elle entendait parler. Elle tenta alors de frapper, mais à peine avait-elle touché la porte qu’elle s’ouvrit toute seule.
La jeune sœur, surprise, ne savait trop quoi faire. Elle ne pouvait pas quand même entrer comme cela chez les gens ! Comme elle entendait des gens discuter, elle appela :
« Michelle !… »
Personne ne répondit.
« M. Darrube !… »
Toujours rien. Pourtant la personne qui parlait, continuait. Elle rentra alors mais tout doucement. Elle pourrait ainsi voir discrètement où ils étaient, puis annoncer directement sa présence en faisant du bruit pour ne pas leur faire peur. A tous les coups leur sonnette était en panne et ils avaient oublié de fermer la porte !
Lucille se guida sur la voix pour avancer. Elle entendait de plus en plus distinctement. Après le vestibule, elle laissa le hall d’entrée et s’engagea dans un couloir. A sa droite se trouvait une magnifique salle à manger mais elle continua car le son venait de plus loin. Elle déboucha dans une autre pièce aménagée en salon. C’était de là que venaient les voix. En fait c’était un poste de télévision dont le son avait été monté à fond qui donnait l’illusion d’une conversation en cours.
« Pas étonnant qu’ils n’entendent rien, entre l’immensité de la maison et la télé à fond !… » pensa Lucille.
Elle se sentit soudain honteuse d’être entré chez des gens en catimini à cette heure-là. Il n’y avait quand même pas urgence à rendre un pyjama ! Elle avait donc résolu de rebrousser chemin quand un doute affreux l’arrêta net. Et si le son de cette télévision avait été monté volontairement pour masquer des cris, par exemple ? Peut-être qu’Yves était, en ce moment-même, en passe de mettre une raclée à sa femme. Si c’était le cas et qu’elle s’en allait maintenant, Lucille ne se le pardonnerait jamais !
La jeune femme traversa alors le salon et se retrouva au pied d’un grand escalier en bois. Elle monta lentement en essayant de ne pas faire craquer les marches. En arrivant sur un long palier la sœur tendit l’oreille pour essayer de percevoir quelque chose d’autre que la télévision. Il lui sembla distinguer des sons de voix qui avaient une conversation assez houleuse.
« Flutte, se dit-elle, j’en étais sure ! Ils se disputent déjà et ça risque de mal finir !»
Elle essaya de s’approcher quand, soudain, elle entendit une porte s’ouvrir à l’autre bout de l’étage. Elle entra alors vivement dans la première pièce qui était à sa portée et repoussa la porte derrière elle. Son cœur battait fortement dans sa poitrine et elle avait l’impression de n’entendre que lui. Entre ça et les hurlements de la télé il lui était difficile d’entendre autre chose. Il lui sembla quand même qu’au moins deux personnes passaient et se parlaient, non pas en criant mais sur un ton assez dur. Elle les entendit s’éloigner et descendre les marches.
La jeune sœur sortit alors de sa cachette et les suivit. Elle se pencha prudemment sur la rampe et vit des ombres qui venaient du salon. Ils étaient donc là. Elle redescendit doucement dans le but de faire le tour de la pièce par le couloir pour avoir l’air de venir de dehors.
Elle était au milieu de l’escalier quand le son de la télévision s’arrêta brusquement. Elle resta en arrêt, se demandant ce qui se passait. En tous cas, cela n’arrangeait pas ses affaires, car maintenant elle n’avait pas intérêt à faire le moindre bruit. Elle se demanda ce qui était le mieux : continuer, remonter, ou simplement signaler sa présence en expliquant comment elle était arrivée là. Elle penchait plus pour cette dernière solution quand elle entendit à nouveau une conversation venant du salon. Elle descendit encore un peu et distingua nettement les voix du couple.
« Mais enfin c’est stupide ! Pourquoi ne pas simplement divorcer ! disait Yves.
- Maintenant je suis bête ! s’exclama Michelle. J’en ai plus qu’assez, tu m’as toujours traitée plus bas que terre !
- Mais enfin je t’ai tout donné : un nom, une fortune, une renommée…
- Ouais une renommée de profiteuse oui ! coupa-t-elle. Tu es content ? Tu as fait une bonne action ? Tu as sorti une pauvre fille du ruisseau, une moins que rien et tu lui as donné quoi ? La chance de vivre dans un bled paumé c’est tout !
- Voyons, tu vis bien, dans une magnifique maison…
- Qui est à toi ! Comme tout le reste d’ailleurs ! Tu ne m’as jamais rien donné ! J’ai vécu ici pendant vingt ans et tu crois que je vais laisser tout cela ? »
... à Suivre Samedi 4 août)
Bonsoir à vous. En tout premier, je vous remercie de vos commentaires fort sympathiques.
Après avoir entamé la lecture de votre manuscrit, je vous adresse mon preier conseil. Ne mettez JAMAIS l'intégralité de votre ouvrage en ligne, surtout s'il n'est encore paru.
Je vous conseille également de me faire parvenir par E.Mail (en pièce jointe) votre mmanuscrit afin que j'y apporte quelques corrections qui ne pourront que vous être bénéfique.
Pour le reste, un certain style et de l'idée. Mais...
Rentrez en contact avec moi et localisez-vous svp car j'aime savoir avec qui je converse.
Ce sera de tout coeur que, si je le puis, je vous apporterai mon aide.
salut, je trouve ton histoire super interresante et palpitante. j'ai hate de connaitre la suite. en tout cas bravo