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Nom du blog :
lesromansdelara
Description du blog :
Voici l'histoire d'un pompier pas comme les autres ! Blog pour ceux qui M l'action et le suspens
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
05.05.2007
Dernière mise à jour :
30.04.2008
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chapitre 13 et 14

chapitre 13 et 14

Posté le 03.09.2007 par lesromansdelara
Chapitre 13

Intervention musclée


Emeric Laugarec somnolait devant la télévision. Cette nuit de garde s’annonçait calme et son collègue était allé chercher des sodas dans le frigo. Il faisait chaud et il aurait préféré une bonne bière mais, comme il était en service, il n’était pas question pour eux d’absorber la moindre goutte d’alcool.
La sonnerie du téléphone le tira de sa rêverie. Il s’étira et alla décrocher.
« Gendarmerie nationale bonjour ! » fit-il avec assurance.
Daniel, alerté par le bruit, revint avec ses canettes. Il s’arrêta net en voyant la tête d’Emmeric.
« Attendez ma Mère calmez-vous et répétez-moi ça… Oui…Oui… Où êtes-vous ?… Bon d’accord, on arrive mais vous ne faîtes rien avant… Non, surtout pas, on ne sait jamais, ce n’est pas la peine de les affoler ! S’il ne se passe rien vous serez dans votre tort et s’il y a quelque chose cela pourrait être dangereux pour tout le monde… Oui, c’est ça, attendez-nous ! recommanda-t-il une dernière fois en raccrochant.
- Qu’est ce qui se passe ?
- Prépare-toi Danny, tenue d’intervention ! Mets le GIGN en pré-alerte premier niveau. Si la sœur a vu juste, il va y avoir du sport ! Dépêche-toi, je t’expliquerais dans la voiture ! » ajouta Emeric comme son collègue ouvrait la bouche

Mère Jeanne regarda sa montre. Il lui semblait que cela faisait des heures qu’elle attendait devant la maison des Darrube. Pourtant elle n’était là que depuis dix minutes. Il lui fallait patienter. Les gendarmes allaient bientôt arriver. Par chance c’étaient ceux de Vic qui étaient de garde ce soir-là. Elle tenta de regarder par la grille et il lui semblait voir de la lumière à travers les arbres. Par contre aucune trace du vélo de Lucille. Elle avait sûrement dû le garer près de la maison. En tout cas elle l’aurait croisée en venant si elle était repartie.
Soudain, la supérieure entendit un bruit de voiture qui avançait tous phares éteints. Il y avait cependant assez de luminosité pour qu’elle puisse reconnaître le fourgon de gendarmerie. Deux hommes en sortirent en treillis kaki. Bien qu’elle ne les jamais vus habillés de cette manière là, Mère Jeanne les reconnu de suite.
« Bonjour ma Mère. Alors qu’est-ce qui vous fait dire que Michelle Darrube veut tuer son mari ? » demanda le lieutenant Laugarec sans traîner. La sœur lui raconta rapidement ce qui les avaient conduites avec Lucille à soupçonner Michelle puis leurs doutes sur leurs conclusions.
« Nous comprenons bien, conclut le caporal Daniel Dajen. Mais alors pourquoi avez-vous changé d’avis et qu’est-ce qui vous fait dire qu’elle va passer à l’acte précisément ce soir ?
- Parce que nous avons trouvé cela », fit-elle en tendant le papier ramassé dans la chambre de Michelle.
Les gendarmes jetèrent un coup d’œil à la feuille et il se regardèrent, interloqués.
« Bon, dit Emeric, ça à l’air sérieux mais pas de précipitation ! Danny, tu préviens le GIGN de se mettre en pré alerte deuxième niveau ! Je monte sur la butte pour voir ce qui se passe à l’intérieur. Vous, ma Mère vous restez là ! »
Le lieutenant s’enfonça dans les bois, en empruntant un chemin qui montait en pente douce, jusqu’en haut d’une petite colline surplombant la maison. Tout en marchant, il sortit de puissantes jumelles commando qui avaient une position infrarouge pour voir de nuit. Il regarda la maison de temps en temps afin de noter le moindre détail suspect. Il nota la présence d’un VTT devant la porte principale. Puis il se guida sur les pièces qui était illuminées. Il choisit une place protégée par les arbres d’où il avait une vue imprenable sur les fenêtres donnant sur les principales pièces de la demeure. Puis, il s’allongea et régla ses jumelles sur l’option normale avant de les braquer sur les fenêtres de la seule pièce éclairée.
Il voyait ce qu’il s’y passait comme s’il y était. Il observa un instant et ce qu’il vit lui suffit. Il prit son talkie-walkie et appela son collègue :
« Bronx, ici le Breton, tu me reçois ?
- Oui le Breton, ici Bronx je te reçois cinq sur cinq !
- Danny, Madame Darrube tient en joue son mari. Je répète, elle a une arme et menace son mari. Aucune trace de personne d’autre. Déclenche le GIGN et demande à la Mère avec quel moyen de locomotion Sœur Lucille est arrivée. Bien reçu ?
- Bien reçu, je déclenche le groupe d’intervention ! Ne quitte pas. »
Le lieutenant ne dû pas attendre très longtemps la réponse à sa question.
« Elle est venue en vélo ! fit une voix juste derrière lui.
- Mais qu’est-ce que vous faîtes-là !? s’exclama-t-il en apercevant Mère Jeanne.
- Ecoutez, Lucille est peut-être en danger ! Est-ce que vous croyez franchement que je vais rester plantée à côté de la voiture en me rongeant les sangs !?
- Ma sœur, avec tout le respect que je vous dois, vous n’avez rien à faire là ! Cela peut-être dangereux ! Alors redescendez et mettez-vous à l’abris avant que je vous y mette de force !
- Il n’en n’est pas question et…
- Couchez-vous ! »
Il la prit par les épaules et la plaqua au sol.
« Mais ça ne va pas non ?
- Chut ! »
Quelque chose bougeait dans la maison. Les pièces du premier étage s’allumaient et s’éteignaient successivement. Le gendarme braqua ses jumelles dans cette direction et vit un homme qui fouillait le premier étage, revolver au poing.
« Qui c’est celui-là ? marmonna-t-il.
- Il ressemble à Charles Ceven, l’amant de Michelle. »
Emmeric regarda la Mère avec surprise.
« Eh ! Mais où avez-vous trouvé çà !? demanda-t-il en s’apercevant qu’elle tenait, elle aussi une paire de jumelles.
- Dans votre voiture ! Je me suis dit que tant qu’à venir voir, autant prendre ce qu’il faut !
- Ne vous gênez pas surtout !… »
Sa voix commençait à se teinter d’humour. Il avait toujours cru que Lucille était un cas à part dans sa communauté mais il s’apercevait que ces bonnes sœurs n’avaient pas fini de le surprendre !
« Comment savez-vous que c’est lui ? Je croyais que vous ne l’aviez jamais vu ?
- C’est vrai mais Lucille me l’a décri très précisément et ça paraît correspondre… Regardez ! » fit la Mère en lui désignant une fenêtre sur la gauche qui s’ouvrait doucement. Une petite tête brune en sortit.
« C’est Lucille ! »
Elle était heureuse de la voir en bonne santé et poussa un soupir de soulagement. Mais elle sentit le lieutenant se crisper. Elle comprit pourquoi en voyant la pièce d’à coté fouillée par Ceven.
« Mon Dieu ! c’est elle qu’il cherche ! » pensa-t-elle.
Pendant ce temps la jeune sœur avait tiré sur le lierre et s’était attardée à regarder quelque chose sur la droite.
« Elle va se faire prendre ! Il faut faire quelque chose !
- Restez tranquille ! répondit fermement Emmeric. On ne peut rien pour l’instant. Il faut attendre le GIGN. »
Lucille avait disparue de leur vue et Charles entra dans la pièce où elle était. Il ressortit peu après, seul. Puis, une minute après, la fenêtre de droite s’ouvrit et la jeune femme réapparut.
« Mais qu’est-ce qu’elle fait !? » s’exclama la supérieure en la voyant monter sur le rebord de la fenêtre.
« Je crois comprendre. Non… elle ne va pas faire çà ?! fit le gendarme éberlué en la voyant s’agripper à la gouttière.
- Oh si ! Elle va le faire… » soupira Mère Jeanne qui ne se faisait guère plus d’illusion depuis longtemps sur la capacité qu’avait Lucille d’être raisonnable.
La descente avait l’air de bien se passer mais leur regard fut attiré par un trait de lumière qui venait d’un autre côté de la maison.
« Ne bougez pas ! » ordonna le lieutenant .
Il se déplaça avec précaution pour voir la demeure sous le bon angle. Trois personnes étaient sorties de la maison. Charles Ceven tenait en respect monsieur Darrube avec son revolver pendant que Michelle les suivait de près.
Pendant ce temps, Lucille avait atteint le sol et se dirigeait droit vers le danger.
« Il faut faire quelque chose ! » s’exclama Mère Jeanne.
Emeric sursauta.
« Ah mais c’est une manie ! Je vous avais dit de rester là-bas !
- Mais Lucille va se faire capturer ! Il faut intervenir ! protesta la supérieure
- Vous allez nous faire repérer ! Si vous continuez, je vous coffre !
- Vous n’oseriez pas !…
- Oh ne me tentez pas ! »
Maintenant ça y était, la jeune sœur s’était fait surprendre par ses agresseurs. La Mère foudroya le gendarme du regard.
« Et voilà ! Vous êtes content ?
- Le Breton, de Bronx, fit le talkie-walkie en sourdine.
- Bronx, ici le Breton, parle Danny.
- Emeric, le GIGN est là !
- Bien reçu, on arrive ! »


Michelle menaçait la jeune sœur avec son arme.
« Je serais vous, ma sœur, je n’irais pas plus loin ! »
Lucille était furieuse envers elle-même ! Elle s’en voulait de s’être jetée ainsi dans la gueule du loup ! Elle réfléchit rapidement à la façon de se tirer de ce mauvais pas.
Il lui était difficile de finasser. D’abord parce qu’elle sentait que Charles, s’étant fait berner une première fois, était beaucoup plus méfiant. Ensuite parce qu’elle n’était pas seule en cause et que, si elle tentait de s’échapper, Yves risquait d’être abattu immédiatement.
D’autre part, elle sentait qu’elle devait essayer de rester à l’extérieur. Il était beaucoup plus facile et plus discret de leur tirer dessus à l’intérieur et, maintenant que les deux amants les avaient sous la main rien ne les retenaient plus de passer à l’acte. La jeune femme résolut donc d’essayer de gagner du temps.
« Mais je n’ai pas l’intention d’aller me promener après avoir reçu une si gentille invitation !
- Vous me voyez désolée d’utiliser la force, répondit Michelle. Mais vous vous trouvez au mauvais endroit au mauvais moment. »
La jeune sœur joua l’innocente. Peut-être qu’en les persuadant qu’elle croyait à de la légitime défense, elle ne serait plus une menace pour eux. S’ils saisissaient l’occasion, ils trouveraient ainsi une sortie honorable sans avoir à recourir à la violence.
« Je comprends que se faire battre par son mari, est intolérable. Mais le menacer de votre arme ne résoudra rien. Au contraire, vous allez vous mettre dans votre tort.
- Mais vous ne comprenez pas qu’ils s’en fichent de ça ! protesta Yves qui ne comprenait pas la tactique de Lucille. Je ne l’ai jamais touchée ! Tout ce qu’elle veut c’est mon argent !
- Vous, si vous ne l’aviez pas brutalisée, vous ne seriez pas dans cette situation ! répondit fermement la jeune sœur en priant pour qu’Yves se taise. Alors vous auriez plutôt intérêt à faire profil bas !
- Oui, renchérit Michelle, ta g… toi, ne la ramènes pas !
- Ne te laisses pas avoir ! intervint Charles. Elle est maligne, elle essaye de nous embobiner, je suis sur qu’elle sait tout ! Sinon pourquoi serait-elle là ?
- Oh je comprends ! Je vous ai fait peur en rentrant chez vous sans permission ! Je m’en excuse ! fit la jeune femme en continuant son cinéma. Je voulais vous ramener le pyjama que vous aviez oublié. La sonnette ne marchait pas et la porte était ouverte, alors je vous ai cherché.
- Mais oui… et c’est pour cela que vous essayiez de téléphoner en me racontant une histoire à dormir debout quand je vous ai surprise ? dit Charles, incrédule. Je te dis qu’elle a tout entendu ! Si elle est là je suis sur que c’est parce qu’elle a trouvé le papier que tu as perdu.
- Quel papier ? demanda la sœur, réellement étonnée cette fois.
- Mais tais-toi ! ordonna Michelle à son amant.
- Le testament qu’ils m’ont volé ! révéla Yves avant que sa femme puisse l’en empêcher. Figurez-vous que ces deux escrocs m’ont cambriolé ! Ils ont trouvé le nouveau testament que j’avais fait après que Michelle m’ait quitté ! Je l’y déshérite. Ils veulent me tuer pour l’annuler.
- Mais ça n’a pas de sens ! répondit Lucille pour essayer une dernière fois de sauver la situation. Le fait de tuer quelqu’un n’a jamais fait annuler un testament, au contraire ! »
Tout en parlant, elle se disait que sœur Roselyne avec sa maniaquerie du ménage, allait peut-être lui sauver la mise ! Si elle avait trouvé le document et avait compris ce que c’était, il était à parier que la cavalerie était en passe d’intervenir. A partir de ce moment-là, elle essaya d’observer discrètement les alentours pour repérer d’éventuels indices lui indiquant que les gendarmes étaient dans le coin.
Pendant ce temps, Yves continuait de lui casser la baraque.
« … faire un testament prend quelques jours. Ce que j’avais dans mon bureau était l’épreuve définitive que je devais lire à tête reposée. J’ai rendez-vous demain pour le signer. Quand ce sera fait, il annulera l’autre. »
Maintenant c’était fichu ! Lucille ne pouvait plus faire mine de ne rien savoir. Par contre, pour continuer à gagner du temps, elle pouvait essayer de se faire expliquer ce qu’elle savait déjà.
« Mais alors, fit-elle innocemment, vous avez tout inventé ?»
Les deux amants se mirent à rire. Elle se dit qu’elle réussissait vraiment à passer pour une imbécile ! Enfin, bon, en même temps, il valait mieux paraître idiote, qu’être tuée !
Au début, leur histoire avait été on ne peu plus banale. Ils lui expliquèrent ainsi comment ils s’étaient rencontrés, fortuitement, en faisant le marché. Ils s’étaient revus et étaient tombés amoureux l’un de l’autre. De fil en aiguille, Michelle avait décidé de quitter Yves. Ils avaient le projet de refaire leur vie aux Antilles en montant un hôtel. Mais, pour cela il fallait des capitaux et pas qu’un peu. Charles lui fit remarquer qu’avec tout l’argent que possédait son mari il serait dommage que Michelle parte sans rien.
Ils montèrent donc l’histoire du suicide qui justifierait ensuite amplement le divorce au profit de Michelle. Ils réussirent tant bien que mal à faire croire à cette thèse. Mais petit à petit, Charles convainquit Michelle qu’elle ne retirerait pas assez en procédant de cette manière. Avoir une partie de l’argent c’était bien, posséder toute la fortune c’était mieux. La passion qu’elle ressentait pour Ceven étant plus forte que tout, elle résolut de liquider purement et simplement son mari. Ce geste, vu le contexte, passerait naturellement pour de la légitime défense. Bien sur, la rumeur l’accuserait, mais la justice l’acquitterait et, comme ensuite ils partiraient loin, cela n’avait pas d’importance.
Ils avaient décidé de prendre leur temps pour bien cimenter tout cela, mais un événement imprévu les força à accélérer le mouvement. Charles, qui surveillait les faits et gestes d’Yves c’était aperçu qu’il s’était rendu chez le notaire. La seconde fois, il en était ressorti avec une enveloppe sous le bras.
Les amants, se doutant qu’il y avait anguille sous roche, allèrent fouiller le bureau d’Yves. Au début, il ne devait même pas s’apercevoir du cambriolage car Michelle avait toujours ses clés. Manque de chance, Yves avait changé les serrures. Ils avaient été obligés de rentrer par effraction. Par contre, il n’était pas question qu’il sache ce qui les intéressait. Ils prirent donc le temps de photocopier le document et de le remettre en place. Ce n’était que ce soir qu’ils lui avaient tout révélé.
Quand ils s’aperçurent du contenu du testament, ils s’affolèrent. Heureusement il n’était pas signé et, en regardant dans l’agenda d’Yves, ils se rendirent compte qu’il avait rendez-vous avec le notaire dans la semaine. Il fallait agir rapidement.
Michelle profita donc de sa consultation chez le psychiatre pour exprimer sa volonté de reprendre la vie commune avec son mari. Quand elle rentra chez elle, elle s’installa et, le soir venu, elle monta le son de la télé, laissa la porte ouverte pour que Charles puisse rentrer et tuer son mari. Mais, avant de le faire, elle tenait à lui donner certaines explications.
« Ca aurait pu se passer sans accrocs. Mais quand Charles est arrivé…
- Il m’a trouvée dans la maison ! compléta Lucille.
- Oui et maintenant nous sommes obligés de vous liquider tous les deux et ça ne nous amuse pas, croyez-moi ! »
Lucille non plus ne rigolait pas. Par contre, depuis une minute, elle avait senti du mouvement dans les arbres qui se trouvaient derrière les trois autres, juste en face d’elle. Les renforts arrivaient, il fallait encore gagner un peu de temps. Elle décida de mettre la pagaille entre les deux. Rien ne valait un peu de division avant un assaut !
« Dites Michelle, votre histoire me fascine mais il n’y a rien qui ne vous paraît bizarre dans tout cela ?
- Qu’est ce que vous voulez dire ?
- Et bien vous rencontrez quelqu’un dont vous tombez amoureuse et vous voulez quitter votre mari, très bien. Mais qui a eu l’idée de divorcer en mentant pour récupérer de l’argent ?
- Et bien… je ne sais pas… Charles je crois, pourquoi ? »
Lucille continua en éludant la question. Le mouvement devenait de plus en plus évident derrière les fourrés.
« Bon. Et qui a décidé que ce ne serait pas une part du gâteau, mais l’ensemble que vous vouliez ? »
Michelle ne répondit pas, mais la réponse devait la déranger car elle fronça les sourcils.
« Où est-ce que vous voulez en venir ?
- Arrête ! interrompit Charles. Tu ne vois pas qu’elle veut nous embrouiller ! »
La jeune femme aperçut une silhouette en treillis qui longeait le mur derrière eux. Elle devait absolument se retenir de le regarder et maintenir l’attention des autres sur elle.
« Je trouve que vous devenez franchement nerveux. Est-ce que je toucherais un point sensible ?
- Mais de quoi parlez-vous ? demanda Michelle qui voyait son amant se décomposer.
- Avant de le rencontrer vous étiez assez heureuse avec votre mari et, peu après, vous en venez à le liquider pour prendre son argent. Vous n’avez pas l’impression de vous être fait manipuler ? Je serais vous je n’aimerai pas !
- Tais-toi ou je te crève! rugit Ceven.
- Je crois en effet que vous êtes tout à fait capable de le faire sans sourciller. Mais, Michelle, qui l’empêchera, une fois que vous serez mariés d’en faire autant avec vous ?
- Non, il m’aime !
- Oui, mais, apparemment, il n’est pas de tempérament très partageur ! Je serais vous je me méfierais ! »
Elle avait touché juste. Michelle regarda Charles et lu sur son visage que Lucille avait raison. Elle s’était fait berner. Ceven, furieux de voir que la situation lui échappait, lâcha Yves et braqua son revolver sur Lucille.
Mal lui en prit. Le GIGN n’attendait que ça pour donner l’assaut. Ils le firent rapidement et avec une synchronisation parfaite. Lucille se sentit plaquée au sol et vit un gendarme faire de même avec Yves. Une fusillade s’en suivie. La jeune femme voulut jeter un coup d’œil pour savoir ce qui se passait, mais le gendarme chargé de la protéger lui mit la main sur la tête pour la forcer à rester à couvert.
« Ne bougez surtout pas tant que je ne vous le dis pas ! » lui chuchota-t-il.
Au bout d’une minute, ce qui est plutôt long quand les balles vous siffle au-dessus de la tête, elle n’entendit plus rien.
« Opération terminée ! Félicitation les gars ! » fit une voix forte.
Le gendarme qui maintenait Lucille au sol, l’aida à se relever. Elle se retrouva face à un grand gars cagoulé.
« Vous n’avez pas de mal ? demanda-t-il.
- Non, grâce à vous. Je ne sais comment vous remercier.
- Nous n’avons fait que notre travail » répondit-il visiblement surpris du remerciement.
Soudain une tornade blanche s’abattit sur elle.
« Lucille, Lucille, mon petit, ça va ? Vous m’avez fait si peur !» fit Mère Jeanne en la serrant fort dans ses bras.
La jeune sœur se dit qu’après avoir échappé aux balles il n’était pas sûr qu’elle survive à l’étreinte de sa supérieure !
Quand la Mère la lâcha, Lucille prit conscience de ce qui se passait autour d’elle. Elle fut éberluée de voir tous ces gendarmes en treillis et cagoulés. Ils étaient en train de conduire Michelle, menottée, dans le fourgon. Yves qui avait l’air en bonne santé, lui aussi, s’expliquait avec Emeric. Elle s’aperçut alors qu’un homme était resté à terre. C’était Charles Ceven.
Laissant la Mère en plant elle courut vers lui. Daniel était en train de l’examiner. Le gendarme leva la tête quand il la vit arriver.
« Je lui coupe la manche. Regarde, il a reçu la balle juste là. »
Elle avait été parfaitement ajustée dans l’épaule droite pour lui faire lâcher son arme. Il était pâle, perdait beaucoup de sang mais il était vivant. Lucille demanda un linge et pressa fortement la blessure avec. Ceven tressaillit de douleur.
« Je suis désolée, je sais que ça fait mal, mais c’est le seul moyen de vous empêcher de perdre tout votre sang.
- C’est bon, Danny ! fit la voix d’Emmeric derrière eux, les pompiers sont prévenus, ils arrivent. »
Juste à ce moment là le bip de Lucille se mit à sonner.
« Record de rapidité ! s’exclama-t-elle. Maintenant, je commence à intervenir avant même que le bip sonne ! »
La sirène retentit à son tour.
« Pourquoi vous faites ça ? demanda Charles d’une voix faible.
- Faire quoi ?
- Me sauver la vie alors que j’ai voulu vous tuer… »
Lucille sourit.
« Parce que toute vie humaine est sacrée, même celle d’une personne qui a voulu en tuer une autre.
- Même celle d’un raté qui ne sait faire que des conneries ?
- Vous savez, ce sont les actes qui sont répréhensibles. La personne qui les commet reste une personne humaine. Surtout quand elle commence à réaliser qu’elle aurait pu se conduire autrement.
- Vous êtes complètement fêlée ! »
Il disait cela pour ne pas perdre la face mais était visiblement touché.
« Ma sœur, vous êtes occupée ? fit alors un gendarme du GIGN.
- Un petit peu oui… répondit-elle les deux mains appuyées contre la blessure de Charles.
- Parce qu’il nous faudrait votre déposition.
- Et bien, de deux choses l’une. Soit vous venez la prendre ici, soit vous attendez un petit quart d’heure que les pompiers arrivent et que je finisse de m’occuper du blessé. »
Il repartit en marmonnant qu’il allait voir avec ses chefs. Un peu inquiète d’avoir envoyé balader un gendarme, elle le suivit du regard. Il alla parler à un autre homme qui était visiblement haut gradé. Le chef se rendit alors prés de Lucille, l’air surpris.
« Excusez-moi ma sœur, vous savez vous occuper des blessés ?
- Euh… Oui…un peu… »
Daniel pouffa.
« Elle infirmière chez les pompiers ! »
Le gradé la regarda, étonné. Depuis qu’il était arrivé, il avait entendu parler de descente de gouttière, d’esquive, de négociation, de bluff…et maintenant il découvrait qu’elle était pompier. Toutes ses conceptions sur les bonnes sœurs étaient en train de voler en éclat ! Il s’entendit proposer :
« Un petit stage au GIGN ça ne vous dirait pas ? »
Lucille vit repasser devant ses yeux la soirée, les poursuites, les revolvers sans compter la trouille qu’elle avait eu.
« Non, merci, sans façon ! Je crois que je vais me tenir loin des émotions fortes pour quelque temps ! »
La pauvre fille ne savait pas qu’elles allaient la rattraper plus tôt que prévue…





Chapitre 14

Visions


Un mois était passé depuis ces évènements. Les remous causés par ces faits commençaient à s’estomper. Tout ce qui s’était passé ce soir-là devait rester absolument secret pendant l’enquête, par conséquent tout le village était au courant dès le lendemain !
Bien sur, la rumeur se chargea de transmettre les évènements répétés, déformés et amplifiés. Les journalistes s’y mirent et Lucille reçut bientôt des tonnes d’offres allant du simple article, à l’émission de télévision, sans parler des propositions pour reprendre cette histoire dans un téléfilm !
Au début, d’un commun accord avec la Mère, elle décida de rester discrète et de ne rien dire. Les médias ont tôt fait de monter une histoire en épingle qu’ils oublient aussitôt pour se focaliser sur autre chose. Il suffisait de laisser la déferlante passer.
Mais tout le monde n’était pas dans ce cas et certains se laissèrent interviewer, en particuliers ceux qui ne savaient rien. Du coup l’aventure parue avec des variantes plus ou moins importantes ! Cela faisait rire Lucille, mais pas trop la Mère. Finalement les faits prirent de telles proportions que la jeune femme accorda une interview exclusive au journal local pour remettre les choses au point et raconter ce qui c’était vraiment passé. Le numéro de ce jour-là battit des records de vente !
Cependant, la vérité paraissait tellement terne par rapport à tout ce qui avait été dit, que l’information fut peu relayée. Les journalistes s’intéressèrent alors au cas d’un homme politique qui avait détourné de l’argent, ce qui était nettement plus vendeur.
Durant toute cette période la vie continuait. Yves essayait de retomber sur ses pieds. Comme il avait besoin de parler avec quelqu’un de confiance il venait souvent voir la Mère pour essayer d’y voir plus clair. Au début il avait été furieux contre Lucille qui avait semblé douter de ses dires pendant la confrontation avec sa femme et son amant. Puis, comprenant le sens de ses paroles, il se sentit un peu confus de ne pas avoir comprit de suite que cela n’était qu’une manœuvre pour essayer de les sauver.
La jeune sœur avait fait sa déposition le soir même. Quand elle eut fini, Emeric fronça les sourcils.
« La déposition est close maintenant, mais, dis-moi, il y a une chose que je ne comprends pas. Comment avais-tu deviné que Charles avait monté ce coup-là juste pour l’argent des Darrube et qu’il projetait ensuite de se débarrasser de Michelle ?
- Je n'en savais rien ! J’ai dis ça au hasard pour gagner du temps et pour jeter la suspicion entre eux. Je ne m’attendais pas a ce que ce soit vrai ! »
Le lieutenant avait écarquillé les yeux.
« Ben toi alors ! »
Elle avait ensuite dû témoigner auprès du juge d’instruction. Finalement, Charles et Michelle avaient été mis en examen et incarcérés en attendant le jugement. C’est au cours de cet entretien qu’elle leva le voile sur la dernière zone d’ombre du dossier : pourquoi n’avait-elle pas trouvé le nom de Charles sur la boite aux lettres de sa maison ? La réponse était toute simple. La demeure appartenait à sa mère, morte récemment. Il habitait avant dans un autre département et avait rencontré Michelle pendant des vacances. Ensuite il était venu habiter là mais sans faire le changement d’adresse. Il avait ainsi une base de replis au cas où quelque chose tournerait mal.
Tout cela, n’avait pas empêché Lucille de reprendre ses activités normalement. La vie au couvent alternait avec les visites à l’hôpital. Les interventions avec les pompiers se faisaient rare pour elle. L’été battait son plein avec son lot de feu. En tant qu’infirmière elle n’y intervenait pas car c’étaient pour l’instant des feux de petite superficie ne justifiant pas sa présence. Ils avaient juste eu à secourir un touriste qui s’était cassé un tibia en faisant du VTT.
Par contre, son jugement du conseil de discipline était arrivé. C’était un petit bijou de diplomatie, ménageant habilement chaque partie. Il était dit en gros à Lucille que, dans ce cas, le non-respect de la procédure était justifié mais que cela ne devait être fait qu’occasionnellement, à bon escient et, uniquement en cas d’urgence vitale. Aucune sanction n’était requise contre elle. René avait aussi été relaxé.
Cela n’avait pas plû à Jean-Luc. D’autant plus que le conseil de centre statuant du sort de son fils avait été franchement houleux. Là aussi, l’affaire avait fini auprès du colonel, mais avait plutôt mal tourné pour Louis. Le jeune homme avait écopé d’une mise à pied d’un an. Du coup le lieutenant faisait franchement la tête à tout le monde et ignorait purement et simplement Lucille et René. L’ambiance était pour le moins tendue !
Pour couronner le tout, les incidents bizarres continuaient à se multiplier. Ils étaient moins importants que dans le cas des freins du VSAV, mais leur nombre était plutôt inquiétant. Ainsi les portes du garage à véhicule se déboîtaient, certains outils étaient endommagés, du matériel manquait… Rien qui ne puisse mettre la puce à l’oreille de quelqu’un qui ne savait rien mais assez pour piquer la curiosité de Lucille.
Bizarrement, plus ces évènements se produisaient, moins Greg paraissait y faire attention. A chaque fois que la jeune femme lui en parlait, il les expliquait au fur et à mesure par des explications naturelles qui pouvaient, en effet, coller. De plus cette multiplication d’incidents coïncidait, comme par hasard, avec les problèmes de Jean-Luc. Ses doutes étaient en train de se confirmer.
Elle avait parlé de ses soupçons à Greg qui avait franchement rigolé. Comment soupçonner Jean-Luc, ce pompier irréprochable ? Non cela n’était pas sérieux ! Lucille commençait à penser qu’il voulait protéger son adjoint et cela la décevait. Elle en voulait au chef de centre de lâchement fuir ses responsabilités. Comme quoi on découvrait, dans les moments de crise, des facettes de la personnalité des gens, restées inconnues jusque là. Le manque de courage de Greg en était le parfait exemple.
Au couvent, elle avait entamé ses cours aux postulantes. Celles-ci semblaient s’acclimater progressivement. Maylis acceptait difficilement d’être guidée par Lucille mais elle le montrait un peu moins et semblait se faire à cette idée. Sarah commençait peu à peu à sortir de sa réserve et s’ouvrait un peu plus volontiers aux autres. Aucun troubles psychiques ne s’était déclarés et Lucille commençait à penser qu’elle avait trouvé un équilibre qui lui convenait. Après tout, ils étaient peut-être dû au changement de cadre de vie. Il fallait toujours un peu de temps pour trouver de nouveaux repères.
Mais un événement se chargea de la détromper.
Cette après-midi là, après le cours d’histoire de la congrégation, Sarah et Lucille se rendirent au jardin, pendant que Maylis allait à la confection d’hosties. La jeune sœur voulait aider un peu la postulante qui avait du mal à se faire au jardinage et était assez terrifiée par sœur Marie-Yves. Quand la sœur jardinière les vit arriver, elle ouvrit de grands yeux.
« Et alors j’en ai deux aujourd’hui ?
- Oui, expliqua Lucille, je viens lui donner un coup de main parce que j’ai cru comprendre qu’elle avait un peu de mal.
- Un peu de mal… c’est une drôle de façon de le dire ! Et vous voulez lui donner un coup de main ? C’est vraiment un aveugle qui guide un aveugle !
- Ne vous inquiétez pas ! Pour le jardinage, je vous en laisse le soin. Je veux juste lui montrer qu’elle peut être une sœur de la Miséricorde même si elle n’est pas excellente au jardin. C’est l’état d’esprit dans le quel on fait les choses qui comptent.
- Mouais, bien sur, on peut toujours s’en sortir comme cela… En tout cas çà n'est pas avec des théories comme ça que mes tomates vont pousser ! »
Lucille se mit à rire et elles commencèrent leur travail. Aujourd’hui, il s’agissait d’enterrer les restes du poisson de midi au pied des tomates. Ca faisait un engrais formidable. Lucille, qui n’aimait déjà pas le poisson, n’appréciait pas du tout de devoir le mettre en terre à quatre heures de l’après-midi. En effet, en pleine chaleur, il exhalait un fumet très peu subtil.
Tout à coup sœur Marie-Yves s’exclama:
« Sarah ! quand je dis au pied des tomates, ça n'est pas au travers des racines. Regardez celui-là vous lui avez sectionné tout le bas du pied. Vous croyez qu’il va tenir comment, par l’opération du Saint Esprit ? Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour récolter toutes les filles qui ont deux mains gauches ? »
Lucille était en train de finir d’enterrer un tas d’arrêtes. Elle se dit qu’elle allait la laisser dire une minute sans intervenir.
« Mais enfin comment croyez-vous… Oh ! Mais qu’est-ce qu’il y a ? »
Lucille se releva vivement. Sarah s’était figée, les yeux perdus dans le vide et son visage était devenu d’une blancheur cadavérique. Elle avait beau avoir été prévenue, elle resta un instant pétrifiée. La jeune sœur se ressaisit vite.
« Aidez-moi à la transporter à l’ombre ! » demanda-t-elle à Marie-Yves.
La jardinière, malgré son âge, était une force de la nature. Elles saisirent la postulante chacune par un bras et essayèrent de la soulever. Impossible. Elle était toute raide et d’une lourdeur terrible. Les deux sœurs se regardèrent avec surprise. Sarah était un petit gabarit et rien n’expliquait un tel poids.
« Mais qu’est-ce qu’elle a, une insolation ? » demanda la jardinière.
L’infirmière en doutait. Quand quelqu’un souffrait d’un coup de chaud, il était plus rouge écrevisse que blanc farine et il ne pesait pas dix fois son poids.
« Mais qu’est-ce qu’elles ont toutes à faire des crises dès que je dis quelque chose ? se lamenta Marie-Yves.
- Ne vous en faites pas. Je ne pense pas que cela soit du à votre diplomatie légendaire ! »
La jardinière allait répondre vertement quand la postulante sembla revenir à elle.
« Sarah ça va ? demanda Lucille.
- Oui.. Ma sœur ! répondit la postulante en regardant Lucille d’un air terrifié. Vous allez bien ?
- C’est plutôt moi qui te le demande ! Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Ca m’arrive des fois. Il y avait longtemps que ça n’était pas revenu.
- Viens un peu par-là, fit Lucille en l’entraînant sur un banc, à l’ombre. Tu veux boire ?
- Non, ça va maintenant, je vous assure.
- Est-ce que c’est indiscret de te demander, ce que sont ces crises ? »
Sarah parut un peu embarrassée mais répondit assez rapidement.
« Personne ne le sait. J’en ai depuis toute petite. Au début mes parents m’ont emmenée chez le médecin qui a pensé à des crises d’épilepsie. J’ai fait tout un tas d’examen avec un neurologue mais ça n’était pas cela. Comme il n’y avait rien physiquement, j’ai été orientée vers tout un tas de médecins et de psychiatres qui n’ont pas pu faire de diagnostique fiable.
- Mais toi, qu’est-ce que tu ressens ?
- Eh bien, tout d’un coup je me sens bien et c’est comme si j’étais ailleurs.
- Ailleurs ?
- Oui. Je ne vois plus rien de ce qui se passe autour de moi…
- Et tu vois autre chose ?
- Non… Non, rien. »
Lucille avait le sentiment que ce ‘non’ cachait quelque chose. Elle n’alla pourtant pas plus avant dans les questionnements. Quand Sarah serait plus en confiance, peut-être qu’elle se confierait plus avant. Mais il fallait que cela vienne d’elle.
L’infirmière demanda donc à la jeune fille d’aller se reposer en attendant l’heure de la messe et demanda à Marie-Yves de garder le secret sur ce qui s’était passé pour ne pas embarrasser la postulante. Comme la jardinière était une femme discrète, Lucille avait confiance. Par contre elle alla immédiatement en parler en parler avec la supérieure.
« Je ne suis pas surprise que cela arrive. Après la crise, vous a-t-elle parut décalée dans ses propos ?
- Non, répondit la jeune sœur. Elle m’a très bien expliqué les choses, c’était clair et précis.
- Il faudra la surveiller d’ici demain, car après ses absences, il y aurait des comportements un peu bizarres de sa part. Il faut vérifier cela.
- Je vais faire de mon mieux. Elle se repose jusqu’à la messe.
- Très bien. On avisera s’il y a du nouveau.
- S’il faut, il ne va rien se passer du tout » sourit Lucille, optimiste.
Mais il se passa quelque chose…
Le soir-même Lucille était en train de s’endormir. Dans un demi-sommeil elle crut entendre frapper à sa porte. Elle resta immobile et attendit, quand elle entendit le plancher craquer devant sa chambre. Elle passa une robe de chambre et ouvrit. Elle aperçut une petite silhouette qui s’éloignait.
« Sarah ?»
La jeune fille s’arrêta et se retourna. Elle revint vers Lucille.
« Qu’est-ce qui se passe ? Tu ne te sens pas bien ?
- Si… Si, ça va très bien mais il faudrait que je vous parle.
- Et ça ne peut vraiment pas attendre demain ?
- Je sais qu’il est tard, mais c’est quelque chose qui m’angoisse beaucoup et m’empêche de dormir. Je ne me voyais pas attendre demain.
- Bon, d’accord ne bouge pas ! »
Lucille regagna sa chambre et s’habilla rapidement, puis elle conduit Sarah dans la salle de cours.
« Là nous serons tranquilles et nous ne risquons pas de réveiller quelqu’un. Alors, dis-moi ce qui te tracasse ?
- Eh bien voilà. Tout à l’heure vous m’avez envoyée me coucher tôt pour que je puisse me reposer. A ce propos, je voudrais vous remercier ne n’avoir pas parlé à tout le monde de ma crise de cette après-midi. En général, après, les gens ont tôt fait de me prendre pour une folle. »
Lucille comprit que c’était une manière détournée de lui demander ce qu’elle en pensait.
« Ne t’inquiète pas, je n’ai jamais pensé cela. Par contre ça serait mieux pour tout le monde si on arrivait à en déceler l’origine.
- Oh, oui, j’en serais heureuse ! Vous ne pouvez pas savoir ce que c’est que de vivre avec quelque chose en soi qui ne tourne pas rond et que personne ne puisse vous aider à savoir ce que c’est !
- Je veux bien t’aider et la Mère aussi, mais il faudra que tu coopère en nous disant tout ce que tu sais dès que tu te sentiras prête.
- Mais je vous ai tout dit…
- En est-tu sure ? »
La jeune fille rougit et détourna le regard. Un bref instant Lucille crut qu’elle allait parler mais l’instant passa et l’occasion avec.
« Pour le moment ça n’est pas de cela que je voulais vous parler.
- Allez je n’insiste pas. Dis-moi ce qu’il y a.
- Tout à l’heure, j’étais en effet assez fatiguée et je me suis endormie tout de suite. Je ne sais pas si c’est par angoisse, mais j’ai fait un rêve qui m’a paru si réel que je ne pourrais plus dormir après si je ne le racontais pas. »
Lucille eut un moment d’attendrissement. Si c’était pas mignon. Elle venait lui raconter ses cauchemars, comme un petit enfant le ferait à sa mère… C’est vrai qu’à vingt-trois ans, cela faisait un peu bizarre. Mais elle laissa parler la jeune fille en essayant de ne rien laisser paraître.
« C’était bizarre, j’étais dans une maison en rondins qui brûlait très fort. Vous étiez là, habillée en pompier et vous regardiez la maison brûler. Il n’y avait personne d’autre avec vous. Soudain un pompier m’est presque tombé dessus. Il venait de l’étage supérieur. Il était par terre, inconscient. Il était habillé comme vous sauf qu’il avait des bandes bleues au niveau des bras et des épaules.
Vous avez crié son nom, que je n’ai pas entendu à cause du bruit, et vous avez couru dans la maison en feu. Vous l’avez traîné en le prenant sous les bras. Vous alliez arriver sous la porte quand j’ai remarqué qu’une des poutres qui la soutenait allait céder. Je vous ai crié de faire attention et vous vous êtes soudain arrêtée, comme si vous m’aviez entendue.
Vous êtes alors allée sur la droite en longeant le mur de la maison. Il faisait très chaud et il y avait plein de fumée partout. Je vous ai devancée et, en fouillant un peu, j’ai trouvé deux petits soupirails au fond, à gauche de la maison. Je vous ai crié de venir par-là, ce que vous avez fait.
Vous avez ouvert le premier. Dans la fumée on ne voyait pas qu’il était légèrement plus petit que le deuxième et en plus il ne s’ouvrait pas bien. Vous êtes passée en premier et vous êtes arrivée sous un petit appentis où du bois était stocké. Mais vous aviez du mal à faire passer votre collègue par le soupirail car il était grand et fort. Il se coinça et tout s’écroula sur vous deux…
Là, je me suis réveillée en sursaut. »
Lucille la regarda surprise. C’était un cauchemar, certes, mais à vingt-trois ans c’était quand même le genre de chose que l’on pouvait assumer seule, sans courir le raconter aussitôt.
« Je comprends que c’est un rêve qui a dû te faire peur, mais, tu sais, ça n’est qu’un rêve.
- Je sais bien, mais celui-là avait l’air d’être tellement réel que j’ai peur pour vous !
- Pour moi ? Mais pourquoi ? demanda Lucille qui ne voyait pas du tout où elle voulait en venir.
- Eh bien, dans mon rêve, vous finissiez, écrasée sous une maison en feu… »
L’infirmière comprit soudain.
« Et tu as peur que ton rêve se réalise ?
- Oui, j’en suis malade rien que de l’imaginer…
- Tu sais, les rêves prémonitoires, ça n’existe pas.
- On ne sait jamais… Celui-là avait l’air si réel…
- Dis-moi, as-tu déjà eu des rêves qui se sont réalisés ? »
Sarah rougit et baissa la tête.
« Non, jamais, répondit-elle dans un souffle.
- Sais-tu pourquoi ? Pour la bonne raison, que les rêves ne prédisent en aucun cas l’avenir.
- Mais si là, c’était le cas ? » insista la postulante.
Lucille la vit si angoissée qu’elle se dit qu’il valait mieux changer de tactique pour désamorcer la situation. Elle décida de mettre le doigt sur les incohérences de son rêve pour lui démontrer qu’il était impossible qu’il se réalise.
« Bon nous allons reprendre tout cela pas à pas, d’accord ? Est-ce que tu te souviens bien clairement de ce que tu as vu ?
- Oh oui ! C’est comme si les images étaient encore devant mes yeux !
- Bon, très bien ! Dis-moi comment j’étais habillée. »
Sarah décrivit l’habillement d’un pompier qui partait au feu : la veste de cuir noir, le pantalon avec le liseré rouge, les rangers et le casque argenté. La jeune sœur lui demanda s’il y avait une bande qui bordait la veste en cuir.
« Oui, sur le bas.
- De quelle couleur était-elle ?
- Orange, je crois. »
Lucille se dit qu’elle allait bientôt pouvoir regagner son lit. Elle avait déjà de quoi amplement démontrer à Sarah qu’une telle scène ne pouvait en aucun cas se dérouler dans la réalité.
La jeune fille avait du voir des pompiers dans des films ou dans des reportages. C’était sûrement ces images qui lui revenaient inconsciemment en mémoire maintenant.
« Ecoute-moi Sarah, tu as fait un cauchemar, mais il ne peut pas devenir réalité, rassures-toi. Je suis une infirmière Sapeur-pompier, donc je m’occupe des personnes qui ont des accidents et font des malaises. Je ne vais sur les gros feux que pour veiller sur la bonne santé des pompiers. De plus quand j’y vais, je ne porte ni veste en cuir, ni casque argenté. Le mien est blanc et je reste habillée comme pour les autres interventions. Enfin, même si j’avais un jour un cuir, il serait bordé d’argent car je suis officier. Le orange c’est pour les sapeurs et le jaune pour les sous-officiers. »
Sarah baissa la tête tristement.
« Alors vous ne me croyez pas ?
- Mais si, je crois que tu dis la vérité et que tu as réellement fais un rêve ! Mais ça n’est qu’un rêve avec son lot d’incohérences. Regarde le pompier qui tombe dans le feu, il tombe d’en haut et il porte des bandes bleues, c’est ça ?
- Oui, c’est çà !
- Et bien ce n’est pas possible. Il n’y aucune bande bleue sur nos tenues. »
La jeune fille se tut et ne savait plus quoi répondre.
« Peut-être qu’en effet ce n’était qu’un songe, admit-elle finalement un peu à contrecœur. »
Lucille fut intérieurement soulagée. Elle avait cru qu’elle n’arriverait pas à lui faire entendre raison. Sarah se leva et sortit de la pièce après avoir dit bonsoir.
« S’il vous plaît, faites quand même attention aux maisons en rondin. » ajouta-t-elle avant de disparaître.
La jeune sœur aurait rit si elle ne s’inquiétait pas un peu pour Sarah et ses drôles d’angoisses.

Lucille eut du mal à sortir de son sommeil. Elle avait l’impression de venir de s’endormir. En jetant un coup d’œil à son réveil, elle se rendit compte que ce n’était pas qu’une sensation. Elle n’était au lit que depuis une demi-heure. Elle essayait de faire taire son réveil qui braillait quand elle s’aperçut qu’e fait c’était son Bip qui sonnait.
Elle fut vite sur pied. En passant devant la chambre de Mère Jeanne elle colla un petit post-it sur la porte. C’était un code entre elles, comme cela elle savait que Lucille était en intervention. Trois minutes après, elle saisissait son vélo et s’élançait dans la pente. La nuit, elle prenait la route, le raccourci par la prairie étant trop dangereux par manque de visibilité. En arrivant au centre elle vit la porte du garage du Fourgon Pompe Tonne Léger ouverte.
« Flutte, se dit-elle, c’est un feu ! Je me suis levée pour rien ! »
Une équipe de cinq gars se préparait. C’était l’équipe de René qui était de garde. Ils partaient pour fumée suspecte.
« Je vous fais le départ ! annonça-t-elle.
- Merci, Sister ! Si tu peux, reste un peu là le temps qu’on reconnaisse. Si on a besoin du soutien sanitaire tu seras sur place et tu n’auras pas à revenir.
- D’accord, je reste et j’attends tes ordres. »
Ils montèrent dans leur engin et démarrèrent. Lucille referma le garage et nota sur l’ordinateur qu’ils étaient partis. Ensuite, elle écrivit sur la main courante la nature de l’intervention, l’engin qui était engagé et les numéros matricules des pompiers engagés.
Peu après les gars arrivèrent sur le feu et firent une reconnaissance. Le message de René ne tarda pas.
« Feu d’habitation R+1, rez-de-chaussée complètement enflammé, le feu est en train de gagner le premier étage. Il y a trois habitations aux alentours. Demande renforts et soutien sanitaire. »
Lucille commençait à s’habiller quand son BIP sonna à nouveau pour déclencher son intervention. Elle acquitta l’appel et vérifia son matériel. Puis elle prit de l’eau et des barres de céréales pour commencer à donner à manger aux gars en attendant que la logistique arrive. Enfin, elle pensa à vérifier son itinéraire avant de partir. Il valait mieux car, la dernière fois, elle avait été envoyée sur un autre secteur à cinquante kilomètres de là et s’était perdue dans la campagne. Pour arriver, elle avait dû se guider à la colonne de fumée !
Cette fois, ce n’était pas le cas car elle connaissait les lieux. Elle arriva au bout de cinq minutes, se gara dans un coin et chercha René pour lui demander où se placer pour ne pas gêner. Elle se guida à la lueur et arriva bientôt sur les lieux du sinistre. Elle s’arrêta net, la bouche ouverte.
Elle était devant une magnifique demeure qui était en train de brûler. Mais ce qui la stupéfiait, c’était que la maison qui était devant elle était en rondins.


( à suivre ...)



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