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Nom du blog :
lesromansdelara
Description du blog :
Voici l'histoire d'un pompier pas comme les autres ! Blog pour ceux qui M l'action et le suspens
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
05.05.2007
Dernière mise à jour :
30.04.2008
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chapitre 15

chapitre 15

Posté le 10.09.2007 par lesromansdelara
Chapitre 15

Accident



« Eh la belle ! Tu rêves ? » fit René en tapant sur l’épaule de Lucille qui sursauta.
« Excuse-moi !.. Je pensais à autre chose ! dit-elle en essayant de s’arracher à la contemplation de la maison. Où est-ce que je me place ?
- Là, si tu veux, répondit le major. C’est assez près de nous et, en même temps en sécurité. »
Lucille déchargea la voiture pendant que les pompiers attaquaient le feu. La phase d’attaque est toujours très athlétique. Cette nuit-là, c’était d’autant plus vrai que le vent était fort et qu’il faisait très chaud. En plus il y avait des maisons proches qu’il fallait protéger. Les renforts arrivaient peu à peu, et, avec eux, Greg qui prit la coordination des opérations.
L’infirmière fit une première tournée pour donner à boire et à manger aux pompiers. Elle en profitait pour prendre des mesures de température et de vent à chaque poste. Celles-ci, additionnées avec la température corporelle, lui indiquaient la quantité d’eau que chaque pompier devait absorber pour ne courir aucun risque. Elle pouvait aussi, grâce à un tableau, en déduire les temps de pause nécessaire à leur récupération physique.
Comme une équipe était postée derrière la maison, elle résolut de s’y rendre. Mais il n’y avait qu’un petit chemin pour faire le tour et il passait très près des flammes elle en informa donc le lieutenant.
« Oui, vas-y mais protège-toi. Vas voir au lieu de pause s’il n’y a pas quelqu’un qui peu te prêter quelque chose. Ah, excuse-moi… »
Le feu étant en train de gagner du terrain, il partit demander à René et à son équipe d’essayer de l’attaquer par le haut en essayant d’arroser par le toit.
Lucille alla du côté où les gars se reposait. Justement une équipe était en train d’arriver. Ils ôtaient leurs casques, leurs cagoules et leurs vestes de cuir avec soulagement. L’infirmière en profita pour prendre leur température corporelle frontale avec le thermomètre laser. Aucun d’entre eux ne dépassait le seuil critique. Elle leur conseilla de bien se ventiler et de boire pendant le temps de repos. Puis elle demanda au chef d’équipe si l’un d’eux pouvait lui passer des vêtements.
« Tu en as pour longtemps ?
- Non, un quart d’heure à tout casser. C’est juste pour aller voir les types qui sont derrière.
- D’accord, il n’y a pas de problème. Sophie, tu peux voir si ton cuir lui va bien ? »
Une jeune femme qui semblait avoir à peu près le même âge que Lucille se détacha du groupe et l’aida à essayer la veste.
« Eh ben dit donc c’est lourd ! s’exclama-t-elle.
- Oui mais c’est efficace, tu va voir. Tiens prends aussi mon casque, il vaut mieux si tu va près du feu. Le tien risque de ne pas être suffisant. »
Lucille remercia Sophie, puis elle prit ses instruments de mesures et de quoi donner à manger et à boire aux gars qui étaient postés derrière la maison. Ensuite, après avoir enfilé le casque argenté, elle entreprit de contourner la maison.
En passant, elle aperçut René qui grimpait à l’échelle après avoir revêtu son harnais de sécurité. Puis elle les perdit de vue en tournant à l’angle. Elle était vraiment près de la maison maintenant et la chaleur était intense. Elle faillit glisser, le sol étant détrempé par l’eau déversée par les lances et se rattrapa in extremis.
En arrivant sur l’arrière de la maison elle put constater que le vent rabattait toute la fumée à cet endroit. Le groupe de pompier devait être à l’autre bout du bâtiment pour l’éviter car elle ne les voyait pas. Elle tendit l’oreille mais, entre les pompes des engins qui tournaient à plein régime et le feu qui vombrissait elle ne les entendait pas non plus. Elle allait se diriger vers l’endroit où elle pensait qu’ils étaient mais la vue de René qui apparaissait sur le fait du toit l’arrêta. Il était entrain d’essayer de retirer des tuiles pour pouvoir arroser efficacement.
Lucille regarda en face d’elle. Elle se trouvait devant l’emplacement de la porte arrière qui avait brûlée entièrement. Elle voyait clairement l’intérieur de la maison. C’était un vrai brasier. Elle se sentit un peu angoissée pour René mais elle se raisonna car il n’y avait aucune raison d’avoir peur pour lui. Même s’il glissait, il avait son harnais et les gars, en dessous le retiendraient par la corde qui y était attaché.
Comme si les évènements répondaient à sa pensée une poutre céda derrière le major. Lucille lui cria de se pousser mais, avec le bruit ambiant, il n’entendit rien. Soudain la partie du toit où il était s’effondra dans un craquement sinistre entraînant une partie du mur et bouchant le passage par lequel l’infirmière était arrivée. La corde dût casser aussi car Lucille vit nettement René passer à travers le plancher du premier étage et s’étaler sur le sol.
« René ! René ! » cria-t-elle, horrifiée. Mais le major ne bougea pas. L’infirmière regarda à sa droite vers le groupe invisible. Ca ne servait à rien de les appeler car ils n’entendraient pas. Il fallait faire vite car le pompier ne tiendrait pas une minute dans cet enfer. Elle n’avait pas le temps d’attendre les autres qui devaient maintenant faire tout le tour par l’autre coté pour les rejoindre.
Elle ne fit ni une, ni deux et entra par l’ouverture. Elle fut suffoquée d’emblée par la fumée et la chaleur mais, seule comptait la vue de son ami qui gisait au milieu du brasier. Elle s’avança vers lui et le prit sous les épaules comme elle avait apprit à le faire, dans les nombreux exercices de dégagement d’urgence. Sur le moment, elle ne se souvint pas qu’elle n’avait jamais eu la force de traîner quelqu’un sur plus d’un centimètre. Si elle avait réfléchi, elle n’aurait même pas essayé avec René qui, avec son mètre quatre-vingt-dix, devait peser au moins cent kilos, sans compter son habillement !
Mais ce n’était pas le moment d’hésiter et elle agit sans trop y penser. La peur aidant, elle parvint à le traîner sans trop de mal en se dirigeant au plus court, vers l’ouverture par où elle était rentrée. Elle y était presque quand sa prise qui n’était pas bien assurée sur le cuir lui manqua. Elle se rattrapa au harnais de sécurité qui enserrait toujours le Major. Elle bénit les sangles bleues qui lui permettaient d’avoir plus de force.
« Un pompier avec un casque, une veste de cuir et qui porte des bandes bleues. »
Lucille s’arrêta, sidérée, en réalisant qu’elle se trouvait précisément dans la situation décrite par Sarah. Cela lui fut confirmé quand elle entendit la poutre soutenant l’ouverture de la porte s’effondrer dans un grand fracas. En une fraction de seconde, tout en se disant qu’elle était complètement fêlée de croire à des choses comme cela, elle tourna sur la droite. Il y avait une telle fumée qu’elle ne voyait même pas ses pieds. Elle ne pouvait pas se baisser pour respirer un maximum d’air frais car elle traînait toujours René. En arrivant au bout de la maison elle le posa par terre et tâtât le mur de droite avec ses mains pour trouver les soupirails indiqués par la postulante. Elle fut à moitié surprise de les trouver.
Se souvenant de ce qui s’était passé dans le « rêve » de Sarah elle ne chercha même pas à ouvrir le premier qu’elle avait sous la main, mais poussa celui de gauche qui s’ouvrit facilement et entièrement. Elle traîna le major dans le prolongement, sortit en premier et le prenant sous les aisselles le sortit sans accroc par la petite ouverture. Elle se retrouva, comme prévu, sous une prolongation du toit où du bois était stocké. Tout était en feu et Lucille ne traîna pas. Elle traîna le major tout droit à reculons. Ils étaient à peine sortis de là que l’appentis s’écroula dans une gerbe d’étincelles. L’infirmière, exténuée par l’effort et la chaleur, fut projetée à terre par le souffle.
Elle se releva aussitôt la tête et s’aperçu qu’avec l’écroulement, le feu avait gagné autour d’eux. Elle eut un moment de désespoir car elle se sentait vidée, incapable de se relever et, encore moins de continuer à porter René. Heureusement, au milieu de la fumée, des voix se firent entendre. Lucille se sentit entraînée et, avant qu’elle ait pu réagir, elle était à l’abri du côté de l’air de repos.
« Lucille, ça va ? »
C’était Greg. Il l’aida à retirer son cuir et son casque, puis quelqu’un lui donna à boire. Elle sentit la force lui revenir.
« Vite, il faut s’occuper de René ! dit-elle en se relevant d’un coup.
- Eh doucement ! protesta le lieutenant. Un VSAV et le SAMU sont en route et tu as avalé plein de fumées toi aussi !
- Ca va maintenant. J’ai les jambes un peu molles, mais laisse-moi m’en occuper, il est peut-être en mauvais état. Plus vite on fait quelque chose, mieux ça vaut. »
Greg l’autorisa à prodiguer les premiers soins à la condition qu’elle aussi se ferait examiner par le médecin.
Elle fit donc dévêtir avec précaution le blessé pour le refroidir, et le plaça sous oxygène. Pendant qu’un des pompiers lui maintenait la tête droite, les autres le mirent en position latérale de sécurité. Puis, elle le perfusa et préleva un bilan sanguin. Comme il avait sûrement avalé beaucoup de fumée elle préleva aussi un tube pour doser le monoxyde de carbone qu’il avait dans le sang.
Quand le VSAV arriva, elle leur fit placer immédiatement un collier cervical. Elle examina attentivement les membres du pompier et il s’avéra qu’une de ses jambes semblait déformée. Les gars lui posèrent donc une attelle. Puis il fut déposé avec précaution dans le matelas immobilisateur au cas où il y aurait une atteinte vertébrale. C’était indécelable à l’œil nu mais une possibilité, vu la hauteur de la chute qu’il avait faite.
Juste à ce moment-là, le SAMU arriva. Le médecin reprocha à Lucille le choix du point de perfusion et du soluté employé. Celle-ci n’avait fait que suivre ses protocoles de soin. Il demanda à son infirmier de repiquer René et plaça une autre poche. Greg, en voyant cela, voulut intervenir pour lui dire sa façon de penser, mais Lucille le retint. Les rapports entre le SAMU et les pompiers étaient déjà assez tendus sans en rajouter.
« Avant leur arrivée je fais ce que j’ai à faire, après ils ont tout à fait le droit de faire ce qu’ils veulent.
- Mais ce n’est pas juste envers toi ! protesta le lieutenant.
- Oui, mais il est médecin, je ne suis qu’infirmière. Quand il est là, je dois rester à ma place. »
Et Lucille offrit son aide à l’équipe médicale qui la déclina. Elle resta donc là à regarder partir le VSAV en priant pour que René s’en sorte. Elle prit les affaires qu’on avait enlevées au major avant de le mettre dans l’ambulance et les mit à l’abri dans le FPTL pour qu’elles ne soient pas oubliées par la suite. Puis elle s’occupa de remettre le harnais dans le sac jaune du lot de sauvetage.
L’infirmière ôta le bout de corde encore accroché au harnais. Il mesurait à peine vingt centimètre et ne serait plus d’aucune utilité. Elle avait entendu dire par Greg que toute la corde qui avait cédée serait remplacée le lendemain. Elle allait donc jeter le petit bout quand quelque chose l’intrigua. Il était effiloché sur l’extérieur mais, à l’intérieur, il avait cédé nettement. Peut-être que les tuiles avaient pu le scier petit à petit et qu’ensuite avec la chute il aura été tranché net, le milieu étant à nu. Elle le fourra dans la poche de son pantalon pour vérifier cela avant d’en parler à Greg. Elle voulait être sure avant de lui dire quoi que ce soit, et, en plus ce n’était pas le moment car le feu était loin d’être maîtrisé.
Avec tout cela elle avait oublié de se montrer au médecin, mais elle se sentait bien. Elle se remit donc au travail pour donner de l’eau et à manger aux collègues qui combattaient le feu. Peu après, le véhicule logistique arriva et ils se relayèrent pour manger.

La matinée était bien avancée quand Lucille rentra au couvent. Le feu était éteint, la phase de déblai terminée et la relève était arrivée. La surveillance et le noyage des derniers points chauds ne présentaient plus aucun risque. Greg lui avait donc permit de repartir.
Elle était fatiguée par sa nuit blanche, mais, par-dessus tout, elle désirait parler à Sarah. Durant son travail de surveillance, cette nuit, elle avait pensé à ce qui était arrivé. C’était incroyable ! Les faits avaient suivit pas à pas ce que la postulante avait rêvé alors qu’ils étaient imprévisibles, n’ayant suivis aucune procédure habituelle. Comment, par exemple, aurait-on pu prévoir la chute de René, normalement impossible avec le harnais ? Comment dire avant que cela ne se passe que Lucille allait emprunter des affaires à un autre pompier, un sapeur de surcroît (elle avait vérifié ensuite et avait bien vu la bande orange sur le cuir de Sophie) ? Et tout était à l’avenant, de la maison en rondin, peu fréquentes dans le coin, aux soupirails qui étaient pile à l’emplacement annoncé ! Sans comptés les effondrements de la poutre de la porte et de l’appentis qui s’étaient produit aux moments précis où Sarah les avait prédits…
Un seul point ne s’était pas réalisé. Ils n’étaient pas morts sous la maison qui s’était écroulée loin d’eux. Mais Lucille n’arrêtait pas de se dire que c’était parce qu’elle avait suivit les conseils de la postulante et qu’elle avait pris le soupirail de gauche et non celui de droite pour sortir.
L’infirmière avait beau tourner tout cela dans sa tête, elle ne trouvait aucune explication raisonnable à ces évènements. Il faudrait que Sarah explique comment elle avait su ce qu’il allait se passer et qu’elle ne recommence pas avec ses histoires à dormir debout ! Elle était partagée entre la colère contre les demi-vérités de la postulante et la reconnaissance. Elle lui avait quand même sauvé la vie en lui racontant tout cela, car, le moment venu, elle avait pu faire le bon choix.
Elle poussa donc la porte du couvent résolue à demander des explications à la jeune fille. En passant devant la loge de sœur Patricia, elle la salua comme d’habitude et s’arrêta, stupéfaite devant l’air effaré de la gardienne de la porte.
« Qu’est-ce qu’il y a ? demanda la jeune sœur.
- Vous êtes là, Dieu merci ! Tout le monde vous cherche partout !
- Mais j’ai laissé le signe à Mère Jeanne comme quoi j’étais en intervention. Elle ne l’a pas trouvé ?
- Si mais… attendez, je l’appelle tout de suite elle vous expliquera ! »
Lucille attendit donc que la Mère arrive pendant que sœur Patricia, n’arrivait qu’à formuler des :
« Mon Dieu…. Dieu Merci… Vous êtes là… Mon Dieu… »
L’infirmière était sur le point de lui proposer de s’allonger tellement elle était pâle, quand la supérieure arriva.
« Ah Lucille ! Dieu Merci vous allez bien ! »
D’habitude elle était très heureuse d’entendre remercier Dieu pour ses bienfaits, mais là elle avait le sentiment que ces exclamations cachaient quelque chose d’autre !
« Qu’est-ce qu’il y a ? Vous me fichez la trouille toutes ! Après toutes les émotions de la nuit je…
- Quelles émotions ? » coupa vivement la mère soudain très pâle.
Au vu des réactions qu’elle suscitait par sa simple apparition, Lucille se demanda si c’était bien le moment de raconter cela. Elle donna donc une rapide version édulcorée en se disant qu’elle ajouterait les détails quand la Mère serait plus calme. Elle fit bien car, en entendant ce résumé, la supérieure dut aller s’asseoir dans la loge. Elle qui était toujours très maîtresse de ses émotions cela faisait deux fois qu’elle se laissait submerger en deux mois. Elle était excusable, vues les circonstances particulières !
Elle se reprit assez vite et entraîna Lucille vers la salle d’étude. La supérieure fit signe à l’infirmière d’attendre un peu. Celle-ci eu à peine le temps de se demander à quoi cela rimait qu’elle entendit une grande exclamation et une voix surexcitée hurler :
« Non, je veux la voir !… C’est pas possible ! … »
Sarah ouvrit la porte à la volée et regarda Lucille, stupéfaite. Elle n’était plus la petite jeune fille timide et réservée, mais une véritable furie hystérique toute rouge. Puis, soudain, elle devint toute blanche et tomba sans connaissance.

L’infirmière et la Mère avait couché la postulante à l’infirmerie. Elles s’étaient installée dans la salle de soin pour pouvoir discuter tranquillement tout en pouvant la surveiller. Lucille avait voulu appeler le médecin, mais, à sa grande surprise, la supérieure l’en empêcha.
« Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Depuis que je suis rentrée, tout le monde se conduit plus que bizarrement ! Est-ce que durant mon absence la communauté aurait mangé quelque chose d’hallucinogène ? En tout cas, cette fois-ci, je n’ai rien ramassé au jardin !
- Lucille, ça n’est pas le moment de plaisanter, il se passe des faits très graves !
- C’est justement pour çà que c’est le moment de détendre l’atmosphère ! »
La Mère eut un sourire las.
« Je vais vous expliquer, je vous le promets, mais avant, il faut que vous me disiez exactement ce qu’il s’est passé cette nuit. Et n’édulcorez pas cette fois-ci, je suis en état de tout entendre ! » acheva-t-elle avec un petit sourire malicieux.
Lucille obéit et fit un récit détaillé de tout ce qui s’était passé, depuis le moment où Sarah avait frappé à sa porte, jusqu’à l’instant où elle était rentrée au couvent. Quand elle eut finit, la Mère la regarda et parut réfléchir un instant.
« Je comprends mieux, maintenant. Oui, tout cela est très étrange… A mon tour de tout vous expliquer. Figurez-vous que ce matin en me levant j’ai trouvé votre post-it sur la porte de ma chambre. J’ai donc compris que vous étiez en intervention. Mais voilà que, quand Sarah ne vous a pas aperçu au petit déjeuner, elle est venue me demander où vous étiez. Ma réponse a eu un effet désastreux ! Il a fallut que nous sachions pour quel genre d’intervention vous étiez parti, où vous étiez, pour quoi faire… Au bout d’un moment j’ai voulut l’arrêter et lui expliquer que cela ne la regardait pas ! Mais j’ai vite vu à son regard que ce n’était pas un caprice de sa part. Elle s’est mise à pleurer qu’il fallait empêcher… je ne sais quoi d’ailleurs. En tout cas j’ai fini par me renseigner et nous avons su qu’il y avait un pompier blessé dans l’incendie. A partir de ce moment-là, elle s’est mise à pleurer que vous étiez morte avec des accents si convaincus, qu’elle a fini par m’angoisser ! Quand vous êtes arrivé, j’avais juste réussi à la calmer. Mais ce que vous m’avez raconté explique son comportement. Par contre le fait lui-même reste bien mystérieux…
- Oh ma mère, si vous pouviez m’expliquer je serais très heureuse de comprendre moi-même ! » fit une petite voix juste derrière elles.
Les deux sœurs sursautèrent. Sarah s’était réveillée et était debout devant la porte. Lucille se mit sur ses deux pieds immédiatement et reconduisit la jeune fille dans son lit.
« Mais je vous assure que ça va maintenant ! protesta-t-elle.
Peut-être, mais pour l’instant tu restes un peu là, lui ordonna Lucille. Je te rappelle que l’obéissance fait aussi partie de notre vocation.
- Puisque vous vous sentez mieux, enchaîna la Mère, nous allons pouvoir discuter toutes les trois. Dites-moi comment vous avez eu connaissance d’évènements avant qu’ils se passent.
- Oui, reprit Lucille, je suppose qu’il n’y a pas de rêves prémonitoires ?
- Non, admit la postulante, mais c’est très proche… En fait, je vous ai dit, que depuis toute petite, j’avais des crises avec des absences, comme hier au jardin. Mais ce que je vous ai caché c’est qu’alors des images me viennent.
- Quels genres d’images ? demanda la Mère.
- Des scènes se jouent dans ma tête, comme si j’y étais. Parfois j’arrive à identifier ce que c’est, d’autre fois non. Ce sont des évènements qui peuvent appartenir au passé, au présent ou au futur, je ne le sais jamais sur le moment. En ce qui concerne celle-là je vous l’ai racontée pour savoir si vous l’aviez déjà vécue. Quand je me suis aperçu que non, jugez de mon angoisse ! J’avais résolu de trouver un moyen de vous empêcher de partir. Mais ça n’était pas facile car, quand ce sont des évènements futurs, je ne sais jamais quand ils vont se produire ! Ca peut-être de suite ou dans dix ans. Pour vous donner une idée, j’avais eu la vision de la catastrophe du onze septembre trois ans avant ! J’ai essayé de les prévenir mais ils ne m’ont pas cru ! D’ailleurs quand on a su que le FBI avait l’information et qu’ils n’en avaient pas tenus compte, ça a fait du grabuge ! »
Lucille et la Mère se regardèrent brièvement. C’était une histoire difficile à croire.
« Et ça t’arrive souvent ? fit Lucille pour ne pas laisser paraître son désarroi.
- Ca dépend, ce n’est pas régulier. Parfois je peux passer des mois sans rien voir et, d’autre fois j’en ai deux dans la même journée !
- Et depuis que vous êtes là, interrogea la Mère, en avez-vous eu d’autres ?
- Oui, dit Sarah dans un souffle. Mais ça n’était qu’une image qui fait partie de celles dont je ne connais pas la signification. »
Et elle raconta ce qu’elle avait vu pendant la visite du cimetière en passant devant une tombe : un visage de sœur âgée, souriant et, se dessinant en contre-point un arc-en-ciel.
Lucille sursauta. Serais-ce possible ? Elle essaya de garder le contrôle de ses nerfs.
« Devant quelle tombe étais-ce ? » demanda-t-elle la gorge serrée. La postulante décrivit celle de sœur Gertrude. Mère Jeanne, qui ne comprenait pas tout ce qui se passait, en avait saisit assez pour se lever et aller chercher une photo dans un des tiroirs de l’infirmerie. C’était un cliché de la communauté au complet, prit l’été dernier.
« Est-ce que vous la reconnaissez ? »
Sans l’ombre d’une hésitation, Sarah désigna sœur Gertrude.


( à suivre ...)


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