Chapitre 18
Piége
Lucille avançait vers la salle des fêtes de Vic avec une allure qu’elle voulait la plus naturelle possible. Elle était habillée avec la jupe et le chemisier bleu ciel réglementaires pour les cérémonies officielles. Avec la fouragerre autour du bras et les galons sur les épaules elle était très élégante.
En temps normal, elle aimait bien se balader dans cette tenue, mais aujourd’hui elle avait un peu la tête ailleurs. Le micro qui lui avait été prêté par la gendarmerie était caché sous son chemisier. Greg l’avait appelée dans l’après-midi pour lui indiquer les derniers détails. Personne ne savait à quel moment de la soirée elle allait être contactée. Il était donc impératif qu’elle reste dans la salle et qu’elle ne sorte qu’au moment où la bande le déciderait. En outre, il fallait faire comme si de rien n'était, donc ne pas se jeter de coup d’œil et ne pas se parler plus que d’habitude.
C’était avec toutes ces consignes dans la tête qu’elle entra dans la salle des fêtes. Elle salua tout le monde et alla se servir à boire au buffet. Puis elle alla tranquillement discuter avec le premier groupe venu tout en mangeant des petits fours. Dix minutes après, elle vit du coin de l’œil le colonel et sa femme arriver. Ils furent suivis de prés par le représentant de la gendarmerie. Greg se déplaça pour les accueillir. Il était temps de faire un essaie radio. Elle plaça alors la phrase convenue dans la conversation :
« En tout cas, on a de la chance, la nuit est chaude. »
La conversation s’engagea donc sur le terrain de la météo et Lucille sous prétexte de finir son verre jeta un rapide coup d’œil au Colonel. Celui-ci se passa la main sur la joue. C’était bon elle était reçue cinq sur cinq. S’il avait mis sa main dans le dos, elle aurait du s’absenter aux toilettes où l’attendait quelqu’un pour faire des réglages.
Tous les officiels étant là, Armand qui était le président de l’amicale des sapeurs pompiers de Vic, les rassembla sur l’estrade et les discours commencèrent : celui du Conseiller général, du Maire de la commune, du Colonel du chef de centre… Tout le monde écoutait poliment, en priant pour que ça finisse vite !
Puis vinrent les remises de diplômes pour ceux qui avaient fait des formations et la remise des grades pour ceux qui en changeaient. Ensuite, normalement venait le repas, mais à la grande surprise de la jeune femme, le Colonel reprit la parole :
« Je sais que vous avez hâte de vous mettre à table, mais je tenais ce soir à remercier officiellement deux pompiers de votre centre, en leur donnant la médaille d’or du mérite. »
Un murmure de surprise passa dans les rangs. Cette distinction n’était donnée que rarement, et uniquement pour des cas d’actes de courage en intervention.
« Tout d’abord j’appelle le Sapeur première classe Gilles Dufour. »
Gilles devint tout pâle de surprise et monta sur la scène sous des tonnerres d’applaudissements.
« Sapeur Dufour, dans la nuit du vingt au vingt et un juin, vous avez contribué, par votre sang froid et votre maîtrise du volant, à sauver la vie de vos trois coéquipiers qui étaient avec vous dans un VSAV dont les freins ne répondaient plus. Pour cet acte de bravoure, je vous octroie, sur la demande votre chef de centre, la médaille d’or du mérite. »
Le colonel lui épingla la médaille et tout le monde applaudit de bon cœur. Lucille se sentit saisie par le bras. C’était Gérard qui l’entraînait vers l’estrade alors que Florian serrait déjà Gilles dans ses bras. L’équipe du VSAV de ce soir-là était au complet pour remercier le conducteur sans qui tout aurait pu très mal se terminer. Gilles en avait les larmes aux yeux.
Il allait redescendre quand il fut arrêté par Greg.
« Attendez, je n’en ais pas fini avec vous ! rajouta le colonel. Par votre sens de l’à propos vous avez sauvé la vie de vos camarades. Je vous pense capable de gérer une équipe d’intervention. C’est pourquoi, j’ai la grande joie de vous nommer au grade de Caporal. »
Le chef de centre se chargea de lui enlever ses galons de première classe pour lui mettre les épaulettes de caporal. Lucille était vraiment ravie pour lui. C’était un garçon très effacé et c’était bien qu’un hommage lui soit rendu devant tout le monde.
« Je voudrais à présent donner également une distinction à un autre pompier de votre centre qui a également contribué à sauver une vie en intervention. Je n’ai pas à l’appeler car elle est déjà sur cette estrade : Infirmière Lucille Vallan. »
La jeune femme s’arrêta, totalement interdite. Elle regarda tour à tour Greg qui affichait un grand sourire et Jean-Luc qui se figea brutalement.
« Infirmière Vallan, au cours de la nuit du 11 au 12 juillet, vous avez, dans le cadre de votre mission de soutient sanitaire sur un feu de grange, effectué le sauvetage du Major Tribou qui avait fait une chute dans une maison en feu. Pour cet acte de bravoure, je vous octroie, à la demande de votre chef de centre et du Major Tribou, la médaille d’or du mérite. »
Les applaudissements fusèrent à nouveau mais, cette fois le Colonel ne semblait pas avoir la médaille avec lui.
« Quelqu’un tenait à vous la remettre en main propre » expliqua-t-il. En se retournant Lucille aperçut René qui avançait sur des béquilles, soutenu par sa femme et son fils. Derrière, suivaient les trois petits-enfants du Major avec leur mère.
Il lui agrafa la médaille et :
« Depuis le temps que je dis que tu mérite une médaille je voulais te la donner moi-même ! »
La salle s’esclaffa et, quand la femme du Major pris le micro un silence religieux se fit.
« René et moi-même sommes mariés depuis trente-cinq ans. Si tu n’avais pas été là ce soir là, il ne serait plus des nôtres aujourd’hui. Merci de lui avoir permis de rentrer à la maison… » ajouta-t-elle la voix perdue dans un sanglot et elle embrassa la jeune sœur sous un feu nourri d’applaudissements.
L’émotion étreignait la salle et même les plus endurci avaient du mal la contenir.
« Nous tenons aussi, ajouta le Colonel, à marquer l’occasion en vous donnant le grade d’infirmière en chef. »
Une fois de plus Greg s’occupa des galons. Soudain alors que le silence se faisait pour laisser le Colonel reprendre, la plus jeune des petites-filles de René s’élança spontanément dans les bras de Lucille :
« Merci d’avoir sauvé mon Papi ! » hurla-t-elle à tue-tête.
Et la salle partit d’un éclat de rire général tout en écrasant une petite larme.
Lucille, assise à côté de René et de sa famille, avait passé un très bon moment. La soirée avançait. Le repas était en train de se terminer et l’orchestre commençait à jouer pour permettre à ceux qui le voulaient de danser. Elle finissait par espérer que, finalement, rien d’autre ne se passerait quand elle sentit qu’on lui tapait sur l’épaule.
« Excusez-moi de vous déranger… »
C’était le pompier qui servait de chauffeur au colonel.
« Il y a quelqu’un qui ne se sent pas bien dehors. Est-ce que vous pouvez venir voir ? »
L’infirmière acquiesça et se leva en souriant.
« Je reviens dans une minute ! » indiqua-t-elle à René d’un ton badin.
Elle suivit le pompier tout en se demandant si quelqu’un n’était pas réellement malade. En effet le fait que ce soit le chauffeur du colonel qui l’interpellait la chiffonnait. S’il était dans le coup, il aurait eu vingt fois l’occasion, durant le trajet, de dévier sa route et d’enlever le colonel sans problème et sans impliquer personne d’autre. Pourquoi prendrait-il le risque de le faire au milieu d’une fête avec tout ce que cela impliquait d’impondérables ?
En tous cas elle le suivit sans faire d’histoires et, arrivée sur le parking ils contournèrent la salle. Ensuite selon leur plan, ils devaient la maîtriser et faire venir le colonel. Les gendarmes étaient postés tout autour, invisibles, même pour Lucille. Au début, tout se déroula comme prévu.
Elle se retrouva au milieu d’un groupe de six pompiers qu’elle ne connaissait pas.
« Lequel d’entre vous est-il malade ? demanda-t-elle innocemment. »
Les gars se regardèrent en ricanant.
« Nous allons vous demander de nous suivre » fit un grand type en faisant signe à Lucille de se diriger vers une voiture garée non loin de là. Les autres resserrèrent le cercle autour de la jeune femme. Ca, par contre ce n’était pas prévu… Il fallait à tout prix rester sur place car tout le dispositif était anticipé autour du fait que le piège était monté sur le lieu de la salle des fêtes. Un changement de lieu se révèlerait catastrophique.
« Je crois qu’il y a un malentendu… esquissa-t-elle.
- Non, je ne crois pas » fit le grand gars en s’approchant.
Deux gars lui saisirent les bras pendant qu’il mis une main sous son chemisier.
« Eh ! Mais ne me touchez pas, protesta violemment la jeune femme.
- Restez tranquille ! ordonna le pompier en saisissant la mâchoire de Lucille dans une de ses mains tout en continuant à fouiller de l’autre. Votre personne ne m’intéresse pas, ce qui m’importe… c’est ça ! » ajouta-t-il, en retirant le micro.
La jeune femme eut un moment d’affolement. Là le plan tournait vraiment à vaux l’eau ! Le groupe se mit à rire en voyant la tête de l’infirmière.
« C’est pas bien de vouloir nous rouler ! Et vous, ajouta-t-il dans le micro, je vous conseille de ne pas nous suivre si vous voulez la récupérer entière. Allez, on y va ! » ordonna-t-il.
Lucille tenta le tout pour le tout et essaya de se dégager. Mais, semblant avoir tout prévu, ils resserrèrent leur étreinte et lui appliquèrent un linge sur le nez et la bouche. Elle eut l’impression d’étouffer sous ce truc qui sentait horriblement mauvais, puis, rapidement un voile lui passa devant les yeux et elle perdit connaissance…
La fête commençait à battre son plein et il y avait beaucoup de monde sur la piste de danse. Lucille était sortie depuis dix minutes et le colonel commençait à trouver le temps long. Il avait été atterré de constater que Stéphane, son propre chauffeur, était dans le coup. Il suspectait certains membres de son entourage mais pas lui. Il lui faisait confiance et se félicitait d’avoir gardé un maximum d’informations secrètes, même pour lui. D’ailleurs, il avait le pressentiment que cela n’allait pas être sa première surprise de la soirée. Il ne savait pas à quel point il avait raison.
« Excusez-moi, est-ce que je pourrais vous parler un moment ? »
Stéphane était de retour.
« Oui, bien sur !
- Vous aussi, dit-il en désignant Greg. »
Ils eurent du mal à ne pas avoir une réaction de surprise. Normalement, le chef de centre ne devait pas être mis en cause. Mais, pour ne pas se trahir, ils durent suivre, sans rien dire.
Quand ils furent sorti, Stéphane se retourna :
« Vous reconnaissez cela ? demanda-t-il en montrant une petite croix en métal aux deux hommes.
- Oui, fit Greg, c’est à Lucille.
- Si vous voulez la revoir vivante je vous conseille de nous suivre sans histoire et de me donner vos micros.
- Mais quels micros ? Je ne vous suis pas !
- Ne faites pas l’innocent mon colonel et ne perdons pas de temps, dans l’intérêt de la jeune femme… allez ! » ordonna-t-il en tendant la main vers les poitrines des deux hommes. Ils retirèrent leurs micros à contre cœur.
« Maintenant suivez-moi ! Si vous tentez quoi que ce soit la fille est morte ! »
Ils montèrent dans une voiture, qui démarra sans bruit.
« C’est pas bien de vouloir nous rouler ! Et vous, je vous conseille de ne pas nous suivre si vous voulez la récupérer vivante. Allez, on y va ! »
Un grand silence régnait dans le PC de commandement de la gendarmerie. Le commandant Orlando qui commandait l’opération avait été appelé d’urgence. Il avait quitté le repas juste à temps pour entendre l’enlèvement du colonel et du lieutenant. Il s’était arrangé pour qu’une équipe mobile les suive. Mais elle était partie un peu tard et il fallait espérer qu’elle les rattrape vite. En attendant, il écoutait l’enregistrement de ce qui c’était passé entre Lucille et les autres.
Tout le monde le regardait, un peu atterré avec le sentiment de s’être fait rouler dans la farine. Le piège avait été éventé et il y avait beaucoup de chance que ça tourne mal. Bizarrement, le seul à garder un petit sourire était le commandant. Il regarda intensément ses hommes.
« S’ils croient qu’ils nous ont semé, c’est qu’ils ne nous connaissent pas ! »
Greg avait pris le volant et était guidé par Stéphane qui était monté à l’arrière avec le colonel. Ils roulèrent pendant une heure en faisant des tours et des détours pour être sur de ne pas être suivis. Quand ils s’arrêtèrent en bordure d’un champs entouré d’une haie, ils n’étaient finalement qu’à une dizaine de kilomètres de Vic.
« On est où exactement ? demanda le Colonel.
- Prés de Trencal si je ne me trompe pas ? suggéra Greg.
- Vous avez le sens de l’orientation, lieutenant… Allez descendez et pas de blagues.
- Où est Mademoiselle Vallan ? demanda la Colonel. Nous voulons la voir sinon nous ne faisons pas un pas de plus !
- Je crois que vous n’êtes pas en position de nous donner des ordres ! Mais, pour vous prouver que nous ne sommes pas mauvais garçons, nous allons vous donner satisfaction. »
Ils contournèrent la haie et se retrouvèrent dans un champ, brusquement éclairé par des projecteurs dirigés dans leur direction. Ils étaient aveuglés et ne distinguaient qu’une forme allongée prés d’un arbre.
« Lucille ! s’exclama Greg en se précipitant.
- Qu’est-ce que vous lui avez fait ? demanda le Colonel.
- Rien de grave, juste un peu de chloroforme. Elle va juste se réveiller avec la gueule de bois ».
Pendant que Greg essayait de ranimer Lucille, le Colonel scrutait les environs. Ses yeux commençaient à s’habituer à la lumière et il lui semblait voir du monde bouger dans les alentours.
« Oui, mon Colonel, nous sommes nombreux, très nombreux…
- Et malins, à ce que je vois… Comment vous avez su pour les micros ?
- Par d’autres micros : le SDISS et tous les autres centres du département en sont truffés. »
Depuis le début de la soirée le colonel avait le sentiment que les choses ne se déroulaient pas exactement comme ils l’avaient prévus. Pour quelque chose d’organisé par vengeance par des pompiers déçus, les évènements prenaient une tournure un peu trop disproportionnée. Le doute qui l’étreignait devenait insupportable, il fallait qu’il en ait le cœur net.
« Des micros partout ? Comment avez-vous eu les moyens matériels de faire cela ?
- On a été sponsorisé » plaisanta Stéphane.
Pendant ce temps, Lucille revenait progressivement à elle.
« Comment tu te sens ? demanda Greg.
- Un peu vaseuse mais ça va… Qu’est-ce que tu fais là ?
- J’ai été invité aussi, figure-toi ! »
La conversation entre le colonel et son chauffeur continuait.
« Mais vous n’allez pas me dire que tous ces gars qui sont là agissent par vengeance ?
- Le noyau dur si… D’autres comme moi ont accepté une petite rétribution.
- Ne me faites pas croire que vous trahissez tous vos principes pour une liasse de billet et un peu de ressentiment ?
- Ne sous-estimez pas la force de la vengeance, Rimfart. »
Tout le monde tourna les yeux vers l’endroit d’où venait cette nouvelle voix. Une silhouette se détacha en contre jour et se précisa au fur et à mesure que l’homme avançait.
« Friart ! fit le Colonel. J’aurais du m’en douter.
- Vous connaissez cet homme ? demanda Lucille qui avait rejoint le groupe avec Greg.
- Oui, nous nous sommes rencontrés il y a longtemps…
- Vous avez fait du chemin depuis… Colonel… il fallait quand même le faire. Donner une promotion à quelqu’un qui a laissé un jeune garçon mourir sous ses yeux sans rien faire… »
Lucille et Greg les regardaient avec surprise. Qu’est-ce que tout cela venait faire là-dedans ?
« Mais de quoi parlez-vous ? s’étonna le lieutenant.
- Alors Rimfart ? Vous ne leur racontez pas ?
- OK, ne vous énervez pas, j’y vais. Avant d’être nommé directeur de ce département, j’ai fait ma carrière professionnelle dans un département du Nord. J’ai été nommé dans une grande ville et il y a eu des bagarres à répétitions la nuit. Un chef important de la pègre avait trouvé la mort et la lutte était vive pour la répartition des zones d’influence.
Une nuit, les violences avaient atteint leur apogée. De nombreux véhicules avaient été appelés car il y avait pas mal de blessés.
- Et parmi eux, mon frère ! Vous vous souvenez Rimfart ? Un gamin de quinze ans ! Il avait pris un pavé sur la tête et était par terre, inconscient. Il avait besoins de soins et vous avez arrêté les hommes qui voulaient intervenir. Vous l’avez laissé mourir !
- Mais souvenez-vous comme c’était difficile ! Les pierres tombaient drues et la bagarre faisait rage. Les gars devaient aller chercher les victimes au milieu de la mêlée jusqu’au moment où un pompier a été blessé. Mon devoir était de protéger mes équipes ! J’ai alors donné l’ordre aux gars d’attendre que les CRS régulent un peu la situation avant d’y aller car c’était vraiment trop dangereux. »
Le colonel s’arrêta un moment. Il était évident que cette vieille histoire devait le hanter.
« Trop dangereux… et moi je n’y étais pas à le voir mourir ? J’ai repéré qui vous étiez et j’ai pensé qu’où que vous alliez et quoi que vous fassiez, je ne vous lâcherais plus ! J’ai voulu que votre vie devienne un enfer !
- Pour l’enfer vous avez réussi ! Un jour, j’ai commencé à recevoir des lettres de menace, faisant allusion aux évènements de la nuit d’émeute. Puis, ma femme a été victime d’ « accidents » plus ou moins dangereux.
- Et la police n’a rien fait ? s’étonna Lucille.
- Elle a essayé mais ce que je ne savais pas c’est que le gamin que j’avais rencontré ce soir-là était en train de devenir petit à petit un des chefs les plus influents de la pègre locale. La police n’a rien pu faire face à des bandes si organisées. J’ai du partir pour protéger ma famille et quitter la zone d’influence de mon ennemi. Je suis arrivé ensuite dans ce département.
- Et oui ! Sauf que ce que vous ne savez pas c’est que vous ne pouviez pas m’échapper en changeant seulement de lieu ! Nous avons un faisceau de relation qui va au-delà de ce que vous pouvez imaginer ! Nous vous avons retrouvé et j’ai décidé de passer à la vitesse supérieure et d’agir différemment. Un homme de confiance est entré dans un de vos centres de secours et s’est arrangé pour pourrir l’ambiance. Il s’est débrouillé pour contacter les mécontents et les tester en organisant les sabotages. Nous nous sommes assurés qu’ils iraient jusqu’au bout.
- Sauf que vous avez fait une erreur ! fit le colonel. L’un d’eux nous a prévenu !
- Nous le savons et nous avons un châtiment réservé aux traîtres. C’est pourquoi nous attendons avant de vous régler votre compte. Nous ne sommes pas au complet…
- Ecoutez, que vous vouliez vous venger de moi, je peux le concevoir. Mais laissez partir les autres. Ils n’ont rien à voir avec tout cela !
- Sauf que je ne peux pas ! D’abord ils sont des témoins gênants et puis j’ai voulu faire plaisir à une recrue prometteuse qui me demandait de les associer à la petite fête que j’ai préparée pour vous. »
Lucille, qui était un peu embrumée par le chloroforme au début de la conversation, commençait à récupérer un peu sa vivacité d’esprit.
« Cette fameuse recrue c’est Jean-Luc Monvalent, n’est-ce pas ? »
Tout le monde la regarda avec surprise.
« Bien ! Comment avez-vous déduit cela ?
- A chaque fois qu’il y avait un sabotage il était le seul à pouvoir le faire ! »
Et elle raconta l’ensemble de ses déductions à partir des faits qu’elle avait constatés.
- Je suis impressionné ! En fait vous n’êtes pas loin de la vérité ! »
Ils furent interrompus par un bruit de moteur.
« Ah ! Voilà notre autre invité, ce traître à notre cause. »
Lucille tendit le cou pour apercevoir celui qui avait prévenu le Colonel. Ce qu’elle vit la laissa sans voix.
Un homme s’avançait, les bras attachés et menacé par une arme. C’était Jean-Luc Barreau !
Lucille regarda le truand avec surprise.
« Eh oui Mademoiselle ! c’est lui qui nous a trahi ! Nous avions compté sur sa haine de sa hiérarchie, renforcée par le renvoie de son fils. Mais, bêtement, c’est un homme d’honneur et intègre en plus ! Nous n’avons pas pu le corrompre.
- Jamais vous ne pousserez un Barreau à faire quelque chose de malhonnête !
- Ah tiens ! Ca me fait penser qu’il faut que je vous présente un garçon prometteur que je pense prendre sous mon aile pour mes affaires à venir. Il a vraiment des dispositions pour le crime et, en plus, il est intelligent, ce qui ne gâte rien. C’est lui qui vous a invité lieutenant et vous aussi ma sœur. Vous allez pouvoir le remercier. Allez viens ! »
Une autre silhouette se détacha et entra dans la lumière. Jean-Luc poussa un cri de détresse. Louis, son fils était là debout devant eux les toisant d’un regard narquois.
« Ca n’est pas finit, une dernière personne manque à l’appel. J’ai décidé, mon colonel, que cette nuit vous alliez mourir de la même façon que vous avez laissé crever mon frère ! Comme un chien… Mais ce n’était pas assez. Je veux que vous ressentiez la douleur que j’ai ressentie quand il est mort. Avez-vous déjà vu quelqu’un qui vous est cher souffrir et mourir sous vos yeux ? Non ? Et bien nous allons arranger çà… Gilbert, emmène-le ! »
Un gars à l’air peu fréquentable arriva tenant dans ses bras un petit garçon, le visage barbouillé de larmes. Quand il vit le Colonel l’enfant se mit à appeler :
« Papa, Papa !
- Lucas ! Non… Laissez-le partir, il n’a que quatre ans ! N’aie pas peur Lucas, papa est là !» Et le Colonel se rua sur Gilbert, vite arrêté par une demi-douzaines de costauds. Le truand prit un air féroce.
« Et maintenant que la fête commence ! »
( à suivre ...)