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lesromansdelara
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Voici l'histoire d'un pompier pas comme les autres ! Blog pour ceux qui M l'action et le suspens
Catégorie :
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Date de création :
05.05.2007
Dernière mise à jour :
30.04.2008
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Chapitre 3

Posté le 16.01.2008 par lesromansdelara
Chapitre 3

L’île


Le couple Méchaleux avançait péniblement. Le marais avait laissé place à une forêt inextricable. Au bout d’une heure environ, ils arrivèrent au pied d’une colline.
« Montons là-haut, fit Richard. Peut-être qu’en prenant de la hauteur nous pourrons repérer des choses intéressantes sans avoir à aller plus loin. Il faut conserver nos forces un maximum.
- D’accord, répondit Christine, mais avant de grimper arrêtons-nous un peu. Papy a besoin de reprendre souffle.
- Mais arrêtez de m’appeler Papy ! J’ai l’impression d’être un vieux schnock ! s’exclama le vieil homme comme ils s’asseyaient.
- Et comment voulez-vous qu’on vous appelle ? pouffa Christine.
- Je ne sais pas moi… Père ou papa. Ce serait normal qu’un fils appelle son père papa. Pas vrai Richard ? … Richard !
- Oh excusez-moi tous les deux, je ne vous écoutais pas ! J’essayais de repérer le meilleur chemin pour grimper.
- Ca à l’air bigrement haut, fit le vieil homme. Si vous montiez et que vous me laissiez là ?
- Il n’en est pas question, dit Richard. Il ne faut pas se séparer, on ne sait jamais.
- Mais il n’y a personne ici, je ne risque rien !
- Voyons Pa… Père, répondit Christine, il faut être raisonnable maintenant et faire ce que l’on vous dit. Il peut aussi y avoir des bêtes sauvages et d’autres choses que l’on ne sait pas. Personne n’est en sécurité ici…
- Bon allez, assez discuté, coupa Richard, allons-y ! »
Et ils se remirent en route.


« Papa, papa ! Viens voir ! »
Pierre de Distrac se retourna, cherchant sa fille des yeux.
« Maud ? répondit-il avec inquiétude. Maud, qu’est-ce qu’il y a ? Où es-tu ?
- Là, viens vite ! »
Il rebroussa vivement chemin en se guidant à la voix de sa fille. Soudain, il vit Marius, au pied d’un arbre qui regardait en l’air.
« Maud ?
- Je suis là papa ! »
Le ministre leva la tête. Maud était perchée en haut d’un palmier et tenait de petites balles noires à la main.
« M… Maud ! bafouilla-t-il. Qu’est-ce que tu fais là-haut ?
- Nous avons trouvé des noix de coco ! Marius m’a montré comment aller les chercher !
- Quoi, mais vous n’êtes pas bien, non ?! s’exclama Pierre. Maud ne bouge pas ! »
Il se tourna brusquement vers Marius.
« Mais ça ne va pas de la faire monter là ? Et si elle tombe et qu’elle se rompe le cou ?
- Ne vous inquiétez pas. Elle est très leste et je lui ai montré comment assurer ses prises.
- Et bien si vous êtes si sur de vous allez-y vous-même et laissez ma fille tranquille ! Maud, ne bouge pas, je viens te chercher !
- Mais papa… Attends… »
Pierre mit un pied sur le tronc.
« Monsieur, non, pas comme ça ! » l’avertit Marius.
Mais le ministre, faisant la sourde oreille, commença à s’élever… et se retrouva par terre.
« Papa ! papa ! ça va ? »
Maud qui était rapidement redescendu aida son père à se relever. Il l’embrassa.
« Ne refais plus jamais cela ! supplia-t-il. Et vous, ajouta-t-il en se tournant vers Marius, je vous interdis de vous approcher de ma fille à nouveau ! »
Et, prenant Maud par le bras, il l’entraîna, en ne tenant aucun compte de ses protestations. Marius soupira et ramassa tranquillement les noix de coco que la jeune fille avait cueillies dans l’arbre.


Alix rentra dans la grotte. Elle avisa Apolline qui veillait les blessés tout en tressant des herbes.
« Que faites-vous Madame Desner ?
- Vous savez, nous allons peut-être rester un bout de temps dans cet endroit. Alors laissons les mondanités et appelez-moi par mon prénom.
- D’accord… Apolline c’est ça ? »
La vieille femme lui fit un bon sourire.
« C’est ça. Pour répondre à votre question, je tresse des joncs pour faire des récipients. Nous pourrions en avoir besoin.
- Oh mais c’est extraordinaire ! Comment faîtes-vous cela ?
- Je vous montrerais si vous voulez.
- Oui pourquoi pas ? Dites-moi, comment vont-il ? demanda l’infirmière en désignant les blessés.
- Pas bien, fit la vieille dame en baissant la voix. Dans un tel environnement et sans médicament d’aucune sorte ils n’ont pas beaucoup de chance.
- Je sais bien, soupira Alix. Et les enfants ?
- Ils surveillent le feu avec beaucoup d’application. Thibaut est allé chercher du bois tout à l’heure.
- Oui, je l’ai vu. Je lui ai demandé de rester en vu. Je l’ai trouvé un peu bizarre.
- Oh, c’est bien naturel avec tout cela. Il m’a l’air assez terrifié, mais c’est un garçon et il se ferait plutôt arracher la langue que de l’avouer ? Et vous ma fille, vous m’avez l’air bien pâle.
- Enterrer ce qui reste des autres personnes n’a rien de réjouissant. J’en ai l’estomac complètement à l’envers.
- Et le jeune homme qui est avec vous, comment va-t-il ?
- Arnaud ? Il est en train de creuser pour qu’on puisse donner des sépultures décentes à ces pauvres gens. Mais l’embêtant c’est que, dès qu’on dépasse un certain point, l’eau remonte dans le trou. Nous avons dû nous y reprendre à plusieurs fois. Lui aussi a du mal, il est presque vert, tellement il a mauvaise mine !
- Venez vous reposer un peu par ici, proposa Apolline. Cela fait déjà trois heures que vous travaillez.
- C’est gentil, mais il ne faut pas que nous traînions car, avec l’humidité, les corps se dégradent vite. Bientôt, ça va devenir irrespirable ici.
- Bon allez-y mais ménagez-vous. Il ne servirait à rien de tomber malade vous aussi. »
Alix sourit, serra amicalement la main de la vieille dame et repartit aider Arnaud.


« C’est encore loin ? » grogna Nina.
Bernard s’arrêta fortement agacé.
« Nous irions plus vite si vous ne refusiez pas d’avancer à tous bouts de champs !
- Mais enfin, vous ne croyez tout de même pas que je vais marcher dans cette boue immonde pour vous faire plaisir !?
- Pas pour me faire plaisir mais par simple bon sens. Nous sommes obligés de faire des détours inimaginables pour éviter de passer de simples mares de dix centimètres de profondeur ! C’est insensé !
- Ecoutez, je veux bien passer sur le fait de ne pas pouvoir me maquiller, ni me coiffer ou m’épiler mais je refuse de bousiller mes chaussures ! »
Bernard leva les yeux au ciel.
« Je n’en crois pas mes oreilles ! Nous sommes perdus au milieu de nulle part, sans rien à boire, ni à manger pour Dieu sait combien de temps et la seule chose qui vous intéresse c’est vos chaussures ?!
- Vous ne comprenez vraiment rien vous ?! Elles coûtent plus de trois mille euros, figurez-vous !
- Et elles vous font une belle jambe maintenant vos gaudasses hors de prix ! En tout cas, ce que je comprends, c’est que maintenant il faut y aller si nous voulons avoir le temps de trouver comment nous signaler aux secours. Alors maintenant vous me suivez sinon je vous plante là !
- Ce que vous êtes rabat-joie ! Vous ne devez pas être un marrant dans la vie… »
Mais Bernard avait déjà redémarré et Nina, qui n’avait pas l’intention de rester toute seule dans le marais, se hâta de le rejoindre.


La montée avait été plus difficile que prévue. La végétation, bien que moins dense que dans la forêt, était composée de plantes plus piquantes les unes que les autres. Ils arrivèrent au sommet complètement exténués, leurs vêtements troués de partout. Pourtant, c’était le moindre de leur souci et, à peine s’étaient-ils arrêtés qu’ils se mirent à scruter les environs avec anxiété. Cette colline semblait être la plus haute de l’endroit et ils avaient une vue assez large.
En se retournant, ils pouvaient voir le marais dans lequel ils avaient atterris. Il débouchait directement sur l’océan au bout de trois kilomètres environ. A leur droite et à leur gauche une forêt extrêmement épaisse s’étendait aussi jusqu’au bord de l’eau. Le paysage le plus intéressant se trouvait devant eux. Ils se trouvaient devant une large pleine herbeuse. Une rivière argentée y serpentait et se jetait dans un lac. Elle ressortait de l’autre côté et, après un court trajet, elle allait se jeter dans la mer.
Les sentiments les plus divers les agitaient.
« De l’eau, de l’eau ! souffla Christine. Nous sommes sauvés… nous avons de l’eau pour boire !
- Oui mais l’eau nous entoure aussi… constata Richard.
- Nous sommes sur une île… » fit Papy en s’asseyant.
La nouvelle lui avait coupé les jambes.


« Papa, il y a des bananes par-là ! »
Maud tenait un régime de fruits dans ses bras. Elle l’avait trouvé au pied d’un palmier. Leur récolte était médiocre : quelques noix de coco, des dattes, des bananes. En tout, cela faisait assez peu et n’était certainement pas suffisant pour rassasier seize personnes.
« Cet endroit est vraiment pauvre en nourriture, constata Pierre.
- Il faudrait rentrer maintenant si nous voulons être à l’heure au rendez-vous, fit l’adolescente après avoir consulté sa montre.
- Oui, allons-y. Où est encore passé le vieux ? »
Ils scrutèrent les environs à la recherche de Marius.
« Oh, ça suffit maintenant ! continua Pierre, il nous a fait tourner en bourrique toute la journée et, à part ramasser de l’herbe, il n’a rien fait.
- Oui, c’est bizarre. Il a ramassé des tas de feuilles, de fleurs, des mottes de terre aussi…
- Il est complètement gâteux oui !
- Mais non… Il m’a dit que c’était pour sa femme. Je trouve cela plutôt romantique…
- Offrir des mottes de terre à sa femme ne fait pas précisément partie de ma conception du romantisme ! De plus nous n’avons pas le temps pour de telles fantaisies. »
Et il pivota des talons
« Explique-moi quand est-ce que tu as jamais trouvé le temps de dire aux autres que tu les aimais ? » pensa Maud en soupirant.


« Bon ça y est c’était le dernier, fit Arnaud en finissant de planter une croix sur une tombe.
- Les autres vont bientôt revenir. On a juste le temps de dire une prière pour eux. »
Arnaud regarda Alix se recueillir un instant.
« Vous êtes croyante ? demanda-t-il comme la jeune femme relevait la tête.
- Je ne suis pas un pilier d’église, mais je crois en Dieu. Suffisamment en tout cas pour ne pas enterrer ces gens comme des animaux. D’ailleurs, ce serait bien, continua l’infirmière si nous organisions une petite veillée pour leur dire adieu.
- Oui, mais non confessionnelle, alors. Nous ne savons rien de leurs convictions.
- C’est vrai, admit la jeune femme. Et vous, vous êtes croyant ? »
Arnaud la regarda gravement.
« Je ne sais pas…je ne sais plus très bien… »
La jeune femme le regarda avec curiosité mais n’insista pas, tant elle sentait que ce sujet était sensible pour lui. Soudain il se mit à pâlir fortement et vacilla. Alix tendit les bras juste à temps pour rattraper le jeune homme.
« Eh ! Ca ne va pas ? » demanda-t-elle en l’allongeant.
Il suait abondamment.
« Vous avez trop tiré sur la ficelle. Je vous avais dit de vous arrêter un peu tout à l’heure.
- Ca n’aurait pas changé grand-chose, répondit Arnaud d’une voix blanche.
- Qu’est-ce que vous voulez dire ?
- Je suis diabétique.
- Quoi ?
- Je suis diabétique. Vous savez ce que ça signifie dans un contexte pareil ? J’ai perdu dans le crash, mon appareil pour tester le sucre que j’ai dans le sang ainsi que mon insuline.
- L’insuline ça n’est pas grave, fit l’infirmière. Si votre taux de sucre est un peu haut pendant quelque temps, peu importe. Par contre, il n’est pas nécessaire d’être devin pour savoir qu’après vingt-quatre heures sans manger et les efforts que vous avez fournis vous êtes en hypoglycémie.
- En effet, je crois que c’est le cas.
- Mais enfin il fallait le dire ! Vous seriez parti chercher la nourriture avec les autres. Comme cela vous auriez pu bénéficier de sucre plus vite !
- Oui et si je m’étais trouvé mal à plusieurs kilomètres d’ici, il aurait fallu me ramener. De plus on ne sait pas s’ils ont trouvé quelque chose.
- Bon, en tous cas maintenant il vous faut vous reposer. Si les autres reviennent sans rien, nous essayerons de dénicher quelque chose rapidement.
- Si les autres reviennent bredouilles, vous savez comme moi que je ne survivrais pas longtemps. »
Alix baissa les yeux. Il n’avait que trop raison mais ça n’était pas le moment de se démoraliser.
« Allez rentrons ! » dit-elle en l’aidant à se relever.
Ils arrivaient à la grotte quand Nina et Bernard rentrèrent.
« Alors ça s’est bien passé ? » demanda Apolline. Aucun des deux ne répondirent. Bernard partit s’asseoir au fond de la grotte. Il avait l’air furieux. Nina, quant à elle, se déchaussa et se massa les pieds.
« Oh, quelle horreur ! J’ai les pieds en compote ! Nous avons marché pendant des kilomètres, dans des endroits dégoûtants. En plus je me suis cassé un ongle à un orteil. Quelqu’un a une lime à ongle ? »
Tout le monde se regarda avec surprise. Vu les circonstances, c’était une drôle de préoccupation.
« Personne n’en a ? continuait le mannequin. Mais comment est-ce que je vais faire maintenant ? Je ne peu quand même pas me balader avec un ongle cassé !
- C’est vrai que se serait le drame du siècle, explosa Bernard qui s’était contenu jusque là. Mais ça ne serait sûrement pas arrivé si vous ne vous baladiez pas en talons hauts !
- Je n’ai pas autre chose figurez-vous ! Je vous signal que je partais pour faire des photos de modes pas pour me traîner dans de l’eau croupie !
- Ouais, ben avec vos bêtises nous ne sommes pas allés assez loin pour pouvoir nous signaler ! »
L’altercation fut interrompue par l’arrivée des Méchaleux. Mélanie se jeta dans les bras de sa mère.
« Alors, ma chérie tout s’est bien passé ?
- Oh oui ! Tu sais le feu est toujours allumé. Thibaut est allé chercher plein de bois. Je pourrais aller avec lui après ?
- Attends un peu ma chérie, tempéra son père. Laisse-nous nous occuper de Papy. Il est fatigué tu sais. »
En effet le vieil homme s’assied avec plaisir.
« Nous avons trouvé cela sur le chemin du retour » fit Christine en montrant des dates.
« Fantastiques ! s’exclama Alix. Arnaud, je crois que vous avez un sursis ! »
Les autres les regardèrent avec surprise. L’infirmière expliqua l’état du jeune homme et tout le monde fut d’avis qu’il fallait qu’il se serve immédiatement. Il était temps car il eut même du mal à avaler les fruits. Cependant, leur forte teneur en sucre lui redonna rapidement des forces. Ils donnèrent le reste aux enfants et à Papy.
Le moral de tout le monde remonta quand les trois derniers survivants rentrèrent avec des noix de coco, des bananes et des dates.
« Nous n’avons pas trouvé grand chose, s’excusa Pierre. Cet endroit n’est pas très riche en comestibles. »
Pendant ce temps Marius posait devant sa femme tout un fatras de plantes avec feuilles, fleurs et racines.
« Tiens ma douce, fit Marius, je t’ai amené des cadeaux. »
Tout le monde regarda Apolline, un peu gêné. Cela ne devait pas être drôle d’être marié à un homme qui commence à perdre la tête. Mais, à leur grande surprise, elle n’avait pas l’air de l’être le moins du monde.
« Oh, Marius ! C’est extraordinaire ! » s’exclama-t-elle.
Elle n’aurait pas regardé un tas de pierres précieuses avec plus d’admiration.
« A mon avis, chuchota Bernard à l’oreille de Pierre, ces deux vieux ne sont plus vraiment bien connectés !
- Oui, c’est peu de le dire, en effet… » approuva le ministre avec commisération.
Mais la faim et la vue de la nourriture détournèrent l’attention de tous. D’un commun accord, ils décidèrent de se partager les fruits et de tenir conseil après avoir mangé.

(... à suivre)







Chapitre 4

Posté le 19.01.2008 par lesromansdelara
Chapitre 4

Une ambiance explosive



« Eh ! Venez m’aider ! J’ai trouvé quelque chose ! » cria Bernard.
Arnaud arriva à sa rescousse.
« Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il. Oh ! une radio portative ? Est-ce qu’elle marche ?
- Oui, je crois. C’est un miracle qu’elle ne se soit pas mouillée. Ca n’aime pas l’eau ces choses là !
- Je vais la ramener au camp. S’il le faut nous n’aurons pas longtemps à attendre pour être secourus.
- Non et tant mieux ! Je vais déjà à avoir du mal à rattraper le retard que j’ai pris ! Les affaires n’attendent pas. J’ai dû perdre des millions à la bourse pendant ces trois jours ! »
Les naufragés avaient décidé de se diviser en trois groupes durant cette journée. Apolline, Marius, Alix et les enfants étaient restés à la grotte. Thibaut avait bien un peu râlé. Il aurait bien voulut partir avec ses parents, Papy, Pierre et Maud qui étaient partis explorer la route qui menait au fleuve. Mais le chemin était pénible et il aurait été trop difficile pour le petit garçon de les suivre. Il avait bien dû se résigner à rester « avec les vieux et les filles. »
Quant à Bernard, Nina et Arnaud ils étaient chargés d’explorer les restes de l’avion afin de récupérer ce qui pouvait l’être. Mais en fait, le mannequin n’était pas d’un grand secours pour les deux hommes. Elle refusait catégoriquement de marcher dans la boue alors que la quasi-totalité des débris y était profondément enfoncés. Bernard, qui en avait par-dessus la tête de la jeune femme, râlait d’autant plus qu’au début elle devait partir avec les Méchaleux et les Distrac pour l’exploration. Mais elle avait rejeté cette idée car elle ne voulait pas s’écorcher les jambes en marchant dans les broussailles ! Il fallait qu’elle se préserve pour pouvoir reprendre son métier quand ils sortiraient de là. La moindre cicatrice pouvait lui fermer l’accès aux podiums et aux objectifs des photographes.
Du coup, elle restait sur la berge à les regarder fouiller la boue et récupérait les objets que les hommes arrivaient à extraire et lui portaient. Elle les mettait ensuite en sécurité dans la grotte. Elle pouvait ainsi les aider sans se salir ou se blesser.
Arnaud lui apporta la radio.
« Prenez en soin Nina, c’est peut-être notre salut que vous tenez dans les mains.
- Comment ça ? demanda-t-elle.
- C’est une radio ! Nous allons pouvoir appeler du secours !
- C’est fantastique ! Nous allons pouvoir partir de cet horrible endroit, alors ?
- Oui, mais à condition qu’elle porte assez loin et que quelqu’un nous écoute. »
Le mannequin eut l’air si contente de cette nouvelle qu’elle se saisit de l’appareil avec adoration. Mais elle se hâta tellement de l’emmener à l’abri qu’elle se cassa un talon et se retrouva à plat ventre dans l’eau. Elle hurla autant de douleur que d’horreur de se retrouver pleine de boue.
« Oh mon Dieu ! s’exclama Arnaud en se précipitant vers la jeune femme. Nina, ça va ?
- J’ai mal à la cheville ! dit-elle en pleurant.
- Mince, la radio ! »
Mais elle avait disparue dans l’eau.


« Tenez Alix, je pense que cela peut soulager les brûlés. » Marius se tenait devant l’infirmière avec une feuille de bananier contenant une espèce de pâtée verdâtre.
Depuis le début de la matinée, le vieux couple s’était mis à l’écart dans le fond de la grotte et semblait préparer quelque chose. L’infirmière avait pris les enfants avec elle pour les laisser un peu tranquille. Après tout, ils étaient coincés ensemble sur cette île (maintenant, ils savaient que c’en était une) mais cela ne voulait pas dire qu’ils fallaient qu’ils restent tout le temps les uns sur les autres.
« Qu’est-ce que c’est ? demanda la jeune femme.
- Des feuilles d’acanthe broyées. En cataplasme cela soulage les brûlures. »
Alix regarda Marius, un peu perplexe.
« Vous êtes sur ? »
Le vieil homme sourit un peu tristement.
« Vous me prenez pour un vieux gâteux, hein ? Si, si, je le vois bien, ajouta-t-il alors que l’infirmière tentait de protester. Ecoutez, j’étais agriculteur et, avec ma femme nous partageons la passion des plantes depuis que nous sommes tout jeunes. Nous avons appris à les reconnaître et à les préparer pour pallier à tout ce que nous ne pouvions pas nous acheter. Nous ne roulions pas sur l’or et tout ce que nous pouvions économiser pour élever notre fille et lui payer ses études était le bien venu. Alors prenez cela. De toute façon vous n’avez rien d’autre et cela ne peu pas leur faire de mal. »
La jeune femme prit les feuilles et, sur les indications du vieil homme, les appliqua sur les brûlures des blessés. Quand elle eut fini, elle se tourna vers lui.
« Alors, tout ce que vous avez ramené hier c’était pour faire des médicaments ?
- Oui et des tas d’autres choses. Quand nous sommes partis hier j’ai trouvé des centaines plantes intéressantes pour nous. Je n’ai pas pu tout ramener mais j’ai cueillis l’essentiel. Par contre, nous ne nous pourrons pas nous en servir tout de suite.
- Pourquoi ?
- Parce que la plupart de ces plantes se consomment en tisanes. Il faut donc les laisser sécher et attendre de l’eau potable, expliqua Apolline. Nous avons aussi cela. »
La vieille femme lui montra une espèce de pâte blanche qu’elle avait mise dans une demi coque de noix de coco.
- Qu’est-ce c’est ? demanda l’infirmière.
- Des racines de poivriers, expliqua Marius. Nous les avons broyées. Ensuite il faut un peu d’eau pour les humidifier et ensuite en tirer le jus.
- Il servira à quoi ?
- C’est un anesthésiant. Je crois que cela ne sera pas du luxe ! » fit Apolline en regardant la mine douloureuse des blessés.
Alix n’en croyait pas ses oreilles. Tout le monde s’était trompé sur ces deux personnes. Les sentiments que le reste du groupe avaient pour eux se situaient sur une gamme allant des gentils petits vieux qu’il fallait surveiller au fardeau inutile. Finalement c’était eux qui allaient peut-être les aider le mieux à survivre !
Peu après, ils partirent ramasser des plantes autour de la grotte. Thibaut voulut absolument les accompagner. Marius lui avait promis de lui montrer comment reconnaître les herbes utiles et il avait eu l’air passionné. Alix en était bien contente car elle le trouvait particulièrement anxieux. Sa mère avait essayé de savoir ce qui le tracassait mais il avait gardé le silence. Elle avait demandé à la jeune femme de chercher à savoir ce qui l’angoissait. Elle se disait qu’il serait plus facile pour lui de parler avec l’infirmière.
Alix se retrouva donc seule avec Mélanie. La petite fille vouait une véritable adoration à la jeune femme depuis l’aéroport. Aussi, au bout de quelques minutes, vint-elle se blottir dans ses bras.
« Et alors ? Ta maman te manque ? »
Mélanie opina de la tête.
« Elle va revenir ce soir, tu sais ?
- Oui, je sais, soupira-t-elle. Elle est allée chercher de l’eau.
- Tu as très soif ?
- Moins depuis hier. »
La veille, ils avaient pu un peu étancher leur soif grâce au lait des noix de coco.
« Dis, les gens qui sont morts, ils sont où ? »
Dans la soirée ils avaient organisé une veillée pour les personnes qui avaient péri pendant le crash. La petite fille en avait été assez impressionnée.
Alix était un peu gênée pour répondre. Elle ne savait rien des convictions des Méchaleux sur le sujet et ne voulait pas faire de gaffe.
« Tu sais, personne n’est revenu pour le dire. Alors les gens croient des choses différentes.
- Et toi, tu crois quoi ?
- Qu’il y a un Dieu au ciel qui nous aime et que tous ceux qui sont morts sont auprès de lui.
- C’est drôle tu penses comme ma maman et mon papa. »
La jeune femme se sentit soulagée. Au moins elle n’avait pas contredit les parents de Mélanie. Elle se dit que c’était peut-être le moment d’interroger la petite fille sur son frère. Ils se chamaillaient bien un peu tous les deux mais avaient l’air très proche l’un de l’autre. Peut-être s’était-il confié à sa sœur.
« Ton frère est-il toujours aussi peu bavard ?
- Mon papa, il dit que je parle pour deux et que c’est pour ça que Thibaut il peut rien dire. »
Alix eut fortement envie de rire pour la première fois depuis le crash. C’est vrai que Mélanie n’avait pas la langue dans sa poche !
« Mais là, en plus il a peur, alors il dit encore moins rien.
- De quoi est-ce qu’il a peur ?
- C’est un secret, chuchota-t-elle.
- Et si je te promets de ne le dire à personne ? »
La petite fille regarda l’infirmière avec méfiance.
« C’est juste pour aider ton frère. »
Mélanie se mordit la lèvre du bas. Elle avait l’air tiraillé entre l’envie de le dire et le fait de ne pas vouloir trahir son frère. Mais comme elle avait une entière confiance en Alix elle se lança.
« Il a peur d’être enlevé ? »
La jeune femme s’attendait à beaucoup de chose mais cette raison lui paraissait franchement bizarre.
« Enlevé ?
- Oui, comme dans ‘LOST’ ils enlevaient les enfants en premier.
- LOST ? C’est quoi ça ?
- Une série à la télé. C’est des gens perdus comme nous sur une île où il y a d’autres personnes qui enlèvent les enfants. »
La jeune femme se souvenait en effet d’en avoir vu un épisode une fois. Mais ensuite, entre le travail et les préparatifs du mariage, elle n’avait pas franchement eut le temps de regarder la télé. Maintenant l’essentiel était de rassurer ces enfants.
« Est-ce que ta maman te raconte des histoires avant que tu t’endormes ?
- Oh oui ! En ce moment elle me lit Harry Potter.
- Est-ce que tu penses qu’il y a vraiment des sorciers et une école pour eux ?
- Oh non ! C’est quelque chose qui a été inventé par une dame.
- Pour ‘LOST’ c’est pareil. C’est une histoire inventée. Tu
sais, il n’y a personne à part nous dans cette île.
- Tu es sur ?
- Oui ma chérie. »
Mélanie eut l’air soulagé. Son frère avait fini par lui faire peur. Elle se serra contre Alix.
« Je suis bien contente que ce ne soit pas vrai. Dis, il faudra le dire à Thibaut. Lui aussi il sera content de le savoir.
- Je te le promets. Si tu mettais un peu de bois dans le feu maintenant ? Sinon il risque de s’éteindre. »


« Allez, encore un peu et on rentre ! »
Thibaut était rentré en fin de matin, ravi de la cueillette des plantes et avait l’air plus détendu. Alix en avait profité pour lui proposer de ramasser du bois. Ils en avaient trouvé une bonne provision et la jeune femme avait pu sympathiser avec le jeune garçon. Ils en étaient arriver à discuter de la différence entre la fiction et la réalité et il avait du mal à ne pas confondre les deux.
Elle décida de plaisanter pour dédramatiser la situation.
« Regarde, argumenta Alix, dans les films ou les livres les naufragés sur une île déserte se retrouvent toujours sur une plage de sable blanc, avec des cocotiers et de l’eau transparente. La différence dans la réalité c’est qu’on se retrouve dans un marais avec de l’eau croupie qui sent mauvais !
- Oui, convint Thibaut, évidemment on ne peu pas se tromper ! Je crois que je préfère les livres ou les films ! Au moins quand on en a assez on se retrouve dans son salon confortablement installé dans le fauteuil !
- Et on peut aller piquer des chips dans le placard pour se remettre de ses émotions ! »
A la fin du ramassage, il était à moitié rassuré et aussi, un peu en colère contre sa pipelette de sœur.
« Tu sais, lui avait dit la jeune femme, il ne faut pas en vouloir à Mélanie. Elle s’inquiétait pour toi, c’est tout.
- Dites, vous ne le répéterez à personne…
- T’inquiètes pas ! Bouche cousue… »
Et ils se dirigèrent vers la grotte.


« Et ça c’est du jus de racine de poivrier broyé. C’est un anesthésiant. Nous venons d’en utiliser une partie pour calmer la douleur des blessés. Ils dorment maintenant. »
Le crépuscule était déjà bien avancé quand le groupe des survivants se retrouva autour du feu pour faire le point sur les avancées de la journée. Alix avait tenu à commencer par la découverte des plantes des époux Desner. Elle voulait les réhabiliter aux yeux de tous. Vu l’intérêt que provoquaient ses paroles, l’infirmière comprit qu’elle avait réussi.
Ensuite le couple Méchaleux et les Distrac commencèrent le récit de leur journée. Ils avaient ramené de l’eau grâce à des poches plastiques étanches trouvées dans l’avion. Ils avaient aussi trouvé de la nourriture, aidé pour cela par le panier tressé par Apolline. Le groupe avait ainsi pu se rassasier et se désaltéré assez correctement pour la première fois depuis qu’ils étaient sur l’île. Il était temps car, avec le manque de nourriture ils étaient assez fatigués et la suite des opérations demanderait toutes leurs forces.
« Pendant que les autres faisaient le tour, continuait Richard, je suis monté avec Maud sur la colline où nous sommes allés hier. Cela nous a permis de repérer le chemin exact à suivre ensuite et d’accrocher sur un arbre le drapeau que nous avions emporté pour nous signaler.
Nous sommes redescendus de l’autre côté et quand les autres nous ont rejoint, nous avons continué droit vers la rivière.
- Elle nous a paru navigable, expliqua Pierre, ce qui est une excellente chose pour nous, vu l’état de la forêt.
- C’est vrai que nous avons eu du mal à avancer, approuva Maud.
- Heureusement, termina Christine, nous avons trouvé un chemin un peu plus direct pour pouvoir y revenir.
- Oui, fit Pierre, mais il va falloir le débroussailler un maximum demain si nous voulons pouvoir déplacer les blessés.
- Nous avons commencé à tresser des brancards pour pouvoirs les transporter, intervint Apolline. Les enfants m’ont aidé. Nous avons utilisé des joncs et des feuilles de bananier. Si cela peut-être utile pour transporter des objets nous pouvons faire de petites malles.
- Un ou deux peut-être ! répondit Alix. Vu le peu qu’Arnaud, Nina et Bernard ont trouvé, nous en aurons peu besoin. »
Les deux hommes se levèrent pour faire l’inventaire de ceux qu’ils avaient pu récupérer. Il y avait quelques valises mais presque rien car la soute avait été éventrée quand l’avion s’est brisé en plein vol. Le peu qui restait avait été déchiqueté par l’explosion. Il en était de même avec la carlingue. Les quelques restes de métal avaient été recueillis avec beaucoup de soin. En les travaillant un peu, peut-être pourraient-ils en faire des récipients pour faire cuire les aliments et bouillir l’eau. Marius dit qu’il verrait ce qu’il pourrait faire avec.
Il y avait aussi des restes de tissus qui pourraient être utile pour refaire des habits.
« Tant mieux, fit Alix. Je ne rentrais déjà plus tellement dans mes vêtements mais là je ne sais pas si c’est la rétention d’eau mais c’est pire que jamais.
- Vous êtes bien la seule à grossir ! fit Nina. Avec le peu que nous mangeons ! »
Ils avaient aussi retrouvé des fourchettes, des couteaux et des cuillères rescapés des meubles de l’office. Tout ce qui était bouteille d’eau ou nourriture avait été détruit par l’explosion ou gâté par la boue et l’humidité.
La plus précieuse trouvaille avait été celle de la radio mais elle avait disparue dans la boue lors de la chute de Nina. Celle-ci avait récolté une entorse et ne se remettait pas d’avoir cassé ses chaussures. Bernard leva les yeux au ciel.
« Elle n’en ratte pas une celle-là ! »
Enfin ils sortirent différents bouts de fils et de métaux qui avaient servi à on ne sait quoi mais dont on pouvait peut-être faire quelque chose. Dans leur situation il valait mieux ne rien négliger.



Le lendemain dès l’aube tout le monde se mit au travail avec ardeur. Il était urgent de tout faire pour partir de cet endroit insalubre. C’est pour cette raison que Marius, Apolline et les enfants partirent chercher de la nourriture pendant qu’Alix s’occupait des blessés. Tous les autres valides se chargeaient de préparer le terrain pour faciliter le départ du groupe ainsi que de construire des radeaux pour naviguer sur la rivière. Ils étaient aussi chargés de ramener de l’eau.
Le petit groupe essaya d’élargir au maximum le passage mais cela n’était pas très facile car ils n’avaient pas d’outils efficaces pour travailler. Les quelques couteaux qu’ils avaient trouvés dans l’avion se révélaient très peu adaptés à la situation. Aussi, ils avançaient assez lentement vu le nombre qu’ils étaient à travailler et les trois kilomètres qu’ils avaient à débroussailler.
« C’est trop enchevêtré par-là, fit Bernard au bout d’un moment. Essayons de faire un détour par là-bas.
- Mais ça va nous rallonger d’au moins cinq cents mètres ! protesta Pierre.
- Peut-être mais, comme ce sera moins difficile nous regagnerons le temps que nous aurons perdu.
- Ah non ! Je ne suis pas d’accord ! reprit Pierre, nous allons nous exténuer et nous avons besoin de toutes nos forces ! »
Ils se mirent à se disputer avec force. Nina se rangea du côté du ministre et Maud, pour se démarquer de son père, choisit le camp de Bernard. Richard, voyant que la discussion tournait franchement mal essaya de désamorcer la situation.
« Bon, attendez. Vous avez deux avis différents. Si nous votions pour trancher. »
Pierre qui aimait bien le système démocratique accepta. Il était d’autant plus d’accord que selon les avis que chacun avaient donnés, il était sur d’obtenir la majorité.
« Mais moi je ne suis pas d’accord ! Vous dites ça parce que vous savez que la majorité est pour vous. Mais on a vu que la majorité n’avait pas toujours raison. Regardez Galilée ! »
Nina pouffa.
« Je ne vois pas ce qu’une sonde spatiale vient faire là-dedans !
- Est-ce que vous le faîtes exprès ou vous êtes vraiment bête ? ironisa l’homme d’affaire.
- Répétez ça ! rugit le mannequin en se jetant sur lui. »
Richard voulut l’arrêter mais la manqua. Ce n’était pas grave car Bernard la stoppa rien qu’en tendant les bras et en la saisissant par les épaules. Elle essayait bien de lui donner des coups mais n’arrivait qu’à battre l’air. Lasse de ses vains efforts elle partit en pleurant bouder dans son coin.
Ils se remirent au travail chacun selon ce qu’il croyait le meilleur. Ils se rejoignirent au bord de la rivière en même temps, chacun des deux groupes reprochant à l’autre de ne pas l’avoir aidé. En effet, en se mettant ensemble ils seraient allés beaucoup plus vite !
Ils passèrent le reste de la journée à construire les radeaux. Mais là non plus les affaires n’avancèrent pas très vite, chacun ayant son idée sur la procédure à suivre. Idées qui, bien sur, étaient contradictoires… Le climat était donc très tendu entre eux quand ils rentrèrent à la grotte. A leur grande surprise les autres les attendaient avec des têtes de cent pieds de long.
« Qu’est-ce qui se passe ? demanda Richard avec inquiétude.
- Les enfants vont bien ? questionna Christine qui ne les voyait pas.
- Oui, fit Alix. Ils sont derrière à chercher du bois. Nous voulions pouvoir vous parler tranquillement sans qu’ils entendent.
- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Bernard à son tour.
- J’ai voulu voir si je pouvais faire quelque chose des bouts de métaux trouvés dans le marais et j’ai trouvé quelque chose de très bizarre. »
Marius montra alors un petit tas de métal et de fils enchevêtrés.
« Je le reconnais ! s’exclama Arnaud. C’est moi qui l’ai trouvé.
- A quel endroit ? demanda Alix.
- C’est le débris le plus lointain que nous avons dégagé. Il se trouvait au fond, il s’était perché dans un des derniers arbres là-bas.
- Il n’était pas dans l’eau alors ?»
Marius, Alix et Apolline se regardèrent intensément.
« Mais pourquoi cela vous intéresse-t-il autant ? s’étonna Christine.
- Parce que, coincé dans ce tas de fils j’ai trouvé ces objets. »
Il sortit un petit boîtier ressemblant, autant qu’on puisse en juger, à une calculatrice et un petit bout de papier rouge. Une inscription y figurait en noir. Richard s’en saisit et lu :
« ‘…glycerin…’, Oh mon dieu ! souffla-t-il en regardant sa femme.
- Est-ce que c’est ce que je crois ? » fit celle-ci.
Tout le monde se regarda avec surprise, sauf Nina qui ouvrait de grands yeux.
« Mais qu’est-ce qui se passe, c’est quoi ce truc ? »
Ce fut Pierre qui s’y colla.
« Nous avons de bonnes raisons de penser que ce ‘truc’ est une bombe.
- Une… une bombe… ? bégaya le mannequin. Mais alors ça veut dire que…
- … que l’explosion de l’avion n’est pas due à sa chute mais était criminelle. »
Ces mots tombèrent dans un silence médusé.


(... à suivre)








Chapitre 5

Posté le 28.01.2008 par lesromansdelara
Chapitre 5

Déménagement


L’avion venait de s’écraser. La fumée était intense dans la carlingue et Alix avait l’impression d’étouffer. Il fallait sortir de là mais elle en était incapable. Sa ceinture était bloquée et elle n’arrivait pas à la détacher. Soudain quelqu’un cria :
« Sortez vite ! Ca brûle et il y a une bombe ! »
L’odeur de fumée était de plus en plus intense. Il fallait qu’elle se détache à tout prix mais c’était impossible.
Elle se réveilla en sursaut. La grotte était totalement enfumée.
Alix avait eu du mal à s’endormir ce soir-là. Peut-être était-ce la découverte de l’explosif ou la fatigue nerveuse accumulée mais elle avait été reprise de nausées et de vomissements. Elle n’avait rien pu avaler. En début de nuit, elle avait même vomi presque toute son eau. C’était dommage car avec les récipients en métal que Marius avait réussit à bricoler, Apolline avait pu faire une tisane de mélange de plantes qui s’était révélé excellente.
La jeune femme avait fini par somnoler un peu et s’était réveillée en sursaut à moitié étouffée par la fumée qui envahissait la grotte. Elle se leva en toussant et essaya de réveiller les autres mais ils étaient profondément endormis. La fumée les avait surpris dans le premier sommeil, le plus profond, et les intoxiquait tous peu à peu, approfondissant leur inconscience.
L’infirmière sortit reprendre sa respiration. Elle s’aperçut que c’était le feu qui fumait. Elle décida de s’en occuper dès qu’elle aurait sorti les autres. Elle commença par les enfants et les blessés qui étaient les plus sensibles à la fumée, puis s’occupa des femmes et enfin des hommes.
Aucun d’entre eux ne s’étant réveillé quand elle eut fini, elle s’occupa du feu. Il y avait une façon radicale de l’empêcher de continuer à dégager de la fumée en l’éteignant avec de l’eau. Mais, dans leur situation, le feu était vital et ils ne pouvaient pas se permettre de le perdre. Elle pensa que le meilleur moyen d’arrêter la fumée sans l’éteindre était d’essayer de ranimer les flammes. Elle souffla donc dessus en ajoutant des brindilles sèches et, une minute après, elle obtint un feu clair et pétillant.
Quelqu’un bougea. C’était Mélanie qui se réveillait, suivie de près par Thibaut. Les membres du groupe reprirent conscience l’un après l’autre. Finalement, les personnes valides n’avaient pas trop souffert du manque d’oxygène car la fumée avait rempli la grotte en commençant par le plafond. Comme ils dormaient, allongés sur le sol, ils avaient été protégés. Par contre trois des blessés en étaient morts.
« Quand même, fit Richard qui était, comme les autres, encore un peu ensuqué, heureusement que vous étiez patraque et que vous n’arriviez pas à dormir !
- Oui, approuva Nina, sinon nous finissions tous comme ces pauvres gens !
- C’est vrai qu’à quelque chose malheur est bon, acquiesça Alix.
- Comment ça se fait que le feu se soit mis à fumer de cette manière ? demanda Bernard. Il ne l’avait jamais fait jusque là. N’avez-vous rien vu de spécial dans le feu ? Avec quoi brûlait-il ?
- Il n’y avait plus de flammes, se souvint l’infirmière. Il y avait de l’herbe séchée dessus.
- Cela ne m’étonne pas qu’il y ait eu de la fumée, dit Richard. Je ne sais pas qui a mis ça et je ne veux pas le savoir mais ce serait bien qu’il ne recommence pas ! »
Tout le monde se regarda mais personne ne se dénonça. Pour mettre fin à ce silence gêné Alix proposa d’enterrer les morts. Le lendemain ils devaient partir tôt et il valait mieux le faire rapidement. Ils se mirent donc au travail.


« Bon, tout est prêt maintenant ? fit Bernard avec une colère contenue. Allons-nous enfin pouvoir partir ?
- Marius, demanda Alix sans se démonter, avez-vous eu le temps de préparer de l’extrait de racine de poivrier ? »
La matinée était déjà bien avancée et ils avaient pris beaucoup de retard sur le programme. Pourtant tout avait relativement bien commencé malgré leur courte nuit. Ils avaient tout emballé et le convoi avait été prêt assez rapidement.
Cela se gâta un peu quand il fallut charger les blessés sur les brancards. Alix tint absolument à leur faire boire un peu d’extrait de poivrier pour calmer leur douleur.
« Ils vont être balancés pendant des heures sur ces brancards et il vaut mieux qu’ils dorment pendant ce temps. »
Bernard râla bien un peu que c’était inutile et que ça allait leur faire perdre du temps. L’infirmière le calma en lui promettant que l’opération ne durerait qu’une minute. Manque de chance, il ne restait plus d’extrait.
« Mais enfin, fit Marius, hier soir il en restait trois demies noix de coco.
- Vous avez dû vous tromper, fit l’infirmière.
- Non, j’en suis sûr voyons !
- Bon, ça n’est pas grave. Il faut en refaire.
- Mais les poivriers sur lesquels nous les avons prélevés sont un peu loin.
- Tant pis. Ces deux personnes vont terriblement souffrir durant le transport si on ne leur donne rien. Nous ne pouvons pas leur faire subir cela alors que nous savons comment les soulager. Faites-vous accompagner et allez en rechercher. »
Mais Bernard tempêta tellement qu’il fallut faire voter la décision. Mal lui en prit car le groupe décida à l’unanimité moins une voix de tout faire pour soulager les blessés. Il lui fallut donc attendre en rongeant son frein que Richard et Marius aillent chercher des racines, les ramène et qu’Apolline les prépare. D’où son exclamation agacée.
Mais ensuite il n’eut plus longtemps à patienter. La potion était prête et l’infirmière eut tôt fait de la faire prendre aux malades. Cinq minutes après, le groupe s’ébranla après s’être recueilli un instant sur les tombes des personnes qu’ils avaient enterrées à cet endroit. Ils décidèrent d’un commun accord de revenir régulièrement sur les lieux pour les entretenir.
Puis ils entamèrent leur marche.

Ils arrivèrent à la rivière en début d’après-midi. L’avancée avait été pénible. Malgré le débroussaillage de la veille, nombreux étaient les passages qu’il fallut retoucher pour que les brancards puissent passer dans de bonnes conditions. De plus il fut nécessaire de s’arrêter assez souvent pour leur permettre de souffler un peu. De plus, Nina ne voulait pas marcher n’importe où et ne supportait pas que la moindre branche lui bouche le passage.
« Est-ce qu’on est obligé de continuer comme ça ? » finit par exploser l’homme d’affaire au dixième arrêt.
L’énervement commençait à gagner tout le monde. Ceux qui ne l’étaient pas au début s’agaçaient de voir les autres tempêter tout le temps.
« Comme quoi ? se fâcha Richard.
- Ensemble, nous perdons un temps impossible ! Si nous partions en groupe nous pourrions mieux avancer.
- Et après ? De toute façon il faudrait nous attendre ensuite, fit Pierre qui était ravi d’avoir une occasion de dire sa façon de penser à l’homme d’affaire. Et puis il faut nous relayer pour porter les brancards. Vous ne voudriez quand même pas les laisser derrière nous ?
- Je n’ai jamais dit cela. Et puis m… de toute façon quand je parle personne ne m’écoute !
- Et ben pourtant, vu comment vous hurlez, on ne peut pas faire autrement que de vous entendre ! fit Nina qui se vengeait des attaques répétées de Bernard.
- Vous m’em…. fit-il en faisant brusquement demi-tour.
- Mais qu’est-ce que vous faîtes ? hurla Richard.
- Je passe par l’autre chemin et je vous attends à la rivière !
- Mais ça n’est pas prudent de nous séparer ! Bernard ! Bernard ! »
C’était inutile, il avait disparu dans la jungle.
« Je vais avec lui ! proposa Arnaud, comme cela il ne sera pas seul ! »
Quand le jeune homme fut parti à son tour les autres reprirent leur chemin tant bien que mal. Les conditions de vie pénibles et la fatigue qui s’accumulait rendaient les relations difficiles. Pourtant leur survie dépendait de leur solidarité. Ils fallaient qu’ils arrivent à surmonter leurs dissensions et mettre leurs forces en commun au lieu de les perdre à s’entre-déchirer. Richard se dit qu’il avait peut-être trouvé un moyen et se promis d’en parler à la prochaine réunion quand tout le monde serait calmé. Ce ne serait que quand les rivalités dues aux différents caractères s’estomperaient qu’ils y verraient plus clair et seraient vraiment efficaces.
« Venez ! Vite ! »
Le cri claqua dans l’air comme un coup de feu. Ils s’arrêtèrent tous ensemble et se regardèrent.
« Au secours ! Venez par-là ! »
C’était la voix de Bernard.
« Pierre, allons-y ! fit Richard. Vous autres vous ne bougez pas ! »
Ils se précipitèrent en se guidant à la voix de Bernard qui continuait d’appeler. Ils ne mirent que quelques minutes à le rejoindre.
« Bernard, Arnaud qu’est-ce qui se passe ? Vous allez bien ? demanda Pierre.
- Nous oui, fit l’homme d’affaire, lui je n’en suis pas sûr. »
Il désigna une forme inerte. Richard se précipita.
C’était l’homme qui avait disparu de la grotte le premier jour et qui ressemblait à un clochard.


« Alors ? » demanda Christine.
Alix était en train d’examiner l’homme inconscient.
« Je ne sais pas trop, mais vu sa façon de transpirer et les tremblements dont il est secoué cela ressemble à un delirium tremens.
- Très mince ? se moqua Nina. Je ne sais pas ce que c’est mais, à mon avis, c’est loin d’être mince.
- Le delirium tremens ça a un rapport avec l’alcool non ? demanda Maud.
- Oui c’est ça ! répondit Alix.
- Ca veut dire que cet homme buvait ? fit Nina. Alors il s’est prit une cuite ?
- Non, sourit l’infirmière le problème c’est qu’il n’a pas pu en prendre une. Le delirium tremens est un processus qui est analogue au manque pour un toxicomane. En clair il est en train de se sevrer.
- C’est plutôt une bonne chose pour lui alors ! s’exclama Richard.
- Oui et non. Il faut le surveiller. Un sevrage aussi brusque sans médicament peu être dangereux.
- Ah non ! intervint Bernard, vous n’allez pas dire qu’on va prendre ce clodo avec nous !?
- On ne peut tout de même pas le laisser là dans cet état ! dit Arnaud.
- Non, on ne peut pas ! trancha Richard. Allez on le charge sur un brancard ! »
Bernard fulmina mais, tout le monde étant d’accord, ils l’installèrent et se remirent en route.


« Là ce serait bien non ? »
Ils étaient arrivés au bord de la rivière très en retard sur leur prévision. L’après-midi était déjà très avancée et ils n’avaient pas le temps de commencer à descendre la rivière. Ils ne savaient pas si elle était navigable de bout en bout ou s’il faudrait contourner des obstacles. Il valait mieux attendre le lendemain pour avoir toute une journée pour atteindre le lac. Mais, pour cela, fallait qu’ils trouvent un endroit pour bivouaquer.
Pierre et Richard étaient partis en éclaireur pour trouver un endroit sûr pour le groupe. Ils avaient repéré un énorme arbre au tronc creux, dont la cavité était assez grande pour les recevoir tous.
« Nous serons protégés là-dedans, affirma le ministre.
- Oui, ça me paraît très bien en effet. Allons le dire aux autres. »
Une demi-heure après, tout le monde était installé dans l’arbre. Ils vérifièrent les radeaux qui étaient en parfait état. Demain ils pourraient partir dès le lever du jour.
Alix s’occupa des blessés et du malade pour qu’ils passent la meilleure nuit possible. Peu après leur arrivée, l’homme qu’ils avaient récupéré dans la forêt reprit conscience.
« Qu’est-ce que je fais là ? demanda-t-il d’une voix pâteuse.
- Nous vous avons trouvé dans la jungle, répondit doucement Alix.
- De quoi vous vous mêlez ! Laissez-moi ! »
Il essaya de se lever mais retomba, trop faible pour tenir debout.
« Restez tranquille, voyons ! »
L’infirmière le fit se recoucher et sortit.
« Vous pensez que ça ira pour lui ? »
C’était Maud qui venait aux nouvelles.
« Je pense qu’il va avoir du mal physiquement mais surtout psychologiquement.
- Comment ça ?
- Tu sais quand quelqu’un commence à boire c’est souvent pour combler un manque affectif.
- Si c’était vrai je devrais déjà boire des litres, répondit tristement l’adolescente..
- Chacun sa manière de compenser. D’autres vont se droguer ou devenir boulimique.
- Ou se jeter sur le chocolat ...
- Oui, par exemple ! »
La jeune fille se tourna vers l’homme. Soudain cette personne qui lui faisait un peu peur jusque là lui semblait étonnement proche d’elle.
« Dites, on pourrait essayer cela, avec ce monsieur. »
Marius tenait une coque de noix de coco contenant un liquide.
« Qu’est-ce que c’est ?
- De l’infusion de passiflore. Ca va l’aider au sevrage.
- Mais comment faites-vous ? Vous avez de tout pour tout vous ! s’exclama Maud.
- Oh vous savez, il suffit de connaître les plantes et de savoir regarder ! D’ailleurs à ce propos, fit-il en se tournant vers Alix. J’ai trouvé quelque chose pour vos nausées. »
Il lui montra un fruit jaune.
« Un citron ?
- Oui vous en buvez le jus quand vous vous sentez mal et cinq minutes après vous n’aurez plus rien. »
La jeune femme remercia chaleureusement le vieil homme.
« Ah ! Aïe ! Aaaaah !
- Maman, papa ! »
Thibaut avait crié d’abord suivit de Mélanie.
Richard et Christine se précipitèrent suivit de près par Arnaud, Bernard, Pierre et Alix. Ils arrivèrent auprès de la rivière et trouvèrent rapidement les deux enfants.
Thibaut était en train de se masser le pied et sa sœur se jeta dans les bras de sa mère en pleurant. Richard se pencha sur son fils.
« Qu’est ce qui t’arrive ?
- Nous étions en train de jouer dans l’eau quand j’ai senti un truc qui m’a pincé le gros doigt de pied. »
Alix regarda l’orteil du petit garçon. Il était un peu bleu mais ne semblait pas être cassé.
« Tu as vu ce que c’était ? lui demanda son père.
- Je ne sais pas, je l’ai écrasé là. »
Richard se pencha et se mit à rire.
« Vous allez bien ? demanda Pierre. Qu’est-ce que c’est ?
- La promesse de notre futur repas ! Une écrevisse ! »
Il s’approcha de l’eau et observa le fond un court moment.
« Oh ! Mais c’est un vrai garde-manger là-dessous ! Même pas besoin de les prendre au piège. Allez Mélanie, ne pleure pas ! Ce soir nous allons bien manger. »
Et il en prit une à main nue pendant que Christine aidait Thibaut à remettre ses chaussures.


La soirée touchait à sa fin. Ils s’étaient régalés avec les écrevisses et le moral de tout le monde remonta. C’est le moment que choisit Richard pour parler de son idée.
« Nous avons eu depuis que nous sommes sur cette île plusieurs divergences de point de vue. C’est normal que cela se produise mais il ne faudrait pas que cela nuise à notre sécurité.
- Jusqu’à maintenant nous nous en sommes plutôt bien sortis, non ? fit Pierre.
- Oui, le système de vote quand une décision pose une difficulté est une bonne façon de dénouer les crises, dit Alix.
- C’est vrai et il faut le garder. Mais qui empêche l’un d’entre nous de ne pas suivre ce qui a été décidé.
- C’est moi que vous visez ?
- Ne prenez pas la mouche Bernard ! Aujourd’hui c’est vous qui enfreignez une décision, demain ce peut être n’importe qui, mettant, par là-même, tout le reste du groupe en danger.
- Qu’est-ce que tu proposes ? demanda Christine.
- De nommer quelqu’un qui soit plus particulièrement responsable de faire appliquer les décisions prises en commun. Il pourrait aussi coordonner les actions et avoir un projet d’ensemble.
- Vous nous proposez d’élire un chef ? fit Maud.
- C’est tout à fait cela. Qui serait d’accord ? »
Les mains se levèrent l’une après l’autre, emportant la décision à l’unanimité.
« Bon, donnons-nous le temps d’arriver au lac et nous voterons ensuite. Cela nous laissera le temps de décider pour qui chacun veut voter. »
Tout le monde se leva. C’est alors qu’Alix sentit à nouveau qu’elle avait une forte en vie de vomir. Elle s’occupa de presser son citron et d’en boire le jus.
« Est-ce que ça marche ce truc là ? demanda Nina.
- J’ai l’impression oui, mais… »
Alix s’écroula par terre. Le mannequin appela.
« Qu’est-ce qu’elle a ? demanda Pierre en lui donnant des tapes sur les joues.
- Je ne sais pas, elle a bu ce truc-là et elle est tombée brusquement.
- Je savais bien que ce vieux fou allait finir par nous empoisonner un jour ! s’exclama Bernard.
- Je ne crois pas que le jus de citron ait quelque chose à voir avec cela, intervint Christine. Transportons-la dans l’arbre et laissez-moi seule avec elle. »
Tout le monde la regarda avec surprise mais personne ne posa de question. La jeune femme reprit conscience comme ils la portaient. Quand tout le monde fut sorti, elle demanda :
« Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Vous vous êtes évanouie.
- Encore ?
- Cela vous est déjà arrivé ?
- Oui, une fois ou deux ces derniers mois. Il fallait que j’aille voir le médecin un de ces jours mais j’étais débordée et puis entre temps…
- Entre temps ?
- Rien… J’espère que je n’ai pas attrapé quelque chose de grave.
- Je ne crois pas, fit Christine en souriant.
- Vous êtes médecin ?
- Non, mais quand je vois une jeune femme qui a des nausées, des vomissements et qui ne rentre plus dans ces pantalons, j’ai assez d’expérience en la matière pour que ça me fasse tilt.
- Tilt ?.. Vous voulez dire que… Mon Dieu… »
Elle regarda le sourire entendu de Christine et resta un moment sans voix. Les mots avaient du mal à sortir de sa bouche.
« J’attends un bébé… » finit-elle par souffler d’une voix blanche. Elle ne savait plus si elle devait être heureuse ou complètement effondrée. Peut-être les deux à la fois ce qui produisait un curieux mélange.
Un enfant de Christophe… En d’autres temps cela aurait été une bonne nouvelle. Ils auraient dû être mariés et avoir emménagé dans la nouvelle maison à l’heure qu’il est. Ils n’auraient plus eut qu’à préparer l’arrivée du bébé pendant six ou sept mois en savourant leur bonheur. Au lieu de cela Christophe était mort et elle était seule sur cette île pour elle ne savait combien de temps… Elle finit par fondre en larmes.
Christine la prit dans ses bras et attendit calmement que la crise soit passée.
« Allons, je sais que cela n’est pas fantastique d’être isolée de tout dans votre état mais ça va bien se passer. Nous sommes là. »
Alix se sentit un peu mieux. Elle leva son visage et se mit à parler de Christophe. C’était la première fois qu’elle y arrivait depuis… Elle retraça leur rencontre, leur vie commune de trois ans, le mariage et, ce qui était le plus dur, l’accident… Elle avait eu du mal à commencer mais maintenant elle ne s’arrêtait plus. Au fur et à mesure qu’elle parlait, elle avait l’impression qu’un poison sortait progressivement d’elle.
« Il avait oublié mon casque et m’a donné le sien. Je n’aurais jamais dû accepter… A l’heure qu’il est, il serait encore vivant…
- Oui et il serait effondré parce que, maintenant, il saurait que sa fiancée et son enfant seraient mort. En vous protégeant, il a également, sans le savoir, sauvé son bébé. Vous n’êtes plus seule maintenant, c’est pour lui aussi qu’il faut vous battre. Cet enfant c’est le dernier cadeau qu’il vous a laissé, ne l’oubliez pas. »
Les paroles de Christine agissaient comme un baume bienfaisant et elle sentit la force et le courage lui revenir.
« Bon, reposez-vous un peu. Maintenant il va falloir vous économiser un peu. »
La mère de famille sortit, laissant la jeune femme qui s’endormit peu après.

(... à suivre)

chapitre 6

Posté le 01.02.2008 par lesromansdelara
Chapitre 6

Au fil de l’eau



Les radeaux se mirent à descendre doucement la rivière en suivant le courant. Les hommes les guidaient à l’aide de gaffes confectionnées avec des roseaux. Même chargés, ils se dirigeaient admirablement bien. Pour une fois, tout s’était bien déroulé. La nuit avait été calme et ils avaient pu embarquer assez vite après le lever du soleil. La perspective de l’élection semblait avoir calmé tout le monde et, depuis le début de la matinée, aucune dispute ne s’était élevée entre eux. Du coup, ils avaient été efficaces et organisés, ce qui leur avait fait gagner pas mal de temps.
Ils avaient construit trois radeaux. La famille Méchaleux s’était installée sur le premier avec une partie du matériel. Pierre prit l’autre partie et embarqua avec Arnaud, Nina, Marius, Apolline et le clochard. Enfin, Bernard guidait l’embarcation où prit place Maud, Alix et les trois malades.
Très vite, ils constatèrent qu’ils avaient eu raison de choisir la voie aquatique. Les rives ne dévoilaient qu’un amas inextricable d’arbres, de ronces et de fourrés. En voyageant sur la rivière, ils évitaient beaucoup de peine et d’efforts. Cependant, d’un commun accord, ils naviguaient près du bord afin de pouvoir freiner et s’arrêter si des obstacles imprévus se présentaient. Ils n’étaient pas à l’abri de se trouver pris dans des rapides ou de heurter des rochers affleurants.
Mais, pour le moment, la navigation se faisait tranquillement. La rivière était calme, les arbres formaient un dôme au-dessus d’eux les protégeant du soleil. Le seul inconvénient c’était que les moustiques les harcelaient.
« Sales bêtes ! grogna Nina en écrasant un insecte. Ils vont nous pomper tout notre sang si ça continu !
- Je vous ai expliqué comment vous en protéger, répondit Marius.
- Si vous croyez que je vais me barbouiller de votre infâme bouillie, vous vous mettez le doigt dans l’œil ! »
En effet elle avait eu une discussion avec le vieil homme avant de partir. A son grand dégoût, elle l’avait vu appliquer de la boue sur ses bras et son visage. Il lui en avait proposé mais elle avait décliné l’offre. Par contre, les autres avaient accepté. Il est vrai que cela donnait un drôle de cachet au groupe ! Ils avaient l’air de ne pas s’être lavés depuis des années, mais le moyen était efficace. Même s’ils étaient encore un peu importunés, cela n’était rien comparé au petit nuage d’insectes qui se promenait autour du mannequin.
Sur le radeau des blessés, le voyage sur la rivière était plus particulièrement apprécié. Les malades étaient transportés avec douceur et il n’avait pas était nécessaire de les endormir. Ils n’étaient pourtant pas en très bonne forme. Avec l’humidité ambiante, leurs blessures s’étaient infectées et ils avaient l’air d’avoir beaucoup de fièvre. Les cataplasmes de feuilles d’acanthe leur avaient fait du bien mais ils restaient très faibles.
Le mieux nanti était le dernier en date, l’homme alcoolique. Depuis qu’ils étaient partis, malgré la douceur du mode de transport, il n’arrêtait pas de vomir.
« Vous êtes malade ? lui demanda Maud.
- Ouais ! Je suis allergique à l’eau sous toutes ses formes. Rien que d’en voir autant autour de moi ça me fait gerber.
- Tenez, prenez toujours ça ! lui proposa Alix.
- Qu’est-ce que c’est encore ? demanda-t-il brusquement. Si c’est une de vos tisanes de je-ne-sais-quoi, vous pouvez vous la mettre où je pense !
- Non, ce n’est pas de la passiflore, c’est du jus de citron. C’est très bon pour ce que vous avez. Je le pose là, vous en prenez si vous voulez, mais arrêtez de dire des insanités parce que je vous signale qu’une jeune fille vous écoute !
- Mais foutez-moi la paix ! Je ne vous ai rien demandé ! »
Ce gars commençait à lui taper sur les nerfs. Il était malade d’accord, mais ça n’était pas une raison pour être aussi désagréable. Elle posa le jus de citron et lui tourna le dos en s’asseyant prés de Maud.
La jeune fille lui avait paru bien silencieuse depuis la veille et Alix voulait essayer de discuter avec elle. Avant le crash, vu les fonctions de son père, elle avait du être habituée à une vie de luxe et de paillettes un peu comme Nina. Contrairement au mannequin, elle ne s’était jamais plainte des conditions de vie et avait l’air au contraire de bien s’y faire. Elle ne rechignait jamais à la tâche et, jusque là, elle semblait tenir le coup. Peut-être avait-elle maintenant un coup de cafard et, dans les conditions actuelles il valait mieux s’en occuper de suite.
« C’est plus agréable de se promener ainsi que de se frayer un passage dans la jungle, pas vrai ?
- Oui » soupira l’adolescente.
Elle regarda l’infirmière avec des yeux tellement tristes que celle-ci se devina immédiatement qu’il y avait autre chose qu’un simple coup au moral.
« Est-ce que tu va bien ? »
La jeune fille regarda son père qui était en train de discuter avec les autres passagers de son radeau.
« Tu sais ce qu’il est en train de faire ? » demanda-t-elle à l’infirmière.
Celle-ci, un peu surprise de la question, observa Pierre. Il guidait le bateau et, en même temps, semblait capter l’attention de son auditoire.
« Non. Qu’est ce qu’il leur raconte ?
- Il fait sa campagne.
- Quoi ?
- Il fait sa campagne pour le vote de ce soir. »
Maud se mit à pouffer d’un rire douloureux.
« Depuis toute petite j’ai toujours vu mon père faire campagne. Un coup pour les municipales, une autre fois pour les cantonales, les régionales ou les législatives. Il y a toujours des élections très importantes. Quand ma mère est morte, je me suis retrouvée en pension. Quand il est devenu ministre ça a été pire. Je me suis mise à le voir plus à la télévision qu’en réalité. Quand j’arrivais à être un peu avec lui, nous étions toujours entourés de gardes du corps ou de journalistes. Les vacances étaient truffées de meetings, de rencontres avec des tas de gens importants. Jamais je n’ai eu un moment pour être simplement avec lui. Tout est occasion de peaufiner son image. Au collège mes copines étaient jalouses. C’est vrai que j’avais tout ce que j’aurais pu désirer sauf la seule dont j’avais vraiment besoin : la présence de mon père. »
L’adolescente s’arrêta la gorge nouée.
« Tu as dû être contente quelque part que nous nous soyons écrasé ? demanda Alix.
- Contente est un grand mot, mais c’est vrai que j’ai vite vu les bénéfices secondaires que je pouvais tirer de la situation. Plus de journalistes, plus de gardes du corps…
- … Plus d’élections ? …
- Je le croyais oui… Quand hier, Monsieur Méchaleux a commencé à parler de son idée, les yeux de mon père ont commencé à briller. J’avais l’impression que le ciel me tombait sur la tête. Depuis que nous sommes ici, j’ai passé plus de temps avec mon père que durant toute ma vie. Et voilà que les élections nous rattrapent… »
En effet la campagne battait son plein sur l’autre radeau. Le ministre était réputé dans l’art du discourt. Durant ses trois ans au gouvernement il avait réussi à rester très populaire car il arrivait toujours à tout retourner en sa faveur.
« Ton père a ça dans la peau tu sais. Où que vous soyez, il en reviendra toujours à sa passion de la politique, tu ne le changeras pas.
- Mais je ne veux pas qu’il abandonne ! Au fond, je suis plutôt fière de lui… J’aimerais juste qu’il me donne un peu plus d’attention.
- Soit patiente, tu arriveras sûrement à lui faire comprendre. Il t’aime à sa façon… Oh ! Mais qu’est-ce qu’il se passe ? »
L’eau avait brusquement envahit le radeau. Trop absorbées par leur discussion, elles n’avaient pas fait attention à la manœuvre en cours. Une grosse pierre leur barrait le chemin et ils durent, pour la contourner, se porter au milieu de la rivière. Les radeaux étaient assez solides pour risquer cela malgré le courant qui était assez fort.
Ils étaient arrivés au centre du cours d’eau quand, brusquement, les planches du radeau se mirent à jouer et à laisser passer l’eau. C’est ce qui avait provoqué l’exclamation d’Alix.
« Qu’est-ce qui se passe ? cria Richard qui avait entendu l’infirmière.
- Le radeau prend l’eau ! répondit Bernard.
- Maud, Alix, mettez-vous au centre, nous arrivons ! » hurla Pierre.
L’embarcation s’enfonçait dangereusement. Les deux autres radeaux essayèrent de se rapprocher. Alix et Maud entraînèrent les blessés au milieu car les bois extérieurs se détachaient un par un. Le courant les entraînait rapidement.
« Bernard ! Essayez de vous approcher du bord ! cria Arnaud.
- C’est ce que j’essaye de faire ! Il devient indirigeable ! »
En effet le radeau se réduisait maintenant à deux troncs. S’ils tombaient à l’eau les remous, qui devenaient de plus en plus importants, ne laisseraient pas beaucoup de chances aux blessés. Maud et Alix essayaient de les maintenir le mieux possible mais, dans une minute tout le monde boirait la tasse. L’embarcation des Méchaleux se plaça devant eux en aval.
« Maud tu sais nager ? demanda l’infirmière.
- Oui.
- Saute alors ! Laisse-toi porter par le courant, il te mènera directement vers Richard et Christine.
- Et toi ?
- Ne t’inquiète pas ! Bernard et moi te suivons avec les blessés. Allez dépêche-toi maintenant ! »
L’adolescente s’exécuta et, malgré les remous, fut bientôt arrivée à bon port. Christine l’aida à monter sur leur embarcation.
« Bon, à vous, maintenant ! dit Alix en s’adressant à l’alcoolique.
- Ca ne va pas non ? Vous ne croyez pas que je vais me tremper là-dedans ?
- De toute façon nous allons finir à l’eau, alors autant que ce soit au moment choisis !
- Il n’en est pas question !
- Mais dépêchez-vous donc ! intervint Bernard. Sinon nous allons tous couler !
- Foutez-moi la paix et allez au diable !
- Laissons-le et portons les blessés. Alix allez ! Vous ne pouvez rien pour lui ! »
Ils se jetèrent à l’eau, chacun portant un malade. Le courant était de plus en plus fort et les remous devenaient de véritables vagues. En temps normal il leur aurait déjà été difficile d’y arrive, mais en portant des gens qui n’avaient pas la force de nager, c’était pratiquement impossible. Les autres étant en aval ne pouvaient pas les aider. Ils se heurtaient à des pierres, coulaient remontaient, se battant avec l’énergie du désespoir. Bernard se cogna violemment sur une pierre et dû lâcher la personne qu’il tenait. Elle fut récupérée par Pierre mais sa tête ayant frappé le rocher, elle n’avait pas survécue. L’homme d’affaire, quant à lui, réussit à s’accrocher à la gaffe que Richard lui tendit quand il passa devant le radeau. Il l’attrapa in extremis. Il arriva épuisé sur l’embarcation.
Pendant ce temps, l’infirmière se battait avec l’énergie du désespoir pour arriver à ramener son blessé sain et sauf. Mais elle commençait à s’épuiser et coulait de plus en plus souvent.
« Alix ! Laisse-le ! cria Arnaud. Vous allez vous noyer tous les deux ! »
Elle entendait bien les cris des autres mais ne voulait pas baisser les bras. Christophe était déjà mort à cause d’elle et il n’était pas question de laisser ce gars se noyer. Elle était à mi-chemin entre les deux radeaux quand quelque chose accrocha l’homme qu’elle portait, l’attirant vers le fond. Elle coula avec. La dernière chose qu’elle pensa avant de sombrer c’est que cette fois elle n’avait pas abandonné une personne en danger de mort.


Alix se réveilla avec l’impression d’étouffer. Elle sentit qu’on lui soufflait dans les poumons ce qui était plus que désagréable. Quelqu’un la retourna sur le côté et elle vomit, toussa, recrachant l’eau qu’elle avait avalée. Puis, elle resta inerte essayant de reprendre son souffle.
« Ca ira maintenant ! » fit une voix qu’elle ne connaissait pas.
Elle se retourna et vit qu’elle était sur la terre ferme. Tout le monde fixait l’homme alcoolique avec un drôle d’air. Alix le regarda avec surprise. On aurait dit un autre homme. Il avait abandonné sa mine renfermée et bourrue. Ses yeux étaient perçants, ferme, ses gestes sûrs comme répétés des milliers de fois. Cela dura un millième de seconde mais c’était comme si la carapace s’était ouverte un instant laissant apparaître l’homme qui s’y enfermait. Alix fut éblouie de la puissance et en même temps de la douceur qui s’en dégageait. Mais, ce qui la toucha le plus, était l’immense détresse qui semblait se dégager de lui à ce moment. Cette souffrance raisonna profondément en Alix comme un écho de la sienne.
L’instant de grâce passa. Telle une porte qui se referme sur la lumière ce fut comme si quelque chose s’éteignit quand il se retourna brusquement et alla s’asseoir plus loin.
« Le blessé ? demanda brusquement la jeune femme en essayant de se relever.
- Ne bouge pas, fit Christine. Tu as fait ce que tu as pu. Sans l’intervention de Paul tu te serais noyée aussi.
- Paul ? Noyé aussi ?… Il est mort ?
- Oui, on n’a pas pu le ranimer.
- C’est qui Paul ?
- Lui ! » répondit Christine en montrant la silhouette du clochard. La jeune femme réalisa qu’il était trempé, lui aussi.
Finalement, il avait fini par plonger pour aller la chercher. Il avait réussi à regagner la rive avec elle mais n’avait rien pu faire pour l’homme qui était coincé sous l’eau.
« Où est-ce que l’on est ?
- Sur les rives de la rivière. Nous avons dû accoster parce que les radeaux n’ont pas résistés au poids. Nous les avions conçus pour cinq personnes et du matériel. Quand le vôtre a cédé le transfert de poids sur les autres les a achevés. »
L’infirmière regarda les débris de leurs embarcations. Les hommes essayaient déjà de voir ce qu’ils pouvaient faire avec. Il fallait absolument en reconstruire d’autres car le voyage par la terre était vraiment trop compliqué.
« Et le feu ?
- Nous avons pu le sauver. »
La jeune femme poussa un soupir de soulagement. Ils l’avaient transporté sur le radeau des Méchaleux, dans un bout de carlingue. S’il avait été mouillé cela aurait été une catastrophe. Elle se releva et se dirigea vers le feu pour se sécher. Le feu pétillant lui fit du bien et peu après elle se sentit mieux.
Paul, lui aussi, devait avoir besoin de se réchauffer un peu. Elle alla s’asseoir auprès de lui. Il fit celui qui ne voyait rien.
« Je voulais vous remercier, vous m’avez sau…
- Ce n’est pas nécessaire ! coupa-t-il. Faut pas vous sentir
obligée.
- Paul, je ne le suis pas. Je voulais juste vous proposer de venir près du feu.
- Ca n’est pas parce que je vous ais repêchée qu’on va faire ami-ami. Comment vous m’appeliez quand vous étiez entre vous ? Le clochard, l’alcoolique…
- Oui, admit la jeune femme. Mais vous ne nous avez pas donné l’occasion de vous approcher non plus. Vous ne nous avez même pas donné votre prénom.
- Ecoutez, je n’ai pas l’intention de rentrer dans votre groupe. Je suis tranquille tout seul et j’ai l’intention de le rester. Il vaut mieux être seul que mal accompagné.»
Alix soupira et se leva. Elle avait l’impression de savoir exactement ce qu’il ressentait.
« Je ne crois pas que vous soyez tranquille, ajouta-t-elle avant de partir. Vous n’êtes pas seul, vous êtes face à vous-même, a vos souffrances, à vos démons. Puis que vous aimez les citations méditez celle-là : un homme seul est toujours mal accompagné. »
Et elle tourna les talons. Il la regarda partir. Son sourire, sa façon de parler, même ses colères réveillaient de vieux sentiments qu’il croyait enterrés à jamais au plus profond de lui-même. Il les étouffa brusquement. Non ! Il ne fallait pas risquer de souffrir. Il ne le supporterait pas une nouvelle fois. Il se leva et se mit encore plus à l’écart, le temps qu’ils puissent repartir.


La nuit était belle. C’était une chance pour eux car ils n’avaient pas pu trouver d’abri. Les arbres laissaient apparaître de grands pants de ciel et Bernard, qui était de garde pour surveiller les alentours, pouvait apercevoir des myriades d’étoiles. Cela lui rappelait son enfance. Son père était passionné d’astronomie et les emmenaient souvent, son frère et lui observer le ciel. Il connaissait alors toutes les constellations par cœur ainsi qu’un bon nombre d’étoiles. Combien cela faisait-il de temps qu’il ne les avait plus regardées ? Depuis l’école de commerce au moins. Ensuite, il n’avait plus cessé de travailler, pour avoir ses concours d’abord, puis pour faire vivre sa famille. Ses affaires lui prenaient toute son énergie et maintenant qu’il ne les avait plus, il ressentait un grand vide. Que deviendrait son entreprise s’il restait trop longtemps absent ? Elle serait sûrement rachetée par un grand groupe. Peut-être ne serait-elle bientôt plus française. C’était le travail de toute sa vie qui risquait de s’envoler et cela le tourmentait depuis qu’ils étaient coincés dans cet endroit. C’est pour cela qu’il était aussi désagréable avec les autres. Son impuissance le rendait furieux.
Mais ce soir, en regardant les étoiles scintiller, il s’apercevait qu’un vide plus grand se faisait dans son cœur. Que faisait Marlène à l’heure qu’il est ? Les enfants étaient couchés maintenant et peut-être pleurait-elle toute seule, le croyant mort. Elle avait l’habitude de la solitude la pauvre. Il avait passé si peu de temps avec elle depuis leur mariage. La naissance de Théo et de Thomas n’y avait rien changé. Il était tellement occuper à prouver à son beau-père qu’il avait eu raison de lui confier son entreprise, qu’il n’avait pas vu ses enfants grandir.
Pauvre Thomas, pour ses dix ans il n’aura eu que la nouvelle de la mort de son père. Joyeux anniversaire petit ! Il réalisa soudain qu’il n’en avait passé aucun avec lui. Bien sur, à chaque fois il envoyait des cadeaux mais… Il avait brusquement pris conscience que rien ne remplaçait un père quand il avait surpris des bribes de la conversation entre Maud et Alix cette après-midi. Il avait alors réalisé la douleur que pouvait éprouver un enfant, privé de son père durant les moments les plus importants de sa vie.
Il voyait vaguement les monticules des tombes dans lesquelles ils avaient enterré les deux personnes qui s’étaient noyées dans l’après-midi. Peut-être que lui aussi il finirait bientôt sa vie sur cette île sans revoir les siens, sans pouvoir leur dire à quel point il les aimait. Alors seul sous les étoiles il fit ce qu’il n’avait plus fait depuis si longtemps : il pleura.


Ils avaient passé deux jours sur les rives de la rivière et étaient heureux de pouvoir en partir. Certes la nourriture y était abondante et l’eau potable à volonté, mais le manque d’abri ne les rassuraient pas. Bien qu’ils n’aient pas vu l’ombre d’une bête sauvage jusque là, il n’était pas prudent de rester plus longtemps que nécessaire coincés entre l’eau et la jungle, sans retraite possible en cas d’une éventuelle attaque. Ils s’étaient donc occupés de récupérer ce qui pouvait l’être des anciens radeaux pour en construire d’autres. Cette fois-ci, ils avaient doublement fixé toutes les planches pour qu’elles ne se détachent pas à nouveau.
Tout le monde semblait être satisfait des nouvelles embarcations sauf Alix, même si elle s’efforçait de ne pas le montrer. Comme il n’y avait plus de blessés dont elle doive s’occuper, elle avait pu aider les autres à les reconstruire. La première tâche avait été de récupérer les restes des premières et de couper des troncs pour compléter ce qui avait été emporté par la rivière. Cela lui faisait du bien de travailler un peu. Elle avait du mal a accepter qu’elle ait pût laisser quelqu’un se noyer. Pour elle, l’histoire se répétait et y penser lui était insupportable.
La jeune femme était en train de regarder s’il y avait des morceaux récupérables quand elle aperçut, derrière un rocher, un pan entier du radeau qui les avait lâchés si traîtreusement. De rage, elle lui donna un coup de pied. Comme il était en équilibre sur les cailloux, il tomba en se retournant. Ce qu’elle vit alors lui coupa le souffle et elle dut s’asseoir, ses jambes ne la portant plus. Toutes les lianes enserrant les troncs étaient partiellement cisaillées. Cela ne pouvait pas se voir quand le radeau était à l’endroit mais, au moindre remous, une ou plusieurs attaches pouvaient facilement céder. Les entailles étaient si nettes qu’elles ne pouvaient avoir été faites que par la main de l’homme.
Elle repassa alors dans sa tête tous les incidents qui s’étaient produits depuis leur naufrage. La découverte de la bombe prouvait que le crash n’était pas un accident. Quelqu’un avait voulut que cet avion explose en vol pour éliminer soit tout le monde, soit un seul d’entre eux. Il était, en outre, très peu probable que la personne qui ait saboté l’avion y soit resté. Sauf si c’était un type qui soit prêt à mourir pour mener à bien sa mission.
La suite des évènements semblait confirmer que ce gars était encore vivant et près à terminer son travail. En effet, à bien y regarder, l’incident de la grotte enfumée pouvait bien être une tentative de meurtre. Elle avait eu le tort de parler de la racine de poivrier et de ses pouvoirs anesthésiants devant tout le monde et le lendemain, Marius n’avait pas retrouvé sa réserve. Il était à parier que tout avait été mélangé à la nourriture ou à la boisson. Comme c’était blanc et assez amer, Alix pensa à la tisane du soir que leur avait servit Apolline. Elle était constituée de tellement d’herbes et d’aromates que le reste était passé inaperçu. Soudain, elle se mit à soupçonner le vieux couple. Après tout ils savaient manier les herbes et, vu leur âge ils faisaient des kamikazes idéaux. Par contre, elle doutait qu’ils aient eut la force de retourner les embarcations pour couper les lianes. De plus ils connaissaient des tas de plantes vénéneuses et auraient pu sans problème depuis longtemps empoisonner tout le monde en en mélangeant à la nourriture.
En y pensant bien, tout le monde pouvait être dans la liste des saboteurs potentiels. A part pour le cas du ministre qui était assez connu, et Nina qu’elle avait aperçue dans des magazines, on ne savait des autres que ce qu’ils avaient bien voulu en dire. Qui disait que Bernard était bien un homme d’affaire ? Il était antipathique et colérique. En plus pour quelqu’un qui grattait du papier à longueur de temps elle le trouvait plutôt habile de ses mains.
Et que dire d’Arnaud ? Il était plus sympathique mais ne dévoilait rien sur sa vie passée. Elle avait passé le premier jour avec lui à creuser des tombes et à chaque fois qu’elle lui avait posé des questions, il les avait habilement éludées. Il était jeune, ne portait pas d’alliance et semblait volontaire. Là aussi c’était le parfait portrait d’un kamikaze.
Elle rangea aussi Richard dans les tueurs potentiels. Après tout c’était toujours celui qu’on ne soupçonnait pas. Qui pouvait avoir des doutes sur ce parfait père de famille ? En y pensant bien, il paraissait même un peu trop lisse. Les Mèchaleux était une famille parfaite. Des enfants adorables, des parents formant un couple modèle. On aurait dit la famille Ingalls de ‘la petite maison dans la prairie’. Sauf que des gens comme cela ne se rencontraient qu’à la télévision. Oui, à bien y penser tout le monde était suspect. Par exemple, avait-on déjà vu un clochard dans un avion en première classe ? Et ce papy qui se faisait tellement discret qu’on finissait par l’oublier ?
Mais pourquoi tant d’acharnement ? Les moyens déployés devaient être en phase avec l’importance de la cible. Peut-être que tout le monde était visé. Si la personne en question avait l’intention de faire sauter l’avion et ses passagers, elle n’avait pas intérêt à rentrer chez elle sans y être parvenu. Si on prenait l’hypothèse qu’une seule personne était visée, elle devait être d’importance si on pensait que le tueur était prêt à éliminer tout le monde, y compris lui-même pour parvenir à ses fins. Il y avait quand même trois personnes dans l’avion qui réuniraient ces critères.
Pierre de Distrac d’abord. Ministre, homme de pouvoir, en tête de tous les sondages pour les élections présidentielles. Il s’était aussi élevé contre le crime organisé, l’esclavage moderne et la vente de drogue. Cela lui avait valu beaucoup d’ennemis dans le milieu. Que la pègre ne veule pas qu’il accède à la présidence serait un motif assez puissant pour justifier tous les évènements qui les avaient frappés jusqu’à maintenant.
Bernard Veylan, quant à lui brassait des millions ce qui pouvait lui attirer pas mal de jalousies. De plus, les récentes délocalisations de ses entreprises lui avait valu des rancunes tenaces. Il y aurait pas mal de personnes qui profiteraient de sa mort.
Nina enfin était en bonne passe de devenir top modèle. Son succès était en train de détrôner certaines de ses collègues, ce qui allait coûter beaucoup d’argent à certaines grandes agences de mannequins. Là aussi, sa mort ne serait pas une catastrophe pour tout le monde.
« Ben qu’est-ce que tu fais ? On te cherche partout ! »
Alix sursauta. C’était Maud qui la regardait, l’air un peu interloqué.
« Rien, répondit l’infirmière, j’ai trouvé une grande partie de radeau. Je pense qu’on va pouvoir s’en servir. Appelle les autres. »
Maud partit battre le rappel laissant le temps à Alix de se reprendre.

( à suivre ...)

Chapitre 7

Posté le 22.02.2008 par lesromansdelara
Chapitre 7

La grotte


La rivière s’élargit soudain et ses rives firent place à celles d’un lac. Le reste du voyage s’était passé sans incident notable. Ils avaient réussit à reconstituer deux radeaux un peu plus grands que les précédents et, surtout, nettement plus solides. Apparemment, personne d’autre qu’Alix n’avait remarqué quoi que ce soit de suspect. Celle-ci avait soigneusement gardé pour elle ses constatations. Maintenant elle n’avait plus confiance en personne. Elle avait toutefois décidé de ne rien laisser paraître mais de se méfier des suspects et d’essayer, autant que possible, de veiller sur les victimes potentielles.
Ils accostèrent sur les rives du lac. Celui-ci était assez étendu mais l’ensemble de ses contours étaient visibles. En face d’eux, une mince bande de terre séparait le lac de la mer. Après un bref conseil, ils décidèrent de se diriger par-là. S’ils arrivaient à trouver un abri pour résider dans ce coin ils auraient à la fois les avantages de l’eau douce et ceux de la mer. De plus, ils seraient au meilleur endroit possible pour apercevoir un éventuel bateau qui passerait dans les parages.
Ils se dirigèrent donc vers l’océan, en longeant la rive droite du lac. Cela les rallongeait certes un peu mais ils ne voulaient pas prendre de risques après les mésaventures de la rivière. Mais les radeaux se comportèrent remarquablement bien et, vers la fin de l’après-midi, ils arrivèrent à bon port.
Ils abordèrent sur une prairie herbeuse qui se terminait brusquement en falaises rocailleuses. Le paysage était magnifique. En contre-bas se déroulait une plage de sable fin bordant un lagon d’eau turquoise. Celui-ci se prolongeait sur une vingtaine de mètre en partant de la plage et se terminait par un petit ban de sable où poussaient curieusement trois palmiers.
« La voilà ta plage paradisiaque ! fit malicieusement Alix à Thibaut.
- Chic ! On va pouvoir se baigner ! s’exclama Mélanie.
- Oui, mais pour y arriver, il va falloir trouver un moyen de descendre ! »
En effet la prairie décrochait brusquement et c’était un véritable mur de trente mètres de haut qui les séparait de la plage et aucun chemin ne semblait y accéder.
« De toute façon le problème n’est pas là pour l’instant, décréta Bernard. Il vaudrait mieux chercher un abri pour la nuit. »
Ce n’était pas dit de façon très sympathique mais, même Pierre dû avouer qu’il avait raison. Mais, là aussi, la tâche allait s’avérer difficile. La prairie s’étendait tout le long de la rive et rien ne laissait penser qu’ils pourraient trouver un endroit où se réfugier.
« Finalement, peut-être qu’en descendant vers la mer nous trouverions un trou dans la falaise ou quelque chose comme ça, suggéra Arnaud.
- Oui, mais alors il faut faire vite car la nuit ne va pas tarder à tomber et il ne serait pas prudent de se déplacer dans l’obscurité, fit Richard.
- Allons-y alors, répondit Bernard.
- Attendez, fit Christine. Les enfants sont fatigués. Il vaut mieux qu’ils restent là.
- Mais maman, je veux aller à la plage aussi !
- Ne t’inquiète pas ma chérie, si nous trouvons un abri nous reviendrons vous chercher.
- Je pourrais peut-être rester avec eux, proposa Maud.
- Merci de veiller sur eux, fit Christine.
- Bon, on peut y aller maintenant ? demanda Bernard avec un brin d’impatience.
- Oui, allons-y ! » approuva Nina.
Et ils se séparèrent, formant deux groupes partant dans les deux directions opposées. Les premiers qui trouvaient quelque chose faisait signe aux autres.


Thibaut regarda partir ses parents avec un pincement au cœur. Encore une fois lui et sa sœur restaient en arrière. A chaque fois qu’il y avait quelque chose de palpitant à faire comme une exploration par exemple, il ne pouvait jamais y participer ! C’était à se dégoûter d’être un enfant !
Maud qui devina ce qui se passait dans la tête du petit garçon essaya de faire diversion.
« Qu’est-ce que vous diriez si on s’amusait un peu ? A quoi vous voulez jouer ?
- A trap-trap ! fit Mélanie avec enthousiasme.
- Oh non ! Pas encore ! C’est un jeu de bébé ! s’exclama son frère.
- Et à quoi tu veux jouer ? Au Monopoly peut-être ?
- Très drôle ! »
C’était le jeu préféré de Thibaut. Mélanie n’aimait pas y jouer parce qu’elle perdait tout le temps. Mais, au moins, sur cette île il n’y avait pas de risques qu’ils y jouent ! Le petit garçon se fit un peu tirer l’oreille mais finit par accepter l’idée de sa sœur.
« Bon, c’est toi qui t’y colle ! » dirent les deux enfants à Maud. Et ils commencèrent à s’amuser.


Richard partit reconnaître ce qui avait l’air d’être une trouée dans le mur. Il s’approcha prudemment du rebord et se retourna, l’air très satisfait.
« Venez, on peut descendre par-là ! »
Christine, suivie de Pierre, Papy, Marius et Apolline se rendirent auprès de lui. En effet, un chemin semblait se dessiner dans les rocailles, sûrement par l’effet de l’écoulement des eaux de pluie.
« Eh bien ! constata Marius, vu l’état de ces pierres, les précipitations doivent être diluviennes par ici.
- C’est sur que si le mauvais temps est à l’image de la tempête qui nous a précipités sur cette île, nous avons intérêt à trouver un abri avant la saison des pluies ! fit Alix.
- Eh, revenez ! Qu’est-ce que vous faîtes ? » s’écria Richard.
En effet, Marius s’était engagé sur le chemin sans attendre personne.
« Comme c’est intéressant ! » fit le vieil homme en se baissant. Il se releva en montrant à Apolline une petite fleur mauve.
« Ca alors, s’exclama-t-elle. Qui s’attendrait à en trouver là ?
- Et il y en a des tas ! »
Pendant que les deux vieux, ravis, faisaient leur cueillette les autres se regardaient un peu interloqués.
« Qu’avez-vous encore déniché ? demanda Christine.
- Un petit trésor : du Fénugrec.
- C’est très bien mais… ça sert à quoi ? fit Alix.
- A pas mal de choses, répondit Marius. En cataplasme c’est excellent contre les abcès et en infusion, c’est un très bon fortifiant. Mais, dans notre cas, sa principale qualité est de réguler le diabète.
- C’est une très bonne nouvelle pour Arnaud ! constata Richard. Mais pourquoi avoir l’air surpris qu’elle pousse dans les cailloux.
- Dans les cailloux c’est normal, expliqua Apolline. Mais, c’est une plante qui pousse normalement sur les bords de la méditerranée. C’est bizarre d’en trouver en plein océan pacifique.
- Bizarre mais une belle aubaine ! s’exclama l’infirmière.
- Bon, je ne veux pas vous presser, coupa Pierre, mais je vous rappelle que nous sommes sensés trouver un abri avant la nuit.
- Vous avez raison ! approuva Richard. Continuons ! »
Ils allaient repartir quand Christine les arrêta.
« Attendez ! Ce n’est pas des cris que nous entendons ? »
Ils écoutèrent. En effet des hurlements se faisaient entendre.
« Les enfants ! Richard ce sont les enfants ! » s’exclama Papy qui avait perdu son habituelle réserve et son air toujours un peu rêveur.
Christine Méchaleux se mit à courir suivit de près par Alix et Pierre. Malgré son inquiétude, Richard prit le temps d’aider Papy qui avait du mal à courir.
« Il ne faut pas m’attendre voyons ! protesta celui-ci.
- Pas question ! Allez vite ! »
Quand ils arrivèrent, ils trouvèrent les autres regroupés autour des enfants.
« Thibaut, Mélanie, ça va ?
- Oui maman, mais Maud a disparu ! répondit le petit garçon.
- Comment ça disparu ? fit Pierre, très angoissé.
- On jouait à trap-trap, commença sa sœur. Maud nous poursuivait et nous avons couru vers le but.
- Oui et quand nous nous sommes retournés… elle n’était plus là » finit Thibaut en regardant Alix d’un air de reproche.
Tout le monde se mit à ratisser la prairie, ce qui était assez facile car elle était d’une étendue relativement restreinte. Arnaud poussa jusqu’au lac et entra même dans l’eau, pendant que Pierre se penchait avec angoisse au-dessus de la falaise. Mais leurs recherches et leurs appels restèrent vains. Alix, elle, avait fort à faire avec Thibaut.
« Mais non ! On va la retrouver, voyons ! Et ne raconte surtout pas tes histoires d’enlèvement devant Pierre !
- De quoi parlez-vous donc ? coupa Richard en regardant son fils avec insistance.
- Ton fils est juste très inquiet pour Maud.
- Oui, comme tout le monde, répondit Richard en regardant les autres chercher la jeune fille. Bon Dieu ! Elle ne s’est quand même pas volatilisé quand même !
- Bon, reprenons au début, fit Alix. Où étiez-vous quand vous l’avez aperçue pour la dernière fois ?
- Ici.
- D’accord, dit l’infirmière. Je fais Maud. Toi et ta sœur où êtes-vous allé ensuite ?
- Vers la falaise. Le but était au bosquet et Maud nous a poursuivis.
- Bon, refait les gestes que vous avez faits tous les deux », continua Richard qui commençait à comprendre où voulait en venir la jeune femme.
Thibaut courut vers la falaise en faisant des zigzags pour éviter de petits buissons qui, bien qu’au raz du sol, étaient trop haut pour ses petites jambes. Alix se mit à la place de la jeune femme. Elle était à peu près de sa taille et elle pouvait facilement rattraper les enfants en coupant tout droit. Alix se mit donc à marcher en ligne droite suivie de près par Richard.
Elle était en train de sauter le quatrième buisson quand elle constata qu’il avait quelque chose de bizarre. Trop tard… Elle sentit le sol manquer sous ses pieds et eu l’impression de passer dans une machine à laver. Elle se mit en boule par réflexe et s’arrêta de tomber une seconde après. Elle eut un peu la nausée et la tête qui tourne mais ne s’étaient pas blessée. Elle se retrouva dans le noir, seule une lumière venant du chemin par lequel elle était descendue semblait filtrer.
« Alix ! Alix ! Tout va bien ? » C’était la voix de Richard.
« Ca va, je vais bien ! Maud est ici ! »
En effet, ses yeux s’accoutumant à l’obscurité, elle se rendit compte que l’adolescente était, elle aussi prise au piége. Seulement, comme elle courait, elle était arrivée avec plus d’élan et s’était cogné la tête à la paroi opposée. Elle était inconsciente mais elle respirait normalement. Alix la mit en position latérale de sécurité et s’occupa de voir de quelle manière elles pourraient sortir de là.
« Maud ! Maud ! fit la voix de Pierre. Tout va bien ma chérie ?
- Ne vous inquiétez pas, elle va bien ! Elle s’est juste un peu tapée la tête ! »
En fait, l’infirmière ignorait tout de la gravité ou non de la blessure de la jeune fille. Elle voulait juste rassurer son père. Maintenant il était urgent de trouver un moyen de sortir de là. En examinant l’endroit, elle s’aperçut que, bizarrement la lumière filtrait aussi au travers du mur opposé. En s’approchant, elle constata qu’un boyau donnait accès à une autre cavité d’où venait la lumière du jour.
« Je distingue du jour de l’autre côté, je vais voir !
- Sois prudente ! »
Cette fois, c’était Arnaud qui conseillait la jeune femme.
Elle s’engagea dans le cours tunnel qui devait faire un mètre de long et prit pied dans l’autre alvéole rocheuse. Elle n’en cru pas ses yeux…
Elle était dans une grande grotte dont le plafond, assez haut, s’ornait de stalactites multicolores. C’était magnifique. Mais le plus ahurissant était que le mur donnant sur la mer était munit d’ouvertures comme s’il y avait une porte et des fenêtres. Par contre, quand elle s’approcha, elle s’aperçut que ces issues donnaient directement sur la falaise qui plongeait à pic sur la plage. Il ne fallait pas compter pouvoir sortir par-là. Elle continua l’exploration et elle alla de découvertes en découvertes. Plusieurs autres cavités s’ouvraient autour de la première. Elles étaient moins vastes mais assez nombreuses. Elle trouva un autre boyau situé dans l’alvéole située la plus à droite. Il s’ouvrait dans la paroi mais elle ne voyait pas de lumière filtrer. Il était peut-être risqué de l’explorer sans lumière mais, comme c’était peut-être le seul moyen de sortir de là, elle décida de tenter l’expérience. Alix prit sa respiration et s’enfonça dans le boyau.


« Ne te mets pas martel en tête voyons ! »
Christine essayait de réconforter Richard. Quand il avait vu Alix disparaître, il avait essayé de la rattraper mais n’avait réussi à saisir que de l’air. Certes, il avait été soulagé quand l’infirmière lui avait répondu mais cela ne changeait rien a l’affaire. Elle était enfermée dans cette grotte avec Maud et tout ce qu’ils avaient tenté jusque là pour les en sortir s’était révélé vain. La seul moyen était que quelqu’un tente de descendre à son tour, ce qui paraissait franchement suicidaire.
« J’aurais bien pu me douter d’un truc comme ça voyons ! Maud avait subitement disparu… J’aurais dû marcher plus près d’elle et…
- … alors on n’aurait jamais retrouvé Maud » fit une voix derrière eux.
Ils se retournèrent brusquement, stupéfaits.
« Alix ? Mais qu’est-ce que tu fais là ?
- Il faut que je vous montre quelque chose et…
- Où est Maud ? Est-ce qu’elle va bien ? demanda Pierre.
- Ne vous inquiétez pas. J’ai trouvé un chemin accessible pour aller la chercher. Et puis j’ai une surprise ! Venez ! »
Tout le monde lui emboîta vivement le pas. Elle se dirigea vers la gauche en longeant le bord de la falaise. Arrivée à un bosquet plus touffu que les autres elle s’accroupit.
« Mais qu’est-ce qu’elle fait ? demanda Bernard.
- Je ne sais pas, répondit Nina. Elle a peut-être pris un coup sur la tête ou autre chose d’autre. »
Mais l’infirmière ignorant ces considérations, écarta les arbustes et découvrit l’entrée d’un tunnel.
« Mais c’est truffé de galeries par ici ! s’exclama Richard.
- Le terrain est calcaire, constata Marius. Les pluies tropicales en s’infiltrant ont dû attaquer la pierre.
- Oui, et elles ont tellement bien creusé que ça va devenir intéressant pour nous, fit Alix avec un air mystérieux en s’engageant dans le boyau.
- Parce qu’il faut que nous allions là-dedans ? Il n’en est pas question ! s’exclama Nina.
- Il n’y a pas de danger voyons ! J’en viens ! protesta l’infirmière en se retournant.
- Bon, ne nous énervons pas ! intervint Richard. Pierre et moi allons suivre Alix et nous vous ferons signe si le chemin est accessible pour tout le monde
- Mais voyons, il l’est ! Puis que je vous dis que j’en viens. »
Elle se retourna vers Christine et rencontra son regard qui était franchement soupçonneux. La surprise la cloua sur place. Mais qu’est-ce qui leur prenait ?
« Le chemin est peut-être facile pour toi qui es jeune et en forme, tenta d’expliquer Richard. Par contre, pour les personnes plus âgées et les enfants ce n’est peut-être pas le cas. Tu comprends ? »
Alix eut la sensation que Richard essayait de sauver la situation mais qu’il ne donnait pas la vraie raison de leurs soupçons. Une simple erreur d’appréciation ne justifiait pas la méfiance qu’elle avait lue dans les yeux de Christine.
L’infirmière adopta sa tactique habituelle. Elle fit comme si elle avait accepté l’explication et continua comme se de rien était. Cependant elle se promis d’y penser sérieusement par la suite. Pour donner un peu de crédibilité à son attitude elle maugréa un peu.
« Je suis infirmière quand même ! Quand je dis que tout le monde peut passer, tout le monde peut passer ! Même des personnes peu mobiles. »
Puis, elle s’engouffra dans le tunnel suivit des deux hommes. Celui-ci était large et descendait en pente assez douce. Il faisait de nombreux virages, ce qui expliquait qu’elle n’avait pas vu de lumière filtrer au bout. Puis il se rétrécissait un peu avant d’arriver dans la première alvéole mais ils pouvaient continuer à avancer sans se baisser. En revanche, juste avant de sortir, il était juste assez large pour laisser passer une seule personne à la fois.
« Où sommes-nous ? demanda Richard quand ils débouchèrent dans la cavité.
- Dans une des nombreuses chambres de notre future nouvelle demeure je crois bien ! fit Alix en riant de voir leur mine stupéfaite.
- Quoi ? Mais… bredouilla Pierre.
- Suivez-moi ! » répondit-elle.
La jeune femme les conduisit rapidement dans la grande salle. Elle regretta de ne pas pouvoir prendre le temps de les laisser s’émerveiller mais elle voulait s’occuper de Maud rapidement. D’ailleurs Pierre commençait à s’impatienter.
« Mais où est ma fille ?
- Par-là !» dit-elle en montrant l’autre petit boyau menant à la l’alvéole où se trouvait l’adolescente.
Ils arrivèrent rapidement de l’autre côté. Maud se réveillait et c’était bien que son père se trouve là. Il put la rassurer et, cinq minutes après, ils eurent la conviction qu’elle allait bien et qu’elle se remettrait facilement.
Puis ils allèrent chercher les autres pour les emmener à l’abri dans la grotte pour la nuit.


« Je suis d’avis de nous installer là définitivement, fit Bernard.
- Pour une fois je suis d’accord avec vous » répondit Pierre.
Ils avaient passé une excellente nuit. La sensation de sécurité qu’ils avaient ressentie dans cette grotte avait été bienfaisante. Cela ne leur était pas arrivé depuis qu’ils étaient arrivés sur l’île. En début de matinée, ils s’étaient réuni pour décider de ce qu’ils feraient ensuite. Tout le monde semblait s’accorder pour adopter définitivement cet abri. Seul Paul ne participait pas au conseil. Comme d’habitude il avait décidé de faire bande à part. Il avait difficilement accepté de rentrer dans la grotte. Ce ne fut que quand il eut l’assurance de pouvoir loger seul dans une des cavités qu’il consentit à intégrer le nouveau logement.
Seul Richard tempéra l’enthousiasme général.
« Il faudra quand même faire des aménagements pour sécuriser cet endroit.
- A quoi pensez-vous ? demanda Arnaud.
- Eh bien, par exemple, il me semble important de confectionner des portes pour fermer les entrées. Après tout, ces grottes sont peut-être des repères occasionnels pour les bêtes sauvages. Il vaut mieux parer à toutes tentatives de reprise de territoire.
- Tant que nous en sommes à faire des aménagements, fit Pierre, ce serait bien de voir si nous ne pouvons pas accéder à la plage par ces ouvertures.
- Et comment ? En parachute ? ironisa Bernard. Il y a une verticale d’au moins dix mètres avant d’y arriver !
- Pourquoi pas une échelle de corde pour commencer ? Ensuite nous verrons » proposa le ministre de trop bonne humeur pour s’énerver.
Il était doublement heureux ce matin. D’abord parce que Maud avait passé une bonne nuit et était en pleine forme, ensuite parce que les élections allaient avoir lieu dans l’après-midi. Il avait attendu ce moment-là avec impatience, mais sans perdre son temps. Il avait sondé tous les autres naufragés et était pratiquement sur d’être élu. Il allait enfin pouvoir gouverner. Pour un homme de pouvoir être à la tête d’un groupe d’une quinzaine de personne ou d’un pays entier était la même chose. C’était l’exercice de l’autorité, la mise en œuvre de ses idées, le pouvoir de décider de la direction qu’allait prendre la vie de ces hommes et de ces femmes qui l’attiraient. Tout ce dont il avait toujours rêvé ! C’était un exercice grandeur nature de ce qui l’attendait quand ils sortiraient de là : la campagne présidentielle. En effet, il croyait fermement qu’ils seraient secourus dans les plus brefs délais. Après tout, l’élection n’était qu’au printemps. Maud considérait tout cela avec une triste résignation. Même le fait qu’elle ait faillit mourir ne semblait pas avoir distrait son père de ses ambitions électorales.
Bernard les observait et s’énervait en silence. Lui-même s’était comporté de la même façon avec ses propres enfants et il n’avait plus l’occasion de leur demander pardon et de leur dire à quel point il les aimait. Ce gars, quant à lui, avait la chance d’avoir sa fille avec lui et il ne saisissait pas l’occasion de lui dire son affection. Pourtant il était évident que Maud en souffrait et la peine de l’adolescente était, pour lui, un miroir de celle de ses propres enfants. Du coup l’aversion qu’il avait ressentie spontanément envers Pierre se chargeait de plus en plus d’agressivité.
En attendant, ils furent tous distraits de leurs tristes pensées car il fallait penser à trouver à manger. Arnaud suggéra de chercher du côté de la plage. S’ils arrivaient à trouver des coquillages ou des crustacés, cela les changerait des racines et des bananes.
Ils empruntèrent donc le chemin qui descendait à la plage munis de paniers tressés par Apolline. Il était un peu escarpé mais tout le monde parvint au bout. Les enfants étaient fous de joie. Ils courraient partout et, bien sûr, demandèrent à se baigner. En moins de deux minutes, ils étaient dans l’eau.
« Si on y allait aussi ? proposa Alix.
- Nous n’avons pas le temps de nous amuser ! répliqua Bernard. Je vous rappelle qu’il nous faut trouver à manger.
- Ecoutez, fit Alix que l’attitude de Bernard commençait à énerver, depuis que nous sommes sur cette île nous nous battons pour survivre. Allons pensons un peu à nous détendre ! Cela fera du bien à tout le monde. »
La majorité approuva l’idée et, bientôt tout le monde se retrouva à l’eau en sous-vêtements sauf Bernard qui était parti chercher de la nourriture en maugréant et Paul qui ne les avait pas suivis. L’eau était chaude et transparente. Elle n’était pas très profonde et formait une immense piscine jusqu’au bord du lagon. Tout en se baignant, Arnaud pensa que ce serait une bonne idée d’accrocher un fanion de détresse sur un des palmiers du bord du lagon. De cette manière, si un bateau passait, il serait averti de la présence des naufragés sur l’île.
Nina protesta, rejetant vigoureusement l’idée :
« Ca ne va pas non ? Déjà que nous polluons cet endroit vierge jusqu’à présent de toute dévastation humaine, nous n’allons pas en plus défigurer le paysage.
- Défigurer le… mais à quoi pensez-vous ? Je vous parle de nous signaler aux secours et vous me répondez écologie ?
- Mais c’est important voyons ! Savez-vous combien de tortues meurent chaque année d’avoir avalé des sacs en plastiques ?
- Non ! Mais je ne vois pas le rapport !
- Le rapport c’est que nous n’avons pas le droit de massacrer cet endroit qui nous accueille pendant ces quelques jours.
- Ouais, et bien si nous ne nous signalons pas, nous n’allons pas y rester quelques jours mais de nombreuses années dans votre endroit paradisiaque !
- Raison de plus pour respecter l’écosystème ! » conclut-elle sur un ton qui n’admettait pas la réplique.
Arnaud tourna les talons et sorti de l’eau. De toute façon, il n’aurait pas raison, alors c’était inutile de discuter. C’était dommage pour Nina car il était un des derniers à pouvoir la supporter. Ses jérémiades incessantes et ses idées saugrenues commençaient à exaspérer tout le monde.
Le jeune homme rejoignit donc Bernard pour rechercher quelque chose de comestible. Celui-ci avait trouvé des crabes dans les rochers bordant la mer et cherchait un moyen de les attraper. Les enfants, eux se mirent à s’amuser dans le sable. Papy leur apprenait à faire des châteaux.
Marius se pencha sur l’eau, à peu près à l’endroit où se trouvaient Arnaud et Bernard.
« Vous avez trouvé quelque chose ? demanda Alix qui s’était approchée du vieil homme en le voyant chercher.
- Tout à fait ! Regardez ça ! »
Il montra fièrement une guirlande verte tout juste sortie de l’eau.
« C’est une algue ! répondit Bernard vaguement dégoutté.
- Pas n’importe laquelle ! Celle-ci a pour principale qualité de pouvoir se manger !
- Comme de la salade ? demanda l’infirmière.
- Tout à fait !
- Berk ! lança Bernard, complètement écœuré.
- Vous avez tort, répliqua le vieil homme. C’est rempli de vitamines et de sels minéraux. En plus c’est naturellement salé, ce qui ne gâte rien.
- Oui, ajouta Alix, L’iode c’est très bon pour les méninges. Ca vous évitera de dire des bêtises ! »
La jeune femme était agacée du ton que prenaient certaines personnes du groupe quand ils parlaient à d’autres. Ainsi Marius, Apolline et Paul étaient traités comme des moins que rien. Ils n’étaient dédaignés que parce qu’ils étaient vieux ou malades, deux états qui devraient, au contraire, engendrer la compassion. Au lieu de cela certains les considéraient comme des poids inutiles difficiles à supporter. A chaque fois qu’elle entendait quelque chose dans le genre elle avait envie de se mettre en colère. Mais, en même temps, elle se disait que cela ne changerait par leur attitude, au contraire. De plus, ils étaient obligés de vivre ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre et elle ne voulait en aucun cas s’attirer leur hostilité. Elle aurait du mal à la supporter. Alors, la plupart des fois, elle ne disait rien ce dont elle culpabilisait un peu. Elle se trouvait lâche de laisser insulter ces gens qui ne pouvaient pas se défendre. De temps en temps, pourtant elle se permettait de faire une remarque sur le ton de la plaisanterie pour que cela passe mieux.
Richard, quant à lui, essayait d’attraper du poisson avec une lance qu’il s’était confectionnée en bambou. Ils étaient nombreux mais, malgré cela, ils n’étaient pas décidés à se laisser piéger. Au bout d’un moment, Marius se plaça à côté de lui. Il avait laissé les algues à sa femme et à Alix pour les trier. Il portait quelque chose dans sa main qu’il lança dans l’eau.
« Mais c’est un filet ! s’exclama Richard. Où l’avez-vous eu ?
- Apolline l’a tressé avec des lianes.
- Est-ce que vous pensez que cela va marcher ?
- Nous allons bien voir. Il faut le laisser un petit moment. »
Pendant ce temps, Mélanie s’approcha d’Alix, un coquillage dans les doigts.
« Il faut faire attention, il pique ! fit la petite fille.
- Comment ça ? demanda Alix.
- Il y a un termite dedans et Thibaut il dit qu’il s’appelle Bernard. Comment il peut savoir son nom ? »
Alix regarda le petit garçon qui était écroulé de rire et elle ne put s’empêcher de l’imiter.
« Ben quoi ? » fit Mélanie avec des yeux tout rond.
A ce moment là un petit crabe sortit de la coquille et lui pinça le doigt.
« Aïe ! cria-t-elle en lâchant la coquille. Il m’a mordu ! Il raison Thibaut, il doit vraiment s’appeler Bernard ! En tout cas il fait pareil ! »
Alix se leva en riant et lui regarda le pouce. Il était un peu bleu mais n’avait pas d’entaille.
« C’est bon, il ne t’a pas coupé le doigt ! Ca n’est pas un termite mais un Bernard l’ermite. Un petit crabe qui habite tout seul dans une coquille.
- C’est méchant un Lhermitte en tous cas !
- C’est pas un Lhermitte mais un ermite. Quelqu’un qui vit tout seul.
- Comme Paul alors ? Peut-être il s’appelle Paul et pas Bernard. De toute façon ils sont méchants tous les deux ! »
La petite fille avait dit cela avec tant de conviction qu’Alix et Apolline la regarda avec surprise.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? » demanda la jeune femme. Mélanie allait ouvrir la bouche quand son frère la coupa.
« Arrête avec tes bêtises ! fit Thibaut avec un ton autoritaire qui n’était pas habituel quand il parlait à sa sœur. Allons plutôt chercher d’autres crabes ! » et il entraîna sa sœur vers un endroit reculé de la plage où il y avait des rochers. Il continua à lui parler en chemin et Alix eut l’impression qu’il lui faisait la morale.
Qu’est-ce que cela voulait dire ? Qu’avait donc remarqué les deux enfants ? Est-ce qu’ils soupçonnaient Paul et Bernard de s’allier contre le groupe ou est-ce qu’ils savaient que leur père voulait éliminer l’un ou l’autre ? C’était étrange quand même. Elle voulait bien croire que Bernard soit une cible potentielle, mais Paul ? Qui pouvait vouloir éliminer un clochard ? A moins que cela ne soit une couverture pour quelqu’un qui se cache. Dans ce cas là c’était une drôle de façon de se cacher que de voyager en première classe accoutré de cette manière ! Quelqu’un qui se cache aurait plutôt envie de passer inaperçu, ce qui n’était pas du tout le cas.
En tous cas, les deux enfants en savaient plus qu’il n’y paraissait. Elle décida de les accompagner le plus possible, en premier lieu pour essayer d’en savoir plus et en second lieu parce que si elle avait remarqué quelque chose il était possible que le ou les tueurs aient aussi des soupçons. A ce moment-là ils seraient en danger. Elle aussi d’ailleurs… Elle aurait bien demandé de l’aide à quelqu’un mais elle ne savait pas du tout en qui elle pouvait avoir confiance.
Alix se leva donc pour aller chercher des crabes avec, les deux enfants. Il en avait des centaines entre les pierres.
« Les enfants, je crois que nous avons notre repas de midi ! dit-elle avec une voix qu’elle essayait de rendre pleine d’entrain. Thibaut, est-ce que tu peux aller voir Apolline, lui demander un panier ? »
Le petit garçon eut l’air ennuyé de laisser sa sœur seule avec la jeune femme. Il était clair qu’il ne voulait pas qu’Alix interroge Mélanie hors de sa présence. Il partit donc à toutes jambes et revint en moins d’une minute, portant la corbeille demandée. Ils commencèrent à ramasser les crustacés dans une ambiance qui redevint joyeuse, comme si de rien n’était.


Le repas avait été très apprécié. Les Bernard l’ermite avaient été rejoints dans la marmite par des poissons, deux grands crabes et quelques oursins qui avaient été arrachés de haute lutte aux rochers. Arnaud boitait un peu. C’était lui qui les avait découverts en leur marchant dessus. Alix avait ensuite passé une heure à essayer de lui retirer les épines qui s’étaient logées un peu partout dans ses orteils.
Elle en avait profité pour parler avec lui de tout et de rien afin de tenter de la cerner. Elle fit chou blanc sur toute la ligne. Il était sympathique et parlait facilement mais elle n’arrivait pas à lui faire lever le voile sur sa vie d’avant le crash. A chaque fois que l’occasion s’en présentait, il changeait habilement de sujet. La jeune femme ne voulait pas trop insister pour ne pas réveiller ses soupçons. Moins elle avait l’air d’en savoir, plus elle était en sécurité. Peut-être Nina en savait-elle plus sur lui. Elle la voyait se rapprocher insensiblement du jeune homme. Comme disait le mannequin, il n’avait pas d’alliance et était plutôt beau garçon. Elle passait donc un peu plus de temps que les autres avec lui et peut-être lui parlait-il plus. Alix se dit qu’elle ferait bien d’aller discuter un peu avec Nina. Si Arnaud était le tueur celle-ci pouvait se trouver en danger et même peut-être se faire manipuler. En effet le mannequin ne réfléchissait pas trop à ce qu’elle faisait et son pouvoir de discernement paraissait faible.
Par exemple, alors que tout le monde cherchait à manger, elle avait passé son temps allongée sur la plage à bronzer, bien en vu d’Arnaud. Pierre l’avait interpellée vivement.
« Oh ça va ! Quelle bande de rabat-joie vous faites tous ! Si on n’a pas le droit de se reposer un peu ! »
Et elle se retourna pour bronzer de l’autre côté.
Le repas étant terminé, ils se réunirent pour désigner un chef au groupe. Paul n’était bien sur pas là. Il n’était pas rentré de la plage avec les autres et avait préféré rester dehors jusqu’à la nuit. Richard lui avait dit ce qu’ils allaient faire et l’avait invité à voter.
« Elisez le votre chef ! Mais ce ne sera sûrement pas le mien ! J’ai toujours été mon propre maître et ça n’est pas parce que nous sommes sur une île que cela va y changer quelque chose ! Salut et foutez-moi la paix une fois pour toutes ! Ce sera une bonne chose pour tout le monde ! » Et il s’éloigna du groupe.
Ils s’assirent soit par terre pour les plus jeunes, soit sur des rochers pour les plus vieux. Chacun avec un bout de bambou taillé en pointe marqua le nom de celui ou de celle qu’il voulait pour diriger le groupe. Puis ils déposaient leur feuille dans un panier en osier. Tout le monde votait, même les enfants qui en étaient très fiers.
Ce fut Thibaut qui fut désigné pour le dépouillement. Pierre et Bernard renversèrent la panière et mélangèrent les bulletins. Ils les comptèrent : il y en avait treize, autant que le nombre de votants. Ensuite le petit garçon se mit à lire les noms un à un en les montrant à tout le monde. Pendant ce temps, Maud faisait le compte en les marquant sur le sol et en faisant suivre chaque nom d’une barre par voix. Cette manière de faire assurait un vote transparent et évitait les contestations.
Les noms s’égrenèrent dans un silence solennel. Le premier tour étant terminé, Maud fit les comptes. Alix et Christine avaient une voix chacune et Arnaud en comptait deux. Bernard, Richard et Pierre arrivaient à égalité avec trois voix.
Pierre était très déçu des résultats. Tous ses sondages, même les plus pessimistes le déclarait vainqueur au premier tour. A qui pouvait-on se fier si même les sondages n’étaient pas fiables ? Il avait assis toute sa campagne sur cette assurance et, maintenant un deuxième tour devait les départager.
Le second scrutin eut lieu aussitôt entre les trois hommes. Richard obtint trois voix. Pierre et Bernard étaient à égalité avec cinq voix chacun.
Le troisième tour devait donc les départager. Durant le vote ils se toisaient du regard. Depuis qu’ils étaient sur l’île il y avait toujours eut une rivalité entre eux. Leur antipathie réciproque se nourrissait des nombreux différents qu’occasionnaient leurs caractères dominateurs. Ils avaient l’impression d’être trop dissemblables pour pouvoir s’entendre alors, qu’en fait, ils se ressemblaient trop. Le dépouillement révéla un bulletin blanc. C’était celui de Maud. Elle n’avait pas voulu voter pour son père car, s’il était élu à la tête du groupe il n