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lesromansdelara
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Voici l'histoire d'un pompier pas comme les autres ! Blog pour ceux qui M l'action et le suspens
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Date de création :
05.05.2007
Dernière mise à jour :
30.04.2008
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Chapitre 7

Chapitre 7

Posté le 22.02.2008 par lesromansdelara
Chapitre 7

La grotte


La rivière s’élargit soudain et ses rives firent place à celles d’un lac. Le reste du voyage s’était passé sans incident notable. Ils avaient réussit à reconstituer deux radeaux un peu plus grands que les précédents et, surtout, nettement plus solides. Apparemment, personne d’autre qu’Alix n’avait remarqué quoi que ce soit de suspect. Celle-ci avait soigneusement gardé pour elle ses constatations. Maintenant elle n’avait plus confiance en personne. Elle avait toutefois décidé de ne rien laisser paraître mais de se méfier des suspects et d’essayer, autant que possible, de veiller sur les victimes potentielles.
Ils accostèrent sur les rives du lac. Celui-ci était assez étendu mais l’ensemble de ses contours étaient visibles. En face d’eux, une mince bande de terre séparait le lac de la mer. Après un bref conseil, ils décidèrent de se diriger par-là. S’ils arrivaient à trouver un abri pour résider dans ce coin ils auraient à la fois les avantages de l’eau douce et ceux de la mer. De plus, ils seraient au meilleur endroit possible pour apercevoir un éventuel bateau qui passerait dans les parages.
Ils se dirigèrent donc vers l’océan, en longeant la rive droite du lac. Cela les rallongeait certes un peu mais ils ne voulaient pas prendre de risques après les mésaventures de la rivière. Mais les radeaux se comportèrent remarquablement bien et, vers la fin de l’après-midi, ils arrivèrent à bon port.
Ils abordèrent sur une prairie herbeuse qui se terminait brusquement en falaises rocailleuses. Le paysage était magnifique. En contre-bas se déroulait une plage de sable fin bordant un lagon d’eau turquoise. Celui-ci se prolongeait sur une vingtaine de mètre en partant de la plage et se terminait par un petit ban de sable où poussaient curieusement trois palmiers.
« La voilà ta plage paradisiaque ! fit malicieusement Alix à Thibaut.
- Chic ! On va pouvoir se baigner ! s’exclama Mélanie.
- Oui, mais pour y arriver, il va falloir trouver un moyen de descendre ! »
En effet la prairie décrochait brusquement et c’était un véritable mur de trente mètres de haut qui les séparait de la plage et aucun chemin ne semblait y accéder.
« De toute façon le problème n’est pas là pour l’instant, décréta Bernard. Il vaudrait mieux chercher un abri pour la nuit. »
Ce n’était pas dit de façon très sympathique mais, même Pierre dû avouer qu’il avait raison. Mais, là aussi, la tâche allait s’avérer difficile. La prairie s’étendait tout le long de la rive et rien ne laissait penser qu’ils pourraient trouver un endroit où se réfugier.
« Finalement, peut-être qu’en descendant vers la mer nous trouverions un trou dans la falaise ou quelque chose comme ça, suggéra Arnaud.
- Oui, mais alors il faut faire vite car la nuit ne va pas tarder à tomber et il ne serait pas prudent de se déplacer dans l’obscurité, fit Richard.
- Allons-y alors, répondit Bernard.
- Attendez, fit Christine. Les enfants sont fatigués. Il vaut mieux qu’ils restent là.
- Mais maman, je veux aller à la plage aussi !
- Ne t’inquiète pas ma chérie, si nous trouvons un abri nous reviendrons vous chercher.
- Je pourrais peut-être rester avec eux, proposa Maud.
- Merci de veiller sur eux, fit Christine.
- Bon, on peut y aller maintenant ? demanda Bernard avec un brin d’impatience.
- Oui, allons-y ! » approuva Nina.
Et ils se séparèrent, formant deux groupes partant dans les deux directions opposées. Les premiers qui trouvaient quelque chose faisait signe aux autres.


Thibaut regarda partir ses parents avec un pincement au cœur. Encore une fois lui et sa sœur restaient en arrière. A chaque fois qu’il y avait quelque chose de palpitant à faire comme une exploration par exemple, il ne pouvait jamais y participer ! C’était à se dégoûter d’être un enfant !
Maud qui devina ce qui se passait dans la tête du petit garçon essaya de faire diversion.
« Qu’est-ce que vous diriez si on s’amusait un peu ? A quoi vous voulez jouer ?
- A trap-trap ! fit Mélanie avec enthousiasme.
- Oh non ! Pas encore ! C’est un jeu de bébé ! s’exclama son frère.
- Et à quoi tu veux jouer ? Au Monopoly peut-être ?
- Très drôle ! »
C’était le jeu préféré de Thibaut. Mélanie n’aimait pas y jouer parce qu’elle perdait tout le temps. Mais, au moins, sur cette île il n’y avait pas de risques qu’ils y jouent ! Le petit garçon se fit un peu tirer l’oreille mais finit par accepter l’idée de sa sœur.
« Bon, c’est toi qui t’y colle ! » dirent les deux enfants à Maud. Et ils commencèrent à s’amuser.


Richard partit reconnaître ce qui avait l’air d’être une trouée dans le mur. Il s’approcha prudemment du rebord et se retourna, l’air très satisfait.
« Venez, on peut descendre par-là ! »
Christine, suivie de Pierre, Papy, Marius et Apolline se rendirent auprès de lui. En effet, un chemin semblait se dessiner dans les rocailles, sûrement par l’effet de l’écoulement des eaux de pluie.
« Eh bien ! constata Marius, vu l’état de ces pierres, les précipitations doivent être diluviennes par ici.
- C’est sur que si le mauvais temps est à l’image de la tempête qui nous a précipités sur cette île, nous avons intérêt à trouver un abri avant la saison des pluies ! fit Alix.
- Eh, revenez ! Qu’est-ce que vous faîtes ? » s’écria Richard.
En effet, Marius s’était engagé sur le chemin sans attendre personne.
« Comme c’est intéressant ! » fit le vieil homme en se baissant. Il se releva en montrant à Apolline une petite fleur mauve.
« Ca alors, s’exclama-t-elle. Qui s’attendrait à en trouver là ?
- Et il y en a des tas ! »
Pendant que les deux vieux, ravis, faisaient leur cueillette les autres se regardaient un peu interloqués.
« Qu’avez-vous encore déniché ? demanda Christine.
- Un petit trésor : du Fénugrec.
- C’est très bien mais… ça sert à quoi ? fit Alix.
- A pas mal de choses, répondit Marius. En cataplasme c’est excellent contre les abcès et en infusion, c’est un très bon fortifiant. Mais, dans notre cas, sa principale qualité est de réguler le diabète.
- C’est une très bonne nouvelle pour Arnaud ! constata Richard. Mais pourquoi avoir l’air surpris qu’elle pousse dans les cailloux.
- Dans les cailloux c’est normal, expliqua Apolline. Mais, c’est une plante qui pousse normalement sur les bords de la méditerranée. C’est bizarre d’en trouver en plein océan pacifique.
- Bizarre mais une belle aubaine ! s’exclama l’infirmière.
- Bon, je ne veux pas vous presser, coupa Pierre, mais je vous rappelle que nous sommes sensés trouver un abri avant la nuit.
- Vous avez raison ! approuva Richard. Continuons ! »
Ils allaient repartir quand Christine les arrêta.
« Attendez ! Ce n’est pas des cris que nous entendons ? »
Ils écoutèrent. En effet des hurlements se faisaient entendre.
« Les enfants ! Richard ce sont les enfants ! » s’exclama Papy qui avait perdu son habituelle réserve et son air toujours un peu rêveur.
Christine Méchaleux se mit à courir suivit de près par Alix et Pierre. Malgré son inquiétude, Richard prit le temps d’aider Papy qui avait du mal à courir.
« Il ne faut pas m’attendre voyons ! protesta celui-ci.
- Pas question ! Allez vite ! »
Quand ils arrivèrent, ils trouvèrent les autres regroupés autour des enfants.
« Thibaut, Mélanie, ça va ?
- Oui maman, mais Maud a disparu ! répondit le petit garçon.
- Comment ça disparu ? fit Pierre, très angoissé.
- On jouait à trap-trap, commença sa sœur. Maud nous poursuivait et nous avons couru vers le but.
- Oui et quand nous nous sommes retournés… elle n’était plus là » finit Thibaut en regardant Alix d’un air de reproche.
Tout le monde se mit à ratisser la prairie, ce qui était assez facile car elle était d’une étendue relativement restreinte. Arnaud poussa jusqu’au lac et entra même dans l’eau, pendant que Pierre se penchait avec angoisse au-dessus de la falaise. Mais leurs recherches et leurs appels restèrent vains. Alix, elle, avait fort à faire avec Thibaut.
« Mais non ! On va la retrouver, voyons ! Et ne raconte surtout pas tes histoires d’enlèvement devant Pierre !
- De quoi parlez-vous donc ? coupa Richard en regardant son fils avec insistance.
- Ton fils est juste très inquiet pour Maud.
- Oui, comme tout le monde, répondit Richard en regardant les autres chercher la jeune fille. Bon Dieu ! Elle ne s’est quand même pas volatilisé quand même !
- Bon, reprenons au début, fit Alix. Où étiez-vous quand vous l’avez aperçue pour la dernière fois ?
- Ici.
- D’accord, dit l’infirmière. Je fais Maud. Toi et ta sœur où êtes-vous allé ensuite ?
- Vers la falaise. Le but était au bosquet et Maud nous a poursuivis.
- Bon, refait les gestes que vous avez faits tous les deux », continua Richard qui commençait à comprendre où voulait en venir la jeune femme.
Thibaut courut vers la falaise en faisant des zigzags pour éviter de petits buissons qui, bien qu’au raz du sol, étaient trop haut pour ses petites jambes. Alix se mit à la place de la jeune femme. Elle était à peu près de sa taille et elle pouvait facilement rattraper les enfants en coupant tout droit. Alix se mit donc à marcher en ligne droite suivie de près par Richard.
Elle était en train de sauter le quatrième buisson quand elle constata qu’il avait quelque chose de bizarre. Trop tard… Elle sentit le sol manquer sous ses pieds et eu l’impression de passer dans une machine à laver. Elle se mit en boule par réflexe et s’arrêta de tomber une seconde après. Elle eut un peu la nausée et la tête qui tourne mais ne s’étaient pas blessée. Elle se retrouva dans le noir, seule une lumière venant du chemin par lequel elle était descendue semblait filtrer.
« Alix ! Alix ! Tout va bien ? » C’était la voix de Richard.
« Ca va, je vais bien ! Maud est ici ! »
En effet, ses yeux s’accoutumant à l’obscurité, elle se rendit compte que l’adolescente était, elle aussi prise au piége. Seulement, comme elle courait, elle était arrivée avec plus d’élan et s’était cogné la tête à la paroi opposée. Elle était inconsciente mais elle respirait normalement. Alix la mit en position latérale de sécurité et s’occupa de voir de quelle manière elles pourraient sortir de là.
« Maud ! Maud ! fit la voix de Pierre. Tout va bien ma chérie ?
- Ne vous inquiétez pas, elle va bien ! Elle s’est juste un peu tapée la tête ! »
En fait, l’infirmière ignorait tout de la gravité ou non de la blessure de la jeune fille. Elle voulait juste rassurer son père. Maintenant il était urgent de trouver un moyen de sortir de là. En examinant l’endroit, elle s’aperçut que, bizarrement la lumière filtrait aussi au travers du mur opposé. En s’approchant, elle constata qu’un boyau donnait accès à une autre cavité d’où venait la lumière du jour.
« Je distingue du jour de l’autre côté, je vais voir !
- Sois prudente ! »
Cette fois, c’était Arnaud qui conseillait la jeune femme.
Elle s’engagea dans le cours tunnel qui devait faire un mètre de long et prit pied dans l’autre alvéole rocheuse. Elle n’en cru pas ses yeux…
Elle était dans une grande grotte dont le plafond, assez haut, s’ornait de stalactites multicolores. C’était magnifique. Mais le plus ahurissant était que le mur donnant sur la mer était munit d’ouvertures comme s’il y avait une porte et des fenêtres. Par contre, quand elle s’approcha, elle s’aperçut que ces issues donnaient directement sur la falaise qui plongeait à pic sur la plage. Il ne fallait pas compter pouvoir sortir par-là. Elle continua l’exploration et elle alla de découvertes en découvertes. Plusieurs autres cavités s’ouvraient autour de la première. Elles étaient moins vastes mais assez nombreuses. Elle trouva un autre boyau situé dans l’alvéole située la plus à droite. Il s’ouvrait dans la paroi mais elle ne voyait pas de lumière filtrer. Il était peut-être risqué de l’explorer sans lumière mais, comme c’était peut-être le seul moyen de sortir de là, elle décida de tenter l’expérience. Alix prit sa respiration et s’enfonça dans le boyau.


« Ne te mets pas martel en tête voyons ! »
Christine essayait de réconforter Richard. Quand il avait vu Alix disparaître, il avait essayé de la rattraper mais n’avait réussi à saisir que de l’air. Certes, il avait été soulagé quand l’infirmière lui avait répondu mais cela ne changeait rien a l’affaire. Elle était enfermée dans cette grotte avec Maud et tout ce qu’ils avaient tenté jusque là pour les en sortir s’était révélé vain. La seul moyen était que quelqu’un tente de descendre à son tour, ce qui paraissait franchement suicidaire.
« J’aurais bien pu me douter d’un truc comme ça voyons ! Maud avait subitement disparu… J’aurais dû marcher plus près d’elle et…
- … alors on n’aurait jamais retrouvé Maud » fit une voix derrière eux.
Ils se retournèrent brusquement, stupéfaits.
« Alix ? Mais qu’est-ce que tu fais là ?
- Il faut que je vous montre quelque chose et…
- Où est Maud ? Est-ce qu’elle va bien ? demanda Pierre.
- Ne vous inquiétez pas. J’ai trouvé un chemin accessible pour aller la chercher. Et puis j’ai une surprise ! Venez ! »
Tout le monde lui emboîta vivement le pas. Elle se dirigea vers la gauche en longeant le bord de la falaise. Arrivée à un bosquet plus touffu que les autres elle s’accroupit.
« Mais qu’est-ce qu’elle fait ? demanda Bernard.
- Je ne sais pas, répondit Nina. Elle a peut-être pris un coup sur la tête ou autre chose d’autre. »
Mais l’infirmière ignorant ces considérations, écarta les arbustes et découvrit l’entrée d’un tunnel.
« Mais c’est truffé de galeries par ici ! s’exclama Richard.
- Le terrain est calcaire, constata Marius. Les pluies tropicales en s’infiltrant ont dû attaquer la pierre.
- Oui, et elles ont tellement bien creusé que ça va devenir intéressant pour nous, fit Alix avec un air mystérieux en s’engageant dans le boyau.
- Parce qu’il faut que nous allions là-dedans ? Il n’en est pas question ! s’exclama Nina.
- Il n’y a pas de danger voyons ! J’en viens ! protesta l’infirmière en se retournant.
- Bon, ne nous énervons pas ! intervint Richard. Pierre et moi allons suivre Alix et nous vous ferons signe si le chemin est accessible pour tout le monde
- Mais voyons, il l’est ! Puis que je vous dis que j’en viens. »
Elle se retourna vers Christine et rencontra son regard qui était franchement soupçonneux. La surprise la cloua sur place. Mais qu’est-ce qui leur prenait ?
« Le chemin est peut-être facile pour toi qui es jeune et en forme, tenta d’expliquer Richard. Par contre, pour les personnes plus âgées et les enfants ce n’est peut-être pas le cas. Tu comprends ? »
Alix eut la sensation que Richard essayait de sauver la situation mais qu’il ne donnait pas la vraie raison de leurs soupçons. Une simple erreur d’appréciation ne justifiait pas la méfiance qu’elle avait lue dans les yeux de Christine.
L’infirmière adopta sa tactique habituelle. Elle fit comme si elle avait accepté l’explication et continua comme se de rien était. Cependant elle se promis d’y penser sérieusement par la suite. Pour donner un peu de crédibilité à son attitude elle maugréa un peu.
« Je suis infirmière quand même ! Quand je dis que tout le monde peut passer, tout le monde peut passer ! Même des personnes peu mobiles. »
Puis, elle s’engouffra dans le tunnel suivit des deux hommes. Celui-ci était large et descendait en pente assez douce. Il faisait de nombreux virages, ce qui expliquait qu’elle n’avait pas vu de lumière filtrer au bout. Puis il se rétrécissait un peu avant d’arriver dans la première alvéole mais ils pouvaient continuer à avancer sans se baisser. En revanche, juste avant de sortir, il était juste assez large pour laisser passer une seule personne à la fois.
« Où sommes-nous ? demanda Richard quand ils débouchèrent dans la cavité.
- Dans une des nombreuses chambres de notre future nouvelle demeure je crois bien ! fit Alix en riant de voir leur mine stupéfaite.
- Quoi ? Mais… bredouilla Pierre.
- Suivez-moi ! » répondit-elle.
La jeune femme les conduisit rapidement dans la grande salle. Elle regretta de ne pas pouvoir prendre le temps de les laisser s’émerveiller mais elle voulait s’occuper de Maud rapidement. D’ailleurs Pierre commençait à s’impatienter.
« Mais où est ma fille ?
- Par-là !» dit-elle en montrant l’autre petit boyau menant à la l’alvéole où se trouvait l’adolescente.
Ils arrivèrent rapidement de l’autre côté. Maud se réveillait et c’était bien que son père se trouve là. Il put la rassurer et, cinq minutes après, ils eurent la conviction qu’elle allait bien et qu’elle se remettrait facilement.
Puis ils allèrent chercher les autres pour les emmener à l’abri dans la grotte pour la nuit.


« Je suis d’avis de nous installer là définitivement, fit Bernard.
- Pour une fois je suis d’accord avec vous » répondit Pierre.
Ils avaient passé une excellente nuit. La sensation de sécurité qu’ils avaient ressentie dans cette grotte avait été bienfaisante. Cela ne leur était pas arrivé depuis qu’ils étaient arrivés sur l’île. En début de matinée, ils s’étaient réuni pour décider de ce qu’ils feraient ensuite. Tout le monde semblait s’accorder pour adopter définitivement cet abri. Seul Paul ne participait pas au conseil. Comme d’habitude il avait décidé de faire bande à part. Il avait difficilement accepté de rentrer dans la grotte. Ce ne fut que quand il eut l’assurance de pouvoir loger seul dans une des cavités qu’il consentit à intégrer le nouveau logement.
Seul Richard tempéra l’enthousiasme général.
« Il faudra quand même faire des aménagements pour sécuriser cet endroit.
- A quoi pensez-vous ? demanda Arnaud.
- Eh bien, par exemple, il me semble important de confectionner des portes pour fermer les entrées. Après tout, ces grottes sont peut-être des repères occasionnels pour les bêtes sauvages. Il vaut mieux parer à toutes tentatives de reprise de territoire.
- Tant que nous en sommes à faire des aménagements, fit Pierre, ce serait bien de voir si nous ne pouvons pas accéder à la plage par ces ouvertures.
- Et comment ? En parachute ? ironisa Bernard. Il y a une verticale d’au moins dix mètres avant d’y arriver !
- Pourquoi pas une échelle de corde pour commencer ? Ensuite nous verrons » proposa le ministre de trop bonne humeur pour s’énerver.
Il était doublement heureux ce matin. D’abord parce que Maud avait passé une bonne nuit et était en pleine forme, ensuite parce que les élections allaient avoir lieu dans l’après-midi. Il avait attendu ce moment-là avec impatience, mais sans perdre son temps. Il avait sondé tous les autres naufragés et était pratiquement sur d’être élu. Il allait enfin pouvoir gouverner. Pour un homme de pouvoir être à la tête d’un groupe d’une quinzaine de personne ou d’un pays entier était la même chose. C’était l’exercice de l’autorité, la mise en œuvre de ses idées, le pouvoir de décider de la direction qu’allait prendre la vie de ces hommes et de ces femmes qui l’attiraient. Tout ce dont il avait toujours rêvé ! C’était un exercice grandeur nature de ce qui l’attendait quand ils sortiraient de là : la campagne présidentielle. En effet, il croyait fermement qu’ils seraient secourus dans les plus brefs délais. Après tout, l’élection n’était qu’au printemps. Maud considérait tout cela avec une triste résignation. Même le fait qu’elle ait faillit mourir ne semblait pas avoir distrait son père de ses ambitions électorales.
Bernard les observait et s’énervait en silence. Lui-même s’était comporté de la même façon avec ses propres enfants et il n’avait plus l’occasion de leur demander pardon et de leur dire à quel point il les aimait. Ce gars, quant à lui, avait la chance d’avoir sa fille avec lui et il ne saisissait pas l’occasion de lui dire son affection. Pourtant il était évident que Maud en souffrait et la peine de l’adolescente était, pour lui, un miroir de celle de ses propres enfants. Du coup l’aversion qu’il avait ressentie spontanément envers Pierre se chargeait de plus en plus d’agressivité.
En attendant, ils furent tous distraits de leurs tristes pensées car il fallait penser à trouver à manger. Arnaud suggéra de chercher du côté de la plage. S’ils arrivaient à trouver des coquillages ou des crustacés, cela les changerait des racines et des bananes.
Ils empruntèrent donc le chemin qui descendait à la plage munis de paniers tressés par Apolline. Il était un peu escarpé mais tout le monde parvint au bout. Les enfants étaient fous de joie. Ils courraient partout et, bien sûr, demandèrent à se baigner. En moins de deux minutes, ils étaient dans l’eau.
« Si on y allait aussi ? proposa Alix.
- Nous n’avons pas le temps de nous amuser ! répliqua Bernard. Je vous rappelle qu’il nous faut trouver à manger.
- Ecoutez, fit Alix que l’attitude de Bernard commençait à énerver, depuis que nous sommes sur cette île nous nous battons pour survivre. Allons pensons un peu à nous détendre ! Cela fera du bien à tout le monde. »
La majorité approuva l’idée et, bientôt tout le monde se retrouva à l’eau en sous-vêtements sauf Bernard qui était parti chercher de la nourriture en maugréant et Paul qui ne les avait pas suivis. L’eau était chaude et transparente. Elle n’était pas très profonde et formait une immense piscine jusqu’au bord du lagon. Tout en se baignant, Arnaud pensa que ce serait une bonne idée d’accrocher un fanion de détresse sur un des palmiers du bord du lagon. De cette manière, si un bateau passait, il serait averti de la présence des naufragés sur l’île.
Nina protesta, rejetant vigoureusement l’idée :
« Ca ne va pas non ? Déjà que nous polluons cet endroit vierge jusqu’à présent de toute dévastation humaine, nous n’allons pas en plus défigurer le paysage.
- Défigurer le… mais à quoi pensez-vous ? Je vous parle de nous signaler aux secours et vous me répondez écologie ?
- Mais c’est important voyons ! Savez-vous combien de tortues meurent chaque année d’avoir avalé des sacs en plastiques ?
- Non ! Mais je ne vois pas le rapport !
- Le rapport c’est que nous n’avons pas le droit de massacrer cet endroit qui nous accueille pendant ces quelques jours.
- Ouais, et bien si nous ne nous signalons pas, nous n’allons pas y rester quelques jours mais de nombreuses années dans votre endroit paradisiaque !
- Raison de plus pour respecter l’écosystème ! » conclut-elle sur un ton qui n’admettait pas la réplique.
Arnaud tourna les talons et sorti de l’eau. De toute façon, il n’aurait pas raison, alors c’était inutile de discuter. C’était dommage pour Nina car il était un des derniers à pouvoir la supporter. Ses jérémiades incessantes et ses idées saugrenues commençaient à exaspérer tout le monde.
Le jeune homme rejoignit donc Bernard pour rechercher quelque chose de comestible. Celui-ci avait trouvé des crabes dans les rochers bordant la mer et cherchait un moyen de les attraper. Les enfants, eux se mirent à s’amuser dans le sable. Papy leur apprenait à faire des châteaux.
Marius se pencha sur l’eau, à peu près à l’endroit où se trouvaient Arnaud et Bernard.
« Vous avez trouvé quelque chose ? demanda Alix qui s’était approchée du vieil homme en le voyant chercher.
- Tout à fait ! Regardez ça ! »
Il montra fièrement une guirlande verte tout juste sortie de l’eau.
« C’est une algue ! répondit Bernard vaguement dégoutté.
- Pas n’importe laquelle ! Celle-ci a pour principale qualité de pouvoir se manger !
- Comme de la salade ? demanda l’infirmière.
- Tout à fait !
- Berk ! lança Bernard, complètement écœuré.
- Vous avez tort, répliqua le vieil homme. C’est rempli de vitamines et de sels minéraux. En plus c’est naturellement salé, ce qui ne gâte rien.
- Oui, ajouta Alix, L’iode c’est très bon pour les méninges. Ca vous évitera de dire des bêtises ! »
La jeune femme était agacée du ton que prenaient certaines personnes du groupe quand ils parlaient à d’autres. Ainsi Marius, Apolline et Paul étaient traités comme des moins que rien. Ils n’étaient dédaignés que parce qu’ils étaient vieux ou malades, deux états qui devraient, au contraire, engendrer la compassion. Au lieu de cela certains les considéraient comme des poids inutiles difficiles à supporter. A chaque fois qu’elle entendait quelque chose dans le genre elle avait envie de se mettre en colère. Mais, en même temps, elle se disait que cela ne changerait par leur attitude, au contraire. De plus, ils étaient obligés de vivre ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre et elle ne voulait en aucun cas s’attirer leur hostilité. Elle aurait du mal à la supporter. Alors, la plupart des fois, elle ne disait rien ce dont elle culpabilisait un peu. Elle se trouvait lâche de laisser insulter ces gens qui ne pouvaient pas se défendre. De temps en temps, pourtant elle se permettait de faire une remarque sur le ton de la plaisanterie pour que cela passe mieux.
Richard, quant à lui, essayait d’attraper du poisson avec une lance qu’il s’était confectionnée en bambou. Ils étaient nombreux mais, malgré cela, ils n’étaient pas décidés à se laisser piéger. Au bout d’un moment, Marius se plaça à côté de lui. Il avait laissé les algues à sa femme et à Alix pour les trier. Il portait quelque chose dans sa main qu’il lança dans l’eau.
« Mais c’est un filet ! s’exclama Richard. Où l’avez-vous eu ?
- Apolline l’a tressé avec des lianes.
- Est-ce que vous pensez que cela va marcher ?
- Nous allons bien voir. Il faut le laisser un petit moment. »
Pendant ce temps, Mélanie s’approcha d’Alix, un coquillage dans les doigts.
« Il faut faire attention, il pique ! fit la petite fille.
- Comment ça ? demanda Alix.
- Il y a un termite dedans et Thibaut il dit qu’il s’appelle Bernard. Comment il peut savoir son nom ? »
Alix regarda le petit garçon qui était écroulé de rire et elle ne put s’empêcher de l’imiter.
« Ben quoi ? » fit Mélanie avec des yeux tout rond.
A ce moment là un petit crabe sortit de la coquille et lui pinça le doigt.
« Aïe ! cria-t-elle en lâchant la coquille. Il m’a mordu ! Il raison Thibaut, il doit vraiment s’appeler Bernard ! En tout cas il fait pareil ! »
Alix se leva en riant et lui regarda le pouce. Il était un peu bleu mais n’avait pas d’entaille.
« C’est bon, il ne t’a pas coupé le doigt ! Ca n’est pas un termite mais un Bernard l’ermite. Un petit crabe qui habite tout seul dans une coquille.
- C’est méchant un Lhermitte en tous cas !
- C’est pas un Lhermitte mais un ermite. Quelqu’un qui vit tout seul.
- Comme Paul alors ? Peut-être il s’appelle Paul et pas Bernard. De toute façon ils sont méchants tous les deux ! »
La petite fille avait dit cela avec tant de conviction qu’Alix et Apolline la regarda avec surprise.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? » demanda la jeune femme. Mélanie allait ouvrir la bouche quand son frère la coupa.
« Arrête avec tes bêtises ! fit Thibaut avec un ton autoritaire qui n’était pas habituel quand il parlait à sa sœur. Allons plutôt chercher d’autres crabes ! » et il entraîna sa sœur vers un endroit reculé de la plage où il y avait des rochers. Il continua à lui parler en chemin et Alix eut l’impression qu’il lui faisait la morale.
Qu’est-ce que cela voulait dire ? Qu’avait donc remarqué les deux enfants ? Est-ce qu’ils soupçonnaient Paul et Bernard de s’allier contre le groupe ou est-ce qu’ils savaient que leur père voulait éliminer l’un ou l’autre ? C’était étrange quand même. Elle voulait bien croire que Bernard soit une cible potentielle, mais Paul ? Qui pouvait vouloir éliminer un clochard ? A moins que cela ne soit une couverture pour quelqu’un qui se cache. Dans ce cas là c’était une drôle de façon de se cacher que de voyager en première classe accoutré de cette manière ! Quelqu’un qui se cache aurait plutôt envie de passer inaperçu, ce qui n’était pas du tout le cas.
En tous cas, les deux enfants en savaient plus qu’il n’y paraissait. Elle décida de les accompagner le plus possible, en premier lieu pour essayer d’en savoir plus et en second lieu parce que si elle avait remarqué quelque chose il était possible que le ou les tueurs aient aussi des soupçons. A ce moment-là ils seraient en danger. Elle aussi d’ailleurs… Elle aurait bien demandé de l’aide à quelqu’un mais elle ne savait pas du tout en qui elle pouvait avoir confiance.
Alix se leva donc pour aller chercher des crabes avec, les deux enfants. Il en avait des centaines entre les pierres.
« Les enfants, je crois que nous avons notre repas de midi ! dit-elle avec une voix qu’elle essayait de rendre pleine d’entrain. Thibaut, est-ce que tu peux aller voir Apolline, lui demander un panier ? »
Le petit garçon eut l’air ennuyé de laisser sa sœur seule avec la jeune femme. Il était clair qu’il ne voulait pas qu’Alix interroge Mélanie hors de sa présence. Il partit donc à toutes jambes et revint en moins d’une minute, portant la corbeille demandée. Ils commencèrent à ramasser les crustacés dans une ambiance qui redevint joyeuse, comme si de rien n’était.


Le repas avait été très apprécié. Les Bernard l’ermite avaient été rejoints dans la marmite par des poissons, deux grands crabes et quelques oursins qui avaient été arrachés de haute lutte aux rochers. Arnaud boitait un peu. C’était lui qui les avait découverts en leur marchant dessus. Alix avait ensuite passé une heure à essayer de lui retirer les épines qui s’étaient logées un peu partout dans ses orteils.
Elle en avait profité pour parler avec lui de tout et de rien afin de tenter de la cerner. Elle fit chou blanc sur toute la ligne. Il était sympathique et parlait facilement mais elle n’arrivait pas à lui faire lever le voile sur sa vie d’avant le crash. A chaque fois que l’occasion s’en présentait, il changeait habilement de sujet. La jeune femme ne voulait pas trop insister pour ne pas réveiller ses soupçons. Moins elle avait l’air d’en savoir, plus elle était en sécurité. Peut-être Nina en savait-elle plus sur lui. Elle la voyait se rapprocher insensiblement du jeune homme. Comme disait le mannequin, il n’avait pas d’alliance et était plutôt beau garçon. Elle passait donc un peu plus de temps que les autres avec lui et peut-être lui parlait-il plus. Alix se dit qu’elle ferait bien d’aller discuter un peu avec Nina. Si Arnaud était le tueur celle-ci pouvait se trouver en danger et même peut-être se faire manipuler. En effet le mannequin ne réfléchissait pas trop à ce qu’elle faisait et son pouvoir de discernement paraissait faible.
Par exemple, alors que tout le monde cherchait à manger, elle avait passé son temps allongée sur la plage à bronzer, bien en vu d’Arnaud. Pierre l’avait interpellée vivement.
« Oh ça va ! Quelle bande de rabat-joie vous faites tous ! Si on n’a pas le droit de se reposer un peu ! »
Et elle se retourna pour bronzer de l’autre côté.
Le repas étant terminé, ils se réunirent pour désigner un chef au groupe. Paul n’était bien sur pas là. Il n’était pas rentré de la plage avec les autres et avait préféré rester dehors jusqu’à la nuit. Richard lui avait dit ce qu’ils allaient faire et l’avait invité à voter.
« Elisez le votre chef ! Mais ce ne sera sûrement pas le mien ! J’ai toujours été mon propre maître et ça n’est pas parce que nous sommes sur une île que cela va y changer quelque chose ! Salut et foutez-moi la paix une fois pour toutes ! Ce sera une bonne chose pour tout le monde ! » Et il s’éloigna du groupe.
Ils s’assirent soit par terre pour les plus jeunes, soit sur des rochers pour les plus vieux. Chacun avec un bout de bambou taillé en pointe marqua le nom de celui ou de celle qu’il voulait pour diriger le groupe. Puis ils déposaient leur feuille dans un panier en osier. Tout le monde votait, même les enfants qui en étaient très fiers.
Ce fut Thibaut qui fut désigné pour le dépouillement. Pierre et Bernard renversèrent la panière et mélangèrent les bulletins. Ils les comptèrent : il y en avait treize, autant que le nombre de votants. Ensuite le petit garçon se mit à lire les noms un à un en les montrant à tout le monde. Pendant ce temps, Maud faisait le compte en les marquant sur le sol et en faisant suivre chaque nom d’une barre par voix. Cette manière de faire assurait un vote transparent et évitait les contestations.
Les noms s’égrenèrent dans un silence solennel. Le premier tour étant terminé, Maud fit les comptes. Alix et Christine avaient une voix chacune et Arnaud en comptait deux. Bernard, Richard et Pierre arrivaient à égalité avec trois voix.
Pierre était très déçu des résultats. Tous ses sondages, même les plus pessimistes le déclarait vainqueur au premier tour. A qui pouvait-on se fier si même les sondages n’étaient pas fiables ? Il avait assis toute sa campagne sur cette assurance et, maintenant un deuxième tour devait les départager.
Le second scrutin eut lieu aussitôt entre les trois hommes. Richard obtint trois voix. Pierre et Bernard étaient à égalité avec cinq voix chacun.
Le troisième tour devait donc les départager. Durant le vote ils se toisaient du regard. Depuis qu’ils étaient sur l’île il y avait toujours eut une rivalité entre eux. Leur antipathie réciproque se nourrissait des nombreux différents qu’occasionnaient leurs caractères dominateurs. Ils avaient l’impression d’être trop dissemblables pour pouvoir s’entendre alors, qu’en fait, ils se ressemblaient trop. Le dépouillement révéla un bulletin blanc. C’était celui de Maud. Elle n’avait pas voulu voter pour son père car, s’il était élu à la tête du groupe il ne penserait plus qu’à gouverner et ne s’occuperait plus d’elle. D’autre part, elle ne voulait pas voter pour Bernard car elle aurait eu l’impression de trahir Pierre. Elle décida donc de ne rien écrire sur son bulletin. Le nombre pair de bulletin exprimé se partagea entre les deux hommes : six chacun.
« Bon, déclara Richard, il y a égalité.
- Il faut revoter ! s’exclama Richard.
- Oui, et au plus vite ! renchérit Pierre.
- Je ne sais pas si cela servirait à grand chose, répliqua Arnaud. Quelqu’un compte-t-il changer sa voix ? »
Tout le monde se regarda mais, apparemment personne ne comptait changer d’avis.
« Bon ! Comme je pense que personne n’a envie de revoter sans arrêt jusqu’à demain matin, je suggère une solution.
- Et laquelle ? fit Bernard en le toisant.
- Que vous gouverniez ensemble pendant la semaine.
- Ens… Ensemble comment ? bredouilla Bernard qui n’osait pas comprendre.
- Il n’en est pas question ! protesta Pierre.
- Ca non ! renchérit Bernard.
- Bon, et bien vous avez été tous les deux d’accord deux fois en moins de deux minutes ! constata Alix. C’est un bon départ ! »
Tout le monde se mit à rire ce qui détendit l’atmosphère. Seuls Pierre et Bernard ne partagèrent pas l’hilarité générale. Ils étaient trop déçus pour arriver à sourire.
« Bon, on y va ? proposa Pierre.
- Où ça ? demanda Bernard.
- Et bien, décider de ce que nous allons proposer pour la suite.
- Il n’est pas question que je décide quoi que ce soit avec vous ! Nous ne serons jamais d’accord sur rien et nous n’avancerons pas !
- Alors ? Vous proposez quoi ?
- Qu’on se partage la semaine.
- Pour une fois je suis d’accord avec vous, fit Pierre. Bon, nous sommes mercredi. Je prends le commandement jusqu’à dimanche matin, puis vous prenez la suite.
- Et pourquoi ce serait vous qui commenceriez ? répliqua vertement Bernard. Je ne vois pas pourquoi !
- Parce que je suis le plus expérimenté en politique voyons ! fit Pierre avec assurance. Vous en prendrez de la graine !
- Je refuse catégoriquement ! Je prends la première partie de la semaine et si vous n’êtes pas content, je vous casse la figure ! hurla Bernard en empoignant Pierre par le col.
- Bon, et bien si c’est demandé si gentiment » souffla celui-ci.
Bernard le lâcha et partit en maugréant. Pierre eut un léger sourire. Il avait volontairement choisi la première partie de la semaine sachant que Bernard lui disputerait son choix quel qu’il soit. Son expérience du pouvoir lui disait que les gens se souviennent mieux du dernier qui a parlé. Il tenait, donc à avoir le commandement en dernier. Il aurait juste le temps de se faire apprécier et pas assez pour se faire détester. En effet il savait aussi que le pouvoir c’est comme les fleurs. Si on le garde trop longtemps en main, il se fane. Il repartit donc assez satisfait de lui-même.



Le soir était sur le point de tomber. La première décision de Bernard fut de sécuriser la grotte en en protégeant les entrées par des portes. Ils en construisirent deux rapidement pour pouvoir avoir fini avant la nuit. Le tour du lac était riche en bambous de toutes sortes et le matériau ne manquait pas. Le lendemain ils essaieraient d’en fabriquer de plus solides. Pendant ce temps les enfants, Marius et Apolline s’occupèrent de trouver à manger.
« Allons du côté du lac, ma douce. C’est plus plat pour nos vieilles jambes. Venez les enfants, l’autre jour en passant par là j’ai vu quelque chose qui me paraît intéressant. »
Quand il furent arrivés au bord de l’eau, Marius s’approcha d’une plante qui poussait à moitié dans l’eau, près des joncs. Il l’arracha et détacha son bulbe.
« Avec ça les enfants, nous allons faire un bon repas.
- Non ! fit Thibaut en regardant l’espèce d’oignon boueux que le vieil homme tenait dans ses mains. Ne me dites pas que ça se mange ce truc !
- Oh si ! répondit Apolline en riant. C’est même excellent, tu vas voir.
- Cette plante s’appelle l’Aracée, explique Marius. Les peuplades du pacifique en font leur plat principal. Ils l’appellent communément le tarot. Cela remplace le pain ou les pommes de terre.
- Oh Marius regarde ! » fit Apolline en montrant des ajoncs. Rien ne les différenciait des autres mais apparemment, vu l’air extasié du vieil homme ils devaient avoir encore quelque chose d’extraordinaire.
« Cette île est formidable ! s’exclama-t-il. Nous allons de découverte en découverte !
- Encore à manger ? demanda Mélanie.
- Non, encore mieux. Les enfants, regardez bien ceci. C’est du papyrus ! Nous allons pouvoir écrire sur autre chose que sur des feuilles de bananier.
- Du papyrus comme chez les égyptiens ?
- Exactement Thibaut ! Ramassons-en un peu pour faire des essais et continuons. »
La cueillette miraculeuse continua. Ils trouvèrent aussi des mangues, des papayes et des goyaves. Ils rentrèrent les bras chargés. Les autres les regardèrent arriver avec satisfaction. Une petite plante sèche surmontée d’une petite boule blanche ressemblant à un nuage attira l’attention de Christine.
« Mon Dieu, fit-elle, est-ce que ce serait…
- Du coton oui ! jubilait Apolline. Il y en a tout un champ là-bas après les arbres.
- Mais c’est fantastique nous allons pouvoir faire des habits !
- Oui, si les bricoleurs arrivent à nous construire un métier à tisser ou des aiguilles à tricoter, je pense que cela sera possible.
- Bon si nous finissions cela avant la nuit ? proposa Bernard en regardant les portes à moitié construites.
- Bonne idée ! dit Christine. Pendant ce temps moi et Apolline nous allons préparer le repas. »
Et tout le monde se remit à l’ouvrage avec entrain.


La nuit était tombée et tout le monde dormait. Tout le monde sauf Arnaud. Il était sorti après le repas parce qu’il avait besoin de rester un peu seul. Il s’allongea sur le sol regarda les étoiles et la lune qui se levait.
« Pourquoi avoir permis tout cela ? » lança-t-il ?
Ces dernières journées avaient été intenses et il n’avait pas eu le temps de ressasser ses idées noires. Mais maintenant tout lui remontait à la gorge. Il se sentait accablé de souffrance d’avoir vu tous ces morts, ces gens obligés de se battre pour survivre sans compter ces stupides rivalités de pouvoir qui déchiraient le groupe.
« Qu’est-ce que Tu fais Seigneur, nous as-tu abandonné ? »
Alors la question qui lui brûlait les entrailles depuis quelque temps lui monta aux lèvres.
« Est-ce que quelqu’un m’entend ? »
Mais seul le silence lui répondit. Désespéré il hurla :
« Si Tu existes réponds-moi. »
Rien d’autre que le croassement des grenouilles ne se fit entendre.
Alors, il pleura amèrement.


Un hurlement déchira la nuit. Arnaud se réveilla en sursaut. Il s’était endormi sur l’herbe, accablé de peine et de fatigue. Il se leva d’un bon et écouta le cœur battant. La lune était haute maintenant et éclairait les alentours. Rien ne semblait bouger. Peut-être avait-il rêvé, après tout. Il était tellement angoissé en se couchant qu’il avait sûrement fait un cauchemar.
Le cri se répéta. Cela venait de sa droite vers les terres. Il se précipita sans réfléchir. Il récupéra un gros bambou, une chute de ceux qu’ils avaient taillé pour fabriquer la porte, et il fonça. Les cris se rapprochèrent et se firent plus intenses. Arnaud avait le sentiment qu’ils mêlaient la douleur et la peur. Il avait maintenant gagné la lisière de la forêt et déboucha presque aussitôt dans une petite clairière.
Le spectacle qui s’offrit à ses yeux, éclairé par la lune blafarde lui glaça le sang. Il regarda d’abord avec incrédulité puis, il resta cloué sur place, pétrifié d’horreur.


« Qu’est-ce que c’était ? demanda Alix.
- Je ne sais pas ! » répondit Christine d’une voix blanche. Elle se retourna et secoua Richard qui dormait profondément.
« Mmmm… Mouias… Qu’est-ce que tu as ?
- Il y a eu un cri dehors !
- C’est peut-être une bête ? suggéra Bernard qui s’était réveillé à son tour en les entendant parler.
- Non ! On aurait dit une voix humaine…
- J’ai entendu bouger près de la trappe tout à l’heure, fit Maud un peu apeurée.
- Arnaud n’est pas là ! » remarqua Nina.
Les cris se firent entendre à nouveau.
« Il faut aller voir ! décréta Bernard. Les femmes, les enfants et les personnes âgées vous restez là ! Vous fermerez derrière nous. Pierre et Richard, vous venez avec moi !
- D’accord ! approuva Richard. Prenons de quoi nous défendre, on ne sait jamais ! »
Ils prirent les roseaux taillés en pointe que Richard avait confectionné pour la pêche et sortirent.
« Reste derrière la trappe prête à ouvrir, demanda Bernard à Alix. Au cas où nous aurions à revenir en trombe ! »
La porte se referma et ils se mirent à courir en direction des cris. Soudains ceux d’Arnaud se mêlèrent aux premiers ce qui les fit accélérer.


Arnaud regardait la clairière avec effroi. Paul était là, debout, et avait manifestement monté son bivouac à cet endroit. Il avait fabriqué une tente de fortune faite de joncs, de bambous et de feuilles de bananiers.
Quand il était arrivé, Arnaud n’avait pas de suite compris ce qui se passait. Il avait vaguement vu des formes se mouvoir autour de Paul. Cela avait l’aspect de bouts de tissus plats et noirs d’environs un mètre de longueur qui planaient sans bruit autour de lui. Celui-ci bougeait dans tous les sens pour les éviter car, lentement au début, puis de plus en plus souvent l’une de ces choses lui fondait dessus, semblait se poser et repartait aussitôt, laissant la place à une autre. Tout cela était fait avec une rapidité étonnante. Mais, le plus étrange était le silence avec lequel ils se mouvaient.
« Mais qu’est-ce que c’est que ces trucs ? »
L’étonnement se mua en effroi quand il s’aperçut qu’à chaque fois qu’une de ces bêtes touchait Paul un filet de sang apparaissait à cet endroit et il finissait par en être couvert. Sil ne faisait rien, ces choses allaient le saigner. Il se reprit donc et se précipita à la rescousse.
Il prit son bâton et le fit tournoyer dans ses mains. Il avait fait beaucoup d’arts martiaux durant sa jeunesse et, a sa grande surprise n’avait pas tout oublié. Il commença à heurter les bêtes avec son bâton. Elles étaient en fait constituées d’un corps encadré de deux grandes ailes.
« Et m… ! Il ne manque plus que cela ! Des chauves-souries géantes ! »
Géantes n’était pas un vain mot. Vu de près, elles étaient encore plus grandes ! Elles avaient au moins un mètre cinquante d’envergure et, quand Arnaud les frappait, cela ne les assommaient qu’un instant, puis elles reprenaient leur vol. Par contre, elles devenaient de plus en plus hargneuses. Le jeune homme se dit qu’il ne valait mieux pas rester dans le coin plus longtemps car, même à deux ils ne seraient pas de taille à les tenir à distance. D’ailleurs, il commençait déjà à se faire mordre.
« Partons d’ici ! » hurla-t-il à l’adresse de Paul.
Celui-ci, bien qu’affaibli, opina de la tête et Arnaud tenta de reculer tout en jouant du bâton avec force. Il gagna un peu de terrain, mais, à ce jeu-là, il s’épuisait vite. Heureusement, elles furent bloquées quand ils arrivèrent aux arbres. Ils étaient trop rapprochés pour leur envergure et elles ne pouvaient pas les suivre. Le jeune homme recula encore pour bien s’enfoncer dans la forêt. Il soutenait Paul qui était très affaibli.
Soudain, il cogna dans une masse molle, il se retourna brusquement et frappa avec vigueur. Des silhouettes se détachèrent dans la pénombre de la forêt et il se remit vivement en garde.
« Eh ! Dark Vador ! Doucement ou tu vas tous nous tuer ! »
C’était la voix de Richard.


« Tu es sur que ça va ? demanda Arnaud qui était vraiment ennuyé.
- Mais oui ! Tu ne va quand même pas me demander ça à chaque pas !? » répliqua Bernard un peu agacé.
Quand ils avaient atteint la forêt, guidé par les cris des deux hommes, ils avaient coupé au plus court. Ils s’étaient retrouvés à se cogner contre Arnaud qui, bizarrement, marchait à reculons. Bernard n’avait même pas eut le temps de protester qu’il lui avait écrasé les orteils ! Il avait vu trente-six chandelles et s’était retrouvé allongé au sol entouré des autres sans savoir comment et pourquoi.
« Mais qu’est-ce qui t’a pris ? » protesta-t-il.
Arnaud se confondit en excuse et expliqua ce qui était arrivé. Les autres le regardèrent avec surprise. Heureusement que les blessures de Paul confirmaient ses dires sinon ils auraient pu croire à une hallucination. Cela paraissait tellement extraordinaire ! Après tout, ils avaient souvent bivouaqué dehors et ils n’avaient jamais été inquiétés par aucun animal. Alors par des chauves-souris géantes… Cela relevait plus du film fantastique que de la réalité.
Cependant, ils n’avaient pas le temps de s’appesantir sur le sujet car Paul était très faible. S’ils ne rentraient pas de suite, il ne pourrait peut-être pas atteindre la grotte. Ils prirent donc le chemin du retour en passant le plus possible par la forêt. Ils ne savaient pas si les bestioles (si tant est qu’on puisse les appeler ainsi…) ne les suivaient pas. Tant qu’ils étaient sous les arbres, ils étaient protégés mais, ensuite il valait mieux être le moins possible à découvert.
« Attendez ! fit Richard quand ils furent arrivés au point de la lisière le plus proche de la grotte. Il y a encore à peu près cinq cents mètres à parcourir. Si nous essayions de voir si elles nous suivent avant de tenter le coup ?
- Comment le savoir sans sortir de sous les arbres ? demanda Bernard.
- L’un de nous n’a qu’à y aller. Cela évitera que tout le monde ne se fasse attaquer. Un seul homme peut se replier plus vite qu’un groupe en cas de problème.
- Ce n’est pas idiot, dit Bernard. Et je suppose que tu es volontaire, Richard ?
- Mais bien sur ! Je ne l’aurais pas proposé sinon.
- Je trouve que c’est stupide voyons ! répliqua Pierre. S’il est attaqué, il se fera déchiqueter alors qu’à plusieurs nous serons en force ! Nous pouvons aussi attendre le jour et ne sortir qu’ensuite.
- Sauf que Paul risque de ne pas supporter une nuit à la belle étoile ! remarqua Arnaud. Il faut l’emmener à Alix pour qu’elle le soigne. Plus nous discutons, plus il perd de sang. »
Il avait raison. Paul était très pâle et n’avait même plus la force de protester, ce qui, chez lui, était un signe de gravité.
Richard tenta donc une sortie, armé de deux pointes, au cas où. Il marcha lentement. Il n’entendait que le bruit de ses pas et sentait l’abri des arbres s’éloigner. La lune éclairait la plaine d’une lueur blafarde. Le sol était absolument plat et aucun refuge ne s’élevait avant la grotte. Il arriva à mi-chemin et se retourna. Il voyait la lisière de la forêt, plus sombre et devinait plus les autres qu’il ne les voyait.
Soudain quelque chose lui frôla le mollet. Il se retourna et frappa de la lance. Il sentit qu’elle s’enfonçait dans quelque chose qui cria. Il leva la lance pour regarder ce qu’il avait embroché et se mit à rire tout seul ! Une poule ! C’était fantastique et inespéré ! Depuis le temps qu’ils n’avaient pas mangé de viande !
Il scruta une dernière fois la plaine et le ciel. Il n’y avait rien. Il aurait eu le temps d’être attaqué cent fois s’il y avait eu quelque chose. Les chauves souris avaient sûrement abandonné la bataille. Il fit donc signe aux autres tout en restant aux aguets. Ceux-ci entreprirent donc de le rejoindre. Arnaud et Pierre soutenaient Paul qui avait de plus en plus de mal à se déplacer.
Cinq minutes après ils s’étaient rejoint. Il n’y avait plus que trois cents mètres à parcourir. Ils étaient sauvés ! Ils poussèrent tous un soupir de soulagement, surtout Arnaud qui n’avait aucune envie de se retrouver encore une fois en tête-à-tête avec ces bêtes. En tous cas, il faudrait maintenant un cas de force majeur pour qu’il remette un pied dehors la nuit tombée ! Ils furent aussi ravis de constater que leur dîner du lendemain était au bout de la lance de Richard.
Ils reprirent donc leur chemin dans une ambiance beaucoup plus détendue.
« Dites donc, vous n’auriez pas un abusé de la racine de poivrier quand vous avez vu ces bêtes ? plaisanta Bernard.
- Non, mais il doit être un peu marseillais quand même ! Un mètre cinquante d’envergure… continua Pierre.
- Parfois dans la nuit les formes paraissent plus grandes qu’elles ne sont ! essaya d’expliquer Richard.
- Croyez ce que vous voulez bande d’incrédules ! Je ne vous souhaite pas de les rencontrer pour pouvoir les mesurer ! »
- Attendez ! » dit Bernard, coupant les rires.
La luminosité avait insidieusement changée. La lune éclairait moins franchement le lac et l’aspect des choses n’était plus le même.
« Bon Dieu qu’est-ce qu’il se passe ? » marmonna Richard soudain inquiet.
Ils levèrent la tête. Une nuée de chauves-souris géantes tournoyait autour d’eux…


« Mais qu’est-ce qu’ils font ? Ils devraient être de retour depuis longtemps ! »
Nina avait rejoint Alix sous la trappe et se morfondait. Elle était surtout inquiète pour Arnaud. Qui sait ce qu’il s’était passé ? Est-ce que les autres étaient arrivés à temps ? Alix, quant à elle se demandait surtout ce qu’il adviendrait d’eux s’il arrivait malheur aux hommes les plus vigoureux du groupe. Ils étaient tous partis, les laissant à la merci de n’importe quel danger. Pourtant elle voulut rassurer sa compagne.
« Pas de panique Nina ! Il faut leur laisser le temps de revenir ! Je les ai vus courir vers la forêt tout à l’heure. »
Alix avait pris le temps de repérer l’endroit où ils avaient disparu et regardait de temps en temps s’ils revenaient. Pas trop souvent cependant car il était imprudent d’ouvrir fréquemment la trappe.
Devant l’inquiétude de Nina, elle décida pourtant de jeter à nouveau un coup d’œil dehors. Elle aperçut le groupe qui revenait.
« Nina, tu vas être contente ! Les voilà !
- C’est vrai ? Oh ! Tant mieux !
- Va le dire aux autres ! Christine et Maud sont très inquiètes aussi. »
L’infirmière s’abstint de dire qu’elle voyait que l’un d’eux était blessé. Dans la pénombre elle ne voyait pas qui c’était mais elle se surprit à penser :
« Pourvu que ce ne soit pas Paul… »
Elle se demanda pourquoi elle pensait à lui et pas à un autre ? Pourquoi ressentait-elle une telle angoisse pour un gars qu’elle avait si peu aperçu ? Elle vivait avec les autres vingt-quatre heures sur vingt-quatre et le seul pour qui elle se faisait vraiment du souci était celui qui les rabrouait dès qu’ils essayaient de l’approcher.
Oui mais il y avait eu l’épisode du radeau. Il n’avait pas hésité à plonger pour la sauver alors qu’il avait manifestement horreur de l’eau. Elle ressentait de la gratitude pour lui et puis… Elle n’arrivait pas à effacer de son esprit l’expression qu’il avait quand il s’était occupé d’elle. Cette sûreté de gestes et, en même temps cette vulnérabilité… Il n’était sûrement pas né dans la rue… Quel chose terrible avait-il donc vécu pour finir en loque ?
Elle réfléchissait à tout cela tout en scrutant l’arrivée des hommes quand elle vit quelque chose d’étrange. Un nuage noir s’élevait de derrière la forêt, petit au début et semblant s’étaler et s’épaissir en suite. Il allait trop vite pour être de la vapeur ou de la fumée. Au fur et à mesure qu’il approchait, Alix avait le sentiment qu’il était composé de multiples petits points qui grandissaient progressivement. Elle ne savait pas ce que c’était mais ses poils se hérissèrent soudain sur ses bras quand elle entendit un des hommes hurler :
« Courez ! Courez ! Vite, à la grotte ! »
Ils se mirent à presser le pas mais le nuage sembla soudain les recouvrir. Ils n’avaient alors plus que cent mètres à parcourir. Comme ils s’approchaient, Alix fut pétrifiée en voyant ce qui les attaquaient. Elle qui avait déjà une peur bleue des petites bêtes qui volaient la nuit en France, elle les voyait en vingt fois plus grandes ce qui n’existait pas dans ses pires cauchemars.
Le combat fut âpre et désespéré mais perdu d’avance s’ils n’avaient pas été si près du but. Alix ouvrit la trappe à moitié dès leur arrivée. Il ne fallait pas faire une trop grande ouverture pour ne pas que les animaux puissent rentrer mais ouvrir assez pour que les hommes puissent se frayer rapidement un passage. En effet les chauves-souris, voyant que leurs proies risquaient de leur échapper rapidement, redoublaient d’ardeur et de hargne.
Ils firent rentrer Paul en premier, puis Pierre et Richard, enfin Bernard. Arnaud étant celui qui maniait le plus adroitement le bâton resta dehors le temps que les autres rentrent. Puis lui et Alix tentèrent de refermer la trappe. Mais les bêtes ne l’entendaient pas ainsi. Elles étaient tellement nombreuses maintenant que tout était noir dehors. Elles tentaient de rentrer par tous les moyens possibles et quand ils purent enfin tirer la porte il y en avait une ou deux qui coincèrent leurs ailes en dessous. Finalement ils arrivèrent à verrouiller le tout. Ils les entendaient qui tapaient au dehors.
« J’espère qu’elle va tenir, dit Bernard avec inquiétude. En tous cas dès demain il faudra en construire de plus solides ! »
L’émotion, à leur arrivée dans la salle commune fut considérable. Il y avait à la fois de la joie, mais aussi de l’inquiétude. Ils s’étaient tous fait plus ou moins mordre et leurs blessures saignaient abondamment.
« Ces bêtes vivent sûrement du sang des animaux, expliqua Alix tout en s’occupant de Paul. Elles doivent injecter un produit qui empêche le sang de se coaguler. Rincez-vous le plus possible à l’eau, puis prenez du coton et appuyez très fort sur chaque plaie. Ensuite serrez-les avec du tissu.
- Je vais aussi préparer une décoction de thym. C’est un excellent antiseptique ! » ajouta Marius.
Ils passèrent ce qu’il restait de la nuit à se soigner. De toute façon, après tout cela, personne n’aurait pu fermer l’œil. Les chauves-souris continuèrent à cogner contre la porte jusqu’à l’aube. Il était temps que le soleil se lève car elle n’aurait par tenue très longtemps.
Le jour venu ils examinèrent les alentours. Ils avaient tué quelques bêtes et purent les mesurer. Toutes ailes déployées elles mesuraient entre un mètre et deux mètres cinquante. De véritables monstres.
« Dis Papa est-ce que ce sont des dinosaures ? » demanda Mélanie.
Elle avait été terrifiée par les évènements de la nuit et son père avait décidé de l’emmener voir les dépouilles des animaux.
« Tu crois que c’est raisonnable ? fit Christine avec inquiétude.
- Si nous ne lui montrons pas, son imagination le fera, peut-être en pire. On a surtout peur de ce que l’on ne connaît pas ! »
En effet, l’enfant regarda les animaux avec des yeux pleins d’intérêt et d’admiration pour son père qui avait combattu ces énormes bêtes.
« Non, ma chérie ! Je ne crois pas que cela en soit ! Ou alors peut-être leurs lointaines descendantes ! » répondit Richard en riant.
Le reste de la journée se passa à renforcer la porte et à chercher à manger.
Près de l’étang, Marius se mit à confectionner une sorte de pyramide en roseau.
« Qu’est-ce que c’est ? demanda Thibaut.
- C’est un piège à poule. Si ton père a pu en attraper une c’est qu’il y en a peut-être d’autres. »
A ce moment-là Richard arriva et paru soulagé de voir son fils.
« Qu’est-ce que tu fais là ? Je t’avais dit de ne pas t’éloigner !
- Mais papa, Marius me montre comment on fait un …
- Peu importe… Allez viens maintenant ! »
Le petit garçon suivit son père, un peu dépité. Marius les regarda s’éloigner. Cette famille avait l’air d’être unie mais un peu trop peut-être. Ils étaient toujours les uns avec les autres. Le couple ne lâchait jamais le Papy d’une semelle. Cela pouvait se concevoir d’ailleurs. S’il était atteint de la maladie d’Alzheimer il fallait le surveiller de près. Il devait pourtant en être à une phase débutante car jamais il ne l’avait vu se perdre ou oublier quelque chose. Cependant, comme il était toujours avec Richard et Christine, c’était difficile de voir quoi que ce soit. Comme dit Alix il a ses repères et arrive ainsi à être relativement bien orienté.
Ce qui était moins équilibré dans les relations de la famille était celle des parents avec les enfants. Depuis quelque temps il ne se passait pas une minute sans qu’il soit ensemble. Mélanie avait l’air d’en être contente mais Thibaut semblait avoir besoin d’un peu d’indépendance. A chaque fois, son père le rappelait à l’ordre, comme aujourd’hui. Soit il était un père possessif, soit les différents dangers de l’île leur faisaient craindre pour la sécurité de leurs enfants. C’était, somme toute, tout à fait naturel.
Sur ces considérations, il hocha la tête et se remit au travail.


« Vous savez que vous me faites mal ? » grogna Paul.
Alix avait entrepris de lui changer ses pansements mais cela n’était pas une mince affaire.
« Arrêtez de gigoter comme ça ! lança-t-elle.
- Je le ferais quand vous cesserez de serrer comme ça ! »
Elle était obligée de plaquer fortement les pansements sur les plaies, sinon elles se remettraient à saigner. Elle avait soigné les autres en premiers pour qu’ils puissent sortir travailler. Pierre et Richard n’avaient que des blessures mineures. Arnaud était un peu plus atteint, aussi lui avait-elle demandé de ne pas faire d’efforts trop importants ce jour-là. Paul, lui avait dormi jusqu’en milieu de matinée. Il s’était réveillé de fort mauvaise humeur de se retrouver au milieu de tout ce monde. Alix semblait particulièrement l’exaspérer. Ca n’était pas la réfection des pansements qui allaient arranger les choses !
« Si vous n’arrêtez pas de râler, je vous en fiche un sur la bouche ! »
Elle ne savait plus trop si elle avait envie de rire ou si elle était énervée. Ce type commençait à lui taper sur les nerfs, mais, en même temps elle était très heureuse de le voir vivant. Tant qu’il râlait, ça allait bien ! Il avait des plaies un peu partout et avait perdu beaucoup de sang mais il s’en remettrait. Par contre, il fallait maintenant le convaincre de dormir dedans. Bernard essaya de s’y employer.
« Voyons, soyez raisonnable ! Il serait plus qu’imprudent de se séparer à nouveau.
- Parce que vous croyez que je vais rester dans ce trou à rat avec toute cette bande de tarés ?
- Eh oh ! Je vous signale que la bande de tarés a failli y passer hier soir pour venir vous tirer du mauvais pas dans lequel vous étiez.
- Je ne vous ai rien demandé ! Aïe ! Mais vous me faites mal ! Vous avez fait votre école d’infirmière dans un abattoir ou quoi ? ajouta-t-il à l’adresse d’Alix.
- Bernard ! Dites-lui d’arrêter de bouger ou je l’achève !
- Allez tenez-vous un peu tranquille. Sinon elle ne peut pas travailler.
- Eh ben tant mieux ! » maugréa Paul.
Aidée de Bernard, Alix pût enfin terminer sa tâche et sortit prendre l’air. Les nausées la reprenaient et elle tenait absolument à étouffer les sentiments qui naissaient en elle. Non, elle ne pouvait pas retomber amoureuse deux semaine après la mort de Christophe. C’était indécent, une véritable insulte à sa mémoire. Et puis qu’est-ce qu’elle lui trouvait à ce gars ? Il était grossier, moche, antipathique… Il n’avait rien pour plaire. De plus si c’était lui le tueur, elle aurait bonne mine ! Elle décida de ne rester que le strict nécessaire auprès de lui et de le fuir le reste du temps.


Paul resta seul. A chaque fois qu’Alix disparaissait, il avait l’impression que la lumière s’éteignait. Non, non et non ! Définitivement non ! Il ne fallait pas s’attacher, c’était dangereux ! Il commençait à se sentir trop proche d’elle pour que son sort l’indiffère. Il lui fallait partir d’ici et fuir cette fille définitivement avant qu’il ne soit trop tard.


Tout en confectionnant la porte avec les autres, Pierre pensait aux jours qui suivraient. Après-demain il serait le seul maître à bord. Certes, trois jours ce serait court, mais pour lui c’était un tremplin. Ces trois jours de commandement seraient, en fait des jours de campagne pour sa réélection qu’il voulait triomphale, ne serait-ce que pour damer le pion à Bernard. Il fallait qu’il tape fort car celui-ci avait gagné des points avec la gestion de la crise de la nuit. Il avait fort bien réagit et cela n’était pas forcement une bonne chose. Mais il restait de nombreuses journées avant la prochaine élection et, d’ici là, l’émotion serait retombée et, peut-être d’autres choses se seront alors passées qui seront plus fraîches dans la tête des électeurs.
« Papa ! Papa ! Mais à quoi tu penses ? » fit Maud un brin énervée.
A force de cogiter, il avait noué une liane à l’envers. Sa fille le regardait d’un air exaspéré. En fait, elle ne savait que trop ce qu’il avait dans la tête. Depuis que cette histoire d’élection avait été mise sur la table, il ne pensait même qu’à cela. Il avait été proche d’elle pendant les jours suivant le crash et elle avait trouvé cela merveilleux. Jamais il ne s’était autant occupé d’elle. Et voilà que tout recommençait comme avant. Même si cela se passait à une échelle minime, l’esprit était le même. Gagner l’avantage sur l’adversaire coûte que coûte, y mettre tout son être, sa pensée, son énergie de chaque instant. A croire qu’il ne vivait que pour le moment où il serait élu. Dire que tout cela n’était qu’une répétition, que quand ils sortiraient de là il faudrait subir la campagne grandeur réelle. Elle n’en supportait pas l’idée et commençait à en vouloir terriblement à son père. Elle devait absolument attirer son attention par tous les moyens. Elle réalisa soudain que le seul moment où il avait semblé penser à elle, était le moment où elle avait disparue. Dès qu’une occasion se présenterait, elle se débrouillerait pour la saisir…


Le lendemain fut consacré à confectionner des drapeaux de détresse pour en mettre un peu partout, le long de la falaise. Ils coupèrent des bambous qu’ils assemblèrent pour faire des mats et hissèrent des morceaux de tissus.
« Ce serait bien si nous pouvions en mettre sur les palmiers du lagon » suggéra Arnaud en regardant Nina en coin. Celle-ci eut une moue de désapprobation mais face à l’accord de Bernard, elle ne pouvait rien. De plus, elle était décidée à mettre de l’eau dans son vin pour essayer de le séduire. Pour l’instant, ce n’était pas gagné. Ce n’était pourtant pas faute d’essayer ! Elle en était assez vexée, parce que, d’habitude, son charme ne laissait pas les hommes indifférents. Elle en venait à se demander s’il appréciait les femmes.
Arnaud, de son côté comprenait bien les intentions de Nina. Il aurait fallut être aveugle ou complètement idiot pour ne pas s’en rendre compte ! Il se sentait attirée par elle. Elle était belle et n’attendait qu’un signe de lui. De plus son engagement de prêtre ne semblait plus avoir de sens pour lui. Il lui semblait qu’il ne croyait plus en Dieu… Donc, s’il n’y avait pas de Dieu, il n’y avait aucune raison de continuer à être prêtre.
Alors pourquoi hésiter ? Parce qu’il y avait quelque chose en lui qui lui disait d’attendre, de ne pas renier ce qui, il n’y a pas si longtemps lui paraissait être le plus bel engagement de sa vie. Il avait promis en outre à son évêque de prendre du recul et de réfléchir avant de prendre une décision. Ce serait trop bête de la regretter ensuite, quelle qu’elle soit. Mais les nécessités de la survie et les évènements qui s’enchaînaient laissaient peu de place à la méditation. De toute façon, à l’heure qu’il était, il ne savait plus où il en était et ne voulait rien décider dans une telle confusion. Il devait donc essayer de parler



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