Elle pensa que, dès qu’ils seraient de retour au campement, il fallait qu’elle mette tout cela sur le tapis devant tout le monde. Puisqu’elle ne pouvait faire confiance à personne autant qu’elle le dise en présence de tous les rescapés. Si elle se confiait à une personne en particulier et que ce soit précisément celle qui cherchait à les neutraliser, elle ne donnait pas cher de sa peau. Au contraire, si elle disait ce qu’elle soupçonnait à tout le monde, personne n’oserait intervenir pour l’arrêter. Ensuite, quand tous les survivants seraient au courant il n’y aurait plus de raison de l’éliminer à elle en particulier.
Par contre c’est vrai que cela plomberait l’ambiance et elle n’osait pas imaginer ce que serait la suite de leur séjour si chacun suspectait le voisin de vouloir le tuer pendant son sommeil… D’autre part, personne n’était plus en sécurité et le cacher serait criminel.
Comme elle n’avait aucune intention que Richard devine à quoi elle pensait, elle enchaîna sur un ton badin :
« Mais voyons ! Qui aurait fait cela ? Regarde comme les palmiers sont des arbres tranchants ! Avec le vent, il a dû frotter au mauvais endroit. Il vaudrait mieux le percher sur un autre arbre si on ne veut pas qu’il tombe tout le temps ! »
Richard la regarda un bref instant. Soit elle était vraiment idiote et n’avait rien vu, soit elle jouait celle qui ne remarquait rien. Il ne savait pas pourquoi, mais son instinct le faisait plutôt pencher pour la seconde solution. Pour ne pas qu’elle le soupçonne, il acquiesça rapidement.
« Tu as raison. Regarde ce grenadier au bord de la falaise, il me paraît être tout indiqué. »
C’est vrai qu’il était idéalement placé pour être aperçu par un bateau ou un avion. L’arbre était planté seul au bord de la falaise et le fanion se détacherait nettement sur le ciel bleu. Pourtant, Alix avait toujours quelques répugnances à aller si près du vide en compagnie de Richard. Il n’avait rien tenté depuis tout à l’heure et s’était montré plus qu’amical dans la montée, l’aidant même dans les endroits difficiles. Elle ne savait plus que penser. Peut-être s’était-elle vraiment trompée sur son compte. Ce gars était vraiment déroutant.
En tous cas, il était déjà en haut de l’arbre attachant le drapeau très adroitement. Moins d’une minute après il était redescendu.
« Et voilà le travail ! Maintenant, nous pouvons être tranquilles. Si un bateau ou un petit avion passe aux alentours il ne pourra pas le manquer !
- Bon, fit Alix rassurée par l’attitude de Richard, allons-y alors !
- Oui, allez, après toi ! »
La jeune femme s’élançait dans le chemin, soulagée tout de même de partir de cet endroit. Soudain, elle se sentit trébucher et se retrouva en un clin d’œil à plat ventre, en équilibre au bord du précipice. Richard enfonçait son genou entre ses omoplates et lui tordait le bras droit.
(... à suivre)