Nous sommes, ma femme, mes enfants et moi, une sorte de famille d’accueil d’un genre un peu particulier. Il y a des personnes qui ont temporairement besoin d’être protégées pour diverses raisons. La plupart du temps, ce sont des témoins de meurtres ou de malversations mafieuses. En attendant l’arrestation ou le procès des personnes en causes, ils risquent l’intimidation ou la mort. En échange de leur témoignage, le gouvernement les inclus dans le programme de protection des témoins dont nous faisons parti.
- Arrête-moi, si je me trompe, interrompit Alix. Ces gens changent d’identité et de lieu de résidence, c’est çà ?
- Tout à fait, mais cela va plus loin. Le gouvernement, en changeant les états civils, leur accorde également une famille de substitution.
- C’est comme cela que Monsieur de Clerc est devenu Monsieur Méchaleux, si je comprends bien.
- Oui. Pour tous nos voisins et nos amis, il est mon père que nous avons pris chez nous car il ne pouvait plus rester seul chez lui en raison d’une maladie d’Alzheimer. Cela justifie aussi le fait que nous devions le suivre partout où il va.
- Et qu’est-ce qu’il a fait pour devoir être protégé comme cela ?
- Il était comptable de la branche française de la plus grande organisation mafieuse internationale. En l’infiltrant la police a trouvé des preuves suffisantes pour l’envoyer en prison un moment. Sauf qu’avec ce qu’il sait, il peut démanteler la totalité de l’organisation. Ce serait le plus gros coup de filet de tous les temps.
- Bigre ! Je comprends qu’il ait besoin de protection ! Je suppose bien sur que l’immunité lui a été promise en échange de son témoignage.
- Oui, il a une soixantaine d’année, bien qu’il en fasse un peu plus. Il ne tient pas vraiment à passer le reste de sa vie en prison.
- Et vos enfants sont au courant de tout cela ?
- Bien sur ! Comment ne le seraient-ils pas ? Ils sont même parti-prenante de la mission au même titre que nous ! Comment veux-tu que nous fassions rentrer de nouveaux membres dans la famille sans qu’ils sachent pourquoi. Ils sont indispensables pour rendre la couverture crédible.
- Mais, si vous protégez cet homme, pourquoi avoir pris le risque de l’emmener si loin ?
- Il n’était plus en sécurité en France métropolitaine. L’organisation mafieuse dont il faisait parti est extrêmement puissante. Nous pensions qu’elle était près de le retrouver. Il nous fallait brouiller les pistes.
- Mais pourquoi Tahiti ? Il serait encore plus facile pour vous de vous cacher à l’étranger.
Sauf qu’il nous faut rester sur le territoire français pour que le gouvernement puisse nous venir en aide en cas de besoin. Sinon nous devrions agir seul ce qui serait nettement imprudent. »
( à suivre ...)