Ce soir-là, après le repas, Richard réunit tout le monde. Il avait remarqué que, le mercredi approchant et les élections avec, la fragile unité qui semblait s’être instituée dans le groupe menaçait de voler en éclat.
Durant la journée, en effet Bernard et Pierre s’étaient remis à faire campagne. Ils testaient leur popularité et, mine de rien, se remettaient en concurrence l’un par rapport à l’autre. Cela commençait à agacer tout le monde. Il fallait faire quelque chose. La fatigue aidant, il n’en fallait pas beaucoup pour que les dissensions ne rééclatent et ce n’était pas le moment. Il leur fallait plus que jamais rester unis pour subsister. Des travaux pénibles d’aménagement les attendaient et ils auraient besoin de l’aide tous. Il fallait éviter autant que possible tout ce qui pouvait nuire au fragile équilibre relationnel.
Dans ces conditions, des élections revenant toutes les semaines ne pouvaient continuer à être envisageable. Il ne comptait pas demander à ce que le mandat soit plus long, ce serait déplacer le problème. D’autre part, il était intéressant de maintenir une alternance pour varier les objectifs et que personne ne s’accroche au pouvoir trop longtemps. Il pensait avoir trouvé une idée qui puisse associer ces deux éléments de façon durable.
« Après-demain, comme vous le savez, commença-t-il de façon posée, je remets mon mandat de chef de notre groupe en jeu. »
Bernard et Pierre se jetèrent un bref regard qui alliait la connivence et la compétition.
« Nous avons décidé d’élire un chef différent toutes les semaines. Cependant, je pense que ce système nous fait perdre beaucoup de temps et d’énergie qui nous serait plus utile à chercher comment survivre.
- Qu’est-ce que tu veux dire ? fit Bernard, un peu piqué au vif.
- Que quand on passe son temps à faire campagne on a du mal à faire autre chose, intervint Arnaud qui supportait mal la perpétuelle ambition de l’homme d’affaire et du ministre.
- Doucement, tempéra Richard en faisant signe à Bernard de se calmer. Ne nous disputons pas ! Voyez ce que je veux dire. Dès que nous parlons un tant soit peu élections, nous nous déchirons. Le chef d’un groupe est garant de son unité et sa désignation ne doit pas être cause de désunion.
- Et alors ? Qu’est-ce que tu proposes ? demanda Pierre qui
commençait à ne pas apprécier le discours de Richard.
- Il veut peut-être rester au pouvoir, renchérit Bernard avec
suspicion. Tous ces propos sur l’unité ne sont que des prétextes pour conserver ta place.
- Ca n’est pas parce que vous crevez d’envie de commander que tout le monde est comme vous ! explosa Nina. Richard est un homme intègre et vous feriez mieux d’en prendre de la graine !
Répètes ce que tu viens de dire ! cria Bernard en se levant pour foncer sur le mannequin.
( à suivre ...)