« Mais, nous n’en avons pas, finit-il par dire, il faut trouver un autre moyen.
- Allons, allons, fit Apolline, ne vous découragez pas si vite. Rappelez-vous que l’homme n’a pas inventé grand-chose qui ne soit déjà dans la nature.
- C’est vrai ! s’exclama Alix, la pénicilline est un champignon après tout !
- Oui, dit Richard, mais, pour en obtenir, il nous faut la bonne souche et cela prendrait ensuite un bon mois pour produire un champignon utilisable. Est-ce que Arnaud peut attendre jusque là ?
- Je ne crois pas, répliqua Apolline, mais je pensais à autre chose. Vous n’avez pas dit que vous aviez vu des abeilles en grand nombre en rentrant de votre expédition ?
- Euh… si, répondit Richard qui ne voyait pas ce que les abeilles venaient faire là-dedans.
- Figurez-vous que ces petites bêtes sont organisées de manière remarquable. Elles n’ont d’autre but que d’assurer le maintient de leur espèce en s’occupant continuellement de la reine et de ses larves. La ruche n’est donc qu’une énorme pouponnière. »
Même Alix qui aimait bien Apolline était un peu perplexe. Un homme était en danger de mort et elle leur faisait un exposé sur la vie des abeilles.
« C’est très intéressant, mais en quoi cela peut-il nous aider ? demanda-t-elle, un peu désarçonnée.
- D’une façon très simple, continua la vieille dame. Pour que les larves puissent se développer, elles ont besoin de chaleur. La température normale d’une ruche est de trente-huit degrés cinq. Vous qui êtes infirmière dites-moi : qu’est-ce qui aime bien se multiplier dans un endroit clos, chaud et humide ?
- Les bactéries ? proposa Alix à tout hasard.
- Oui, il est inévitable que dans un tel contexte les bactéries se multiplient. Or, vous serez intéressé de savoir qu’il ne s’en développe aucune qui soit nuisible pour les larves. Pourquoi d’après vous ? »
Ils se regardèrent en silence. Richard risqua à son tour une réponse :
« Je suppose qu’elles ont un bon moyen de défense ?
- Oh oui ! approuva Apolline, le meilleur qui soit. Figurez-vous qu’elles produisent naturellement des antibiotiques pour se protéger. »
Les deux autres sursautèrent.
« Quoi ? fit précipitamment Alix. Il y a des antibiotiques dans une ruche ?
- Oui, et le meilleur qui soit.
- Est-ce qu’il est récupérable sans traitement spécial ? demanda Richard.
- Bien sur qu’on peut le récolter ! Les abeilles le produisent dans la nourriture qu’elles donnent aux larves.
- Dans le miel, alors ? réalisa Alix.
- Tout à fait. Si nous arrivons à trouver du miel assez vite, nous avons une chance de faire quelque chose pour Arnaud.
- Il n’y a pas de temps à perdre alors ! fit Richard. Alix prévient tout le monde ! Nous partons immédiatement à la recherche des ruches ! »
L’infirmière partit sur-le-champ en courant. Richard se tourna vers Apolline.
« Vous êtes étonnante ! lui dit-il avec admiration. »
La vieille dame eut un merveilleux sourire.
( à suivre...)