Apolline passait des compresses froides sur le corps d’Arnaud. Elle soupira. Ce jeune homme n’allait vraiment pas bien. Si les autres ne se dépêchaient pas, il serait trop tard. Les meilleurs antibiotiques n’agissent pas de manière magique et, même si le miel était appliqué tout de suite, il faudrait au moins vingt-quatre heures pour en voir les effets. Est-ce qu’il tiendrait le coup d’ici là ? Il était tombé dans une profonde torpeur qui interdisait les tisanes. Elle venait de refaire les pansements avec un peu de thym. Il en fallait très peu car il provoquait des brûlures s’il n’était pas fortement dilué. Elle devait absolument trouver le moyen d’optimiser ses effets. Peut-être trouverait-elle quelque chose dans les environs qui pourrait les aider en attendant le miel. Quelqu’un dans le groupe en savait plus qu’elle et pouvait leur donner un coup de main, elle en était persuadée. Cependant, si elle lui demandait, elle essuierait un refus. Il donc fallait le pousser à agir.
Elle sortit donc après avoir mis une dernière main aux bandages du blessé. Il n’allait pas bouger avant plusieurs heures et elle pouvait se permettre de le laisser seul quelques minutes.
Tout redevint silencieux dans la grotte après le départ d’Apolline. Seule la profonde respiration d’Arnaud troublait la tranquillité des lieux. Soudain quelque chose bougea dans le coin le plus reculé de la cavité. De discrets bruits de pas se firent entendre et Paul tendit le coup vers la forme allongée près du feu. Que venait-il faire là ? Il ne le savait pas lui-même. Après tout cela ne le regardait pas.
Pourtant, il devait admettre que si ce type n’était pas intervenu cette nuit-là il ne serait peut-être plus là à l’heure qu’il est. Cela n’aurait pas été une si mauvaise chose après tout. Il foirait tout ce qu’il entreprenait et, d’une certaine façon, cela faisait longtemps qu’il était mort. Mais bon, ce gars-là avait tout de même risqué sa vie pour lui et il avait une dette. Il n’aimait pas cela car il ne voulait rien avoir à faire avec eux. Le meilleur moyen d’effacer ce qu’il devait était de lui rendre la pareille. Arnaud risquait de mourir, il pouvait peut-être y faire quelque chose.
Il s’approcha, retira un des bandages et regarda en dessous. Les plaies n’étaient vraiment pas belles. Il avait entendu parler de miel et de thym, ce n’était pas mal mais ils avaient accès à un puissant antiseptique auquel ils n’avaient pas pensé et qui pouvait améliorer rapidement la situation. Il saisit une des coupelles de métal et descendit à la plage puiser de l’eau de mer. Puis il remonta et la coupa avec de l’eau du lac qu’Apolline avait fait bouillir pour la stériliser avant d’y rajouter un peu d’extrait de thym. Il prit des bandes propres qui étaient à proximité et les trempa dans la préparation avant des les placer sur les blessures infectées du jeune homme.
« Ca va vous permettre d’attendre un peu » murmura-t-il avant de se tapir à nouveau dans sa cavité.
Peu après, Apolline entra à son tour dans la grotte. Elle ramenait une ou deux herbes pour donner le change et constata que les pansements avaient été changés. Elle regarda, intéressée, la coupelle et le liquide qu’elle contenait.
« J’en étais sûre ! se dit-elle. Alors, qu’est-ce qu’il nous a trouvés ? »
Elle sentit et reconnu l’odeur du thym et du sel.
« De l’eau de mer ? » murmura-t-elle un peu perplexe. Elle réfléchit un court instant avant de comprendre.
« Que je suis bête ! Comment n’y ai-je pas pensé ? Dans l’eau de mer il y a de l’iode ! Les meilleurs antiseptiques contiennent de l’iode ! »
Oui, vraiment ce gars là s’y connaissait. Qu’est-ce qu’il faisait avant de tomber dans l’état dans lequel il était maintenant ? Indéniablement cet homme était loin d’être idiot et il y avait certains détails qui faisaient penser à la vieille dame qu’il avait même pas mal de culture. Il avait dû lui arriver quelque chose de terrible pour qu’il fuie maintenant toute compagnie.
( à suivre...)