- Pas encore, mais cela ne saurait tarder si nous ne décidons pas autre chose.
- « Nous » ? Est-ce qu’il y a quelqu’un d’autre ici ? D’ailleurs où sommes-nous pour que je puisse vous voir, si je ne suis pas mort ?
- Cher Arnaud… Toujours à poser tant de questions alors que le plus simple est de se laisser porter. Mais comme je vous connais et que je sais que tant que je ne vous aurais pas répondu vous aurez du mal à m’écouter, je vais vous le dire. Nous sommes dans un état intermédiaire, une sorte de sas de transition pour parler comme sur la terre. La plupart des gens n’y font qu’un bref passage et restent avec nous. Certains ne sont pas prêts et repartent sur terre immédiatement.
- Donc le témoignage de ces gens est vrai… La lumière, les personnes qui viennent à leur rencontre…
- Bien sur que c’est vrai, sauf que cela ne dure pas. S’ils doivent revenir sur terre ils sont renvoyés immédiatement.
- Pourquoi, est-ce que je reste là, alors ? demanda Arnaud soudain pas très rassuré.
- Par que nous avons à parler tous les deux. Cette grâce m’a été accordée mais nous avons un temps limité.
- Parce que je vais retourner sur la terre ? demanda le jeune homme en ne sachant plus très bien ce qu’il préférait.
- Vous avez toute liberté cela dépend de votre choix qui est loin d’être fait, je le sais. C’est pour cela que j’ai eu l’autorisation de vous parler. Il faut absolument mettre à jour ce qui est en vous avant que vous preniez une décision, quelle qu’elle soit.
- Jusqu’à maintenant, je n’étais plus sur de rien car je ne savais plus si Dieu existait. Mais maintenant, je le sais car vous êtes devant moi. S’Il était une invention de nos esprits, je ne vous verrais pas.
- Maintenant, je vous parais réel, mais si vous choisissez de revenir, vous croirez à un rêve. Regardez où vous êtes en ce moment. »
Arnaud se vit alors, allongé auprès du feu. Il n’y avait que Paul après de lui qui refaisait ses pansements.
« Mais qu’est ce qu’il fait ? Où est Apolline ?
- Elle est dehors. Cet homme, par son geste, est en train de vous donner le sursis pour que je puisse vous parler.
- Mais comment fait-il ? Il ne s’y connaît pas…
- Les personnes sont comme des icebergs, Arnaud. Il n’y a qu’une toute petite partie qui monte à la surface. Le reste est leur secret et celui de Dieu. De plus, certains mettent aussi un masque sur leur visage pour différentes raisons. Mais le pire de tout, c’est quand quelqu’un risque de perdre son âme parce qu’il s’égare.
- Qu’est-ce que vous voulez dire ? De quoi parlez-vous ?
- Vous avez votre place dans ce groupe. Votre rôle peut être plus grand que ce que vous croyez. Certains sont comme des mouches s’écrasant indéfiniment sur la vitre d’une fenêtre fermée, cherchant la lumière. Si personne ne leur ouvre la fenêtre ils vont s’épuiser.
- Mais de qui parlez-vous ?
- C’est à vous de le découvrir. Ils ont besoin d’un guide, Arnaud. Pourquoi pas vous ? »
Le jeune prêtre baissa la tête tristement.
« Piètre guide ! Moi qui suis déjà perdu… Comment conduirais-je les autres ?
- Souvenez-vous que vous n’êtes jamais seul…
- Au fond, je le sais… Mais Dieu est tellement silencieux depuis quelque temps. »
Le vieil homme eut un bon sourire et regarda Arnaud au fond des yeux.
( à suivre...)