Chapitre 14
La digue
Le retour à la santé d’Arnaud allait prendre plusieurs semaines. D’un commun accord, Christine prit le relais de Richard le mercredi suivant. Tant que le jeune homme ne serait pas complètement remis, les autres prendraient leur tour dans l’ordre. De fait, ce ne fut qu’un mois après qu’il put enfin assumer la direction du groupe. Le miel avait fait merveille pour la cicatrisation de ses plaies.
Le produit des abeilles fit aussi le bonheur de Nina. Une chose qui la chagrinait énormément était de ne pas pouvoir s’épiler. Avec le précieux nectar, Apolline lui avait fait de la pâte pour s’arracher les poils. Sous les yeux pleins d’espoirs du mannequin elle avait fait cuire le miel avec du jus de citron, ce qui avait transformé le mélange en une pâte onctueuse. Après l’avoir laissé refroidir, Nina n’eut plus qu’à l’appliquer sur ses jambes, à le laisser reposer… puis à tirer.
Arnaud, qui reprenait des forces près du feu, fit une grimace.
« Brrr… Je ne sais pas comment tu peux faire cela… Ca me fait froid dans le dos… »
Ils continuèrent à parler de tout et de rien. Apolline se rendit compte qu’ils avaient sûrement des choses à se dire et trouva un prétexte pour sortir et les laisser seuls. Rapidement, Arnaud orienta la conversation. Quand il s’était réveillé, il avait vaguement le souvenir qu’il avait rêvé de quelque chose d’important, mais il ne se rappelait plus de quoi. Petit à petit, les souvenirs lui revinrent.
« Quel drôle de rêve quand même ! » se dit-il.
Pourtant, petit à petit, il dût se rendre à l’évidence. Il était tombé malade dans le doute et s’était réveillé plein de conviction sur la direction que devait prendre sa vie dorénavant.
« Nina, il faudrait que je vous parle, commença-t-il en n’ayant pas la moindre idée de comment aborder le sujet.
- Oh ! dit-elle, vous voilà bien grave… pourquoi ai-je l’impression que je ne vais pas vraiment apprécier ce que vous allez me dire ?
- Peut-être avez-vous raison… Voilà… Je vais reprendre mon identité de prêtre à part entière. Bientôt, je vais parler à tout le monde. »
Nina soupira et le regarda douloureusement.
« Je le savais. Peut-être même l’ai-je inconsciemment toujours su… C’est drôle quand même la vie. Jusqu’à maintenant j’ai eu beaucoup de prétendants mais il y en a peu qui m’ont touché le cœur. Pour une fois que je tombe vraiment amoureuse d’un gars droit qui s’intéresse à autre chose qu’à mon apparence, c’est lui qui ne veut pas de moi…
- Cela n’a rien à voir voyons. Vous savez, si mon cœur n’appartenait pas à Dieu, je vous aurais épousée sur-le-champ. »
Nina se mit à sourire timidement.
« Vraiment, vous êtes sérieux ?
- Bien sur. Restons amis, voulez-vous ? » finit-il en lui tendant la main.
Le mannequin accepta son geste de sympathie avec un pincement au cœur.
« Je vous regretterais, Arnaud. »