Un grand silence s’établit dans la grotte. Arnaud venait de terminer de parler et chacun essayait d’assimiler ce qu’ils venaient d’entendre. C’était la seconde fois en moins d’une semaine qu’Arnaud jetait une telle stupéfaction dans leur petite communauté. En effet, avant de prendre ses fonctions il avait décidé de leur dire qui il était vraiment. Depuis, il se sentait vraiment mieux car il n’avait plus l’impression de mentir à quiconque.
Du côté des autres naufragés, certains, comme Marius, Apolline, Bernard, Maud ou Pierre, le crurent immédiatement. D’autres, par contre, eurent du mal à ne pas trouver l’histoire tirée par les cheveux. Après tout, il pouvait raconter cela pour éloigner les soupçons de sa personne. Qui, après cette révélation, le croirait coupable ?
Pour l’instant, la perplexité était plutôt motivée par la dernière révélation d’Arnaud.
« Eh bien ! dit Richard après un instant de réflexion. Nous avons, en effet à trouver une solution rapidement.
- J’y ai longuement pensé, fit alors Arnaud, et j’en ai trouvé deux. La première est de déménager.
- Partir d’ici, mais pour aller où ? demanda Pierre. Le marais est malsain et tout le bord du lac est inondable.
- Sans compter, ajouta Bernard, que sur le côté sud il n’y a pas d’eau potable, ce qui est aussi le cas du centre de l’île.
- Au Nord, il ne faut pas y compter non plus, fit Alix. Il n’y a aucun abris en dur sur cette page.
- Arrêtez-moi si je me trompe, dit alors Maud toute pâle. Vous êtes tous en train de dire que nous sommes dans le seul coin habitable de l’île et que cet endroit est en zone inondable ?
- Ceci est parfaitement raisonné » approuva Marius.
Un autre silence suivit qui fut interrompu par Arnaud.
« J’en étais arrivé à la même conclusion que vous tous. C’est pourquoi j’ai trouvé une autre idée. Nous avons les moyens de la mettre en œuvre mais elle demandera de nous tous de gros efforts. C’est pourquoi il faut l’approbation de tous. »
Arnaud exposa alors un projet ambitieux. Ils ne pouvaient ni déménager ni empêcher l’eau de monter c’était un fait. Par contre, il était sûrement possible d’orienter l’eau qui déborderait pour l’empêcher de noyer la grotte. Il traça sur le sol un plan du lac avec, autour de la moitié de sa circonférence, un système de digue relevable par endroits pour faire partir le surplus d’eau dans des canaux qui se déversaient dans la mer.
« De cette façon-là, dès que l’eau monte, nous remontons les portes et le lac ne déborde jamais.
- C’est une bonne idée, fit Richard. Mais pourquoi ne prévois-tu pas d’évacuation sur tout le tour ?
- Ce serait l‘idéal en effet, admit le jeune homme. Mais cela va déjà nous prendre beaucoup de temps et de l’énergie de faire tout ce que j’ai dessiné. D’après les calculs de Marius, le mauvais temps devrait arriver d’ici un mois ou deux. Si d’ici ce moment-là nous arrivons à faire la moitié du lac je pense que cela suffira pour nous protéger. Rien ne nous empêche de continuer par la suite. »
Tout le monde approuva l’idée d’Arnaud. Seul Richard émit une réserve.
« Jusqu’à maintenant nous avons pu faire de petites réalisations par nous-même. Là, en revanche, c’est énorme. Est-ce que quelqu’un s’y connaît en construction ? »
Arnaud le regarda en riant :
« Est-ce que vous pensez sérieusement que j’aurais pensé à cela si je ne pouvais pas aussi le mettre en œuvre ? J’étais ingénieur en construction avant d’opter pour la prêtrise. »
Cette fois-ci, tout le monde le regarda la bouche ouverte.
« Eh bien mon petit, s’exclama Marius, vous êtes plein de ressources inattendues !
- Ca c’est vrai, renchérit Christine. Il y a encore autre chose que nous devrions savoir sur votre vie passée ?
( à suivre...)