Ils se déployèrent deux par deux devant chaque vanne. Le temps était exécrable. Les rafales de vent rabattaient des tonnes d’eau sur eux. Maud, qui faisait équipe avec son père, avait du mal à se tenir debout. Nina était sortie avec Bernard qui avait fini par la renvoyer car elle n’avançait pas et n’arrêtait pas de râler. C’était assez difficile comme cela sans s’encombrer de quelqu’un qui y mettait de la mauvaise volonté.
Malgré les difficultés, l’opération fut un succès. L’eau s’écoula comme prévu vers la plage et, en fin de matinée, le lac avait retrouvé son niveau normal.
Ils avaient enfin reçu la confirmation que leurs efforts n’étaient pas vains et qu’ils étaient maintenant à l’abri de tous débordements intempestifs du plan d’eau. Finalement il était bien plus dangereux pour eux de rester enfermé dans la grotte en proie à leurs pensées. C’est pourquoi Christine, puis Alix après elle, essayèrent d’inventer des choses utiles à faire puis des jeux, des soirées chants ou contes qui permettaient de maintenir le moral de chacun.
La nourriture n’était pas un problème. Avec les progrès des naufragés pour la pêche ils avaient pris plus de poissons qu’il n’en fallait pour leur consommation journalière. Le surplus avait été salé par Apolline pour être conservé pour l’hiver. Elle avait fait évaporer de l’eau de mer pour en récupérer l’iode afin de pouvoir les conditionner et les stocker de façon durable. Cela aurait pu paraître un peu monotone comme nourriture mais la vieille dame les préparaient de différentes façons avec des herbes aromatisées, ce qui faisait qu’ils n’avaient jamais l’impression de manger la même chose.
La semaine suivante, la pluie n’avait toujours pas arrêté de tomber. C’était la veille de Noël. Dans l’après-midi, le niveau du lac monta à nouveau de façon alarmante. Alix jugea que c’était trop dangereux de laisser passer la nuit sans soulager les digues.
« Il faut que nous y allions de suite, si la digue craque pendant la nuit ce sera une catastrophe. »
Elle prit immédiatement la tête du groupe. Richard lui prit le bras.
« Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu ne vas pas sortir ?
- Si bien sur ! Tu ne vas pas me faire le coup de la semaine dernière ? Aujourd’hui c’est moi qui dirige ce groupe. Je ne peux pas vous demander quelque chose que je ne fasse pas moi aussi.
- Mais ne soit pas bête, voyons ! renchérit Christine. La situation est particulière. Si tu perds ton enfant ou si tu tombe malade, nous serons bien avancés. »
Elle se retourna et vit que tout le monde était de cet avis. Elle céda et les laissa sortir. La pluie et le vent avaient redoublés ce qui rendit, dès le début, l’opération délicate. Nina renonça d’elle-même dès le début puis, peut après Maud rentra aussi, renvoyée par son père.
« Il y a trop de vent, j’ai failli être emportée plusieurs fois. Quand j’ai fait demi-tour, papa avait du mal à remonter la vanne.
- Ah bon ? s’étonna Alix. La dernière fois il n’avait pas eu de problème ?
- Non, je ne crois pas.
- Peut-être ais-je trop attendu. L’eau fait sûrement trop pression sur la porte. J’espère qu’ils y arriveront. »
Christine et Richard l’interrompirent. Ils rentraient trempés et inquiet.
« Nous venons chercher une ou deux lances de bambou pour faire levier. Notre porte est coincée.
- Est-ce que l’eau est trop montée ?
Non, je ne crois pas. En tous cas ce n’est pas pire que la semaine dernière. »
( à suivre...)