Posté le 11.03.2008 par lesromansdelara
Richard la regarda un moment pour voir si elle ne plaisantait pas. Il avait un certain don pour deviner si les personnes qui étaient en face de lui, disait la vérité ou non. Cela faisait sa force et lui avait rendu service dans bien des cas. Dans le cas présent il avait l’impression qu’elle était vraiment surprise.
« De ma femme et de mes enfants bien sur !
- Parceque tes enfants sont au courant aussi ?
- Comment veux-tu qu’ils ne le soient pas ! Ils jouent parfaitement leur rôle n’est-ce pas ? »
Alix n’en croyait pas ses oreilles. Elle avait bien déjà entendu que les groupes mafieux ou terroristes pouvaient agir en famille. Cependant, mêler des enfants à des meurtres, elle trouvait cela un peu fort.
« Qui est votre cible alors ? » demanda-t-elle de but en blanc.
A cette question, Richard commença à se demander s’il ne s’était pas trompé. Comment ne pouvait-elle pas être au courant de cela ?
« Monsieur de Clerc bien sur ! Mais, rajouta-t-il méfiant, tu dois bien le savoir ! »
Cette fois-ci la jeune femme ne comprenait plus rien.
« De Clerc !… mais personne ne s’appelle comme cela ici ! s’exclama-t-elle stupéfaite.
- Tu ne savais pas que Papy c’était Jean de Clerc ?
- Papy… mais c’est ton père ! Il doit s’appeler Méchaleux
non ?! »
Richard hésita un court instant. Soit cette fille était très bonne actrice, soit elle ne savait en effet pas de quoi il parlait. Il fallait éclaircir cela mais prudemment. Il relâcha donc son étreinte afin de permettre à Alix de se relever. Celle-ci, qui était morte de peur, sentant qu’il lui laissait un peu de champs en profita pour agir. Elle se retourna et, toujours à terre, se servit de ses pieds comme levier. Elle souleva Richard et l’envoya derrière elle. Il se raccrocha in extremis au bord du précipice. Il suffisait à la jeune femme de lui écraser les doigts pour qu’il tombe quelques dizaines de mètres plus bas.
« Tu m’as bien eu ! s’exclama-t-il amèrement. Maintenant tu auras le champ libre n’est-ce pas ?
- Le champ libre !?… Ecoutes, franchement depuis tout à l’heure, je ne comprends rien à ce que tu me racontes. J’ai même l’impression qu’on ne parle pas de la même chose.
- Cela ne sert à rien de continuer à jouer un rôle maintenant ! ajouta-t-il un peu agacé. Ecoute, je te demande quelque chose. Si tu réussis à éliminer de Clerc, ne touches ni à Christine, ni aux enfants…
- Eliminer ce de Clerc… Mais tu viens de me dire que c’était toi qui devais le tuer !
- Sûrement pas ! Nous, nous le protégeons contre des gens comme toi…
- C’est bien ce que je disais… Nous ne parlons pas de la même chose…» murmura Alix.
Il fallait faire vite maintenant, Richard semblait à bout de force.
( à suivre...)
Posté le 12.03.2008 par lesromansdelara
Alix prit appuie contre un arbre avec ses pieds et lui saisi les deux mains au moment où il allait basculer.
« Mais qu’est-ce que tu fais ? s’exclama-t-il.
- Sûrement une bêtise… »
Maintenant qu’elle avait le poids de Richard au bout de ses bras, elle se dit que jamais elle n’arriverait à le remonter.
« Essaye d’attraper une prise avec tes pieds, lui cria-t-elle.
- C’est ce que je fais figures-toi ! »
Il cherchait une anfractuosité dans le rocher, mais ce n’était pas évident car il ne pouvait pas baisser la tête pour regarder.
« Hé ! Arrête de gigoter comme ça ! Déjà que je n’ai pas de force dans les bras…
- Ne grogne pas ! Ca y est, j’ai trouvé ! »
En effet le poids s’allégea un peu. Elle le tira et il remonta assez rapidement. Il s’écroulèrent tous les deux sur le sol, à bout de souffle.
« Pourquoi as-tu fait cela ! haleta Richard.
- Pourquoi ? J’ai fais quoi ?
- Pourquoi m’as-tu remonté ? Tu avais partie gagnée… Je ne comprends plus….
- Parce que j’ai le sentiment que nous ne jouons pas le même jeu tous les deux. Je me trompe ? »
Ils se regardèrent un instant, cherchant à s’évaluer réciproquement.
« Le mieux serait que nous expliquions nos deux points de vue, proposa Alix. Je peux commencer si tu veux.
- D’accord, mais souviens-toi que j’ai toujours une arme à la ceinture. Alors pas de bêtises d’accord ? »
Alix acquiesça. Elle n’était pas très rassurée, mais n’avait plus franchement peur maintenant. Elle ne savait pas pourquoi, elle avait même tendance à faire confiance à Richard.
Elle commença à lui raconter ce qu’elle avait remarqué de suspect depuis le commencement et comment elle en était venue à déduire que l’un ou plusieurs d’entre eux était bien décidé à éliminer le reste des naufragés. Elle détailla les soupçons qu’elle avait eus et comment elle en était venue à deviner que la famille Méchaleux cachait quelque chose.
« Et tu as donc pensé que nous étions les tueurs ? dit-il en riant pour la première fois depuis longtemps.
- Avoue que tu as eu un comportement qui a pu me le laisser penser ! protesta Alix.
- C’est vrai ! Mais figure-toi que nous avions fait les mêmes conclusions avec ma femme, sauf que nous pensions que c’était toi le tueur !
- D’accord ! Et bien avec ça, nous risquions de nous entretuer en laissant tranquillement le vrai criminel continuer sa besogne… Si tu m’expliquais tout, j’aimerais comprendre.
- En général nous ne disons rien à personne de nos activités, question de sécurité. Cependant, en l’état actuel des choses, je crois que nous avons besoin d’alliés.
( à suivre...)
Posté le 13.03.2008 par lesromansdelara
Nous sommes, ma femme, mes enfants et moi, une sorte de famille d’accueil d’un genre un peu particulier. Il y a des personnes qui ont temporairement besoin d’être protégées pour diverses raisons. La plupart du temps, ce sont des témoins de meurtres ou de malversations mafieuses. En attendant l’arrestation ou le procès des personnes en causes, ils risquent l’intimidation ou la mort. En échange de leur témoignage, le gouvernement les inclus dans le programme de protection des témoins dont nous faisons parti.
- Arrête-moi, si je me trompe, interrompit Alix. Ces gens changent d’identité et de lieu de résidence, c’est çà ?
- Tout à fait, mais cela va plus loin. Le gouvernement, en changeant les états civils, leur accorde également une famille de substitution.
- C’est comme cela que Monsieur de Clerc est devenu Monsieur Méchaleux, si je comprends bien.
- Oui. Pour tous nos voisins et nos amis, il est mon père que nous avons pris chez nous car il ne pouvait plus rester seul chez lui en raison d’une maladie d’Alzheimer. Cela justifie aussi le fait que nous devions le suivre partout où il va.
- Et qu’est-ce qu’il a fait pour devoir être protégé comme cela ?
- Il était comptable de la branche française de la plus grande organisation mafieuse internationale. En l’infiltrant la police a trouvé des preuves suffisantes pour l’envoyer en prison un moment. Sauf qu’avec ce qu’il sait, il peut démanteler la totalité de l’organisation. Ce serait le plus gros coup de filet de tous les temps.
- Bigre ! Je comprends qu’il ait besoin de protection ! Je suppose bien sur que l’immunité lui a été promise en échange de son témoignage.
- Oui, il a une soixantaine d’année, bien qu’il en fasse un peu plus. Il ne tient pas vraiment à passer le reste de sa vie en prison.
- Et vos enfants sont au courant de tout cela ?
- Bien sur ! Comment ne le seraient-ils pas ? Ils sont même parti-prenante de la mission au même titre que nous ! Comment veux-tu que nous fassions rentrer de nouveaux membres dans la famille sans qu’ils sachent pourquoi. Ils sont indispensables pour rendre la couverture crédible.
- Mais, si vous protégez cet homme, pourquoi avoir pris le risque de l’emmener si loin ?
- Il n’était plus en sécurité en France métropolitaine. L’organisation mafieuse dont il faisait parti est extrêmement puissante. Nous pensions qu’elle était près de le retrouver. Il nous fallait brouiller les pistes.
- Mais pourquoi Tahiti ? Il serait encore plus facile pour vous de vous cacher à l’étranger.
Sauf qu’il nous faut rester sur le territoire français pour que le gouvernement puisse nous venir en aide en cas de besoin. Sinon nous devrions agir seul ce qui serait nettement imprudent. »
( à suivre ...)
Posté le 14.03.2008 par lesromansdelara
Alix n’en revenait pas de toute cette histoire. C’était vraiment incroyable ! Par contre, avec cette explication, tous les évènements étranges qui leur était arrivé trouvaient une explication logique.
« Donc, vous pensez que c’est pour éliminer de Clerc que l’avion a été piégé ? continua-t-elle.
- Oui. Un tueur à dû être engagé dès son arrestation, avec l’ordre de passer à l’action dès que possible. Ce gars doit être prêt à tout, puisqu’il était décidé à sauter avec nous.
- Quand même… tuer près de trois cents personnes pour en éliminer une seule…
- Ces gens sont acculés. Si de Clerc témoigne, ce sont plus de huit mille personnes de par le monde qui vont passer leur vie en prison.
- Oui, vu comme cela… Et vous pensiez que c’était moi ce
tueur Kamikaze ?
- Oui, à peu près dès le début. Quand nous nous sommes écrasés et que les morceaux de bombes ont été retrouvés, nous avons compris qu’ils étaient sur nos traces. Nous étions seuls maintenant pour protéger le témoin et nous avons été sur nos gardes tout de suite. Nous avons alors remarqué que tu étais beaucoup avec les enfants à essayer de les faire parler. Thibaut était particulièrement nerveux car il avait compris toute la gravité de la situation.
- Je comprends maintenant pourquoi il avait tellement peur…
- Comme tu l’avais un peu trop remarqué, nous t’avons envoyé la petite te raconter une histoire de série télévisée.
- Que j’ai parfaitement gobé d’ailleurs… Et moi qui ai passé des heures à lui expliquer la différence entre la réalité et la fiction ! Pauvre gosse, il la sait mieux que moi !
- Nous t’avons vraiment soupçonnée quand, après le naufrage des radeaux, nous t’avons vu prés d’un bout de bateau, alors que tout le monde était occupé à réparer. Nous avons cru que tu cherchais à effacer les traces de la dégradation des embarcations.
- Non, pas du tout ! Je me suis plutôt aperçu à ce moment-là que quelqu’un cherchait à nous éliminer. Mais heureusement, cela n’a pas été efficace…constata Alix.
- Oui tellement pas que je crois que ce n’était pas une tentative de meurtre.
- Pourtant, répliqua Alix, cela a failli nous coûter la vie…
- Oui, je pense qu’il n’aurait pas été fâché d’éliminer quelques personnes, mais plus j’y pense, plus je crois qu’il voulait que l’on s’arrête quelque temps avant d’arriver au lac.
- Mais pourquoi faire ?
- En premier pour avoir le temps d’abattre le fanion que nous avions perché sur la colline. Il ne fallait pas que les secours nous retrouvent de suite. Puis, cela lui a permis de passer à l’attaque une seconde fois.
- Avec le feu ?
- Oui, et là nous avons vraiment pensé que c’était toi !
- Mais puisque j’ai sorti tout le monde… Si j’avais voulu vous éliminer, je vous aurais laissé dormir !
- Oui, mais tu aurais pu le faire pour brouiller les pistes. Après cela qui aurait soupçonné la gentille infirmière qui nous avait sauvé la vie ? Quand nous nous sommes aperçus que notre sommeil avait été induit par la racine de poivrier, tu étais vraiment dans le collimateur. Apolline t’apprenait à t’en servir depuis qu’ils l’avaient trouvée dans la forêt. Tu étais la seule avec elle à savoir la doser.
Apolline aussi, justement, objecta Alix.
(... à suivre )
Posté le 15.03.2008 par lesromansdelara
- Oui, mais nous avons écarté cette hypothèse pour la même raison que toi, reprit Richard. Elle et son mari connaissent bien les plantes. S’ils voulaient nous tuer, ils auraient pu le faire très facilement depuis longtemps. Ils n’auraient eu qu’à mettre une pincée de quelque chose dans la soupe ou la tisane et hop ! Plus personne !
- Ce soir là, il n’y avait que moi qui n’étais pas endormie. Vous avez trouvé cela bizarre, n’est-ce pas ?
- Plus qu’étrange oui ! Pourquoi te serais-tu réveillée ? Tu avais pris la même dose que les autres et, vu ton petit gabarit, cela aurait dû suffire à te faire dormir jusqu’au lendemain.
- Sauf qu’à peine couchée, j’ai dû me lever et que j’ai tout vomi. C’est à l’époque où j’avais ces terribles nausées. Du coup je n’en ai absorbé qu’une toute petite partie.
- Heureusement finalement… fit Richard. Ce n’était pas du tout une diversion mais une vraie attaque !!!
- C’est tout de même bizarre qu’il n’ait pas recommencé.
- Ce gars est un professionnel qui n’a pas l’habitude d’échouer. Il s’est planté deux fois et il sait que nous sommes sur ses traces. Le mieux pour lui est de se faire oublier. Par contre quand il va recommencer cela risque d’être dangereux. C’est pour cela que j’avais choisi de passer à l’attaque avant d’avoir à le regretter…
- Et de m’éliminer… mais dis-moi, fit soudain Alix. Si ce n’est pas moi le tueur, il est peut-être là-bas avec les autres. De Clerc est en danger !
- Ne t’inquiètes pas. Christine est là. Ne te fie pas à sa frêle apparence. Elle est aussi bien entraînée que moi ! Mais par contre le jour avance et Marius va se demander ce que l’on fait.
- Tu as raison. A partir de maintenant, tu peux compter sur moi, je vous aiderais à protéger de Clerc et à trouver qui, dans notre groupe lui en veut. »
Richard remercia chaleureusement Alix. Cela n’était pas si souvent dans leur activité qu’ils pouvaient vraiment compter sur quelqu’un de cette façon. Dans les circonstances actuelles cette aide était franchement bienvenue.
Ils rebroussèrent chemin afin de retourner sur la plage.
( à suivre...)
Posté le 16.03.2008 par lesromansdelara
Chapitre 11
Retour
Cela faisait deux jours que le petit groupe était parti explorer le reste de l’île. Christine et ses enfants étaient au bord du lac et cueillaient des roseaux pour Pierre. Lui et Bernard avaient entrepris de construire une table et des tabourets pour meubler la grotte. Elle s’arrêta un instant pour souffler et, malgré elle, elle porta son regard vers le nord.
« Est-ce que tu t’inquiètes pour papa ? »
C’était Thibaut. Il était lui-même à l’affût du moindre signe du retour de son père.
« Non, ton père s’en sortira bien, comme d’habitude. Je respirais un peu c’est tout » répondit-elle en essayant de rendre sa voix sûre.
Elle jeta un bref coup d’œil en direction de Mélanie qui travaillait avec ardeur en compagnie de Papy. Ils ne semblaient n’avoir rien entendu. Le petit garçon comprit immédiatement. Il n’était pas nécessaire de parler de cela devant sa sœur. Christine lui fit signe qu’ils en discuteraient plus tard.
Arnaud avait de l’eau à mi-genoux. Il s’était enfoncé assez loin dans le lagon et essayait de s’entraîner à pêcher avec le filet de Marius. Au début, cela n’avait pas été très concluant, mais, peu à peu, il devenait plus adroit. Il pensa que, s’il ne se décourageait pas, il y arriverait à pêcher le dîner de ce soir..
D’ailleurs, une ombre sous l’eau sembla lui donner raison. C’était un poisson qui lui paraissait d’une assez grande taille. Il nageait entre deux eaux à la recherche de petits poissons, assez nombreux dans les parages.
Arnaud retint sa respiration. Pas de précipitation. Il se tint immobile pendant que l’animal avançait. Il fit comme Marius lui avait apprit. Il s’imagina, lançant le filet et attrapant le poisson, comme si c’était fait. Dans une seconde il allait l’avoir. Tous les efforts et la patience de ces derniers jours allaient connaître leur récompense. Encore un instant de patience… Le poisson était à porté. Il lança fébrilement le filet.
A ce moment là, une onde venant de derrière lui, troubla l’eau. Le filet retomba au bon endroit… mais le dîner n’était plus en dessous.
« Alors cette pêche, ça marche ? »
Il respira profondément pour se reprendre. Il se sentait capable d’étriper Nina.
« Oui, jusqu’à ce que vous arriviez », répondit-il le plus calmement possible mais sans se retourner.
La jeune femme fit la moue.
« Je peux savoir ce que je vous ai fait depuis quelque temps ? »
Cette fois Arnaud se retourna. Elle commençait franchement à lui casser les pieds.
« Je vous fais une liste complète ou vous ne voulez que les morceaux choisis ? » répliqua-t-il avec une pointe d’acidité.
( à suivre ....)
Posté le 17.03.2008 par lesromansdelara
Nina le fixa mi-furieuse, mi-douloureuse.
« J’en ai marre que tout le monde me regarde comme une petite écervelée superficielle ! Je pensais que vous étiez différent. Je m’étais trompée ! », ajouta-t-elle la voix brisée par un sanglot.
Elle fit vivement demi-tour. Un instant paralysé, Arnaud regretta immédiatement d’avoir fait preuve de méchanceté contre elle. Cette fille devait se sentir assez seule comme cela, ce n’était pas la peine d’en rajouter.
« Attendez ! » cria-t-il. Mais Nina ne s’arrêta pas.
« Mais c’est pas vrai ! Cette fille est insupportable ! soupira-t-il en s’élançant à sa poursuite. Nina ! »
Il la rattrapa rapidement et la saisit par le bras.
« Je suis désolé !
- Laissez-moi tranquille ! hurla-t-elle en se dégageant.
- Mais, Nina, arrêtez ! »
Il tenta de la prendre par la taille mais elle gigota tellement qu’il finirent tous les deux à plat ventre dans l’eau.
« Ah bravo ! fit-elle vivement. Regardez dans quel état je suis… Maintenant je vais friser et… et… »
Elle s’arrêta brusquement en regardant Arnaud qui lui avait mis un doigt sur la bouche. Ils s’embrassèrent irrésistiblement attirés l’un par l’autre.
Soudain, Arnaud s’écarta, profondément troublé.
« Je… je suis désolé, bafouilla-t-il.
- Il ne faut pas ! minauda Nina visiblement surprise. Qu’est-ce qu’il y a ? Je ne vous plais pas ?
- Non… Si ! se reprit-il. Ce n’est pas ça… Je ne peux pas.
- Pourquoi ? Ah je vois… Vous préférez les hommes peut-
être ?
- Ce n’est pas cela. Ecoutez Nina… voilà… Je suis prêtre » dit-il après avoir pris une grande inspiration.
Le mannequin prit un air effaré.
« C’est pas vrai… C’est bien ma chance, soupira-t-elle. Le seul gars potable sur cette île et il est curé… Je ne veux pas vous vexer mais vous n’en avez pas l’air.
- En fait, avant d’arriver sur cette île je voulais renoncer… Je n’étais plus sur de rien…
- Ah bon ? Et maintenant ? dit-elle en frémissant d’espoir.
- Je ne suis toujours plus sur de rien… Nina, je vous trouve
très séduisante mais j’ai besoin de temps pour réfléchir… Vous comprenez…
- Oui… je… je crois, dit-elle. Mais promettez-moi quelque chose. Si vous décidez de ne plus être prêtre, dites-le-moi…
- Vous serez la première prévenue, je vous le promets… En attendant, amis ? demanda-t-il en lui tendant la main.
- Amis ! répondit-elle en riant.
- Bon, si nous pensions à rentrer maintenant ? Il se fait tard.
- Oui et j’espère qu’ils ne comptent pas sur nous pour manger ! »
Ils partirent ensemble d’un éclat de rire qui finit de dissiper les derniers nuages entre eux.
( à suivre...)
Posté le 18.03.2008 par lesromansdelara
Apolline était très contente. Les pièges à poules qu’elle avait installés fonctionnaient parfaitement bien. Elle enferma sa troisième prise dans le poulailler que Maud et Thibaut l’avaient aidée à installer. Quand Marius reviendrait, il serait ravi. Lui qui regrettait tant de quitter sa basse-cour allait bientôt en avoir une autre. Ils auraient ainsi des œufs et de la viande à portée de main et seraient assurés de ne jamais manquer de nourriture.
C’était important car nourrir treize personnes en continu n’était pas une mince affaire. Les crabes commençaient à se méfier et étaient de plus en plus difficile à attraper. Les efforts d’Arnaud étaient touchant mais, pour l’instant, seul Marius était arrivé à pêcher suffisamment de poissons pour les approvisionner. Richard avait bien un projet de construction d’arc et de flèches, mais il était parti en exploration et ils devraient attendre un peu. Sans compter que les animaux étaient rares sur l’île. Peut-être que les trois explorateurs en avaient découvert quelques autres.
Bizarrement, Apolline ne s’inquiétait pas pour son mari. Pourtant, vu son âge, il pouvait lui arriver n’importe quoi pendant cette expédition. Mais elle savait qu’il allait bien. Durant ces soixante années de vie commune il s’était créé entre eux un lien unique. Dans les moments où ils étaient ensembles ils savaient chacun ce que l’autre pensait sans se parler. Un regard leur suffisait pour se comprendre. La vieille dame aurait ressenti dans son cœur si son mari avait été blessé ou en mauvaise posture.
Pourtant elle se disait que serait bien qu’ils reviennent maintenant. Elle voyait que Christine et surtout Thibaut s’inquiétaient pour Richard. Elle espérait aussi qu’Alix ne commette pas trop d’imprudence. Elle commençait à s’arrondir sérieusement et il serait triste qu’elle perde son bébé dans de telles conditions.
Elle pensa que Marius allait sans doute ramener des tas de plantes intéressantes. Elle espérait u’il avait trouvé des plantes cicatrisantes. Les plaies de ceux qui s’étaient fait mordre par les chauves-souris allaient mieux, mais le cas d’Arnaud l’inquiétait un peu. A cause de son diabète, ses blessures guérissaient moins vite et étaient au bord de l’infection. Cela pouvait devenir grave assez vite.
Apolline secoua la tête. Ressasser des idées noires n’avait jamais fait avancer les choses. Il valait mieux rentrer à la grotte.
( à suivre...)
Posté le 19.03.2008 par lesromansdelara
« Bernard ! Serre un peu plus là ! Elle n’est pas bien droite ! »
Celui-ci tira un peu sur la liane et la table se mit à tenir debout sans bouger.
« Ca y est cette fois-ci ! s’écria Pierre.
- Qu’est-ce qui se passe ici ? C’est quoi tous ces cris ? demanda Arnaud en rentrant dans la grotte.
- Oh rien, lui répondit Maud en riant. Papa et Bernard sautent partout parce qu’ils ont réussi à faire tenir une table debout.
- Rigoles ! N’empêche que ça n’est pas si facile que cela en a l’air.
- Sûrement, fit Nina d’un air un peu dédaigneux.
- Oh mais ça y est vous avez fini la table ! dit Apolline en entrant à son tour. Elle est magnifique !
- Enfin quelqu’un qui évalue notre travail à sa juste valeur ! fit Pierre fièrement.
- Tout à fait, renchérit Bernard, et la prochaine étape se sont…
- … laissez-moi deviner, fit Maud en faisant semblant de réfléchir. Des tabourets ! »
Tout le monde se mit à rire.
« Eh bien il y a de l’ambiance ici ! » fit Christine.
Tout le monde fut surpris du ton joyeux sur lequel elle disait cela. Ils ne l’avaient pas vu si heureuse depuis que Richard était parti.
« Regardez qui nous vous ramenons ! », renchérit Thibaut qui talonnait sa mère.
Juste derrière eux rentrèrent Richard, Alix et Marius.
Ils étaient à nouveau au complet.
Le repas battait son plein. Tout en mangeant, ils se racontaient les événements de ces derniers jours. Seul Paul ne participait pas au repas. Il allait mieux mais ne supportait pas de rester avec tout le monde. Il c’était isolé dans l’alvéole la plus éloignée de la salle commune.
Ceux de la grotte racontèrent rapidement les arrangements qu’ils avaient fait pour rendre leur lieu de vie plus confortable. Ce fut rapide car ils avaient tous hâte de savoir ce que les autres avaient découvert autour de l’île.
Ceux-ci commencèrent leur récit à partir du moment où ils étaient partis du camp. Ils relatèrent en détail la découverte du cratère et le passage où Alix avait failli tomber fit tressaillir tout le monde. Christine ne comprenait pas vraiment pourquoi Richard n’en avait pas profité pour en finir. Pourtant, elle avait confiance en son mari et avait assez d’expérience pour réagir comme si de rien n’était. Richard lui expliquerait tout ensuite.
( à suivre...)
Posté le 20.03.2008 par lesromansdelara
Ils poursuivirent et retracèrent ensuite le chemin jusqu’à la plage et expliquèrent comment ils étaient remontés pour redresser le fanion. Alix et Richard avaient décidé de dire qu’il avait été arraché par le vent.
« Ils sont revenus vers midi, racontait Marius. Pendant ce temps j’en ai profité pour me reposer et regarder si je ne trouvais pas des choses intéressantes. J’en ai découvert beaucoup. Demain, ma douce, il faudra que nous fassions l’inventaire de tout cela et que nous nous occupions des plants que j’ai ramenés.
- Ensuite enchaîna Richard nous avons continué notre chemin. Le seul endroit de l’île que nous n’avions pas exploré était la suite de la côte. Nous avons ainsi contourné la colline. Nous voulions finir par revenir à l’endroit où nous nous sommes écrasés afin d’entretenir les tombes de ceux que nous avons laissés derrière vous.
- La côte est magnifique à cet endroit là ! s’exclama Alix, les yeux brillants au souvenir des superbes paysages qu’ils avaient vus. Il y a même une cascade qui dégringole de la falaise. Au moment où nous sommes passé, le soleil dessinait un arc-en-ciel au-dessus.
- C’est vrai que c’était féerique, approuva Richard. Cette cascade qui jaillit du rocher est la source de la rivière que nous avons descendue en radeau et qui se jette dans le lac. D’ailleurs, à partir de ce moment les arbres ont fait leur apparition.
- Nous ne pouvions plus continuer à pied, cela aurait été trop pénible, continua Alix. Nous avons alors construit un radeau léger pour nous transporter tous les trois, ce qui fut assez vite fait. Nous avons tout de même passé la nuit là.
- Pas de problèmes de chauves-souris ou autre chose ? demanda Arnaud avec inquiétude.
- Non, fit Richard. Nous avons allumé le feu et nous nous sommes mis sous les arbres.
- Par contre, rajouta Alix, cela a attiré les moustiques car nous étions près du marais. Pour pouvoir dormir nous avons dû nous enduire de boue, comme quand nous sommes arrivés.
- D’ailleurs il vous en reste un peu partout, fit Nina d’un air vaguement dégoûté.
- En tout cas cela à été efficace ! dit Marius. Le lendemain nous n’avons pas eu de problème. Il n’y avait qu’à traverser le marais et nous nous sommes assez vite retrouvés près des tombes.
- Il ne reste presque plus rien de l’avion, ajouta Richard. Tous les débris se sont enfoncés dans la vase et, bientôt il n’en restera plus rien.
- Les tombes, en tous cas, sont en assez bon état, reprit Alix. Nous ne sommes pas restés bien longtemps par-là. Ensuite nous avons redescendu la rivière jusqu’ici. Au passage, pas très loin d’ici, nous avons repéré un ou deux essaims d’abeille. Peut-être qu’en fouillant un peu nous pourrons trouver du miel.
- Oui, sûrement, dit Richard. Mais il faudra s’occuper en premier du champ de coton. Il est plus que mûr et il ne faudrait pas qu’il soit gâté par la pluie. En attendant, nous ferions mieux d’aller nous coucher, il se fait tard.
- Oh, ce n’est pas de refus, renchérit Marius. Mes vieux os se rappellent un peu trop à mon souvenir ! »
Ils se couchèrent rapidement et dix minutes après tout le monde dormait profondément. Tout le monde sauf une personne qui se leva discrètement coupa un ou deux liens de la charnière de la porte d’entrée et se recoucha, son plan bien arrêté dans sa tête. Cette fois, c’est sur, cela marcherait. Il le fallait.
( à suivre...)