Posté le 21.03.2008 par lesromansdelara
La cueillette du coton battait son plein. Le champ était étendu et cela prendrait au moins une semaine. Richard se disait qu’à partir de cet après-midi il détacherait deux personnes pour rechercher de la nourriture. De plus, Marius ne participait pas au ramassage car il avait rapporté plusieurs plans qu’il devait mettre en terre rapidement. Apparemment, bien que tout le monde n’ait vu que des feuilles et de l’herbe dans ce qu’il ramenait, il avait assuré qu’avec cela il pourrait contribuer largement à nourrir et soigner la colonie pour un sacré bout de temps.
« Bon, tu m’as fait assez mariner, tu me racontes ? »
Tout en cueillant le coton lui et Christine s’étaient arrangés pour s'éloigner du reste du groupe avec Papy et les enfants. Puis, ils s’écartèrent un peu afin d’avoir tout le monde à l’œil tout en pouvant parler tranquillement. Dès qu’ils eurent réuni toutes les conditions, Christine se lança. Elle avait beau avoir confiance en son mari, elle n’était pas tranquille.
« Alors ? Pourquoi es-tu revenu avec cette fille ? »
Richard lui raconta par le menu tout ce qui était arrivé avec Alix et le quiproquo qui s’en était suivi.
« Et qu’est-ce qui te fait penser qu’elle ne t’a pas roulée dans la farine ? répliqua Christine méfiante. Si cette fille est une professionnelle, elle sait y faire et… Pourquoi tu ris ? Il n’y a rien de drôle !
- C’est pour cela que je t’aime !.. Toujours à te poser des questions…
- Oui, et bien peut-être que tu ferais mieux de t’en poser un peu plus au lieu de toujours marcher à l’intuition !
- Ca, s’est ma petite polytechnicienne qui parles… Dis-moi est-ce que tu as déjà eu à te plaindre de mon intuition ?
- Non mais cela ne gâte rien de trouver des éléments qui l’étaye…
- C’est toujours comme cela que l’on fait non ? Je flaire les pistes, tu trouves les preuves. C’est pour cela que l’on se complète si bien. Jusqu’à maintenant les personnes que l’on protège l’on été efficacement que je sache. Allez, détends-toi.
- Mais je suis très détendue ! Je ne vois pas pourquoi je ne le serais pas ! Nous sommes coincés sur une île déserte avec nos enfants, un type recherché par la pègre de tous les pays et un tueur près a tout ! Pour couronner le tout… »
Elle s’interrompit, d’abord parce qu’il y a bien un moment où il faut reprendre sa respiration si on veut continuer à engueuler son mari, ensuite parce c’est compliqué de parler quand celui-ci se met à vous embrasser.
« Tu es impossible, murmura-t-elle en essayant doucement de se dégager. On ne peut jamais discuter sérieusement avec toi et… »
Il l’embrassa à nouveau.
« Alors… » commença-t-elle avant d’être à nouveau interrompu.
« Alors, on pourrait peut-être essayer, admit-elle.
- Tu es formidable !
- Tu es impossible… » conclu-t-elle en l’embrassant une
dernière fois.
( à suivre ...)
Posté le 22.03.2008 par lesromansdelara
Ce soir-là, après le repas, Richard réunit tout le monde. Il avait remarqué que, le mercredi approchant et les élections avec, la fragile unité qui semblait s’être instituée dans le groupe menaçait de voler en éclat.
Durant la journée, en effet Bernard et Pierre s’étaient remis à faire campagne. Ils testaient leur popularité et, mine de rien, se remettaient en concurrence l’un par rapport à l’autre. Cela commençait à agacer tout le monde. Il fallait faire quelque chose. La fatigue aidant, il n’en fallait pas beaucoup pour que les dissensions ne rééclatent et ce n’était pas le moment. Il leur fallait plus que jamais rester unis pour subsister. Des travaux pénibles d’aménagement les attendaient et ils auraient besoin de l’aide tous. Il fallait éviter autant que possible tout ce qui pouvait nuire au fragile équilibre relationnel.
Dans ces conditions, des élections revenant toutes les semaines ne pouvaient continuer à être envisageable. Il ne comptait pas demander à ce que le mandat soit plus long, ce serait déplacer le problème. D’autre part, il était intéressant de maintenir une alternance pour varier les objectifs et que personne ne s’accroche au pouvoir trop longtemps. Il pensait avoir trouvé une idée qui puisse associer ces deux éléments de façon durable.
« Après-demain, comme vous le savez, commença-t-il de façon posée, je remets mon mandat de chef de notre groupe en jeu. »
Bernard et Pierre se jetèrent un bref regard qui alliait la connivence et la compétition.
« Nous avons décidé d’élire un chef différent toutes les semaines. Cependant, je pense que ce système nous fait perdre beaucoup de temps et d’énergie qui nous serait plus utile à chercher comment survivre.
- Qu’est-ce que tu veux dire ? fit Bernard, un peu piqué au vif.
- Que quand on passe son temps à faire campagne on a du mal à faire autre chose, intervint Arnaud qui supportait mal la perpétuelle ambition de l’homme d’affaire et du ministre.
- Doucement, tempéra Richard en faisant signe à Bernard de se calmer. Ne nous disputons pas ! Voyez ce que je veux dire. Dès que nous parlons un tant soit peu élections, nous nous déchirons. Le chef d’un groupe est garant de son unité et sa désignation ne doit pas être cause de désunion.
- Et alors ? Qu’est-ce que tu proposes ? demanda Pierre qui
commençait à ne pas apprécier le discours de Richard.
- Il veut peut-être rester au pouvoir, renchérit Bernard avec
suspicion. Tous ces propos sur l’unité ne sont que des prétextes pour conserver ta place.
- Ca n’est pas parce que vous crevez d’envie de commander que tout le monde est comme vous ! explosa Nina. Richard est un homme intègre et vous feriez mieux d’en prendre de la graine !
Répètes ce que tu viens de dire ! cria Bernard en se levant pour foncer sur le mannequin.
( à suivre ...)
Posté le 23.03.2008 par lesromansdelara
- Eh oh ! Calmez-vous ! fit Arnaud en se plaçant devant elle.
- Laisses-moi damer le pion à cette petite peste ! Depuis le temps qu’elle nous casse les pieds avec ses airs de princesse et ses maladresses !
- Mais je ne permets pas ! dit-elle en se levant à son tour.
- Ah oui ? Et à cause de qui sommes-nous encore là ? Qui est-ce qui a bousillé la radio que nous avions trouvée ? »
Les yeux de Nina se remplirent de larmes.
« Et alors ? hurla-t-elle. Tu crois que je n’y pense pas ? J’en rêve toutes les nuits ! Figure-toi qu’avant, j’étais entourée d’un tas de gens qui me disaient que j’étais merveilleuse. Je gagnais des centaines de milliers de francs, j’étais adulée. Depuis que nous sommes ici, livrés à nos seules capacités personnelles je m’aperçois que je suis incapable de rien faire d’utile pour la communauté ! Je ne suis pas concrète pour deux sous et je ne sais rien faire par moi-même. En plus, vous me prenez pour l’idiote du village ! J’en ai marre et plus que marre ! »
Elle se rassit en sanglotant. Tout le monde se tût. Apolline se leva et s’assis près de Nina.
« Allons mon petit… il ne faut pas vous mettre dans un état pareil, dit-elle en essayant de la consoler.
- Alors, vous êtes content de vous ? » fit Arnaud en se tournant vers Bernard.
Celui-ci ouvrit la bouche pour répliquer vertement. Richard se hâta de faire quelque chose avant que la situation ne se dégrade à nouveau.
« Ca suffit maintenant ! coupa-t-il. Ce qui vient de se passer ce soir est la parfaite illustration de ce que je veux dire. Je propose donc que nous votions dès ce soir. »
Bernard et Pierre poussèrent une exclamation étouffée. Ils n’avaient pas eu le temps de se lancer vraiment dans la campagne pensant qu’ils avaient encore deux jours.
Richard ne se laissa pas troubler et continua.
« Voilà comment nous procéderons : celui qui aura le plus de voix prendra la direction du groupe pendant la semaine. Puis, la personne qui viendra derrière prendra le relais et ainsi de suite. De plus, je suggère que ceux qui ont déjà pris le commandement ne se présentent pas. Ils prendront leur tour dans l’ordre dans lequel ils ont été élus précédemment. Tout le monde a compris. »
Pierre et Bernard en eurent le souffle coupé. Les autres parurent bien accueillir l’idée de Richard.
« C’est très bien pensé ! s’exclama Alix. De cette façon nous y passerons chacun notre tour et cela nous permettra de ne plus nous disputer inutilement !
- Je ne suis pas d’accord, intervint Pierre pour sauver la situation. Tout le monde n’est pas fait pour diriger. »
Son regard se posa furtivement sur Nina et sur les personnes âgées.
« Si nous sommes guidés par des gens qui n’en sont pas capable, cela peu avoir des conséquences catastrophiques !
- Oui, poursuivit Bernard, il vaut mieux laisser le fait de commander à ceux qui en ont l’habitude. Ce n’est pas le moment, dans notre situation, de faire des tentatives hasardeuses.
- Mais même si chacun à des expériences de vie différentes cela ne veut pas dire que nous sommes incapables d’avoir des idées intéressantes ! protesta Alix. Je vous signale que les initiatives les plus utiles à notre survie ont été tentées par des personnes qui n’ont jamais commandé. »
Elle n’avait que trop raison et Pierre commençait à comprendre que la partie était perdue. En désespoir de cause il tenta une dernière proposition.
( à suivre...)
Posté le 24.03.2008 par lesromansdelara
« Et si nous commencions par voter pour savoir si la majorité est d’accord avec cette suggestion ?
- Cela me parait être une excellente idée ! » approuva Richard.
A la vérité, et à la plus grande exaspération de Bernard et Pierre, cela ne prit qu’une minute. La majorité moins deux voix emporta l’idée de Richard.
« Donc nous sommes d’accord. Nous allons maintenant voter pour établir qui va prendre mon relais. Il est entendu que je ne suis pas candidat, ni Pierre, ni Bernard. Il faut également exclure de ce vote les mineurs. Est-ce que tout le monde approuve ? »
Pour une fois personne ne protesta. Pour les deux plus véhéments jusqu’à maintenant, cette histoire d’élection avait perdu toute espèce d’intérêt. Ils étaient trop déçus pour dire quoi que ce soit.
Les feuilles de bananier circulèrent à nouveau et chacun inscrivit le nom de celui ou celle qu’il préférait. Là encore, seul Paul ne participait pas. Puis, Thibaut se mit à dépouiller les votes à haute voix pendant que Maud les notait au fur et à mesure.
Les résultats furent sans appel : Arnaud obtint quatre voix, Christine et Alix deux, Marius, Apolline et Nina une chacun.
« Arnaud prendra donc ma place mercredi. Pour partager les ex aequo nous allons tirer au sort.
- Ce n’est pas la peine ! intervint l’infirmière, Christine n’a qu’à commencer, cela m’est égal.
- Moi aussi, dit Christine. De toute façon nous allons tous passer au commandement, alors une semaine plus tôt ou plus tard… peu importe. »
Des réactions comme celles-là dépassaient complètement Pierre. Le goût du pouvoir était inscrit en chaque personne. Comment pouvaient-elles dire que cela leur était indifférent de passer en premier ou pas ? Et si les secours arrivaient ? Elles auraient peut-être manqué la seule occasion de leur vie d’être à la tête d’un groupe. Vraiment, ces filles ne pensaient pas plus loin que le bout de leur nez…
- Bon, résuma Richard, donc Christine prendra le relais, puis Alix. Ca vous va ? »
Les deux femmes approuvèrent.
Nina qui s’agitait depuis un moment ne se contint plus.
« Moi je suis ex aequo avec les deux vieux ! Je veux passer en premier, comme ça je n’aurais pas à récupérer leurs erreurs.
- Tu préfères qu’ils se coltinent les tiennes ? » lança Alix exaspérée par l’attitude dédaigneuse du mannequin.
Nina allait répliquer avec hargne, mais Richard la coupa.
« Stop ! Nous n’allons pas recommencer ! Est-ce que Marius et Apolline sont d’accord pour que Nina passe avant eux ?
« Oui, dit Marius, les jeunes d’abord c’est normal. D’ailleurs, si vous voyez un inconvénient à ce que nous prenions notre tour, nous pouvons le laisser.
- Il n’y a pas de raison, répliqua Richard. Vous avez été élus comme les autres. Je suppose que vous vous arrangerez avec votre femme pour savoir qui de vous deux commencera ?
- Ne vous inquiétez pas, fit Apolline, nous avons déjà notre petite idée là-dessus.
- Très bien, résumons donc la situation. Arnaud, tu prends ma place dès mercredi. Ensuite, la semaine d’après Christine prendra le relais, puis Alix, Nina, Marius et Apolline.
- Après je reprends la suite ? demanda Bernard avec empressement.
- Oui, si cette façon de faire fonctionne à l’usage nous la garderons et nous conserverons les tours tels quels. »
Tout le monde approuva une fois de plus. Tout le monde parti se coucher et, une heure après, la grotte était plongée dans le calme.
( à suivre...)
Posté le 25.03.2008 par lesromansdelara
Chapitre 12
Urgence
Le lendemain, Arnaud ne put pas se lever. Ses plaies s’étaient franchement infectées et une forte poussée de température se déclara.
« Cela devait arriver, n’est-ce pas ? dit-il d’un air résigné.
- J’en avais bien peur, répondit Apolline. Vous êtes diabétique donc que vous cicatrisez moins bien.
- Je sais bien. En plus, elles ne m’ont pas manqué ces sales bêtes !
- Est-ce que vous avez une solution ? demanda Alix après être sortie de la grotte avec la vieille dame. Si on ne fait rien il risque de mourir. Presque toutes les personnes qui ont été blessées dans le crash sont mortes d’infection.
- Je le sais bien et j’ai tout essayé. Je lui donne de la tisane qui est un mélange de thym, de camomille et de tilleul.
- Le thym est un antiseptique et la camomille un anti-inflammatoire… a quoi sert le tilleul ?
- A le faire transpirer. Je complète avec des compresses froides sur le front, les poignets et les mollets. L’idéal serait de pouvoir aussi utiliser de l’écorce de saule. Ainsi, nous devrions lutter efficacement contre la fièvre.
- De l’écorce de saule ?
- Elle contient des salicylates qui est un des composants de…
- …l’aspirine ! compléta Alix, ravie. C’est fantastique ! Mais dans ce cas vous ne pouvez pas n’est-ce pas ? L’aspirine empêcherait la cicatrisation de ses plaies.
- Oui, c’est pourquoi, je vais le remplacer avec du sureau. Marius m’en a rapporté. En faisant bouillir la plante avec ses baies, on obtient le même résultat que l’aspirine sans les effets secondaires.
- Comme un bon Doliprane alors ?
- Tout à fait ! »
Richard qui revenait des alentours du lac avec une brassée de roseau, s’arrêta près des deux femmes.
« Alors, comment va-t-il ?
- Pas très bien, répondit Apolline. Comme je l’expliquais à Alix, nous allons pouvoir lutter assez efficacement contre la montée de la température.
- Bon, c’est déjà une bonne nouvelle cela, fit le chef.
- Oui, mais l’embêtant, continua Alix c’est que la fièvre n’est qu’un symptôme. Le véritable problème c’est l’infection. Elle gagne et se généralise. Jusqu’à maintenant Apolline mettait du thym dans les pansements.
- L’ennuie c’est qu’à ce stade un simple antiseptique ne suffit plus. Maintenant il nous faut des antibiotiques pour pouvoir le sauver. »
Le silence se fit. Richard se dit que la situation était franchement grave. Comment trouver cela sur cette île ?
( à suivre...)
Posté le 26.03.2008 par lesromansdelara
« Mais, nous n’en avons pas, finit-il par dire, il faut trouver un autre moyen.
- Allons, allons, fit Apolline, ne vous découragez pas si vite. Rappelez-vous que l’homme n’a pas inventé grand-chose qui ne soit déjà dans la nature.
- C’est vrai ! s’exclama Alix, la pénicilline est un champignon après tout !
- Oui, dit Richard, mais, pour en obtenir, il nous faut la bonne souche et cela prendrait ensuite un bon mois pour produire un champignon utilisable. Est-ce que Arnaud peut attendre jusque là ?
- Je ne crois pas, répliqua Apolline, mais je pensais à autre chose. Vous n’avez pas dit que vous aviez vu des abeilles en grand nombre en rentrant de votre expédition ?
- Euh… si, répondit Richard qui ne voyait pas ce que les abeilles venaient faire là-dedans.
- Figurez-vous que ces petites bêtes sont organisées de manière remarquable. Elles n’ont d’autre but que d’assurer le maintient de leur espèce en s’occupant continuellement de la reine et de ses larves. La ruche n’est donc qu’une énorme pouponnière. »
Même Alix qui aimait bien Apolline était un peu perplexe. Un homme était en danger de mort et elle leur faisait un exposé sur la vie des abeilles.
« C’est très intéressant, mais en quoi cela peut-il nous aider ? demanda-t-elle, un peu désarçonnée.
- D’une façon très simple, continua la vieille dame. Pour que les larves puissent se développer, elles ont besoin de chaleur. La température normale d’une ruche est de trente-huit degrés cinq. Vous qui êtes infirmière dites-moi : qu’est-ce qui aime bien se multiplier dans un endroit clos, chaud et humide ?
- Les bactéries ? proposa Alix à tout hasard.
- Oui, il est inévitable que dans un tel contexte les bactéries se multiplient. Or, vous serez intéressé de savoir qu’il ne s’en développe aucune qui soit nuisible pour les larves. Pourquoi d’après vous ? »
Ils se regardèrent en silence. Richard risqua à son tour une réponse :
« Je suppose qu’elles ont un bon moyen de défense ?
- Oh oui ! approuva Apolline, le meilleur qui soit. Figurez-vous qu’elles produisent naturellement des antibiotiques pour se protéger. »
Les deux autres sursautèrent.
« Quoi ? fit précipitamment Alix. Il y a des antibiotiques dans une ruche ?
- Oui, et le meilleur qui soit.
- Est-ce qu’il est récupérable sans traitement spécial ? demanda Richard.
- Bien sur qu’on peut le récolter ! Les abeilles le produisent dans la nourriture qu’elles donnent aux larves.
- Dans le miel, alors ? réalisa Alix.
- Tout à fait. Si nous arrivons à trouver du miel assez vite, nous avons une chance de faire quelque chose pour Arnaud.
- Il n’y a pas de temps à perdre alors ! fit Richard. Alix prévient tout le monde ! Nous partons immédiatement à la recherche des ruches ! »
L’infirmière partit sur-le-champ en courant. Richard se tourna vers Apolline.
« Vous êtes étonnante ! lui dit-il avec admiration. »
La vieille dame eut un merveilleux sourire.
( à suivre...)
Posté le 27.03.2008 par lesromansdelara
« Je savais qu’elle n’était pas loin ! », fit Marius en montrant une ruche tapie au creux d’un arbre.
Ils étaient partis dix minutes après la fin de la discussion avec Apolline. Tout le monde prenait part à la tentative de récolte du miel, sauf la vieille dame qui était resté avec Arnaud et bien sur Paul qui ne voulait rien avoir à faire avec eux.
Le groupe avait remonté les berges du lac jusqu’à l’endroit où Richard, Alix et Marius avaient aperçu les abeilles. Ils comprirent de suite pourquoi ils en avaient vu autant : il y avait des fleurs partout à cet endroit-là.
« Il faudrait arriver à savoir d’où elles viennent.
- La ruche est sûrement près d’ici, dit alors Marius.
- Comment pouvez-vous savoir ça ? demanda Bernard. Vous parlez peut-être aussi abeille ? Avec vous rien ne nous étonne plus ! »
En fait, il se serait fait étriper plutôt que de l’avouer, mais il était un peu jaloux du vieil homme. En effet, avant le crash, il était chef d’entreprise et avait l’habitude de mener des hommes. Tout le monde était suspendu à ses décisions et personne n’agissait avant qu’il ait parlé. Ici c’était différent. Ils étaient tous en terrain inconnu, livrés à leurs seules capacités personnelles et cela l’agaçait profondément de s’apercevoir qu’il était incapable de survivre sans l’aide des autres. De plus, cette assistance venait d’un type qu’il n’aurait même pas remarqué en temps normal. Les vieux agriculteurs étaient une catégorie sociale qu’il n’aurait jamais imaginée côtoyer un jour. Ils n’étaient pas du même monde et Bernard avait du dédain pour ceux qui n’étaient pas à sa hauteur. Toute la hiérarchie de valeur sur laquelle il s’était appuyé jusque là était remise en question. Cela le déstabilisait et il s’en défendait par l’agressivité.
Le vieil homme, lui, ne se laissait pas désarçonner. Il savait l’importance que la recherche de la ou des ruches revêtait. Ce n’était pas le moment de perdre son temps à se quereller.
Il répondit donc posément que les abeilles s’installent toujours à proximité d’un endroit riche en fleurs comme celui-là. Comme elles étaient nombreuses à butiner, il fallait ratisser systématiquement le terrain pour la trouver.
« Il faut que nous cherchions des endroits un peu abrités comme des rochés ou des vieilles souches », indiqua-t-il.
Ils se mirent à chercher chacun de son côté. Christine s’arrangea pour se retrouver près d’Alix, à l’écart des autres.
( à suivre...)
Posté le 28.03.2008 par lesromansdelara
« Richard m’a raconté ce qui c’était passé sur la colline. Je voulais te remercier de l’avoir rattrapé quand il a faillit tomber.
- C’était un prêté pour un rendu ! répondit Alix en riant. Il m’a bien sauvé la mise au cratère alors qu’il me soupçonnait.
- Il n’agit qu’en cas de nécessité et à condition qu’il soit absolument sur de lui. Il n’était pas complètement convaincu de ta culpabilité et, apparemment, heureusement.
- Est-ce que je me trompe ou tu n’es pas encore vraiment à l’aise avec moi ?
- Je fais confiance à Richard, mais, pour ma part c’est vrai que je t’aurais encore un peu tenue à l’écart avant de te dire quoi que ce soit. Mon mari te fait confiance mais sache que je t’ai toujours à l’œil.
- Je te comprends… Mais tu vas voir, je saurais ne pas trahir la confiance que Richard mets en moi ni la tienne, si tu me la donnes un jour.
- Peut-être plus tard… Comprends-moi, des intérêts colossaux sont en jeu et…
- …tu penses aussi à la sécurité de tes enfants ?
- Oui et ça aussi c’est très important pour nous.
- Ne t’inquiète pas. Je ne t’en veux pas. Vraiment, je comprends ta position et je vous trouve tous les quatre très courageux de vous lancer dans de telles missions. »
Elle continuèrent ensuite à chercher en silence car Bernard et Nina se rapprochaient. Alix pensait que, maintenant, il serait bon de se demander qui pouvait être ce fameux tueur. Il fallait donc éliminer la famille Méchaleux et le vieux couple Desner. D’autres étaient assez connus pour qu’on ne puisse douter de leur identité. Pierre de Distrac était ministre et il était souvent apparu à la télé depuis qu’il était en fonction. Sa fille aussi était régulièrement filmée par les caméras. Nina était également bien mannequin, puisque Alix l’avait vu en première page de plusieurs grands magazines. Ce la, au moins, disaient vrai.
Par contre, il y avait plusieurs personnes dont ils ne savaient rien sauf ce qu’elles avaient bien voulu en dire. Dans cette liste il y avait Bernard, Arnaud et Paul. Pour ce dernier c’était simple car il ne disait précisément rien et fuyait tout le monde. Quand on veut se cacher, soit il faut passer inaperçu et se fondre dans la masse, soit, au contraire, se faire remarquer. Là, on pouvait dire que Paul faisait fort : il voyageait en première classe habillé comme un clochard, se mettait à l’écart du groupe et ne manquait pas une occasion de remballer tout le monde. Ce système comportait l’avantage de le rendre libre de ses mouvements tout en pouvant surveiller le groupe à distance. Il était ainsi tout à fait en mesure de saboter les tentatives des survivants pour se signaler et de lancer des attaques pour éliminer sa cible. Pour Alix, il était vraiment un suspect de choix.
Ensuite, l’infirmière portait ses soupçons sur Arnaud. Lui non plus ne parlait jamais de lui et, à chaque fois qu’elle avait voulu en savoir plus, il avait habillement détourné la conversation. Il y avait une part d’opacité dans ce garçon qui, dans le contexte, était fortement suspecte. Cependant, il est vrai aussi que, s’il était coupable, il aurait pu s’inventer une vie pour détourner les soupçons. S’il avait quelque chose à se reprocher, il avait tout intérêt, lui aussi à ne pas attirer l’attention.
Enfin, le dernier suspect pour Alix était Bernard. Même s’il avait bien une entreprise comme il le prétentait, cela voulait dire qu’il voyageait aussi beaucoup. La parfaite couverture pour un tueur à gage. Par contre, s’il était à la tête d’une aussi grosse affaire qu’il le disait, elle ne voyait pas quel intérêt il avait à avoir une seconde activité aussi risquée.
Alix fut tirée de ses réflexions par l’exclamation de Marius. Il avait trouvé la ruche.
(à suivre...)
Posté le 29.03.2008 par lesromansdelara
Apolline passait des compresses froides sur le corps d’Arnaud. Elle soupira. Ce jeune homme n’allait vraiment pas bien. Si les autres ne se dépêchaient pas, il serait trop tard. Les meilleurs antibiotiques n’agissent pas de manière magique et, même si le miel était appliqué tout de suite, il faudrait au moins vingt-quatre heures pour en voir les effets. Est-ce qu’il tiendrait le coup d’ici là ? Il était tombé dans une profonde torpeur qui interdisait les tisanes. Elle venait de refaire les pansements avec un peu de thym. Il en fallait très peu car il provoquait des brûlures s’il n’était pas fortement dilué. Elle devait absolument trouver le moyen d’optimiser ses effets. Peut-être trouverait-elle quelque chose dans les environs qui pourrait les aider en attendant le miel. Quelqu’un dans le groupe en savait plus qu’elle et pouvait leur donner un coup de main, elle en était persuadée. Cependant, si elle lui demandait, elle essuierait un refus. Il donc fallait le pousser à agir.
Elle sortit donc après avoir mis une dernière main aux bandages du blessé. Il n’allait pas bouger avant plusieurs heures et elle pouvait se permettre de le laisser seul quelques minutes.
Tout redevint silencieux dans la grotte après le départ d’Apolline. Seule la profonde respiration d’Arnaud troublait la tranquillité des lieux. Soudain quelque chose bougea dans le coin le plus reculé de la cavité. De discrets bruits de pas se firent entendre et Paul tendit le coup vers la forme allongée près du feu. Que venait-il faire là ? Il ne le savait pas lui-même. Après tout cela ne le regardait pas.
Pourtant, il devait admettre que si ce type n’était pas intervenu cette nuit-là il ne serait peut-être plus là à l’heure qu’il est. Cela n’aurait pas été une si mauvaise chose après tout. Il foirait tout ce qu’il entreprenait et, d’une certaine façon, cela faisait longtemps qu’il était mort. Mais bon, ce gars-là avait tout de même risqué sa vie pour lui et il avait une dette. Il n’aimait pas cela car il ne voulait rien avoir à faire avec eux. Le meilleur moyen d’effacer ce qu’il devait était de lui rendre la pareille. Arnaud risquait de mourir, il pouvait peut-être y faire quelque chose.
Il s’approcha, retira un des bandages et regarda en dessous. Les plaies n’étaient vraiment pas belles. Il avait entendu parler de miel et de thym, ce n’était pas mal mais ils avaient accès à un puissant antiseptique auquel ils n’avaient pas pensé et qui pouvait améliorer rapidement la situation. Il saisit une des coupelles de métal et descendit à la plage puiser de l’eau de mer. Puis il remonta et la coupa avec de l’eau du lac qu’Apolline avait fait bouillir pour la stériliser avant d’y rajouter un peu d’extrait de thym. Il prit des bandes propres qui étaient à proximité et les trempa dans la préparation avant des les placer sur les blessures infectées du jeune homme.
« Ca va vous permettre d’attendre un peu » murmura-t-il avant de se tapir à nouveau dans sa cavité.
Peu après, Apolline entra à son tour dans la grotte. Elle ramenait une ou deux herbes pour donner le change et constata que les pansements avaient été changés. Elle regarda, intéressée, la coupelle et le liquide qu’elle contenait.
« J’en étais sûre ! se dit-elle. Alors, qu’est-ce qu’il nous a trouvés ? »
Elle sentit et reconnu l’odeur du thym et du sel.
« De l’eau de mer ? » murmura-t-elle un peu perplexe. Elle réfléchit un court instant avant de comprendre.
« Que je suis bête ! Comment n’y ai-je pas pensé ? Dans l’eau de mer il y a de l’iode ! Les meilleurs antiseptiques contiennent de l’iode ! »
Oui, vraiment ce gars là s’y connaissait. Qu’est-ce qu’il faisait avant de tomber dans l’état dans lequel il était maintenant ? Indéniablement cet homme était loin d’être idiot et il y avait certains détails qui faisaient penser à la vieille dame qu’il avait même pas mal de culture. Il avait dû lui arriver quelque chose de terrible pour qu’il fuie maintenant toute compagnie.
( à suivre...)
Posté le 30.03.2008 par lesromansdelara
Enfin toujours est-il qu’il savait agir quand c’était nécessaire. Peut-être, par ce biais-là pouvait-on avoir un espoir de le faire reprendre pied dans la réalité. Cela pour l’aider lui, bien sur, mais aussi parce que, dans leur position, plus ils étaient unis et solidaires mieux cela valait. Dès qu’il y avait eu quelqu’un qui avait voulut faire cavalier seul, il y avait eu des catastrophes en retour. Apolline avait aussi une seconde corde à son arc. Elle avait remarqué qu’Alix et lui s’évitaient de plus en plus. C’était la preuve qu’ils commençaient à s’attacher l’un a l’autre. Cela pouvait être une bonne chose. Si elle ne se trompait pas, elle sentait ces deux êtres profondément seuls et quoi de mieux que d’unir deux solitudes ?
Elle fut sortie de ses pensées par les gémissements d’Arnaud qui semblait se réveiller. Elle s’employa alors à lui faire absorber un peu de tisane.
La ruche était bien là, tapie dans la souche de l’arbre. Les abeilles entraient et sortaient avec entrain et Nina la regarda d’un air dubitatif.
« Et vous voulez aller chercher du miel là dedans ? Vous êtes malade ?
- Non seulement, nous allons le récolter, répondit Marius, mais en plus nous allons le faire en faisant attention de ne pas abîmer la ruche. Il ne faut pas tuer la poule aux œufs d’or !
- Vous êtes complètement malade ! Nous allons nous faire piquer ! Si vous touchez à ce truc, moi, je m’en vais ! D’ailleurs, je préfère veiller Arnaud.
- Comme vous voulez, fit le vieil homme, mais nous allons le faire en toute sécurité après avoir endormi ces petites bêtes.
- Nous allons les enfumer ? demanda Richard.
- Exactement, poursuivit Marius. Je voie que vous me suivez. Il faudrait aller chercher de l’herbe et des brindilles pour faire un feu qui fume. »
Chacun se mit au travail sauf Nina qui reparti vers la grotte en traitant les autres d’inconscients.
« Quand vous serez tous malades parce que vous serez piqués, ne venez pas vous plaindre ! » lança-t-elle avant de disparaître.
Maud hocha les épaules.
« Celle-là, dès qu’on parle de travailler un peu, elle se défile.
- Allez, ce n’est pas grave, lui dit Alix, allons chercher de quoi faire ce feu et finissons-en ! Je dois avouer que je ne suis pas très rassurée non plus. »
A vrai dire, personne ne l’était. Mais si Marius disait que c’était possible, ils avaient maintenant suffisamment confiance en lui pour le suivre et faire ce qu’il demandait.
« Eh bien ça n’est pas trop tôt ! fit Nina. Ca fait deux heures que l’on vous attend ! »
Le groupe venait de rentrer à la grotte, portant une grande provision de miel.
« C’est qu’il fallait faire attention à ne pas bousiller la ruche, répondit Bernard. Si tu avais été là tu aurais vu que ça n’était pas si facile que cela ! »
Nina se leva et sortit, furieuse.
- Tiens ma douce, fit Marius en donnant un part de miel à sa femme.
- Je m’en occupe de suite, dit-elle.
- Est-ce que cela ira ? demanda Alix à voix basse.
- Nous le saurons dans vingt-quatre heures, répondit la vieille dame. Nous avons fait ce que nous pouvions, maintenant c’est à son corps de réagir et… »
Un cri et un bruit de chute les interrompit brusquement. Elles se retournèrent et virent Pierre et Bernard se précipiter sur Nina qui gisait par terre, inconsciente.