Publié le 31/03/2008 à 12:00 par lesromansdelara
« Mon Dieu ! Qu’est-ce qu’il s’est passé ? s’exclama l’infirmière. Non, ne la touchez surtout pas !
- Elle a pris un sacré coup sur la tête ! »
En effet un gros hématome marquait son front.
« Quelqu’un a-t-il vu quelque chose ? demanda Richard.
- Oui, fit Maud bouleversée. Je l’ai vu tomber du tunnel qui vient de dehors. Il me semble qu’elle était déjà inerte à ce moment-là.
- Pierre, Bernard, allons voir ! Prenez les lances. Les autres restez là et armez-vous aussi, on ne sait pas si elle n’a pas été attaquée et par quoi ! »
Les trois hommes, Richard en tête, remontèrent lentement le tunnel en tendant l’oreille.
Il buttèrent bientôt sur la porte.
« Elle est tombée ! s’exclama Pierre.
- L’attaque a dû être violente ! ajouta Bernard. Vu comme nous l’avions fixée…
- Doucement, chuchota Richard, on ne voit pas ce qu’il y a dehors. Ce qui a fait cela est peut-être encore là… »
Il passa prudemment la tête dehors. Il n’y avait rien.
« La route est libre ! Venez ! »
Ils sortirent tous les trois en regardant bien autour d’eux.
« Quoi que ce soit, c’est parti, constata Pierre.
- On dirait bien, murmura Richard en examinant le sol.
- Il a dût falloir une sacrée force pour casser cette porte.
- Oui, une sacrée force… répéta Richard en regardant de plus près les charnières. Bon, dit-il précipitamment, de toute façon il n’y a plus rien. Allons le dire aux autres, puis il faudra réparer. »
Ils redescendirent et Richard chercha un moyen de parler rapidement à Christine.
Il en trouva l’occasion dix minutes après. Ils devaient cueillir du bambou pour renforcer la porte et il se rapprocha d’elle sous prétexte de lui indiquer quel type de plante choisir.
« Tu as trouvé ce qu’il s’était vraiment passé ? lui demanda-t-elle. Qu’est-ce qui l’a attaquée pour la mettre dans cet état ?
- Rien du tout, figures-toi ! »
Elle le fixa en écarquillant les yeux.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu plaisantes ?
- Je n’en ai pas vraiment envie, crois-moi. Il n’y avait aucune trace de quoi que ce soit sur le sol. Il n’y avait rien là-haut.
- Mais qu’est-ce qui la frappée alors ?
- La porte en tombant, je pense. Elle était assez furieuse et l’a claquée quand elle a voulu sortir.
- Mais elle n’aurait quand même pas eu la force d’arracher les gonds ! protesta Christine.
- Non, ils ont été coupés nettement !
- Tu veux dire…
- Oui. Par la main de l’homme » affirma Richard.
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Publié le 01/04/2008 à 12:00 par lesromansdelara
Il se regardèrent en silence.
« C’est bizarre, cela ne colle pas, fit Christine en fronçant les sourcils. Pourquoi quelqu’un aurait-il saboté une porte que tout le monde emprunte ?
- Je suis d’accord avec toi. Si on avait voulu s’en prendre à Papy, il aurait fallut le faire avec quelque chose qu’il était le seul à faire ou à absorber.
- Ce qui est difficile car nous ne le quittons pas d’un pouce. Si tu remarques bien, jusqu’à maintenant le tueur a plutôt pris l’option d’attaquer l’ensemble du groupe par la fumée, en sabotant les radeaux ou l’avion.
- Tu as raison, approuva Richard. C’est quelqu’un qui préfère éliminer tout le monde plutôt que de manquer son coup.
- Mais là, qu’est-ce qui lui a pris ? N’importe qui pouvait se blesser.
- Je ne sais pas, mais dorénavant, il va falloir faire attention car il a peut-être changé de stratégie. Bon, il faut que j’y aille avant que les autres se demandent ce que l’on fait. »
Il rebroussa chemin en se disant que c’était la première fois qu’il cachait quelque chose à sa femme. En fait, il avait une petite idée de la personne sur qui la porte devait initialement tomber. Chaque soir, en effet, c’était au chef du groupe de faire le tour des ouvertures de la grotte. Pour vérifier leur solidité, il les secouait vigoureusement. Il avait remarqué que les gonds avaient été tranchés depuis deux ou trois jours. Cela laissait cinq soirs à Richard pour finir par se prendre violemment les bambous sur la tête. Manque de chance la colère de Nina avait fait échouer le plan du tueur..
Oui, il avait bien changé de stratégie. Voyant que De Clerc était trop surveillé, il cherchait à élaguer cette surveillance. S’il avait raison, Richard s’attendait à des attaques sur lui et sa famille. C’est pour cela qu’il n’avait rien dit à Christine. Il ne voulait pas l’inquiéter avant d’être sur d’avoir raison. Par contre, il avait besoin de renfort. Il fallait absolument qu’il parle à Alix.
( à suivre...)
Publié le 02/04/2008 à 12:00 par lesromansdelara
Chapitre 13
Par-delà la mort
« Comment vous sentez-vous ? demanda Alix à Nina qui venait de reprendre connaissance.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? répondit le mannequin. J’ai l’impression que mon crâne va s’ouvrir en deux.
- Et bien, en fait, c’est ce qui a bien failli se passer… commença Bernard.
- Comment ça ? demanda-t-elle, alarmée.
- Mais taisez-vous donc ! fit brusquement Alix en fusillant l’homme d’affaire du regard. Ne vous affolez pas Nina, vous n’avez rien de grave, c’est juste la porte de la caverne qui s’est décrochée. Vous avez pris un bon coup sur la tête, c’est tout.
- C’est tout… Vous ave de bonnes ! protesta la blessée.
- Vous allez vous remettre rapidement, ajouta Apolline.
- Où sont les autres ? demanda Nina.
- En train de réparer la porte, justement, répondit Alix.
- Et Arnaud ?…
- Il faut attendre encore, c’est trop tôt pour dire quoi que ce soit. »
Apolline et Alix se jetèrent discrètement un regard de connivence. Ce n’était pas la peine d’alarmer Nina pour l’instant. En effet, le jeune homme, toujours inerte près du feu, avait pris un teint grisâtre pas très engageant.
Alix et Bernard, laissant Apolline auprès des blessés, montèrent donner un coup de main au reste du groupe. Il fallait impérativement que cette porte soit réparée avant la nuit.
Arnaud avait l’impression de voler. Il ne savait pas où il était mais cela lui était égal. Il savait juste qu’il se sentait bien. Soudain une lumière blanche l’aveugla. Il se sentit enveloppé d’amour. Une forme se détacha à contre-jour dans la clarté. Il se demanda qui c’était mais n’eut pas peur. Il savait que cela ne pouvait être quelqu’un qui lui voulait du mal. Il plissa les yeux quand une voix l’interpella..
« Bonjour mon fils ! »
Cette voix… Non, ce n’était pas possible…
« Monseigneur !?… » répondit le jeune homme complètement ahurit.
En effet, le vieil évêque se dessina nettement dans la lumière. C’était bien la même personne qu’il avait connu depuis son séminaire mais, il avait quelque chose de différent. Cet homme n’avait jamais été précisément beau mais une bonté surnaturelle semblait tellement irradier son visage qu’il était devenu magnifique. Arnaud avait aussi l’impression qu’il était plus jeune.
« Mais… c’est impossible ! bafouilla le prêtre. Vous êtes mort… C’est même moi qui vous ai fermé les yeux.
- Mon fils, répondit le vieil homme avec un bon sourire, vous savez bien qu’en Christ nous sommes toujours vivants. Auriez-vous perdu la foi ?
- Non…Non, bien sur, mais je ne pensais vous revoir que quand… Dites, est-ce que je suis mort ?
( à suivre...)
Publié le 03/04/2008 à 12:00 par lesromansdelara
- Pas encore, mais cela ne saurait tarder si nous ne décidons pas autre chose.
- « Nous » ? Est-ce qu’il y a quelqu’un d’autre ici ? D’ailleurs où sommes-nous pour que je puisse vous voir, si je ne suis pas mort ?
- Cher Arnaud… Toujours à poser tant de questions alors que le plus simple est de se laisser porter. Mais comme je vous connais et que je sais que tant que je ne vous aurais pas répondu vous aurez du mal à m’écouter, je vais vous le dire. Nous sommes dans un état intermédiaire, une sorte de sas de transition pour parler comme sur la terre. La plupart des gens n’y font qu’un bref passage et restent avec nous. Certains ne sont pas prêts et repartent sur terre immédiatement.
- Donc le témoignage de ces gens est vrai… La lumière, les personnes qui viennent à leur rencontre…
- Bien sur que c’est vrai, sauf que cela ne dure pas. S’ils doivent revenir sur terre ils sont renvoyés immédiatement.
- Pourquoi, est-ce que je reste là, alors ? demanda Arnaud soudain pas très rassuré.
- Par que nous avons à parler tous les deux. Cette grâce m’a été accordée mais nous avons un temps limité.
- Parce que je vais retourner sur la terre ? demanda le jeune homme en ne sachant plus très bien ce qu’il préférait.
- Vous avez toute liberté cela dépend de votre choix qui est loin d’être fait, je le sais. C’est pour cela que j’ai eu l’autorisation de vous parler. Il faut absolument mettre à jour ce qui est en vous avant que vous preniez une décision, quelle qu’elle soit.
- Jusqu’à maintenant, je n’étais plus sur de rien car je ne savais plus si Dieu existait. Mais maintenant, je le sais car vous êtes devant moi. S’Il était une invention de nos esprits, je ne vous verrais pas.
- Maintenant, je vous parais réel, mais si vous choisissez de revenir, vous croirez à un rêve. Regardez où vous êtes en ce moment. »
Arnaud se vit alors, allongé auprès du feu. Il n’y avait que Paul après de lui qui refaisait ses pansements.
« Mais qu’est ce qu’il fait ? Où est Apolline ?
- Elle est dehors. Cet homme, par son geste, est en train de vous donner le sursis pour que je puisse vous parler.
- Mais comment fait-il ? Il ne s’y connaît pas…
- Les personnes sont comme des icebergs, Arnaud. Il n’y a qu’une toute petite partie qui monte à la surface. Le reste est leur secret et celui de Dieu. De plus, certains mettent aussi un masque sur leur visage pour différentes raisons. Mais le pire de tout, c’est quand quelqu’un risque de perdre son âme parce qu’il s’égare.
- Qu’est-ce que vous voulez dire ? De quoi parlez-vous ?
- Vous avez votre place dans ce groupe. Votre rôle peut être plus grand que ce que vous croyez. Certains sont comme des mouches s’écrasant indéfiniment sur la vitre d’une fenêtre fermée, cherchant la lumière. Si personne ne leur ouvre la fenêtre ils vont s’épuiser.
- Mais de qui parlez-vous ?
- C’est à vous de le découvrir. Ils ont besoin d’un guide, Arnaud. Pourquoi pas vous ? »
Le jeune prêtre baissa la tête tristement.
« Piètre guide ! Moi qui suis déjà perdu… Comment conduirais-je les autres ?
- Souvenez-vous que vous n’êtes jamais seul…
- Au fond, je le sais… Mais Dieu est tellement silencieux depuis quelque temps. »
Le vieil homme eut un bon sourire et regarda Arnaud au fond des yeux.
( à suivre...)
Publié le 04/04/2008 à 12:00 par lesromansdelara
« Est-ce que c’est Dieu qui se tait ou est-ce que c’est vous qui ne savez plus le voir ? Vous lui avez demandé de vous répondre. Il l’a fait. »
Là, il était complètement perdu. Comment cela Dieu avait répondu ?
« Vous ne comprenez pas ? demanda l’évêque. Regardez, depuis que vous êtes arrivé sur cette île, certaines personnes ont fait des prises de conscience remarquables. Vous voyez de qui je parle ?
- Oui, je crois… hésita le jeune homme. Maud et son père se sont rapprochés, Bernard a réalisé que ses priorités de vie étaient à revoir.
- Oui, et les Desner vous ont franchement aidé. Des êtres de lumière ces deux-là… fit le vieil homme avec un bon sourire.
- Mais qu’essayez-vous de me dire ? Que Dieu nous a balancé sur cette île pour nous permettre de faire le point ?
- Non. C’est la folie des hommes qui a fait tout ce mal, pas Dieu. Mais, souvenez-vous : « Tout profite au bien de ceux qui aiment Dieu. » Il est capable de faire surgir du bien des pires situations. Il suffit de voir les faits avec les yeux du cœur.
- Mais que dois-je faire ? demanda Arnaud complètement désemparé.
- Ce n’est pas moi qui vais vous le dire. Vous devez décider avec votre cœur. Qu’il y a-t-il au fond de vous ? Que voulez-vous vraiment ?
- Est-ce que j’ai vraiment le choix ?
- Oui. Vous pouvez me suivre ou repartir auprès de vos amis. Quoi que vous décidiez cela sera respecté. »
Entendre qualifier d’amis, ces personnes qui, il y a quelques dizaines de jours, étaient des inconnus, le surprit. Il s’aperçut pourtant que le vieil homme avait raison. Ils avaient vécu ensemble plus de moments forts que certains dans toute une vie. Ils avaient survécu ensemble en surmontant des périls imprévus, pas mal de conflits aussi et avaient assisté à des réconciliations touchantes. Le jeune prêtre réalisa qu’après tout cela, ils étaient inévitablement profondément liés les uns aux autres, qu’ils le veuillent ou non.
D’autre part la perspective de partir de cette vie, d’aller dans une autre où le doute, la souffrance ou la solitude n’existent pas l’attirait vraiment. Sans compter qu’il allait retrouver tous ceux qu’il avait le plus aimé et qui étaient parti avant lui.
Le cœur écartelé devant un choix qui lui paraissait impossible, il regarda celui qui avait toujours été son guide.
« Non, Arnaud. C’est à vous, et à vous seul, de faire un choix. Vous pouvez toujours demander la lumière pour le faire. Depuis combien de temps ne l’avez-vous pas fait ? »
C’est vrai que ses doutes et l’impression que personne ne l’écoutait, l’avait éloigné de la prière. Il ouvrit à nouveau son cœur à plus grand que lui et demanda :
« S’il te plaît aide-moi ? Qu’il y a-t-il au fond de moi ? »
Soudain tout fut clair. Il s’aperçut que cela faisait longtemps qu’il savait quoi faire. En fait, il avait peur de franchir le pas et préférait se voiler la face. Il leva à nouveau la tête vers l’évêque mais, cette fois dans un tout autre état d’esprit.
« Ca y est ? Vous avez choisi ? »
Pour toute réponse, le regard résolut, Arnaud tendit la main vers le vieil homme.
( à suivre...)
Publié le 05/04/2008 à 12:00 par lesromansdelara
Marius revint de la basse-cours avec les premiers œufs obtenus depuis qu’ils avaient capturé les poules.
« Fantastique ! s’exclama Maud. Ca nous changera des crabes et des poissons.
- Oui, d’ailleurs il faudra que tu en pêches moins avec Thibaut, sinon nous allons faire une indigestion ! » lui dit son père en riant.
En effet, l’adolescente et le petit garçon étaient devenus des experts au maniement de la lance en bambou. Les poissons étaient nombreux dans le lagon et, sous la direction de Marius, ils avaient appris comment se mettre aux aguets et de quelle manière lancer le bambou pour ne pas rater sa cible. Ils s’étaient pris d’une vraie passion pour ce jeu et y restaient des après-midi entières. Comme ils ne rataient presque jamais leur cible ils revenaient toujours avec d’assez amples provisions pour nourrir un régiment.
Richard voyait d’un assez bon œil que son fils se détende et pense à autre chose qu’à la protection de Papy. Il fallait qu’il reste un enfant et qu’il s’amuse.
Nina, quand à elle, veillait sur Arnaud avec Apolline et Alix. Vers le milieu de l’après-midi la vieille dame sortit un peu pour aller chercher de l’eau au lac. Le blessé s’agita alors un peu puis, brusquement le peu de couleurs qu’il avait aux joues le quitta. Nina poussa un cri.
« Apolline ! Venez vite ! »
En entendant ce cri, tout le monde rentra dans la grotte avec la vieille dame. Arnaud ne bougeait plus, on aurait dit un mannequin de cire.
Maud pâlit et se serra contre son père :
« Mon Dieu ! Est-ce qu’il est ?… »
Alix, qui vérifiait le pouls du jeune homme, fit signe à Apolline de venir voir. Celle-ci s’approcha, prit la main d’Arnaud et la porta à ses lèvres. Elle se retourna vers les autres, les lèvres tremblantes d’émotion.
« La fièvre est tombée ! Il est sauvé ! »
( à suivre...)
Publié le 06/04/2008 à 12:00 par lesromansdelara
Chapitre 14
La digue
Le retour à la santé d’Arnaud allait prendre plusieurs semaines. D’un commun accord, Christine prit le relais de Richard le mercredi suivant. Tant que le jeune homme ne serait pas complètement remis, les autres prendraient leur tour dans l’ordre. De fait, ce ne fut qu’un mois après qu’il put enfin assumer la direction du groupe. Le miel avait fait merveille pour la cicatrisation de ses plaies.
Le produit des abeilles fit aussi le bonheur de Nina. Une chose qui la chagrinait énormément était de ne pas pouvoir s’épiler. Avec le précieux nectar, Apolline lui avait fait de la pâte pour s’arracher les poils. Sous les yeux pleins d’espoirs du mannequin elle avait fait cuire le miel avec du jus de citron, ce qui avait transformé le mélange en une pâte onctueuse. Après l’avoir laissé refroidir, Nina n’eut plus qu’à l’appliquer sur ses jambes, à le laisser reposer… puis à tirer.
Arnaud, qui reprenait des forces près du feu, fit une grimace.
« Brrr… Je ne sais pas comment tu peux faire cela… Ca me fait froid dans le dos… »
Ils continuèrent à parler de tout et de rien. Apolline se rendit compte qu’ils avaient sûrement des choses à se dire et trouva un prétexte pour sortir et les laisser seuls. Rapidement, Arnaud orienta la conversation. Quand il s’était réveillé, il avait vaguement le souvenir qu’il avait rêvé de quelque chose d’important, mais il ne se rappelait plus de quoi. Petit à petit, les souvenirs lui revinrent.
« Quel drôle de rêve quand même ! » se dit-il.
Pourtant, petit à petit, il dût se rendre à l’évidence. Il était tombé malade dans le doute et s’était réveillé plein de conviction sur la direction que devait prendre sa vie dorénavant.
« Nina, il faudrait que je vous parle, commença-t-il en n’ayant pas la moindre idée de comment aborder le sujet.
- Oh ! dit-elle, vous voilà bien grave… pourquoi ai-je l’impression que je ne vais pas vraiment apprécier ce que vous allez me dire ?
- Peut-être avez-vous raison… Voilà… Je vais reprendre mon identité de prêtre à part entière. Bientôt, je vais parler à tout le monde. »
Nina soupira et le regarda douloureusement.
« Je le savais. Peut-être même l’ai-je inconsciemment toujours su… C’est drôle quand même la vie. Jusqu’à maintenant j’ai eu beaucoup de prétendants mais il y en a peu qui m’ont touché le cœur. Pour une fois que je tombe vraiment amoureuse d’un gars droit qui s’intéresse à autre chose qu’à mon apparence, c’est lui qui ne veut pas de moi…
- Cela n’a rien à voir voyons. Vous savez, si mon cœur n’appartenait pas à Dieu, je vous aurais épousée sur-le-champ. »
Nina se mit à sourire timidement.
« Vraiment, vous êtes sérieux ?
- Bien sur. Restons amis, voulez-vous ? » finit-il en lui tendant la main.
Le mannequin accepta son geste de sympathie avec un pincement au cœur.
« Je vous regretterais, Arnaud. »
Publié le 07/04/2008 à 12:00 par lesromansdelara
Les semaines passèrent tranquillement et, chacun des dirigeants amenant ses idées, la grotte s’aménagea peu à peu. A l’intérieur des tabourets et des ustensiles de cuisine rejoignirent la table. Ils firent des fenêtres pour fermer les orifices donnant sur la mer. Les meubles s’enrichirent aussi d’une armoire et de nombreux accessoires pour pouvoir travailler le jardin. En effet, les Desner se mirent à cultiver diverses plantes destinées aux soins et à l’alimentation. Pour gagner en confort, Christine fit installer un système de cordes et de paniers qui descendaient directement de la grotte à la plage. Cela permettait de remonter directement les récoltes de crabes et de poissons sans avoir à les porter dans l'abrupt chemin qui menait à la plage.
Mais, un autre chantier ne tarda pas à monopoliser toutes les énergies. En retournant la terre pour faire ses cultures Marius fut interpellé par consistance du sol. A ce moment-là c’était Arnaud qui avait pris son tour de direction. Le vieil homme alla immédiatement le voir. Il était dans la grotte en train d’aider Pierre et Bernard à finir l’armoire.
« Il faudrait que je vous montre quelque chose. »
Ils sortirent rapidement. Le jeune prêtre se dit que la mine grave de Marius annonçait des problèmes. Il arrivèrent rapidement au champ.
« Que se passe-t-il ? finit par demander Arnaud.
- Regardez cette terre, fit le vieil homme en lui en tendant une poignée.
- Euh… oui… C’est de la terre, quoi…
- Oui, mais un peu particulière, regardez comme elle est noire. Cela veut dire qu’elle est extrêmement riche. »
Il disait cela comme si c’était une catastrophe.
« Mais c’est plutôt une bonne nouvelle pour vos cultures non ? répondit le jeune prêtre.
- Sans aucun doute, tout va pousser extrêmement bien.
- Alors où est le problème ?
- Est-ce que vous savez où ailleurs dans le monde on trouve une terre aussi fertile ?
- Aucune idée, mais je suppose que vous allez me le dire ?
- Au bord du Nil.
- Au bord du Nil ? Et alors ? Je ne comprends pas où vous voulez en venir.
- Savez-vous pourquoi les bords du Nil sont aussi fertiles ?
- Oui. Je crois que du limon se dépose à chaque mousson quand les eaux du fleuve sont en crues et… »
Arnaud s’interrompit en pâlissant à l’idée qui lui était passé à l’esprit.
« Cette couche de limon date de quand, Marius ?
- Oh... à vue de nez, je pense de l’an dernier. »
Le jeune prêtre le regarda stupéfait, en réalisant toute la difficulté de la situation.
« L’an dernier… Ce qui veut dire que ce lac déborde sur la prairie à chaque saison des pluies.
- Oui, et qui dit sur la prairie… commença Marius.
… dit dans la grotte, finit Arnaud. Mon Dieu, nous allons être inondés d’ici peu ! Bon, gardons la tête froide, il faut trouver une solution. Ce soir nous ferons une réunion et nous expliquerons la situation à tout le monde. »
( à suivre demain...)
Publié le 08/04/2008 à 12:00 par lesromansdelara
Un grand silence s’établit dans la grotte. Arnaud venait de terminer de parler et chacun essayait d’assimiler ce qu’ils venaient d’entendre. C’était la seconde fois en moins d’une semaine qu’Arnaud jetait une telle stupéfaction dans leur petite communauté. En effet, avant de prendre ses fonctions il avait décidé de leur dire qui il était vraiment. Depuis, il se sentait vraiment mieux car il n’avait plus l’impression de mentir à quiconque.
Du côté des autres naufragés, certains, comme Marius, Apolline, Bernard, Maud ou Pierre, le crurent immédiatement. D’autres, par contre, eurent du mal à ne pas trouver l’histoire tirée par les cheveux. Après tout, il pouvait raconter cela pour éloigner les soupçons de sa personne. Qui, après cette révélation, le croirait coupable ?
Pour l’instant, la perplexité était plutôt motivée par la dernière révélation d’Arnaud.
« Eh bien ! dit Richard après un instant de réflexion. Nous avons, en effet à trouver une solution rapidement.
- J’y ai longuement pensé, fit alors Arnaud, et j’en ai trouvé deux. La première est de déménager.
- Partir d’ici, mais pour aller où ? demanda Pierre. Le marais est malsain et tout le bord du lac est inondable.
- Sans compter, ajouta Bernard, que sur le côté sud il n’y a pas d’eau potable, ce qui est aussi le cas du centre de l’île.
- Au Nord, il ne faut pas y compter non plus, fit Alix. Il n’y a aucun abris en dur sur cette page.
- Arrêtez-moi si je me trompe, dit alors Maud toute pâle. Vous êtes tous en train de dire que nous sommes dans le seul coin habitable de l’île et que cet endroit est en zone inondable ?
- Ceci est parfaitement raisonné » approuva Marius.
Un autre silence suivit qui fut interrompu par Arnaud.
« J’en étais arrivé à la même conclusion que vous tous. C’est pourquoi j’ai trouvé une autre idée. Nous avons les moyens de la mettre en œuvre mais elle demandera de nous tous de gros efforts. C’est pourquoi il faut l’approbation de tous. »
Arnaud exposa alors un projet ambitieux. Ils ne pouvaient ni déménager ni empêcher l’eau de monter c’était un fait. Par contre, il était sûrement possible d’orienter l’eau qui déborderait pour l’empêcher de noyer la grotte. Il traça sur le sol un plan du lac avec, autour de la moitié de sa circonférence, un système de digue relevable par endroits pour faire partir le surplus d’eau dans des canaux qui se déversaient dans la mer.
« De cette façon-là, dès que l’eau monte, nous remontons les portes et le lac ne déborde jamais.
- C’est une bonne idée, fit Richard. Mais pourquoi ne prévois-tu pas d’évacuation sur tout le tour ?
- Ce serait l‘idéal en effet, admit le jeune homme. Mais cela va déjà nous prendre beaucoup de temps et de l’énergie de faire tout ce que j’ai dessiné. D’après les calculs de Marius, le mauvais temps devrait arriver d’ici un mois ou deux. Si d’ici ce moment-là nous arrivons à faire la moitié du lac je pense que cela suffira pour nous protéger. Rien ne nous empêche de continuer par la suite. »
Tout le monde approuva l’idée d’Arnaud. Seul Richard émit une réserve.
« Jusqu’à maintenant nous avons pu faire de petites réalisations par nous-même. Là, en revanche, c’est énorme. Est-ce que quelqu’un s’y connaît en construction ? »
Arnaud le regarda en riant :
« Est-ce que vous pensez sérieusement que j’aurais pensé à cela si je ne pouvais pas aussi le mettre en œuvre ? J’étais ingénieur en construction avant d’opter pour la prêtrise. »
Cette fois-ci, tout le monde le regarda la bouche ouverte.
« Eh bien mon petit, s’exclama Marius, vous êtes plein de ressources inattendues !
- Ca c’est vrai, renchérit Christine. Il y a encore autre chose que nous devrions savoir sur votre vie passée ?
( à suivre...)
Publié le 09/04/2008 à 12:00 par lesromansdelara
- Euh… répondit-il en faisant semblant de réfléchir. Non, je ne crois pas ! »
Tout le monde se mit à rire de bon cœur, puis la discussion sérieuse reprit.
« Je pense qu’il faut nous y mettre dès demain. Je vais établir un plan de travail pour que tout le monde puisse donner un coup de main selon ses forces et ses capacités. C’est une grosse œuvre qui nous attend et dont nous devons tous être partie prenante. »
Tout le monde semblait motivé et heureusement car les quatre mois qui suivirent fut des plus pénibles. Ils construisirent une digue en rondins qui s’élevait à un mètre cinquante au-dessus du lac. Il fallait couper les arbres dans la forêt, les pousser jusqu’à l’eau en les roulants sur d’autres troncs, puis les placer. Le tout était rendu étanche par une algue que Marius avait trouvée au fond du lac. En la plaçant dans les interstices, elle se collait sur le bois et gonflait de façon à ne plus laisser passer l’eau.
A intervalles réguliers, ils placèrent des ouvertures qui pouvait coulisser en tirant sur des lianes tressées. Elles s’ouvraient sur des tranchées creusées dans la terre qui débouchaient sur la plage.
Le jour de l’inauguration, ils firent une fête. Ils étaient heureux d’avoir finit. Maintenant ils étaient à l’abri de ce problème. Il était temps d’ailleurs car, une semaine après, la pluie se mit à tomber.
Ils étaient arrivés, sans s’en rendre compte au mois de décembre. L’activité dont ils avaient dû faire preuve pour survivre les avaient jusqu’à maintenant absorbés tout entier. Par contre, avec la pluie diluvienne et le vent qui s’abattait sur l’île, ils étaient reclus dans la grotte et commençaient à penser à leur situation. Les conversations se faisaient un peu plus moroses à mesure que le mois de décembre s’avançait et que Noël se profilait. Ils ne restaient pas inactifs pour autant et le mobilier de la grotte s’enrichissait de nouveaux trésors tous les jours.
Cette semaine-là Christine dirigeait le groupe. Au bout de quatre jours de pluie, l’eau du lac était assez montée pour que la pression s’exerce fortement sur les digues.
« Je crois que nous allons pouvoir tester nos vannes tout de suite » déclara-t-elle ce matin-là.
Tout le monde sortit de la grotte, sauf les enfants, Apolline et Alix. Celle-ci protesta bien un peu mais elle dût se rendre à l’évidence car elle était proche de l’accouchement et ce n’était pas la peine de prendre des risques inutiles.
( à suivre...)