Posté le 10.04.2008 par lesromansdelara
Ils se déployèrent deux par deux devant chaque vanne. Le temps était exécrable. Les rafales de vent rabattaient des tonnes d’eau sur eux. Maud, qui faisait équipe avec son père, avait du mal à se tenir debout. Nina était sortie avec Bernard qui avait fini par la renvoyer car elle n’avançait pas et n’arrêtait pas de râler. C’était assez difficile comme cela sans s’encombrer de quelqu’un qui y mettait de la mauvaise volonté.
Malgré les difficultés, l’opération fut un succès. L’eau s’écoula comme prévu vers la plage et, en fin de matinée, le lac avait retrouvé son niveau normal.
Ils avaient enfin reçu la confirmation que leurs efforts n’étaient pas vains et qu’ils étaient maintenant à l’abri de tous débordements intempestifs du plan d’eau. Finalement il était bien plus dangereux pour eux de rester enfermé dans la grotte en proie à leurs pensées. C’est pourquoi Christine, puis Alix après elle, essayèrent d’inventer des choses utiles à faire puis des jeux, des soirées chants ou contes qui permettaient de maintenir le moral de chacun.
La nourriture n’était pas un problème. Avec les progrès des naufragés pour la pêche ils avaient pris plus de poissons qu’il n’en fallait pour leur consommation journalière. Le surplus avait été salé par Apolline pour être conservé pour l’hiver. Elle avait fait évaporer de l’eau de mer pour en récupérer l’iode afin de pouvoir les conditionner et les stocker de façon durable. Cela aurait pu paraître un peu monotone comme nourriture mais la vieille dame les préparaient de différentes façons avec des herbes aromatisées, ce qui faisait qu’ils n’avaient jamais l’impression de manger la même chose.
La semaine suivante, la pluie n’avait toujours pas arrêté de tomber. C’était la veille de Noël. Dans l’après-midi, le niveau du lac monta à nouveau de façon alarmante. Alix jugea que c’était trop dangereux de laisser passer la nuit sans soulager les digues.
« Il faut que nous y allions de suite, si la digue craque pendant la nuit ce sera une catastrophe. »
Elle prit immédiatement la tête du groupe. Richard lui prit le bras.
« Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu ne vas pas sortir ?
- Si bien sur ! Tu ne vas pas me faire le coup de la semaine dernière ? Aujourd’hui c’est moi qui dirige ce groupe. Je ne peux pas vous demander quelque chose que je ne fasse pas moi aussi.
- Mais ne soit pas bête, voyons ! renchérit Christine. La situation est particulière. Si tu perds ton enfant ou si tu tombe malade, nous serons bien avancés. »
Elle se retourna et vit que tout le monde était de cet avis. Elle céda et les laissa sortir. La pluie et le vent avaient redoublés ce qui rendit, dès le début, l’opération délicate. Nina renonça d’elle-même dès le début puis, peut après Maud rentra aussi, renvoyée par son père.
« Il y a trop de vent, j’ai failli être emportée plusieurs fois. Quand j’ai fait demi-tour, papa avait du mal à remonter la vanne.
- Ah bon ? s’étonna Alix. La dernière fois il n’avait pas eu de problème ?
- Non, je ne crois pas.
- Peut-être ais-je trop attendu. L’eau fait sûrement trop pression sur la porte. J’espère qu’ils y arriveront. »
Christine et Richard l’interrompirent. Ils rentraient trempés et inquiet.
« Nous venons chercher une ou deux lances de bambou pour faire levier. Notre porte est coincée.
- Est-ce que l’eau est trop montée ?
Non, je ne crois pas. En tous cas ce n’est pas pire que la semaine dernière. »
( à suivre...)
Posté le 11.04.2008 par lesromansdelara
Christine revint avec la lance et ils repartirent. La situation était grave, il fallait absolument arriver à ouvrir ces vannes. Alix s’élança au dehors. Il fallait savoir si les autres avaient les mêmes problèmes. Elle avait pris quelques lances afin de leur en donner s’ils en avaient besoin. Arnaud et Bernard apprécièrent cette aide bienvenue car, eux non plus, n’arrivaient pas à soulever la porte en bois. Elle leur dit de ne pas bouger et alla dire aux autres d’aller les aider. Il valait mieux qu’ils regroupent leurs forces sur une porte à la fois.
Elle les laissa et reprit le chemin du retour. La pluie l’empêchait de voir à plus de trois mètres devant elle, pourtant, il lui sembla voir une silhouette près de la vanne la plus proche de la grotte. C’était impossible. Tous ceux qui étaient dehors étaient de l’autre côté du lac a essayer d’ouvrir la première vanne. Est-ce que quelqu’un d’autre était sorti de la grotte ? Elle se rapprocha et manqua de faire tomber Apolline.
« Qu’est-ce que vous faîtes là ? hurla-t-elle pour se faire entendre par-dessus le bruit du vent.
- Je regardais ce que faisait celui-ci, dit-elle en montrant l’ombre près du lac. Il y a quelque chose de louche. »
Les deux femmes s’approchèrent à trois mètres et ce qu’elles virent les pétrifia sur place. Paul était devant la porte de la digue et donnait de grands coups avec un bâton surmonté d’un bout de métal tranchant. Vu l’énergie qu’il y mettait, il voulait que ça cède et vite. Comme les autres vannes ne s’ouvraient pas, le surplus d’eau allait s’écouler par-là avec violence et tout balayer sur son passage. Les habitants de la grotte allaient être noyés, Papy en particulier pensa Alix. Il fallait absolument l’empêcher. Sans penser que Paul la dépassait très largement en poids, en taille et en force, elle s’élança vers lui laissant Apolline sur place.
« Arrêtez immédiatement ! », lui cria-t-elle en saisissant son outil.
Paul parut surpris mais ne se laissa pas décontenancer :
« Foutez-moi la paix ! » hurla-t-il. Il se débarrassa aisément de la jeune femme en l’envoyant par terre d’un geste du bras. Elle roula à deux mètres et eu du mal à se relever à cause des rafales de vents qui forcissaient.
« Mais vous êtes devenu fou ou quoi ? fit Apolline qui venait à la rescousse.
- Non, il ne l’est pas, tenta Alix, pour être sûre. Ce gars-là est un tueur, n’est-ce pas ? »
Cette fois, le geste de Paul pour casser la porte resta en suspend. Il se retourna brusquement, les yeux remplis de fureur.
« J’aimerais bien savoir comment vous savez ça ? » rugit-il.
Il se retourna un instant, comme pour écouter quelque chose, puis sans crier gare se jeta sur les deux femmes. Alix bondit de côté, juste à temps pour l’éviter mais Apolline, ayant les réflexes plus émoussés, n’en eut pas le temps. La vieille dame se fit aplatir par terre. Au même moment, un craquement sinistre se fit entendre et la porte céda.
« Nous sommes perdues ! » pensa Alix en voyant des tonnes d’eau se déverser sur eux. Le déluge fit diversion et l’attention de Paul se détourna de sa victime. La jeune femme en profita pour la relever.
« Courrez, courrez vite ! » cria-t-elle.
( à suivre...)
Posté le 12.04.2008 par lesromansdelara
Elles se mirent à s’échapper le plus vite possible pour mettre de la distance avec Paul et avec l’eau. Ce n’était pas facile vu l’âge de la vieille dame et l’état d’Alix. Elles eurent l’impression qu’ils les suivaient mais avec le bruit de l’eau, du vent et de la pluie, c’était impossible à dire. Soudain Alix senti une violente douleur dans le ventre. Ce n’était vraiment pas le moment d’avoir un point de côté. Elle essaya de l’ignorer et cela passa.
Dans la panique elles avaient dépassé la grotte et prirent le chemin de la plage. La douleur revint, cette fois-ci plus intense. Alix dût s’arrêter.
« Qu’est-ce qui se passe ? demanda Apolline.
- Rien, j’ai un point de côté, c’est tout.
- Trouvons un abri. »
Le coin était truffé de cavité, ce serait facile d’en trouver une. Elles s’engagèrent dans l’une d’elles. Il était temps. Elles étaient épuisées toutes les deux et la tempête était en train de se changer en ouragan.
« Il faut trouver un moyen d’aller à la grotte, prévenir les autres, fit Alix précipitamment.
- Doucement, l’arrêta Apolline. Paul est peut-être à notre poursuite. Il ne doit pas tenir à ce que nous révélions ce qu’il a fait.
- C’est gentiment dit. Je dirais que s’il nous trouve, nous ne ferons pas long feu.
- Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi il fait cela. Ca n’a aucun sens…
- Si, il y a une explication. Je vous le dirais un jour, pour l’instant je ne peux pas en parler et… »
Elle fut à nouveau stoppée par une crampe qui, celle-là semblait durer.
« Allongez-vous, conseilla la vieille dame.
- Pourtant j’ai arrêté de courir. Je n’ai plus la forme.
- Je ne veux pas vous inquiéter ma petite, mais je crois que vos douleurs n’ont rien à voir ni avec un manque d’entraînement, ni avec un point de côté. »
Alix la regarda avec de grands yeux.
« Vous pensez à…
- Oui, je crois que les contractions ont commencées.
- Mais ce n’est pas possible, voyons. Ce n’est vraiment pas le moment…
- Ca je le sais et vous aussi mais lui n’est apparemment pas au courant. »
Comme pour confirmer la nouvelle, une autre contraction se produit.
« Bon, eh bien ma petite, nous allons nous installer car je crois que nous sommes là pour un bout de temps. »
( à suivre...)
Posté le 16.04.2008 par lesromansdelara
Chapitre 15
L’ouragan
« Allez, à trois on pousse tous ensemble. Un… Deux… trois… »
Ils appliquèrent leurs forces tous ensemble sur les leviers disposés autour de la porte de la vanne. En vain.
« Attendez, cria Arnaud pour se faire entendre. Ce n’est pas normal, je vais voir ce qui bloque. »
Il s’approcha de la vanne et poussa une exclamation étouffée.
« C’est pas vrai, mais qu’est-ce…
- Doucement, le coupa Richard. Ne vous approchez pas trop, si ce truc-là cède vous allez être emporté.
Ca ne risque pas ! Il y a… »
Il fut brusquement interrompu par un bruit terrible qui surpassa celui du vent. Tout le monde se regarda, cherchant d’où cela venait.
« C’est vers la grotte ! cria Christine avec inquiétude. Allons voir. »
Il se précipitèrent, mais comme ils se dirigeaient contre le vent, c’était difficile d’aller vite. Richard qui marchait devant se sentit brusquement entraîné en arrière.
« Attention ! »
C’était Pierre qui l’avait par le bras. Juste à temps.
« Mais qu’est-ce que c’est que ça ? » fit Bernard.
Un énorme bras d’eau leur barrait le passage vers la grotte.
Marius était inquiet. Il entendait le vent vrombir au dehors. Il forcissait de minute en minute. Apolline était allé voir à la porte si quelqu’un revenait et, il ne savait pourquoi, elle était sortie. Alix, elle aussi était allée aider les autres ce qui n’était pas très prudent dans son état.
Il promena son regard autour de la grotte. Thibaut tenait sa sœur dans ses bras et réagissait très courageusement. Maud et Nina discutaient ensemble près du feu. L’adolescente regardait souvent vers la porte et il était clair qu’elle s’inquiétait pour son père, même si elle n’en disait rien. Papy, quant à lui, restait près du feu, le regard dans le vague. Il fallait rassurer les enfants et leur faire penser à autre chose.
« Dites, qu’est-ce que vous diriez si je vous racontais une histoire ?
- Oh oui ! fit Mélanie. Racontes-nous une histoire de quand tu étais petit. »
En effet, le vieil homme était spécialiste dans l’art de raconter son enfance, revue et corrigée pour l’occasion. Pendant les soirées contes qui avaient eu lieu jusqu’à maintenant il avait eu l’occasion de relater plusieurs anecdotes qui ne manquaient pas de piquant. Apparemment, il avait été un enfant terrible qui ne manquait pas une occasion de faire des bêtises. Ses histoires amusaient tout le monde et Mélanie en était friande.
Il entreprit donc de raconter un souvenir qu’il romança un peu pour entretenir le suspens. Tout le monde se suspendit à ses lèvres. Il fut interrompu par un bruit sourd qui se rapprocha.
« Qu’est-ce que c’est ? demanda Maud.
Je ne sais pas, répondit le vieil homme.
On dirait de l’eau » fit Nina.
Ils tendirent l’oreille. Oui, on aurait dit un bruit de cataracte. Soudain Marius senti ses pieds se mouiller. De l’eau entrait dans la grotte par la porte d’entrée.
( à suivre...)
Posté le 17.04.2008 par lesromansdelara
« Allez mon petit, soufflez, ça va bien se passer. »
Alix se demanda ce qu’entendait Apolline par-là. En effet, elles étaient seules, perdues au milieu de l’ouragan, la jeune femme était entrain d’accoucher et, pour couronner le tout, un dangereux tueur était à leur recherche. Le bruit du vent, des vagues et du tonnerre étaient tels que les gémissements d’Alix étaient couverts. Pourtant, elle s’efforçait de ne pas trop faire de bruit. Elles ne savaient pas si Paul ne les avait pas suivies et il ne fallait pas risquer qu’il les retrouve. Les éclairs illuminaient la caverne de façon continue c’était déjà suffisant pour se faire repérer.
« Si seulement nous pouvions bouger, fit Alix entre deux contractions. Ce n’est pas prudent de rester là. De plus, je suis franchement inquiète pour les autres. J’espère que la grotte n’a pas été inondée. »
A l’énoncé de cette possibilité, Apolline pâlit. Elle s’efforça pourtant de se reprendre et répondit immédiatement.
« Nous ne pouvons rien pour eux pour l’instant. L’ouragan est trop fort pour que nous puissions sortir. Je suis sûre que tout le monde va bien.
- C’est votre fameux sixième sens qui vous le dit ? demanda Alix en essayant de sourire.
- Peut-être. En tous cas, la vie m’a appris à ne pas me faire de soucis à l’avance sur des choses que, de toute façon, je ne pourrais pas changer. Nous faisons souvent plus de mal en s’angoissant avant de savoir, qu’à vivre les difficultés elles-mêmes. Pour l’instant, concentrons-nous sur ce petit qui veut sortir.
Ou cette petite… » commença Alix qui devint soudain toute pâle.
Apolline crût à une nouvelle contraction mais le regard fixe de la jeune femme la fit se retourner. Son sang froid naturel s’effaça un instant pour faire place à un mouvement d’effroi.
Une silhouette se détacha nettement à la lueur des éclairs. Une respiration rauque se fit entendre. Les deux femmes retinrent la leur. L’ombre entra dans la grotte.
C’était Paul.
( à suivre...)
Posté le 18.04.2008 par lesromansdelara
« Allez, un petit effort. »
Richard essayait de réconforter sa femme. Le vent soufflait avec une telle violence qu’ils avaient du mal à tenir debout. Comme le bras d’eau leur coupait le passage vers la grotte ils avaient décidé de le contourner en passant par la plage. En arrivant sur le sable, l’eau devait s’étaler et ils pourraient peut-être traverser. Cependant, le chemin leur parut interminable. C’était terrible de devoir marcher contre le vent et la pluie. De plus, plus ils s’approchaient de l’océan plus les embruns les arrosaient.
Au bout d’une heure de lutte, ils arrivèrent sur la plage. Ils croyaient que ce serait plus facile, mais ils se trompaient lourdement. En fait les ennuis continuèrent. Avec le vent, la mer avait rejoint la falaise et la plage était inexistante. Ils ne pouvaient plus reculer maintenant. Les cavités habitables de la falaise étaient de l’autre côté et il fallait vraiment qu’ils se mettent à l’abri. D’autre part, ils voulaient essayer, selon les forces qui leur restaient de pousser jusqu’à la grotte. Richard, Christine et Pierre étaient mortellement inquiets pour leurs enfants et rien ne semblait les empêcher de continuer, malgré les risques.
Les vagues battaient contre la falaise et ils avaient de l’eau jusqu’au genoux, ce qui rendait leur progression extrêmement pénible. Ils mirent une heure et demie pour accéder au chemin remontant de la plage et passèrent, sans le savoir, tout près de la grotte où étaient réfugiées Alix et Nina.
« Il faut nous arrêter et nous mettre à l’abri, hurla Bernard pour se faire entendre.
- Pas question, répondit Richard, continuons, il faut absolument aller à la grotte.
- C’est de la folie, nous sommes épuisés. Si nous ne nous reposons pas, personne n’arrivera nulle part. »
Il n’avait que trop raison, mais l’inquiétude pour les enfants prévalut. Il fallait savoir ce qu’ils étaient devenus. Peut-être pouvaient-ils encore quelque chose pour eux et que le fait d’attendre les condamnerait. Ils ne se le pardonneraient jamais. Le groupe continua donc et finit par arriver à la porte. Elle était libre mais l’herbe tout autour avait été emporté.
« Mon Dieu ! L’eau est passée par-là ! » fit Christine avec une intonation d’horreur dans la voix.
Ils se précipitèrent en se demanda s’ils trouveraient encore quelqu’un de vivant dans la cavité.
( à suivre...)
Posté le 19.04.2008 par lesromansdelara
« Ne restez pas planté là à ne rien faire, aidez-moi voyons ! »
protesta Apolline.
Contrairement à toute attente, Paul était entré dans la grotte sans un mot et s’était assis au fond. Depuis, il n’avait pas bougé. Il tournait le dos aux deux femmes et ne semblait leur prêter aucune attention.
La peur avait précipité les choses et les contractions s’étaient multipliées. Apolline faisait face mais aurait bien aimé un peu d’aide. Elle avait le sentiment que Paul saurait très bien s’y prendre. Depuis l’épisode de la guérison d’Arnaud et de la façon dont il les avait aidées pour les pansements, elle avait la certitude que cet homme était médecin auparavant. C’est pourquoi cela l’agaçait de le voir planté là, dans son dos à ne rien faire. En plus, elle n’était vraiment pas rassurée par l’histoire de tueur qu’avait raconté Alix. Cette jeune femme ne parlait pas à tort et à travers et, si elle lançait une telle accusation, elle devait avoir des raisons. Cependant, le fait qu’il ne les ait pas agressées semblait lui donner tort.
Pour tout cela, elle aurait aimé qu’il bouge et vienne voir. De cette façon, non seulement elle aurait eu de l’aide mais, en plus, elle pourrait l’avoir à l’œil. C’est pour cela qu’elle finit par l’interpeller vertement.
« Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ? répondit-il âprement.
- Vous savez très bien pourquoi je vous demande un telle chose. Je sais que vous vous y connaissez. Allez, venez m’aider !
Vous n’avez pas besoin de moi ! Laissez aller, ça ira tout seul ! »
Comment cela laisser aller ? Il en avait de bonnes ! Si ça se passait mal, il allait l’entendre !
« Pourquoi demandez-vous à ce type ? fit Alix à bout de souffle. Il va nous tuer dès qu’il en aura l’occasion.
Peut-être, mais alors pourquoi ne l’a-t-il pas déjà fait ?
Je ne sais pas. Je ne suis pas vraiment position de réfléchir.. Ah ! »
Cette fois-ci, la vieille dame aperçut la tête de l’enfant.
« Encore un petit effort, il arrive. Paul ! Paul ! Il vient… Dépêchez-vous ! »
Mais il ne bougea pas. La rage au cœur, Apolline comprit qu’il faudrait qu’elle se débrouille toute seule.
« Bon, mon petit, à la prochaine contraction vous poussez très fort. »
Elle ne tarda pas. A peine avait-elle finit de parler qu’Alix poussa un cri. Apolline saisit la tête de l’enfant et tira, le sortant entièrement. Les éclairs l’illuminèrent pendant qu’elle le saisit par les pieds. Il était inerte et ne poussait aucun cri.
« Apolline… fit faiblement Alix. Il ne bouge pas… C’est normal ? »
La vieille dame hocha la tête pour l’apaiser mais rien ne se passait.
« Apolline ? » hurla Alix, la voix enrayée par un sanglot.
( à suivre...)
Posté le 20.04.2008 par lesromansdelara
Elle donna une tape sur les fesses de l’enfant qui se mit à mugir à pleins poumons. La jeune maman se recoucha, soulagée. Apolline enveloppa l’enfant dans son châle et le langea comme on le faisait par le passé.
« Tenez, c’est une magnifique petite fille, dit-elle en la lovant dans les bras de sa mère. Comment allez-vous l’appeler ?
- Lucie, fit Alix en souriant douloureusement. Christophe craquait complètement pour ce prénom. Si ça avait été un garçon nous l’aurions appelé Mathis.
- Eh bien, Lucie bienvenue parmi nous ! On s’en souviendra de ta naissance…
Ca oui… On peut le dire… »
Alix s’interrompit brusquement.
« Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Apolline avec inquiétude.
Les contractions recommencent…
Pas de panique… Ca doit être le placenta qui se détache. »
Mais les crampes continuèrent sans que rien ne se passe. La vieille dame coucha la petite un peu plus loin et examina le ventre de la jeune femme.
« Ah, d’accord… marmonna-t-elle.
Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui m’arrive ?
Rien de grave, rassurez-vous. Je crois qu’il y en a un second.
Comment ça un second… Des jumeaux ?…
Ca en à bien l’air oui ! »
Les contractions reprirent de plus belle. Normalement, il devait sortir assez vite. Sa sœur avait fait le passage. Pourtant, au bout de cinq minutes, elle s’inquiéta de ne pas le voir apparaître.
« Ca fait beaucoup plus mal que pour Lucie, gémit Alix. Il y a quelque chose de pas normal.
Ne vous inquiétez pas. Il va arriver. »
Paul se trémoussait. La vieille dame le sentait mal à l’aise. Il savait que les choses étaient en train de mal tourner et il était partagé entre le fait de venir voir et la peur de briser la carapace qu’il avait mit tant de soin à construire autour de lui. Le problème, c’est qu’ils n’avaient pas le temps pour les états d’âme. Il fallait agir et vite.
« Ne bougez pas mon petit, je reviens. »
Elle se leva résolument et, sous le regard abasourdi d’Alix, se planta devant Paul.
« Bon, je vais vous dire ce que je pense, commença-t-elle d’un ton autoritaire que personne ne lui connaissait. Je ne sais pas ce que vous avez vécu avant et je ne veux pas savoir. Ce que je sais c’est qu’une jeune femme est en difficulté et que je sais pertinemment que vous savez quoi faire. Alors maintenant je ne veux plus entendre, ni de mais, ni de si ! Vous allez venir avec moi et tout de suite ! »
Elle le saisit vigoureusement par le col et avant qu’il ait réalisé ce qu’il se passait, il était devant Alix.
« Mais qu’est-ce que… tenta-t-il.
- Je ne veux rien entendre, je vous dis ! Vous vous occupez de la petite et puis c’est tout ! »
( à suivre...)
Posté le 21.04.2008 par lesromansdelara
Il la regarda une seconde et, contre toute attente, s’exécuta sans mot dire. On aurait dit un petit garçon devant sa maman. Il s’accroupit, examina Alix et lui tâta le ventre. Celle-ci eut un léger geste de recul mais Apolline lui fit signe de pas bouger. Il constata que l’enfant était tourné du mauvais côté, il le savait même avant avoir regardé. Il appliqua de légères pressions sur le ventre de la jeune et sentit le bébé se retourner.
« Maintenant ça va aller. »
Puis, il se releva et repartit s’asseoir à sa place.
Maintenant la vieille dame savait que tout se passerait bien. En effet, cinq minutes après, un petit garçon rejoignit la fratrie.
« Finalement, vous aviez bien fait de choisir deux prénoms. Voici donc Mathis. »
Alix était épuisée mais ravie. Elle oublia soudain la douleur, l’ouragan qui continuait à déferler et même la présence de Paul qui l’avait terrifiée jusqu’à maintenant. L’essentiel à partir d’aujourd’hui, c’était ces deux petits êtres qui dormaient, blottis dans ses bras.
« Il y a quelqu’un ? Marius, Nina ? »
La porte de la grotte était fermée et ils n’arrivaient pas à l’ouvrir malgré leurs efforts conjoints. Ils s’époumonaient à appeler mais personne ne leur répondait.
« Thibaut, Mélanie ! criait Christine.
- Maud ! » hurlait Pierre en frappant la porte avec l’énergie du désespoir.
Soudain la porte vibra et se souleva un peu. La tête de Marius apparut.
« Marius ! Vous êtes vivants ! Tout le monde est là ? »
Le vieil homme n’eut pas le temps de répondre. Christine, Pierre et Richard entrèrent et se jetèrent dans les bras de leurs enfants respectifs.
« Apolline n’est pas avec vous ? demanda Marius tout pâle.
- Non, fit Bernard, nous ne l’avons pas vu. Elle n’est pas ici ?
Alix non plus n’est pas là !» fit soudain Maud.
La joyeuse effervescence qui régnait jusque là fit place à un silence pesant. Tout le monde se regardait sans mot dire.
« Peut-être qu’elles se sont mises ensemble à l’abri ? hasarda Marius plein d’espoir.
Il faut aller les chercher !
Doucement Arnaud ! tempéra Richard. L’ouragan est encore en train de forcir et nous ne savons pas où chercher. Ce serait du suicide ! »
Il avait raison, ceux qui sortiraient maintenant avaient plus de chances de ne pas rentrer que de retrouver les deux femmes.
( à suivre...)
Posté le 23.04.2008 par lesromansdelara
« Il manque aussi Paul ! fit Bernard qui était allé voir dans la cavité de celui-ci. Qu’a-t-il encore inventé celui-là ?
- Bon, continua Pierre, pas de panique. On ne peut rien faire pour eux pour l’instant. Il n’y a qu’à nous asseoir et nous raconter ce qui c’est passé depuis que nous nous sommes quittés. »
Le groupe qui était sorti expliqua ses difficultés à ouvrir les vannes de déversement et l’idée d’Alix d’unir leurs forces.
« Malgré cela elles ne remontaient pas, relatait Richard. Puis, soudain, la porte la plus près de la grotte a lâché. Nous avons cru que vous étiez inondés, peut-être noyés.
- Non, fit Marius. L’eau avait commencé à rentrer mais elle nous a juste effleurés.
- Un coup de chance ! s’exclama Nina.
- La chance n’a rien à voir là-dedans ! intervint Arnaud. Le canal avait été conçu pour que l’eau ne déborde pas vers la grotte quelle qu’en soit la pression. D’ailleurs, tant qu’on en parle, la malchance n’est pas non plus pour grand chose dans le fait que les vannes ne s’ouvrent pas.
- Ah bon, dit Pierre. C’était quoi alors ? Un problème de conception ?
Non, je dirais plutôt un problème de fabrication.
Qu’est-ce que tu veux dire par-là ? demanda Richard.
Il y avait, sur le côté de la porte un petit taqué qui s’ouvrait quand la liane tirait dessus et qui permettait ensuite de soulever la porte. Or, là il était monté à l’envers. Plus on tirait dessus, plus il se fermait.
Mais c’est impossible, voyons ! fit Pierre. Nous l’avons bien ouvert il y a une semaine, et sans forcer encore !
Oui et c’est bien cela qui m’ennuie. Si nous avions monté cette pièce à l’envers, il aurait été impossible de l’ouvrir la semaine dernière.
Qu’est-ce que vous essayez de dire ? intervint Bernard soudain nerveux.
Que cette pièce à été démontée et remontée à l’envers pendant la semaine qui vient de s’écouler.
Mais dans quel but voyons ? » fit Pierre, désemparé.
Ils se regardèrent tous. Seuls Richard et Christine savaient à quoi s’en tenir. Il n’y avait pas de doutes, le tueur avait récidivé.
( à suivre...)