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Nom du blog :
lesromansdelara
Description du blog :
Voici l'histoire d'un pompier pas comme les autres ! Blog pour ceux qui M l'action et le suspens
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
05.05.2007
Dernière mise à jour :
30.04.2008
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L ile

Nouveau Roman: L'île

Posté le 02.01.2008 par lesromansdelara
Attention, vous allez bientôt découvrir mon nouveau roman, nommé "L'île". Des hommes et des femmes, bloqués sur une île déserte, vont vivre un thriller palpitant...

Chapitre 1

Posté le 02.01.2008 par lesromansdelara
Chapitre 1

Destins croisés


Le taxi filait à vive allure sur le périphérique. Alix étouffa un bâillement et regarda sa montre. Le jour se levait à peine et elle avait encore le temps avant d’arriver à l’aéroport. Elle posa son front contre la vitre et la fraîcheur du verre lui fit du bien. Dans le demi-sommeil qui s’emparait d’elle, elle se souvint de la réaction de ses proches quand elle avait annoncé qu’elle partait quand même. Peu de monde avait compris. Mais, à présent, tout lui était égal. D’ailleurs, elle aurait eu du mal à expliquer pourquoi elle avait pris cette décision.
Tout s’était joué une semaine auparavant, en ce jour qui aurait dû être le plus beau de sa vie. Elle était bien passé à l’église ce matin-là mais, au lieu d’échanger des alliances, elle avait posé une rose sur un cercueil. Les images se bousculaient dans sa tête : le sourire de Christophe, leur rencontre, le camping de Lacanau où ils avaient passé leurs vacances l’an dernier… et son beau visage figé dans le sommeil éternel…
Elle se revit s’éclipser à la sortie du cimetière. Elle se sentait assommée par la souffrance et avait besoin d’être seule. Elle avait l’impression de vivre un cauchemar et qu’elle allait se réveiller soudain au côté de Christophe. Elle avait marché au hasard dans Paris et s’était retrouvée sur un pont. Il faisait mauvais et la pluie se mêlait à ses larmes. Elle se sentait irrésistiblement attirée par le vide. Il suffisait se jeter dans l’eau sombre pour enfin finir de souffrir. Machinalement, elle avait mis une main dans sa poche et en avait sorti deux papiers. Leurs billets d’avions pour leur voyage de noce à Tahiti. Elle avait souri tristement. Qu’ils lui paraissaient dérisoires maintenant tous ces projets dont ils s’étaient tant réjouis… Elle avait jeté le premier et le vent l’avait happé sous le pont. Elle allait lancer le second quand son geste s’arrêta. Elle se vit rester toute seule chez elle, les volets fermés et le téléphone décroché, pendant ses trois semaines de vacances. Cette idée lui fut insupportable. Elle avait besoin de fuir son contexte habituel pour pouvoir reprendre tranquillement ses esprits.
« Mademoiselle ! Mademoiselle nous sommes arrivés ! »
Alix sursauta. Elle se sentait tout engourdie, autant par le sommeil que par le chagrin. Le taxi était garé devant l’aéroport. Elle paya et se dirigea vers le hall d’entrée.


« Dépêchez-vous un peu Charles ! Les journalistes vont nous attendre !
- Oui Monsieur ! » répondit le chauffeur en appuyant sur l’accélérateur.
Pierre de Distrac se tourna vers sa fille, assise à ses côtés.
« Je peux savoir pourquoi tu n’as pas décroché un mot depuis ce matin ?
- Qu’est-ce qu’il y a ? répondit l’adolescente d’un ton maussade. Je devrais sauter de joie ?
- Tu sais Maud, il n’y a pas beaucoup de jeunes filles de quinze ans qui ont la chance de passer des vacances à Tahiti.
- Ah oui ? Et il y en a aussi sûrement peu qui vont devoir faire le chien savant à des cocktails, des meetings, des…
- Ca suffit ! Arrête d’y mettre de la mauvaise volonté ! Tu sais bien que j’ai été investi comme candidat à l’élection présidentielle par mon parti. Il faut bien préparer le terrain pour la rentrée. Nous pouvons passer de bonnes vacances et tout en soignant ma popularité.
- Ta popularité, il n’y a que ça qui t’intéresse ! Si maman était là elle…
- Tais-toi ! répondit Pierre autoritairement. Je te défends d’en parler !
- Mais c’est toujours pareil, on n’en parle jamais ! Depuis qu’elle est morte, tu as jeté toutes ses photos, tous ses souvenirs, je ne sais même plus à quoi elle ressemblait ! Tu l’as oubliée !… »
La claque partit comme un éclair.
« Je te défends de dire ça ! »
L’adolescente se mit à sangloter sans bruit dans son coin.
« Et arrêtes de pleurer ! Cela ferait mauvais effet que tu aies les yeux rouges devant les journalistes » ajouta-t-il en lui donnant un mouchoir.


« Deux, quatre, six, huit. Bon, tous les bagages sont là ! Où est Mélanie ? demanda soudain Richard Méchaleux.
- Elle est là Papa ! s’exclama Thibault qui tenait sa petite sœur par la main.
- Très bien, mon chéri, ne la lâche pas.
- Oui Maman ! »
Madame Méchaleux se tourna vers son mari.
« Eh, relax… Je te rappelle que nous partons en vacances !
- Je sais Christine, répondit-il en soupirant, mais je ne peux pas m’empêcher de me faire du souci pour Papy. »
Il se tourna vers le grand-père qui restait docilement près des bagages.
« Ne t’inquiètes pas, nous allons tous nous y mettre pour en prendre soin. Nous ne pouvions pas le laisser là quand même… et puis les enfants aussi ont besoin de vacances. Il ne faut pas les délaisser sous prétexte que nous avons accepté de nous occuper de Papy.
- Non, tu as raison, comme toujours, répondit-il en embrassant sa femme. Bon, je vais m’occuper de l’enregistrement.
- Dis Thibault, demanda Mélanie à son frère, c’est où Tahiti ? »


Bernard Veylan avançait rapidement dans le hall de l’aéroport, son petit bagage dans une main et son attaché case dans l’autre. Il se rangea dans la file d’enregistrement. Il y avait apparemment des problèmes informatiques qui retardaient les formalités d’embarquement. Il commença à s’agacer. Quand on dirige des entreprises, il n’y pas de temps à perdre. Le temps c’est de l’argent et c’est en le gérant bien qu’il avait fait fructifier la petite entreprise familiale. En quinze ans, il l’avait transformée en une énorme multinationale tentaculaire dont le chiffre d’affaires doublait chaque année. Il ne tolérait aucun fléchissement. C’est pourquoi il devait aller mettre un peu d’ordre dans les succursales de Tahiti dont les ventes avaient l’air de s’essouffler.
Son téléphone portable le tira de ses réflexions.
« Allô ? Bonjour Véronique… Non je n’ai pas eu le temps de passer à la maison… Mais ne t’énerves pas… Quoi les enfants ? L’anniversaire de Louis ? … Je suis désolé, j’avais complètement oublié… Je sais qu’il compte sur moi… Tu n’as qu’à lui acheter ce dont il a envie et… Mais je te dis... je sais qu’il a besoin de moi… Ne le prends pas sur ce ton-là ! Je te signale que, si toi et les enfants vous ne manquez de rien c’est parce que je travaille ! Arrêtes de crier… Bon salut ! »
Il raccrocha rageusement au nez de sa femme. Une fois de plus. La jeune femme qui était devant lui dans la file la regarda, l’air surpris. Il allait la remballer vertement quand il fut arrêté par son air triste et vulnérable.
Une rumeur monta soudain derrière eux et ils se retournèrent. Une nuée de journaliste se déplaçait dans leur direction, entourant une personne qu’ils ne voyaient pas. Il y eut un grand mouvement de foule et la file d’attente en fut complètement désorganisée. L’essaim de reporters se rapprocha et les questions devinrent audibles.
« Monsieur le ministre, pourquoi avez-vous choisi un avion de ligne pour partir en vacances ?
- Je crois qu’il est très important, pour maîtriser les dépenses publiques, que chacun se sente responsable. Ainsi, je compte montrer l’exemple. Le temps des privilèges pour les gouvernants est aboli. »
Les flashs crépitèrent à nouveau.
« Mademoiselle de Distrac, un mot encore. Etes-vous contente de ces vacances avec votre père ?
- Vous avez les yeux rouges avez-vous pleuré ?
- Bien sur qu’elle est contente, coupa le ministre. Elle souffre
de rhume des foins c’est tout. »
Maud fusilla son père du regard.
« D’ailleurs, c’est le moment d’embarquer. Je compte prendre
un peu de temps avec ma fille. La vie de famille est primordiale pour moi. Mais bien sur, je reste joignable à n’importe quel moment pour traiter les dossiers urgents avec mes collaborateurs. Il n’y a pas de repos qui tienne quand il s’agit du bien-être de mes concitoyens. Au revoir.
- Et ben ça promet ! marmonna l’adolescente en essayant de s’extirper de la masse, encadrée par les gardes du corps. Ils vont nous accompagner eux ? demanda-t-elle à l’adresse de son père quand ils furent un peu plus loin.
- Bien sur, question de sécurité. Il ne faudrait pas qu’on t’enlève si près des élections !
- Mais bien sur, suis-je bête ! Ca risquerait te les faire perdre… »


Alix se dirigeait vers la salle d’embarquement. Entre les problèmes techniques et l’irruption impromptue du ministre au beau milieu de l’enregistrement des bagages, ils avaient pris du retard. Mais peu lui importait, elle avait tout son temps. Pendant qu’elle attendait tout à l’heure, le type qui était derrière elle s’était disputé avec sa femme au téléphone. Elle l’avait regardé en se disant qu’elle aurait tout donné pour pouvoir se quereller avec Christophe. Soudain, elle bouscula un vieil homme, à l’air un peu perdu, qui regardait une vitrine.
« Je suis désolée, monsieur, je ne vous avais pas vu. J’étais perdue dans mes pensées et…
- Mais il n’y a pas de mal mademoiselle » répondit-il fort aimablement.
Elle s’éloigna, un peu confuse. En entrant dans la salle d’embarquement elle remarqua un agent de la sécurité qui essayait de mettre un clochard dehors. Elle s’assied sur un siège au moment où une dame avec deux enfants entra à son tour. Peu après, un homme vint les rejoindre.
« Ca y est chérie, les formalités son terminées ! annonça-t-il.
- Mais où est Papy ? demanda la femme avec angoisse.
- Il n’est pas avec toi ?
- Mais non ! Il m’a dit qu’il te rejoignait.
- Mais il ne fallait pas le laisser partir ! s’enflamma le monsieur. Tu sais bien qu’il ne faut jamais le quitter des yeux, surtout dans un endroit où il y a tant de monde !
- Bon, ça ne sert à rien de se disputer, tempéra la dame. Il vaut mieux essayer de le retrouver au plus vite.
- Oui, tu as raison ! Les enfants vous restez là et vous surveillez les affaires. On va chercher Papy. Il ne peut pas être très loin. »
Les parents partis, Alix regarda les enfants en souriant. La petite fille, qui devait avoir dans les sept ou huit ans, se mit à jouer avec sa poupée. Elle reconnut aussi, dans un angle de la salle, le ministre et sa fille flanqués de leurs gardes du corps. Il y avait également, non loin de là, le gars qui se disputait avec sa femme au téléphone tout à l’heure. Il semblait absorbé par son travail et tapait frénétiquement sur son ordinateur portable. Le clochard, quant à lui, avait dû avoir gain de cause car il vint s’asseoir juste derrière elle.
« Comment tu t’appelle ? »
La petite fille s’était plantée devant Alix et la regardait avec de grands yeux.
« Alix, répondit-elle en souriant.
- Moi c’est Mélanie, j’ai sept ans. Lui il s’appelle Thibaut et a onze ans…
- Mélanie, viens, appela son frère. Maman dit toujours qu’il ne faut pas parler aux étrangers.
- Mais la dame, elle est gentille et papa et maman ne sont pas là.
- Qui est-ce qu’ils sont allés chercher ? demanda la jeune femme.
- Papy. C’est le papa de mon papa. Il habite chez nous depuis qu’il est malade parce qu’on ne doit pas le laisser seul sinon il fait n’importe quoi. »
La petite baissa la voix et ajouta sur le ton de la confidence.
« Il a la maladie de Zaleimer.
- Ce ne serait pas plutôt la maladie d’Alzheimer ?
- Tu connais ? demanda l’enfant en ouvrant de grands yeux.
- Oui, je suis infirmière et je m’occupe de personne comme ton Papy.
- Mélanie, viens ici maintenant, interrompit Thibaut. Excusez-moi Madame. »
Et il entraîna sa sœur en la sermonnant : « Mais qu’est-ce que tu lui as raconté ? »
Alix les regarda s’éloigner, amusée. Soudain, elle repensa à l’homme au regard un peu perdu qu’elle avait bousculé tout à l’heure. Elle se leva pour aller voir. Elle devait en avoir le cœur net.


« Allez viens Apolline, allons nous asseoir et laisses-moi porter ce bagage, tu es fatiguée.
- Allons Marius, je ne suis pas en sucre quand même !
- Non, mais quand on a quatre-vingt-douze ans, il faut faire attention.
- Tu parles comme notre fille… Et puis, je te fais remarquer que tu n’as qu’un an de moins que moi.
- Oui ma douce, mais tu sais, à nos âges les années comptent triple. »
Ils s’assirent tranquillement dans la salle d’embarquement.
« Ne faisons-nous pas une folie en partant comme cela ?
- Te souviens-tu, ma douce, de ce que je t’ai promis quand je suis parti à la guerre ?
- Comme si c’était hier ! Tu m’as dit que quand tu reviendrais nous nous marierions, nous partirions en voyage de noce et que nous ne serions jamais plus séparés.
- Oui, dit-il tristement, et, à part le mariage je n’ai pas pu tenir ma promesse.
- Mais nous avons pourtant passé ensuite soixante merveilleuses années ensemble, répondit-elle en lui prenant tendrement la main.
- Oui, et dire qu’au retour de ce voyage il nous faudra…
- Chut… Profitons de l’instant présent, veux-tu ?
- Oui ma douce…
« Les passagers du vol 3683 à destination de Tahiti sont invités à se présenter à la porte quatre pour l’embarquement »
Ils se préparaient à aller vers la porte quand ils entendirent des hauts cris.
« Papa, maman, attendez !
- Oh, oh… les ennuis commencent, soupira Marius.
- Mon Dieu, souffla Apolline en pâlissant.
- Maman, papa mais qu’est-ce que vous faîtes-là ? Je vous ai cherchés partout !
- Et bien, tu le vois Myriam, nous partons à Tahiti, répondit le vieux très calmement.
- Quoi, mais ça ne va pas ? Vous êtes attendus dans vos maisons de retraite…
- Et bien tu n’as qu’à leur dire que nous serons de retour dans trois semaines.
- Mais papa, ils ne garderont pas les chambres si longtemps, voyons !
- Nous payerons le mois entier, s’il n’y a que cela qui te tracasse !
- Avec quoi ? Vous n’avez pas un rond…
- Avec l’argent de la maison bien sur ! sourit Marius.
- Quoi ? La maison… mais vous n’avez pas…
- Si, nous l’avons vendue » répondit tranquillement le vieil homme.
Myriam ouvrit de grands yeux. Là, ils dépassaient les bornes ! La moutarde commençait à lui monter sérieusement au nez.
« Comment avez-vous pu faire une chose pareille ? Avez-vous pensé à vos petits-enfants ?
- Ils n’ont plus besoin de nous, ils ont leurs vies, leur travail et leurs préoccupations. Nous voulons profiter du peu qu’il nous reste.
- Voyons, partir si loin à votre âge, ça n’est pas raisonnable… et moi qui me suis démenée pour vous trouver une place aussi vite en maison de retraite.
- Mais dans deux institutions séparées, rappela Apolline les larmes aux yeux.
- Je vous ai dis et redis que ce n’était que provisoire ! affirma leur fille d’un ton péremptoire. Il n’y avait aucun endroit qui pouvait vous recevoir tous les deux en même temps et il était urgent de vous trouver une place. C’était imprudent de vous laisser seuls chez vous.
- Nous ne le nions pas, Myriam. Mais avant de quitter ta mère je veux lui offrir le voyage de noce que je lui ai promis.
- Un voyage de noce… mais vous êtes mariés depuis soixante ans ! …
- Oui, fit Apolline en regardant intensément son Marius. Soixante ans, un mois et dix-sept jours.
- Et vingt heures, ajouta Marius après avoir consulté sa montre. Après la guerre, tout le monde était ruiné et ce n’était pas le moment de partir, puis nous t’avons élevée. Ensuite, ça n’était pas avec ma retraite d’agriculteur qu’on aurait pu se payer le voyage.
- Dire que c’est pour un stupide voyage que vous vendez la maison… Je n’arrive pas à y croire. Vous n’êtes que deux vieux égoïstes !
« Les passagers du vol 3683 à destination de Tahiti sont invités à se présenter à la porte quatre pour l’embarquement. Dernier appel. »
« Allez, viens ma douce, allons-y ! » fit Marius pour couper court.
Comme ils s’éloignaient, ils eurent le temps d’entendre leur fille hurler :
« Ne croyez pas que ça va se passer comme ça ! »


Nina traversa le hall de l’aéroport en courant. Son agent exagérait de la retenir ainsi alors qu’elle avait un avion à prendre. Elle n’avait plus qu’une minute pour arriver en salle d’embarquement, après il serait trop tard. S’il y avait bien un avion qu’il ne fallait pas qu’elle manque c’était celui-là ! Maintenant, elle allait être toute décoiffée et son maquillage allait couler. Elle tenait absolument à soigner son image de marque. Quand on est mannequin, on ne se présente pas échevelée et dégoulinante en publique.
Soudain, elle se fit arrêter par deux policiers en tenue.
« Police de l’aéroport Mademoiselle. Votre passeport s’il vous plait. »
Son cœur fit un bon dans sa poitrine. Il ne manquait plus que ça !
« Voilà, fit-elle avec un grand sourire. Pourquoi ces contrôles ?
- Le plan Vigipirate est renforcé. Nous multiplions les vérifications de routine.
- Bon, mais si vous pouviez faire vite. Je dois prendre l’avion pour Tahiti qui part dans trois minutes. Je suis mannequin et je suis attendue là-bas pour une séance photo. Si je suis en retard, je risque de perdre mon travail. »
Les policiers la regardèrent. C’est vrai que c’était vraiment une superbe jeune femme qui avait un sourire magnifique. Ce serait dommage de l’envoyer au chômage pour un contrôle de routine. Il vérifièrent donc brièvement le passeport qui était parfaitement en règle.
« Allez-y, bon voyage, mademoiselle ! »
Elle se remit à courir, laissant les deux policiers sous le charme. A sa grande surprise, elle trouva la salle d’embarquement encore pleine. Elle regarda vers la porte d’embarquement et vit une femme d’environ soixante-dix ans qui faisait un scandale. Deux autres membres de la police de l’aéroport étaient venus porter main forte à l’hôtesse d’embarquement.. Ils tenaient des passeports et des billets dans leurs mains qui semblaient appartenir à deux petits vieux qui se tenaient un peu à l’écart. La vieille dame semblait apeurée et pleurait dans les bras de son mari qui, très calme, tentait de la consoler.
« Allez ma douce, ne t’inquiètes pas, ça va s’arranger. »
Pendant ce temps l’autre dame hurlait :
« Mais, c’est impossible ! Vous ne pouvez pas les laisser embarquer, regardez l’âge qu’ils ont ! Ils ne savent pas ce qu’ils font, voyons !
- Madame, pour la dixième fois, nous vous répétons que vos parents sont parfaitement en règle et que nous ne pouvons en aucun cas les empêcher de prendre cet avion. Maintenant il faut absolument laisser les passagers embarquer, sinon nous serons obligés de vous arrêter.
- Vous ne pouvez pas faire ça, sinon je porte plainte ! »
Les autres voyageurs commençaient à s’agacer. Les retards se multipliaient et ils n’avaient qu’un souhait : décoller enfin. Un homme d’une cinquantaine d’années, un attaché case à la main, se fit le porte-parole des mécontents.
« Bon, est-ce que cela va se terminer bientôt ?! Nous avons perdu assez de temps maintenant ! Si nous n’embarquons pas immédiatement nous demandons des indemnités à la compagnie. »
Les policiers continuèrent à discuter pendant une minute, puis neutralisèrent la dame et la conduirent au poste. Les deux personne âgées s’engagèrent sur la passerelle et l’embarquement se poursuivit normalement.


Le Père Darlin trouva le numéro de place qu’il cherchait.
« Monseigneur, nos places sont là, dit-il en se tournant vers un homme grisonnant, habillé en clergyman.
- Merci Arnaud » répondit celui-ci en s’asseyant.
Le jeune prêtre, quant à lui, était habillé en civil. Seule une petite croix dorée, épinglée à sa chemise indiquait sa qualité. Quand ils furent installés, l’évêque regarda son secrétaire.
« Il n’y a aucun moyen de vous faire changer d’avis ?
- Non, Monseigneur. Je continue à vous assister pour cette conférence, mais, à mon retour je voudrais renoncer à la prêtrise.
- Ecoutez Arnaud, je vous connais depuis votre entrée au séminaire et j’ai été votre professeur. Je pense qu’une relation de confiance s’est établi entre nous durant toutes ces années.
- Oui, Monseigneur, vous êtes comme un père pour moi.
- Alors laissez-moi vous parler comme à mon fils. Je ne vous ai rien demandé jusqu’à maintenant, mais j’aimerai comprendre vos raisons. Est-ce qu’il y aurait une femme là-dessous ? »
Arnaud leva la tête. C’était la première fois depuis longtemps qu’il avait envie de rire.
« Non, Monseigneur, cela n’a rien à voir… »
Il s’arrêta un moment. Il n’hésitait pas à parler avec cet homme pour qui il avait un grand respect et une grande tendresse. Seulement, il avait du mal à mettre des mots sur ce qu’il ressentait.
« Quand j’ai choisi de me consacrer à Dieu dans la prêtrise, tout me paraissait si clair et si simple… mais aujourd’hui, je ne suis plus sur de rien… C’est comme si un grand mur montait jusqu’au ciel et me cachait le soleil…
- Je comprends. Mais le soleil, même voilé, est toujours là…
- C’est là le problème. J’en viens même à douter de l’existence de Dieu…
- Ce que vous me décrivez est une crise de qui arrive à tout le monde, tôt ou tard.
- Oui, mais je ne me sens plus à ma place dans la prêtrise…
- C’est peut-être une tentation…
- Mais comment le savoir si je ne prends pas un peu de recul ?
- Vous pouvez le faire sans renoncer à votre engagement..
- Je ne sais plus où j’en suis…
- Peut-être qu’en revenant de ce voyage, vous y verrez plus clair. »
Arnaud devait se rappeler toute sa vie de cette parole éminemment prophétique.


Alix s’installa sur son siège avec soulagement. Elle était contente de pouvoir profiter d’un moment de calme après l’agitation de l’aéroport. Elle laissa la place du côté du hublot libre.
Elle était plongée dans ses pensées quand son attention fut attirée par la petite Mélanie qui lui faisait de grands saluts. La famille au complet était placée de l’autre côté de la carlingue contre le hublot opposé. Les parents lui firent aussi un signe d’amitié. Ils avaient été extrêmement reconnaissants quand elle leur avait ramené le grand-père. Elle l’avait retrouvé presque à l’endroit où elle l’avait croisé la première fois, planté devant une vitrine de parfumerie. Heureusement, car il aurait pu errer longtemps dans l’aéroport avant d’être retrouvé.
Elle en profita pour promener son regard sur les personnes qui prenaient progressivement place autour d’elle. Les sièges de la travée du milieu les plus proches d’Alix étaient occupés par un vieux prêtre accompagné d’un jeune homme. Ils étaient en grande conversation et Alix détourna discrètement son regard. A quelques places vers l’arrière, juste au niveau du rideau de séparation d’avec les secondes classe, elle reconnut le ministre avec sa fille et le bonhomme à l’attaché case. Son téléphone n’arrêtait pas de sonner et une hôtesse venait de lui demander de le couper. Juste devant elle s’assirent deux personnes qui avaient l’air très âgées.
« Oh, Marius, comme c’est beau ! La première classe… Tu es fou !…
- Rien n’est trop beau pour toi, ma douce… »
Et ils s’embrassèrent tendrement.
Alix regarda la place restée libre à ses côtés. Celle de Christophe. Elle resterait vacante, symbole du vide béant qu’il avait laissé dans son cœur…
Une forte odeur lui sauta soudain au nez. Elle leva les yeux et se retrouva face à face avec un homme. Il était en si piteux état qu’elle resta une seconde sans voix. Ses vêtements s’apparentaient à des haillons et son visage ne devait pas avoir vu de rasoir depuis fort longtemps. Sa barbe et ses cheveux étaient sales et emmêlés.
« C’est ma place ! » dit-il sans préambule.
Sa voix était si caverneuse et son aspect si sauvage qu’elle eut un instant l’impression de se trouver devant un homme de Neandertal.
« C’est ma place ! » répéta-t-il d’une voix rauque en montrant le siège libre à côté d’Alix. Elle se ressaisit vivement.
« Vous devez faire erreur, il n’y a personne là » répondit-elle un peu vertement. Cette place était sacrée et elle ne laisserait personne l’occuper.
L’homme lui tendit sa carte d’embarquement sans rien dire. Il n’y avait pas de doute, il était en règle. C’était impossible… Le billet devait être au fond de la seine depuis un moment. Comment se faisait-il que ce gars ait le même ? Peut-être que la compagnie avait vendu des billets en doubles pour compenser les désistements. Elle n’abandonna pas le morceau pour autant. Son estomac se soulevait déjà rien qu’à respirer ses effluves pendant dix secondes, alors pendant douze heures… Il n’en était pas question… Et puis pas à la place de Christophe.
Elle fit signe au Stewart et lui expliqua la situation.
« Je suis désolé Mademoiselle mais ce Monsieur a en effet un billet et des papiers tout à fait en règle, répondit-il très embarrassé. Nous n’avons absolument aucun droit de l’empêcher de s’asseoir. »
Elle dût donc le laisser s’installer. Elle était tellement en rogne contre ce type qu’elle détourna la tête, bien décidée à l’ignorer pendant le reste du voyage.


(... à Suivre)

Chapitre 2

Posté le 07.01.2008 par lesromansdelara
Chapitre 2

Crash et clashs


La journée était belle et chaude. Alix tenait fermement la taille de Christophe et la moto filait sur le périphérique. Il lui avait fait la surprise de venir la chercher à l’hôpital à la fin de son service. C’était la dernière ligne droite dans les préparatifs de mariage et il ne s’agissait plus de traîner. Ils avaient le temps de faire un peu de shopping avant de rentrer terminer l’organisation des tables pour le repas. Mais, dans sa précipitation à la rejoindre, il avait oublié de prendre le casque de la jeune femme. Quand il s’en était aperçu, il avait juré.
« Ne t’énerves pas, fit-elle, je rentrerais par le RER.
- Mais on n’aura jamais le temps de faire les courses ensuite ! répliqua-t-il. Il vaut mieux y aller, tu prendras mon casque.
- Et toi ? Si on rencontre la police, tu vas te prendre un P.V. ! Il vaut mieux garder notre argent. Nous en aurons besoin pour nous installer.
- T’inquiètes pas ! fit-il en riant. A cette heure-là, ils font la sieste ! »
Et il mit lui-même le casque sur la tête d’Alix. Elle le laissa faire et ils démarrèrent.
Un léger ralentissement se produisit et Christophe ralentit un peu, puis il mit son clignotant et doubla la file. Une voiture déboîta brusquement. Il fit un écart pour essayer de l’éviter et heurta la glissière de séparation. La jeune femme ressentit un grand choc suivi d’une explosion et se sentit projetée dans les airs.
« Mettez les masques, vite ! »
Alix se réveilla en sursaut et mit quelques secondes à comprendre ce qu’il se passait. Elle était toujours à sa place dans l’avion mais il faisait un froid glacial et il y avait un courant d’air effroyable. Elle prit soudain conscience qu’elle arrivait difficilement à respirer. Un masque à oxygène pendait devant elle. Elle le saisit et le mit sur son visage. Elle ressentit un soulagement immédiat.
En regardant autour d’elle, Alix vit les autres passagers regarder avec insistance vers l’arrière de l’appareil. Elle se retourna et constata avec stupéfaction que le rideau de séparation avec les secondes classes battait dans le vide. Toute la partie succédant aux ailes avait disparu…
« On va tous mourir » pensa-t-elle.
C’était un constat lucide et froid. Elle sentait bien l’avion qui piquait et les cris d’effrois des autres passagers lui parvenaient de tous les côtés mais, à sa grande surprise, elle ne ressentait aucune peur.
Une hôtesse distribua un coussin et leur donna l’ordre de mettre les gilets de sauvetage. Elle le fit docilement. Ils étaient sûrement au-dessus du pacifique mais elle n’en était pas sure. Quelques minutes avant de s’endormir, elle avait avalé des somnifères, seule façon pour elle de pouvoir trouver le sommeil. Elle ne savait donc pas depuis combien de temps tout cela avait commencé. L’effet des médicaments continuait à agir, ce qui expliquait un peu son état second.
« Mettez les coussins sur les genoux et baissez-vous ! » hurla le Stewart.
Pliée en deux, Alix fourra sa tête sur le coussin. Elle était presque bien ainsi.
« Christophe, je viens te rejoindre… »
Un choc effroyable suivit une embardée. Puis plus rien. Seulement le silence et l’immobilité. La jeune femme s’attendait à s’enfoncer dans l’eau mais rien ne se passa.
« Est-ce que je suis morte ? »
Elle se releva et se retrouva au milieu d’une fumée opaque. Elle entendit alors tousser et bouger.
« Sortez, vite ! Ca brûle ! » cria quelqu’un.
Elle détacha vivement sa ceinture et se précipita à l’aveugle vers l’arrière. Soudain le sol lui manqua et elle se retrouva à plat ventre dans l’eau. Quelqu’un lui saisit le bras et l’entraîna plus loin sur la terre ferme.
« Alix, tout va bien ? »
C’était Richard Méchaleux.
« Oui… Oui, je crois… Votre femme et vos enfants ?
- Nous sommes tous là, regardez. »
Non loin de là, Mélanie pleurait dans les bras de sa mère, pendant que Thibaut regardait l’avion brûler au côté de son grand-père. Alix s’aperçu qu’elle était couverte de boue. Ils s’étaient écrasés au milieu d’un marécage dans lequel poussaient des arbres. De rares îles de terre ferme émergeaient de la boue. Des rescapés les regagnaient petit à petit.
La jeune femme s’élança à la suite du père de famille afin de voir si d’autres personnes pouvaient être sauvées.

Arnaud releva la tête. L’avion semblait s’être immobilisé mais la fumée était si épaisse qu’on n’y voyait rien.
« Monseigneur ! » fit-il en secouant son voisin. Il ne reçut aucune réponse. Quelqu’un cria que l’avion brûlait. Il détacha leurs ceintures à tous les deux et traîna son compagnon vers le fond de l’avion d’où lui semblait venir l’air frais. Il se heurta dans un homme qui s’exclama :
« Maud ?
- Non monsieur, je m’appelle Arnaud.
- Ma fille, j’ai perdu ma fille !
- Il faut partir de là avant de s’asphyxier, fit Arnaud en toussant.
- Non, pas sans elle !
- Elle est peut-être sortie. Allons, sinon, nous allons tous y passer. »
Ils continuèrent et descendirent ce qui ressemblait à une marche. Il se retrouvèrent dans la boue jusqu’aux genoux. Ils toussaient et avaient les yeux irrités par la fumée. Des silhouettes semblaient se mouvoir sur la droite et ils se dirigèrent dans cette direction. Il prirent pied sur la terre ferme, au côté de deux personnes âgées.
« Ne t’inquiètes pas ma douce, c’est fini… » fit le vieil homme en prenant sa femme en pleurs dans ses bras.
« Maud ! Maud ! » hurla le père, désespéré de ne pas voir de trace de sa fille.
Pendant ce temps, le jeune prêtre allongea l’évêque, se mit à genoux auprès de lui et lui dégrafa le col. Celui-ci ouvrit les yeux.
« Arnaud, dit-il faiblement.
- Monseigneur, comment vous sentez-vous ? »
Le vieil homme essaya de sourire.
« Arnaud, confessez-moi !
- Pardon ? Confessez-moi. Je veux retourner chez mon Dieu, réconcilié avec lui.
- Allons, répondit le jeune homme les larmes aux yeux, vous n’allez pas mourir.
- Arnaud, pour une fois essayez d’obéir sans discuter. Je sens que je pars » fit l’évêque en pâlissant.
Le prêtre s’exécuta.
« Vous avez toujours été mon guide. Ne me quittez pas maintenant… fit-il lorsqu’il eut entendu la confession du vieil homme.
- Vous êtes prêt maintenant, il est temps pour vous de trouver votre chemin par vous-même. Le mien arrive à son terme… Adieu mon fils, acheva l’évêque en fermant les yeux paisiblement.
- Non… » gémit le jeune prêtre.
Il regarda avec stupeur le visage, maintenant immobile de celui qui avait tant compté dans sa vie. Il sentit soudain un grand vide en lui. Rien n’avait plus de sens maintenant. Soudain une effroyable explosion le coucha par terre. Il regarda, complètement hagard, les blessés, les morts déchiquetés éparpillés un peu partout, les minces débris de l’avion qui retombaient en brûlant… Ses oreilles furent transpercées par les pleurs des survivants et les cris de ce pauvre père qui pleurait sa fille. Il se redressa et vit le corps de son père spirituel, déplacé par le souffle de l’explosion, qui s’enfonçait dans le marécage. Arnaud prit sa tête dans ses mains et se plia en deux de douleur et d’écœurement.
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi nous as-tu abandonnés ? » gémit-il.
Il fixa la petite croix dorée qui était épinglée à son revers. Son regard se durcit. Il la retira et la mit dans sa poche.


« Au secours !
- Il y a quelqu’un ?
- Par ici !
- J’arrive !
- Alix, arrêtez, il faut partir ! Ce truc-là peut exploser d’un moment à l’autre ! fit Richard en lui prenant le bras.
- Il y a encore une personne vivante par-là ! »
La jeune femme se dégagea et se dirigea à l’oreille vers le passager qui avait crié. Elle buta bientôt sur un corps qui remua.
« Aidez-moi… fit une voix de jeune fille qui suffoquait.
- C’est vous qui avez appelé.
- Oui.
- Etes-vous blessée ?
- Non, mais je n’arrive pas à sortir. Je ne sais pas où est mon père.
- Venez ! » fit Alix en la relevant.
Peu après, elles se retrouvèrent dans la boue. Richard leur donna un coup de main et elles atteignirent bientôt l’abri où était réfugié la famille. D’autres survivants les avaient rejoints.
« Eloignons-nous un peu, on ne sait jamais ! » fit Richard.
Ils s’installèrent un peu plus loin dans une grotte naturelle, creusée dans une falaise. A peine y étaient-ils qu’une énorme explosion se fit entendre.


La nuit était en train de tomber. Les survivants s’étaient regroupés peu à peu dans la grotte découverte par la famille Méchaleux. Les six blessés graves avaient été transportés tant bien que mal et Alix avait commencé à les soigner. Mais comme elle ne disposait d’aucun matériel ce n’était pas très pratique. Le seul point vraiment positif c’est qu’ils avaient pu récupérer du feu provenant des débris enflammés de l’avion.
Au fond de la grotte, Pierre de Distrac serrait sa fille dans ses bras, trop heureux de l’avoir retrouvée après avoir cru l’avoir perdue à jamais. A côté d’eux, Apolline et Marius Desner, se tenaient serrés l’un contre l’autre.
« Tant que nous sommes ensemble, nous nous en sortirons ma douce » fit le vieil homme, répondant aux inquiétudes de sa femme.
« Bonjour Mademoiselle. Comment vous appelez-vous ? » demanda Christine Méchaleux qui essayait de faire un inventaire des survivants et de leurs blessures afin de signaler les plus graves à Alix.
« Nina, Nina Delcayre.
- Est-ce que vous allez bien ?
- Oh oui ! répondit-elle ironiquement. Si vous enlevez le fait que nous nous sommes écrasés au milieu de nulle part, que je vais me faire virer, que j’ai perdu toutes mes affaires, que nous sommes trempés, pleins de boue, qu’il fait froid, que nous n’avons rien à manger et que nous sommes dévorés par les moustiques, tout va bien…
- Vous savez, la situation est la même pour tout le monde. Ce n’est pas en se mettant en colère que nous allons arranger les choses.
- Si c’est pour me sortir vos leçons à deux balles, ce n’est pas la peine ! » conclut le mannequin.
Christine jugea que ce n’était pas le moment d’insister et passa au suivant.
« Bernard Veylan. J’ai une plaie à ce bras, je me suis brûlé en essayant de sortir ce gars-là » dit-il en montrant de la main un homme roux, inconscient dont s’occupait Alix.
« Eh arrêtez ! » cria celle-ci.
Arnaud se retourna surpris.
« Qu’est-ce qu’il y a ?
- Ne touchez surtout pas à cette eau !
- Mais nous avons soif ! protesta une femme qui accompagnait le jeune homme avec une gourde.
- C’est un marécage. L’eau n’est peut-être pas potable et nous n’avons pas de récipient pour la faire bouillir, fit Richard, venant à la rescousse de l’infirmière.
- Ecoutez, si nous ne buvons pas, nous allons mourir de toute façon. Alors foutez-nous la paix ! Pour qui vous prenez-vous pour nous donner des ordres ? »
Et ils durent la laisser faire. Arnaud, quant à lui, soupira et repartit à sa place sans toucher à la gourde qu’elle lui tendait.
« Bon ça y est, fit Christine en s’asseyant. En comptant les personnes que vous soignez nous sommes vingt.
- Sur combien ? demanda Alix.
- Trois cent quatre-vingt-trois » souffla le Stewart dont elle s’occupait.
Un grand silence s’abattit sur le groupe des rescapés. Ils étaient si peu à avoir survécus à la chute de cet avion… Ils ne savaient pas exactement s’ils devaient penser qu’ils avaient eu de la chance.
« Bon, pas de panique, fit Bernard Veylan. De toute façon, nous ne pouvons rien faire tant qu’il fait noir. Alors profitons-en pour prendre du repos et nous aviserons demain.
- C’est vrai que nous sommes fatigués, acquiesça Alix, mais les blessés ont besoin de surveillance. Il faudrait faire un tour de garde.
- Oui, approuva Richard, d’autant plus qu’il y a peut-être des bêtes sauvages dans le coin.
- Et alors ? fit Nina. S’ils nous attaquent vous vous défendrez à main nues, Davy Croket ?
- Non, avec ça ! répondit-il en montrant un roseau qu’il avait taillé en pointe.
- Oh, mais c’est qu’il a un bâton… Je me sens franchement rassurée ! » ironisa-t-elle en allant s’allonger au fond de la grotte après avoir fait dégager le vieux couple qui s’était installé à l’endroit qu’elle avait prévu d’investir.
« Eh ben ! Avec de telles fortes têtes, nous n’avons pas fini ! constata Alix.
- A propos de têtes de mules, se rappela soudain Christine. Il y a un type dehors qui ne veut pas rentrer.
- Ce n’est pas très prudent, en effet répondit Richard. Bernard, allons le raisonner voulez-vous ?
- Non, fit l’infirmière en arrêtant l’homme d’affaire. Vous, vous restez là, je veux regarder votre brûlure.
- Il est inutile de résister, dit Richard en riant. Ce que femme veut…
- … Dieu le veut, complétant Bernard en remontant sa manche.
- Attendez, je vous accompagne ! » fit Arnaud en rejoignant Richard.
Quand ils furent sortis, ils constatèrent que la nuit était si noire qu’ils avaient du mal à distinguer quoi que ce soit.
« Il va falloir faire bigrement attention, dit Richard. Le terrain n’est pas sûr. Les bandes de terre sont rares et étroites entre les étendues de boues et de sables mouvants.
- Oui, il vaut mieux trouver ce gars au plus vite avant qu’il ne lui arrive quelque chose. »
Ils firent le tour de la grotte et tombèrent littéralement sur l’homme qu’ils cherchaient, couché dans un endroit sombre.
« Eh ! Ca ne va pas non ? Vous vous sentez bien ? grogna-t-il.
- Excusez-nous, dit Arnaud en se relevant. J’ai trébuché sur quelque chose.
- Oui, en effet… C’était même sur ma jambe…
- Désolé. Nous venions vous demander si vous ne vouliez pas venir dormir dans la grotte.
- Ca non ! » répondit l’homme brusquement pour les décourager les importuns. Ils se regardèrent, un peu embarrassés.
« Pardonnez-nous d’insister, continua Richard, mais on ne sait jamais ce qui peut se passer pendant la nuit. Nous ne savons pas où nous sommes et quels sont les dangers environnants. Il vaut mieux que nous restions groupés. »
L’homme se redressa, l’air déterminé, et les regarda fixement. Les deux hommes ne se sentirent pas très rassuré en face de ce type dont l’air sauvage était renforcé par ses haillons et sa barbe broussailleuse.
« Bon, je vais mettre les choses au point une bonne fois pour toute. Je vis dans la rue depuis un moment et j’en connais un bout sur les ‘dangers potentiels’ comme vous dites si bien. Si je déteste quelque chose par-dessus tout, c’est qu’on vienne me casser les pieds. Alors on va faire un marché : vous me foutez la paix et je ne vous demande rien. Chacun sa liberté et au revoir. » Sur ces paroles, il se recoucha en leur tournant le dos.
Les deux autres se regardèrent avec surprise. Ils rebroussèrent chemin tout en se disant que c’était de la folie de vouloir rester à l’écart et au dehors, en pleine nuit dans cet endroit inconnu.


Le petit groupe se réveilla très tôt le lendemain matin. Personne, à part les enfants, n’avait vraiment réussi à trouver le sommeil. Les émotions fortes de la journée, le couchage inconfortable et les moustiques les avaient réduits, au mieux à somnoler. Un des blessés était mort durant la nuit. Il restait cinq personnes dans un état grave, trois hommes et deux femmes. Ils étaient, pour la plupart, terriblement brûlés et Alix ne savait plus quoi faire pour les soulager. De plus Adeline, la femme qui avait bu l’eau du marais la veille s’était réveillée en pleine nuit en proie à de violentes douleurs abdominales. Elle avait vomi tout le reste de la nuit et était dans un piteux état.
Dès que tout le monde fut levé, ils improvisèrent une réunion avec tous ceux qui étaient en état de la suivre. Christine essaya de proposer à l’homme de dehors d’y participer. Mais il n’était plus là.
Ils s’installèrent donc en rond à l’extérieur de la grotte autour du feu.
« Bon, commença Richard Méchaleux, il nous faut décider de la conduite à tenir. Quel est le plus urgent ?
- Cela me paraît évident, fit Bernard Veylan d’un air assuré. Il faut trouver un moyen de prévenir les secours. Ils doivent nous chercher partout. Il ne s’agit pas de s’éterniser ici, mes affaires m’attendent et ne souffrent pas le moindre délai.
- Vous savez, continua Pierre de Distrac, à mon avis ils vont mettre du temps à nous retrouver. La tempête nous a terriblement déportés, j’ai entendu l’hôtesse en parler au Stewart. Il vaut mieux s’occuper en premier de trouver de l’eau et de quoi manger.
- Mais n’importe quoi ! répliqua Bernard d’un ton acerbe. A quoi servirait de bien manger si on ne signale pas notre position ?
- A être encore en vie quand on nous retrouvera, par exemple», suggéra ironiquement le ministre.
L’homme d’affaire allait répliquer vertement quand Richard jugea plus prudent de tempérer la situation.
« Attendez, ne nous disputons pas. Nous avons besoin de toute notre énergie pour faire face à la situation.
- Vous avez raison, renchérit Arnaud. Nous sommes plusieurs. Peut-être pouvons-nous faire des groupes pour nous occuper de plusieurs choses en même temps.
- Bonne idée ! s’exclama Christine. Faisons une liste des points importants et répartissons-nous selon nos compétences. »
Ils mirent une demi-heure à se mettre d’accord sur la priorité des tâches à accomplir et une autre pour répartir les rôles. Finalement, il fut décidé que ceux qui s’éloigneraient de la grotte le feraient toujours au moins par deux et qu’il y aurait toujours au minimum un homme présent.
Richard et Christine partiraient explorer les environs pour déterminer la topographie de l’endroit. Il fallait en effet de savoir s’ils étaient sur une terre habitée ou si cet endroit débouchait sur un pays civilisé où ils pourraient demander de l’aide. Ils devaient aussi essayer de trouver un autre refuge pour le groupe. Ils ne pouvaient pas rester trop longtemps dans le marais. Entre l’insalubrité de l’endroit et les moustiques, ils allaient finir par tous tomber malade. Pour cette expédition ils emmèneraient Papy afin que ceux qui resteraient à la grotte n’aient pas à le surveiller.
Pierre de Distrac, sa fille et Marius devaient chercher de l’eau potable et de la nourriture. La discussion avait été vive au sujet du vieil homme. Au début, il devait aller avec Bernard Veylan et Nina trouver un moyen d’alerter les secours. Mais l’homme d’affaire et le mannequin avait catégoriquement refusé de le prendre avec eux.
« Il n’en est pas question ! Il va nous retarder. De plus il ne nous sera d’aucune utilité…
- Ne croyez pas ça… » essaya Apolline.
Son mari lui posa la main sur le bras.
« Laisse faire les jeunes, ma douce. Nous, les vieillards nous ne servons à rien qu’à encombrer, pas vrai… »
C’est à ce moment-là que Maud, demanda à le prendre avec eux. Le ministre, pris de pitié, accepta.
Les deux enfants resteraient à la grotte pour veiller sur le feu. Apolline, quant à elle, s’occuperait de veiller les blessés et les malades. Enfin, Arnaud et Alix s’occuperaient d’enterrer les morts et de voir ce qui était récupérable dans les restes de l’avion.
Quand tout cela fut accepté par tout le monde, ils se séparèrent, se donnant rendez-vous pour faire le point à seize heures.



(... à suivre)

Chapitre 3

Posté le 16.01.2008 par lesromansdelara
Chapitre 3

L’île


Le couple Méchaleux avançait péniblement. Le marais avait laissé place à une forêt inextricable. Au bout d’une heure environ, ils arrivèrent au pied d’une colline.
« Montons là-haut, fit Richard. Peut-être qu’en prenant de la hauteur nous pourrons repérer des choses intéressantes sans avoir à aller plus loin. Il faut conserver nos forces un maximum.
- D’accord, répondit Christine, mais avant de grimper arrêtons-nous un peu. Papy a besoin de reprendre souffle.
- Mais arrêtez de m’appeler Papy ! J’ai l’impression d’être un vieux schnock ! s’exclama le vieil homme comme ils s’asseyaient.
- Et comment voulez-vous qu’on vous appelle ? pouffa Christine.
- Je ne sais pas moi… Père ou papa. Ce serait normal qu’un fils appelle son père papa. Pas vrai Richard ? … Richard !
- Oh excusez-moi tous les deux, je ne vous écoutais pas ! J’essayais de repérer le meilleur chemin pour grimper.
- Ca à l’air bigrement haut, fit le vieil homme. Si vous montiez et que vous me laissiez là ?
- Il n’en est pas question, dit Richard. Il ne faut pas se séparer, on ne sait jamais.
- Mais il n’y a personne ici, je ne risque rien !
- Voyons Pa… Père, répondit Christine, il faut être raisonnable maintenant et faire ce que l’on vous dit. Il peut aussi y avoir des bêtes sauvages et d’autres choses que l’on ne sait pas. Personne n’est en sécurité ici…
- Bon allez, assez discuté, coupa Richard, allons-y ! »
Et ils se remirent en route.


« Papa, papa ! Viens voir ! »
Pierre de Distrac se retourna, cherchant sa fille des yeux.
« Maud ? répondit-il avec inquiétude. Maud, qu’est-ce qu’il y a ? Où es-tu ?
- Là, viens vite ! »
Il rebroussa vivement chemin en se guidant à la voix de sa fille. Soudain, il vit Marius, au pied d’un arbre qui regardait en l’air.
« Maud ?
- Je suis là papa ! »
Le ministre leva la tête. Maud était perchée en haut d’un palmier et tenait de petites balles noires à la main.
« M… Maud ! bafouilla-t-il. Qu’est-ce que tu fais là-haut ?
- Nous avons trouvé des noix de coco ! Marius m’a montré comment aller les chercher !
- Quoi, mais vous n’êtes pas bien, non ?! s’exclama Pierre. Maud ne bouge pas ! »
Il se tourna brusquement vers Marius.
« Mais ça ne va pas de la faire monter là ? Et si elle tombe et qu’elle se rompe le cou ?
- Ne vous inquiétez pas. Elle est très leste et je lui ai montré comment assurer ses prises.
- Et bien si vous êtes si sur de vous allez-y vous-même et laissez ma fille tranquille ! Maud, ne bouge pas, je viens te chercher !
- Mais papa… Attends… »
Pierre mit un pied sur le tronc.
« Monsieur, non, pas comme ça ! » l’avertit Marius.
Mais le ministre, faisant la sourde oreille, commença à s’élever… et se retrouva par terre.
« Papa ! papa ! ça va ? »
Maud qui était rapidement redescendu aida son père à se relever. Il l’embrassa.
« Ne refais plus jamais cela ! supplia-t-il. Et vous, ajouta-t-il en se tournant vers Marius, je vous interdis de vous approcher de ma fille à nouveau ! »
Et, prenant Maud par le bras, il l’entraîna, en ne tenant aucun compte de ses protestations. Marius soupira et ramassa tranquillement les noix de coco que la jeune fille avait cueillies dans l’arbre.


Alix rentra dans la grotte. Elle avisa Apolline qui veillait les blessés tout en tressant des herbes.
« Que faites-vous Madame Desner ?
- Vous savez, nous allons peut-être rester un bout de temps dans cet endroit. Alors laissons les mondanités et appelez-moi par mon prénom.
- D’accord… Apolline c’est ça ? »
La vieille femme lui fit un bon sourire.
« C’est ça. Pour répondre à votre question, je tresse des joncs pour faire des récipients. Nous pourrions en avoir besoin.
- Oh mais c’est extraordinaire ! Comment faîtes-vous cela ?
- Je vous montrerais si vous voulez.
- Oui pourquoi pas ? Dites-moi, comment vont-il ? demanda l’infirmière en désignant les blessés.
- Pas bien, fit la vieille dame en baissant la voix. Dans un tel environnement et sans médicament d’aucune sorte ils n’ont pas beaucoup de chance.
- Je sais bien, soupira Alix. Et les enfants ?
- Ils surveillent le feu avec beaucoup d’application. Thibaut est allé chercher du bois tout à l’heure.
- Oui, je l’ai vu. Je lui ai demandé de rester en vu. Je l’ai trouvé un peu bizarre.
- Oh, c’est bien naturel avec tout cela. Il m’a l’air assez terrifié, mais c’est un garçon et il se ferait plutôt arracher la langue que de l’avouer ? Et vous ma fille, vous m’avez l’air bien pâle.
- Enterrer ce qui reste des autres personnes n’a rien de réjouissant. J’en ai l’estomac complètement à l’envers.
- Et le jeune homme qui est avec vous, comment va-t-il ?
- Arnaud ? Il est en train de creuser pour qu’on puisse donner des sépultures décentes à ces pauvres gens. Mais l’embêtant c’est que, dès qu’on dépasse un certain point, l’eau remonte dans le trou. Nous avons dû nous y reprendre à plusieurs fois. Lui aussi a du mal, il est presque vert, tellement il a mauvaise mine !
- Venez vous reposer un peu par ici, proposa Apolline. Cela fait déjà trois heures que vous travaillez.
- C’est gentil, mais il ne faut pas que nous traînions car, avec l’humidité, les corps se dégradent vite. Bientôt, ça va devenir irrespirable ici.
- Bon allez-y mais ménagez-vous. Il ne servirait à rien de tomber malade vous aussi. »
Alix sourit, serra amicalement la main de la vieille dame et repartit aider Arnaud.


« C’est encore loin ? » grogna Nina.
Bernard s’arrêta fortement agacé.
« Nous irions plus vite si vous ne refusiez pas d’avancer à tous bouts de champs !
- Mais enfin, vous ne croyez tout de même pas que je vais marcher dans cette boue immonde pour vous faire plaisir !?
- Pas pour me faire plaisir mais par simple bon sens. Nous sommes obligés de faire des détours inimaginables pour éviter de passer de simples mares de dix centimètres de profondeur ! C’est insensé !
- Ecoutez, je veux bien passer sur le fait de ne pas pouvoir me maquiller, ni me coiffer ou m’épiler mais je refuse de bousiller mes chaussures ! »
Bernard leva les yeux au ciel.
« Je n’en crois pas mes oreilles ! Nous sommes perdus au milieu de nulle part, sans rien à boire, ni à manger pour Dieu sait combien de temps et la seule chose qui vous intéresse c’est vos chaussures ?!
- Vous ne comprenez vraiment rien vous ?! Elles coûtent plus de trois mille euros, figurez-vous !
- Et elles vous font une belle jambe maintenant vos gaudasses hors de prix ! En tout cas, ce que je comprends, c’est que maintenant il faut y aller si nous voulons avoir le temps de trouver comment nous signaler aux secours. Alors maintenant vous me suivez sinon je vous plante là !
- Ce que vous êtes rabat-joie ! Vous ne devez pas être un marrant dans la vie… »
Mais Bernard avait déjà redémarré et Nina, qui n’avait pas l’intention de rester toute seule dans le marais, se hâta de le rejoindre.


La montée avait été plus difficile que prévue. La végétation, bien que moins dense que dans la forêt, était composée de plantes plus piquantes les unes que les autres. Ils arrivèrent au sommet complètement exténués, leurs vêtements troués de partout. Pourtant, c’était le moindre de leur souci et, à peine s’étaient-ils arrêtés qu’ils se mirent à scruter les environs avec anxiété. Cette colline semblait être la plus haute de l’endroit et ils avaient une vue assez large.
En se retournant, ils pouvaient voir le marais dans lequel ils avaient atterris. Il débouchait directement sur l’océan au bout de trois kilomètres environ. A leur droite et à leur gauche une forêt extrêmement épaisse s’étendait aussi jusqu’au bord de l’eau. Le paysage le plus intéressant se trouvait devant eux. Ils se trouvaient devant une large pleine herbeuse. Une rivière argentée y serpentait et se jetait dans un lac. Elle ressortait de l’autre côté et, après un court trajet, elle allait se jeter dans la mer.
Les sentiments les plus divers les agitaient.
« De l’eau, de l’eau ! souffla Christine. Nous sommes sauvés… nous avons de l’eau pour boire !
- Oui mais l’eau nous entoure aussi… constata Richard.
- Nous sommes sur une île… » fit Papy en s’asseyant.
La nouvelle lui avait coupé les jambes.


« Papa, il y a des bananes par-là ! »
Maud tenait un régime de fruits dans ses bras. Elle l’avait trouvé au pied d’un palmier. Leur récolte était médiocre : quelques noix de coco, des dattes, des bananes. En tout, cela faisait assez peu et n’était certainement pas suffisant pour rassasier seize personnes.
« Cet endroit est vraiment pauvre en nourriture, constata Pierre.
- Il faudrait rentrer maintenant si nous voulons être à l’heure au rendez-vous, fit l’adolescente après avoir consulté sa montre.
- Oui, allons-y. Où est encore passé le vieux ? »
Ils scrutèrent les environs à la recherche de Marius.
« Oh, ça suffit maintenant ! continua Pierre, il nous a fait tourner en bourrique toute la journée et, à part ramasser de l’herbe, il n’a rien fait.
- Oui, c’est bizarre. Il a ramassé des tas de feuilles, de fleurs, des mottes de terre aussi…
- Il est complètement gâteux oui !
- Mais non… Il m’a dit que c’était pour sa femme. Je trouve cela plutôt romantique…
- Offrir des mottes de terre à sa femme ne fait pas précisément partie de ma conception du romantisme ! De plus nous n’avons pas le temps pour de telles fantaisies. »
Et il pivota des talons
« Explique-moi quand est-ce que tu as jamais trouvé le temps de dire aux autres que tu les aimais ? » pensa Maud en soupirant.


« Bon ça y est c’était le dernier, fit Arnaud en finissant de planter une croix sur une tombe.
- Les autres vont bientôt revenir. On a juste le temps de dire une prière pour eux. »
Arnaud regarda Alix se recueillir un instant.
« Vous êtes croyante ? demanda-t-il comme la jeune femme relevait la tête.
- Je ne suis pas un pilier d’église, mais je crois en Dieu. Suffisamment en tout cas pour ne pas enterrer ces gens comme des animaux. D’ailleurs, ce serait bien, continua l’infirmière si nous organisions une petite veillée pour leur dire adieu.
- Oui, mais non confessionnelle, alors. Nous ne savons rien de leurs convictions.
- C’est vrai, admit la jeune femme. Et vous, vous êtes croyant ? »
Arnaud la regarda gravement.
« Je ne sais pas…je ne sais plus très bien… »
La jeune femme le regarda avec curiosité mais n’insista pas, tant elle sentait que ce sujet était sensible pour lui. Soudain il se mit à pâlir fortement et vacilla. Alix tendit les bras juste à temps pour rattraper le jeune homme.
« Eh ! Ca ne va pas ? » demanda-t-elle en l’allongeant.
Il suait abondamment.
« Vous avez trop tiré sur la ficelle. Je vous avais dit de vous arrêter un peu tout à l’heure.
- Ca n’aurait pas changé grand-chose, répondit Arnaud d’une voix blanche.
- Qu’est-ce que vous voulez dire ?
- Je suis diabétique.
- Quoi ?
- Je suis diabétique. Vous savez ce que ça signifie dans un contexte pareil ? J’ai perdu dans le crash, mon appareil pour tester le sucre que j’ai dans le sang ainsi que mon insuline.
- L’insuline ça n’est pas grave, fit l’infirmière. Si votre taux de sucre est un peu haut pendant quelque temps, peu importe. Par contre, il n’est pas nécessaire d’être devin pour savoir qu’après vingt-quatre heures sans manger et les efforts que vous avez fournis vous êtes en hypoglycémie.
- En effet, je crois que c’est le cas.
- Mais enfin il fallait le dire ! Vous seriez parti chercher la nourriture avec les autres. Comme cela vous auriez pu bénéficier de sucre plus vite !
- Oui et si je m’étais trouvé mal à plusieurs kilomètres d’ici, il aurait fallu me ramener. De plus on ne sait pas s’ils ont trouvé quelque chose.
- Bon, en tous cas maintenant il vous faut vous reposer. Si les autres reviennent sans rien, nous essayerons de dénicher quelque chose rapidement.
- Si les autres reviennent bredouilles, vous savez comme moi que je ne survivrais pas longtemps. »
Alix baissa les yeux. Il n’avait que trop raison mais ça n’était pas le moment de se démoraliser.
« Allez rentrons ! » dit-elle en l’aidant à se relever.
Ils arrivaient à la grotte quand Nina et Bernard rentrèrent.
« Alors ça s’est bien passé ? » demanda Apolline. Aucun des deux ne répondirent. Bernard partit s’asseoir au fond de la grotte. Il avait l’air furieux. Nina, quant à elle, se déchaussa et se massa les pieds.
« Oh, quelle horreur ! J’ai les pieds en compote ! Nous avons marché pendant des kilomètres, dans des endroits dégoûtants. En plus je me suis cassé un ongle à un orteil. Quelqu’un a une lime à ongle ? »
Tout le monde se regarda avec surprise. Vu les circonstances, c’était une drôle de préoccupation.
« Personne n’en a ? continuait le mannequin. Mais comment est-ce que je vais faire maintenant ? Je ne peu quand même pas me balader avec un ongle cassé !
- C’est vrai que se serait le drame du siècle, explosa Bernard qui s’était contenu jusque là. Mais ça ne serait sûrement pas arrivé si vous ne vous baladiez pas en talons hauts !
- Je n’ai pas autre chose figurez-vous ! Je vous signal que je partais pour faire des photos de modes pas pour me traîner dans de l’eau croupie !
- Ouais, ben avec vos bêtises nous ne sommes pas allés assez loin pour pouvoir nous signaler ! »
L’altercation fut interrompue par l’arrivée des Méchaleux. Mélanie se jeta dans les bras de sa mère.
« Alors, ma chérie tout s’est bien passé ?
- Oh oui ! Tu sais le feu est toujours allumé. Thibaut est allé chercher plein de bois. Je pourrais aller avec lui après ?
- Attends un peu ma chérie, tempéra son père. Laisse-nous nous occuper de Papy. Il est fatigué tu sais. »
En effet le vieil homme s’assied avec plaisir.
« Nous avons trouvé cela sur le chemin du retour » fit Christine en montrant des dates.
« Fantastiques ! s’exclama Alix. Arnaud, je crois que vous avez un sursis ! »
Les autres les regardèrent avec surprise. L’infirmière expliqua l’état du jeune homme et tout le monde fut d’avis qu’il fallait qu’il se serve immédiatement. Il était temps car il eut même du mal à avaler les fruits. Cependant, leur forte teneur en sucre lui redonna rapidement des forces. Ils donnèrent le reste aux enfants et à Papy.
Le moral de tout le monde remonta quand les trois derniers survivants rentrèrent avec des noix de coco, des bananes et des dates.
« Nous n’avons pas trouvé grand chose, s’excusa Pierre. Cet endroit n’est pas très riche en comestibles. »
Pendant ce temps Marius posait devant sa femme tout un fatras de plantes avec feuilles, fleurs et racines.
« Tiens ma douce, fit Marius, je t’ai amené des cadeaux. »
Tout le monde regarda Apolline, un peu gêné. Cela ne devait pas être drôle d’être marié à un homme qui commence à perdre la tête. Mais, à leur grande surprise, elle n’avait pas l’air de l’être le moins du monde.
« Oh, Marius ! C’est extraordinaire ! » s’exclama-t-elle.
Elle n’aurait pas regardé un tas de pierres précieuses avec plus d’admiration.
« A mon avis, chuchota Bernard à l’oreille de Pierre, ces deux vieux ne sont plus vraiment bien connectés !
- Oui, c’est peu de le dire, en effet… » approuva le ministre avec commisération.
Mais la faim et la vue de la nourriture détournèrent l’attention de tous. D’un commun accord, ils décidèrent de se partager les fruits et de tenir conseil après avoir mangé.

(... à suivre)







Chapitre 4

Posté le 19.01.2008 par lesromansdelara
Chapitre 4

Une ambiance explosive



« Eh ! Venez m’aider ! J’ai trouvé quelque chose ! » cria Bernard.
Arnaud arriva à sa rescousse.
« Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il. Oh ! une radio portative ? Est-ce qu’elle marche ?
- Oui, je crois. C’est un miracle qu’elle ne se soit pas mouillée. Ca n’aime pas l’eau ces choses là !
- Je vais la ramener au camp. S’il le faut nous n’aurons pas longtemps à attendre pour être secourus.
- Non et tant mieux ! Je vais déjà à avoir du mal à rattraper le retard que j’ai pris ! Les affaires n’attendent pas. J’ai dû perdre des millions à la bourse pendant ces trois jours ! »
Les naufragés avaient décidé de se diviser en trois groupes durant cette journée. Apolline, Marius, Alix et les enfants étaient restés à la grotte. Thibaut avait bien un peu râlé. Il aurait bien voulut partir avec ses parents, Papy, Pierre et Maud qui étaient partis explorer la route qui menait au fleuve. Mais le chemin était pénible et il aurait été trop difficile pour le petit garçon de les suivre. Il avait bien dû se résigner à rester « avec les vieux et les filles. »
Quant à Bernard, Nina et Arnaud ils étaient chargés d’explorer les restes de l’avion afin de récupérer ce qui pouvait l’être. Mais en fait, le mannequin n’était pas d’un grand secours pour les deux hommes. Elle refusait catégoriquement de marcher dans la boue alors que la quasi-totalité des débris y était profondément enfoncés. Bernard, qui en avait par-dessus la tête de la jeune femme, râlait d’autant plus qu’au début elle devait partir avec les Méchaleux et les Distrac pour l’exploration. Mais elle avait rejeté cette idée car elle ne voulait pas s’écorcher les jambes en marchant dans les broussailles ! Il fallait qu’elle se préserve pour pouvoir reprendre son métier quand ils sortiraient de là. La moindre cicatrice pouvait lui fermer l’accès aux podiums et aux objectifs des photographes.
Du coup, elle restait sur la berge à les regarder fouiller la boue et récupérait les objets que les hommes arrivaient à extraire et lui portaient. Elle les mettait ensuite en sécurité dans la grotte. Elle pouvait ainsi les aider sans se salir ou se blesser.
Arnaud lui apporta la radio.
« Prenez en soin Nina, c’est peut-être notre salut que vous tenez dans les mains.
- Comment ça ? demanda-t-elle.
- C’est une radio ! Nous allons pouvoir appeler du secours !
- C’est fantastique ! Nous allons pouvoir partir de cet horrible endroit, alors ?
- Oui, mais à condition qu’elle porte assez loin et que quelqu’un nous écoute. »
Le mannequin eut l’air si contente de cette nouvelle qu’elle se saisit de l’appareil avec adoration. Mais elle se hâta tellement de l’emmener à l’abri qu’elle se cassa un talon et se retrouva à plat ventre dans l’eau. Elle hurla autant de douleur que d’horreur de se retrouver pleine de boue.
« Oh mon Dieu ! s’exclama Arnaud en se précipitant vers la jeune femme. Nina, ça va ?
- J’ai mal à la cheville ! dit-elle en pleurant.
- Mince, la radio ! »
Mais elle avait disparue dans l’eau.


« Tenez Alix, je pense que cela peut soulager les brûlés. » Marius se tenait devant l’infirmière avec une feuille de bananier contenant une espèce de pâtée verdâtre.
Depuis le début de la matinée, le vieux couple s’était mis à l’écart dans le fond de la grotte et semblait préparer quelque chose. L’infirmière avait pris les enfants avec elle pour les laisser un peu tranquille. Après tout, ils étaient coincés ensemble sur cette île (maintenant, ils savaient que c’en était une) mais cela ne voulait pas dire qu’ils fallaient qu’ils restent tout le temps les uns sur les autres.
« Qu’est-ce que c’est ? demanda la jeune femme.
- Des feuilles d’acanthe broyées. En cataplasme cela soulage les brûlures. »
Alix regarda Marius, un peu perplexe.
« Vous êtes sur ? »
Le vieil homme sourit un peu tristement.
« Vous me prenez pour un vieux gâteux, hein ? Si, si, je le vois bien, ajouta-t-il alors que l’infirmière tentait de protester. Ecoutez, j’étais agriculteur et, avec ma femme nous partageons la passion des plantes depuis que nous sommes tout jeunes. Nous avons appris à les reconnaître et à les préparer pour pallier à tout ce que nous ne pouvions pas nous acheter. Nous ne roulions pas sur l’or et tout ce que nous pouvions économiser pour élever notre fille et lui payer ses études était le bien venu. Alors prenez cela. De toute façon vous n’avez rien d’autre et cela ne peu pas leur faire de mal. »
La jeune femme prit les feuilles et, sur les indications du vieil homme, les appliqua sur les brûlures des blessés. Quand elle eut fini, elle se tourna vers lui.
« Alors, tout ce que vous avez ramené hier c’était pour faire des médicaments ?
- Oui et des tas d’autres choses. Quand nous sommes partis hier j’ai trouvé des centaines plantes intéressantes pour nous. Je n’ai pas pu tout ramener mais j’ai cueillis l’essentiel. Par contre, nous ne nous pourrons pas nous en servir tout de suite.
- Pourquoi ?
- Parce que la plupart de ces plantes se consomment en tisanes. Il faut donc les laisser sécher et attendre de l’eau potable, expliqua Apolline. Nous avons aussi cela. »
La vieille femme lui montra une espèce de pâte blanche qu’elle avait mise dans une demi coque de noix de coco.
- Qu’est-ce c’est ? demanda l’infirmière.
- Des racines de poivriers, expliqua Marius. Nous les avons broyées. Ensuite il faut un peu d’eau pour les humidifier et ensuite en tirer le jus.
- Il servira à quoi ?
- C’est un anesthésiant. Je crois que cela ne sera pas du luxe ! » fit Apolline en regardant la mine douloureuse des blessés.
Alix n’en croyait pas ses oreilles. Tout le monde s’était trompé sur ces deux personnes. Les sentiments que le reste du groupe avaient pour eux se situaient sur une gamme allant des gentils petits vieux qu’il fallait surveiller au fardeau inutile. Finalement c’était eux qui allaient peut-être les aider le mieux à survivre !
Peu après, ils partirent ramasser des plantes autour de la grotte. Thibaut voulut absolument les accompagner. Marius lui avait promis de lui montrer comment reconnaître les herbes utiles et il avait eu l’air passionné. Alix en était bien contente car elle le trouvait particulièrement anxieux. Sa mère avait essayé de savoir ce qui le tracassait mais il avait gardé le silence. Elle avait demandé à la jeune femme de chercher à savoir ce qui l’angoissait. Elle se disait qu’il serait plus facile pour lui de parler avec l’infirmière.
Alix se retrouva donc seule avec Mélanie. La petite fille vouait une véritable adoration à la jeune femme depuis l’aéroport. Aussi, au bout de quelques minutes, vint-elle se blottir dans ses bras.
« Et alors ? Ta maman te manque ? »
Mélanie opina de la tête.
« Elle va revenir ce soir, tu sais ?
- Oui, je sais, soupira-t-elle. Elle est allée chercher de l’eau.
- Tu as très soif ?
- Moins depuis hier. »
La veille, ils avaient pu un peu étancher leur soif grâce au lait des noix de coco.
« Dis, les gens qui sont morts, ils sont où ? »
Dans la soirée ils avaient organisé une veillée pour les personnes qui avaient péri pendant le crash. La petite fille en avait été assez impressionnée.
Alix était un peu gênée pour répondre. Elle ne savait rien des convictions des Méchaleux sur le sujet et ne voulait pas faire de gaffe.
« Tu sais, personne n’est revenu pour le dire. Alors les gens croient des choses différentes.
- Et toi, tu crois quoi ?
- Qu’il y a un Dieu au ciel qui nous aime et que tous ceux qui sont morts sont auprès de lui.
- C’est drôle tu penses comme ma maman et mon papa. »
La jeune femme se sentit soulagée. Au moins elle n’avait pas contredit les parents de Mélanie. Elle se dit que c’était peut-être le moment d’interroger la petite fille sur son frère. Ils se chamaillaient bien un peu tous les deux mais avaient l’air très proche l’un de l’autre. Peut-être s’était-il confié à sa sœur.
« Ton frère est-il toujours aussi peu bavard ?
- Mon papa, il dit que je parle pour deux et que c’est pour ça que Thibaut il peut rien dire. »
Alix eut fortement envie de rire pour la première fois depuis le crash. C’est vrai que Mélanie n’avait pas la langue dans sa poche !
« Mais là, en plus il a peur, alors il dit encore moins rien.
- De quoi est-ce qu’il a peur ?
- C’est un secret, chuchota-t-elle.
- Et si je te promets de ne le dire à personne ? »
La petite fille regarda l’infirmière avec méfiance.
« C’est juste pour aider ton frère. »
Mélanie se mordit la lèvre du bas. Elle avait l’air tiraillé entre l’envie de le dire et le fait de ne pas vouloir trahir son frère. Mais comme elle avait une entière confiance en Alix elle se lança.
« Il a peur d’être enlevé ? »
La jeune femme s’attendait à beaucoup de chose mais cette raison lui paraissait franchement bizarre.
« Enlevé ?
- Oui, comme dans ‘LOST’ ils enlevaient les enfants en premier.
- LOST ? C’est quoi ça ?
- Une série à la télé. C’est des gens perdus comme nous sur une île où il y a d’autres personnes qui enlèvent les enfants. »
La jeune femme se souvenait en effet d’en avoir vu un épisode une fois. Mais ensuite, entre le travail et les préparatifs du mariage, elle n’avait pas franchement eut le temps de regarder la télé. Maintenant l’essentiel était de rassurer ces enfants.
« Est-ce que ta maman te raconte des histoires avant que tu t’endormes ?
- Oh oui ! En ce moment elle me lit Harry Potter.
- Est-ce que tu penses qu’il y a vraiment des sorciers et une école pour eux ?
- Oh non ! C’est quelque chose qui a été inventé par une dame.
- Pour ‘LOST’ c’est pareil. C’est une histoire inventée. Tu
sais, il n’y a personne à part nous dans cette île.
- Tu es sur ?
- Oui ma chérie. »
Mélanie eut l’air soulagé. Son frère avait fini par lui faire peur. Elle se serra contre Alix.
« Je suis bien contente que ce ne soit pas vrai. Dis, il faudra le dire à Thibaut. Lui aussi il sera content de le savoir.
- Je te le promets. Si tu mettais un peu de bois dans le feu maintenant ? Sinon il risque de s’éteindre. »


« Allez, encore un peu et on rentre ! »
Thibaut était rentré en fin de matin, ravi de la cueillette des plantes et avait l’air plus détendu. Alix en avait profité pour lui proposer de ramasser du bois. Ils en avaient trouvé une bonne provision et la jeune femme avait pu sympathiser avec le jeune garçon. Ils en étaient arriver à discuter de la différence entre la fiction et la réalité et il avait du mal à ne pas confondre les deux.
Elle décida de plaisanter pour dédramatiser la situation.
« Regarde, argumenta Alix, dans les films ou les livres les naufragés sur une île déserte se retrouvent toujours sur une plage de sable blanc, avec des cocotiers et de l’eau transparente. La différence dans la réalité c’est qu’on se retrouve dans un marais avec de l’eau croupie qui sent mauvais !
- Oui, convint Thibaut, évidemment on ne peu pas se tromper ! Je crois que je préfère les livres ou les films ! Au moins quand on en a assez on se retrouve dans son salon confortablement installé dans le fauteuil !
- Et on peut aller piquer des chips dans le placard pour se remettre de ses émotions ! »
A la fin du ramassage, il était à moitié rassuré et aussi, un peu en colère contre sa pipelette de sœur.
« Tu sais, lui avait dit la jeune femme, il ne faut pas en vouloir à Mélanie. Elle s’inquiétait pour toi, c’est tout.
- Dites, vous ne le répéterez à personne…
- T’inquiètes pas ! Bouche cousue… »
Et ils se dirigèrent vers la grotte.


« Et ça c’est du jus de racine de poivrier broyé. C’est un anesthésiant. Nous venons d’en utiliser une partie pour calmer la douleur des blessés. Ils dorment maintenant. »
Le crépuscule était déjà bien avancé quand le groupe des survivants se retrouva autour du feu pour faire le point sur les avancées de la journée. Alix avait tenu à commencer par la découverte des plantes des époux Desner. Elle voulait les réhabiliter aux yeux de tous. Vu l’intérêt que provoquaient ses paroles, l’infirmière comprit qu’elle avait réussi.
Ensuite le couple Méchaleux et les Distrac commencèrent le récit de leur journée. Ils avaient ramené de l’eau grâce à des poches plastiques étanches trouvées dans l’avion. Ils avaient aussi trouvé de la nourriture, aidé pour cela par le panier tressé par Apolline. Le groupe avait ainsi pu se rassasier et se désaltéré assez correctement pour la première fois depuis qu’ils étaient sur l’île. Il était temps car, avec le manque de nourriture ils étaient assez fatigués et la suite des opérations demanderait toutes leurs forces.
« Pendant que les autres faisaient le tour, continuait Richard, je suis monté avec Maud sur la colline où nous sommes allés hier. Cela nous a permis de repérer le chemin exact à suivre ensuite et d’accrocher sur un arbre le drapeau que nous avions emporté pour nous signaler.
Nous sommes redescendus de l’autre côté et quand les autres nous ont rejoint, nous avons continué droit vers la rivière.
- Elle nous a paru navigable, expliqua Pierre, ce qui est une excellente chose pour nous, vu l’état de la forêt.
- C’est vrai que nous avons eu du mal à avancer, approuva Maud.
- Heureusement, termina Christine, nous avons trouvé un chemin un peu plus direct pour pouvoir y revenir.
- Oui, fit Pierre, mais il va falloir le débroussailler un maximum demain si nous voulons pouvoir déplacer les blessés.
- Nous avons commencé à tresser des brancards pour pouvoirs les transporter, intervint Apolline. Les enfants m’ont aidé. Nous avons utilisé des joncs et des feuilles de bananier. Si cela peut-être utile pour transporter des objets nous pouvons faire de petites malles.
- Un ou deux peut-être ! répondit Alix. Vu le peu qu’Arnaud, Nina et Bernard ont trouvé, nous en aurons peu besoin. »
Les deux hommes se levèrent pour faire l’inventaire de ceux qu’ils avaient pu récupérer. Il y avait quelques valises mais presque rien car la soute avait été éventrée quand l’avion s’est brisé en plein vol. Le peu qui restait avait été déchiqueté par l’explosion. Il en était de même avec la carlingue. Les quelques restes de métal avaient été recueillis avec beaucoup de soin. En les travaillant un peu, peut-être pourraient-ils en faire des récipients pour faire cuire les aliments et bouillir l’eau. Marius dit qu’il verrait ce qu’il pourrait faire avec.
Il y avait aussi des restes de tissus qui pourraient être utile pour refaire des habits.
« Tant mieux, fit Alix. Je ne rentrais déjà plus tellement dans mes vêtements mais là je ne sais pas si c’est la rétention d’eau mais c’est pire que jamais.
- Vous êtes bien la seule à grossir ! fit Nina. Avec le peu que nous mangeons ! »
Ils avaient aussi retrouvé des fourchettes, des couteaux et des cuillères rescapés des meubles de l’office. Tout ce qui était bouteille d’eau ou nourriture avait été détruit par l’explosion ou gâté par la boue et l’humidité.
La plus précieuse trouvaille avait été celle de la radio mais elle avait disparue dans la boue lors de la chute de Nina. Celle-ci avait récolté une entorse et ne se remettait pas d’avoir cassé ses chaussures. Bernard leva les yeux au ciel.
« Elle n’en ratte pas une celle-là ! »
Enfin ils sortirent différents bouts de fils et de métaux qui avaient servi à on ne sait quoi mais dont on pouvait peut-être faire quelque chose. Dans leur situation il valait mieux ne rien négliger.



Le lendemain dès l’aube tout le monde se mit au travail avec ardeur. Il était urgent de tout faire pour partir de cet endroit insalubre. C’est pour cette raison que Marius, Apolline et les enfants partirent chercher de la nourriture pendant qu’Alix s’occupait des blessés. Tous les autres valides se chargeaient de préparer le terrain pour faciliter le départ du groupe ainsi que de construire des radeaux pour naviguer sur la rivière. Ils étaient aussi chargés de ramener de l’eau.
Le petit groupe essaya d’élargir au maximum le passage mais cela n’était pas très facile car ils n’avaient pas d’outils efficaces pour travailler. Les quelques couteaux qu’ils avaient trouvés dans l’avion se révélaient très peu adaptés à la situation. Aussi, ils avançaient assez lentement vu le nombre qu’ils étaient à travailler et les trois kilomètres qu’ils avaient à débroussailler.
« C’est trop enchevêtré par-là, fit Bernard au bout d’un moment. Essayons de faire un détour par là-bas.
- Mais ça va nous rallonger d’au moins cinq cents mètres ! protesta Pierre.
- Peut-être mais, comme ce sera moins difficile nous regagnerons le temps que nous aurons perdu.
- Ah non ! Je ne suis pas d’accord ! reprit Pierre, nous allons nous exténuer et nous avons besoin de toutes nos forces ! »
Ils se mirent à se disputer avec force. Nina se rangea du côté du ministre et Maud, pour se démarquer de son père, choisit le camp de Bernard. Richard, voyant que la discussion tournait franchement mal essaya de désamorcer la situation.
« Bon, attendez. Vous avez deux avis différents. Si nous votions pour trancher. »
Pierre qui aimait bien le système démocratique accepta. Il était d’autant plus d’accord que selon les avis que chacun avaient donnés, il était sur d’obtenir la majorité.
« Mais moi je ne suis pas d’accord ! Vous dites ça parce que vous savez que la majorité est pour vous. Mais on a vu que la majorité n’avait pas toujours raison. Regardez Galilée ! »
Nina pouffa.
« Je ne vois pas ce qu’une sonde spatiale vient faire là-dedans !
- Est-ce que vous le faîtes exprès ou vous êtes vraiment bête ? ironisa l’homme d’affaire.
- Répétez ça ! rugit le mannequin en se jetant sur lui. »
Richard voulut l’arrêter mais la manqua. Ce n’était pas grave car Bernard la stoppa rien qu’en tendant les bras et en la saisissant par les épaules. Elle essayait bien de lui donner des coups mais n’arrivait qu’à battre l’air. Lasse de ses vains efforts elle partit en pleurant bouder dans son coin.
Ils se remirent au travail chacun selon ce qu’il croyait le meilleur. Ils se rejoignirent au bord de la rivière en même temps, chacun des deux groupes reprochant à l’autre de ne pas l’avoir aidé. En effet, en se mettant ensemble ils seraient allés beaucoup plus vite !
Ils passèrent le reste de la journée à construire les radeaux. Mais là non plus les affaires n’avancèrent pas très vite, chacun ayant son idée sur la procédure à suivre. Idées qui, bien sur, étaient contradictoires… Le climat était donc très tendu entre eux quand ils rentrèrent à la grotte. A leur grande surprise les autres les attendaient avec des têtes de cent pieds de long.
« Qu’est-ce qui se passe ? demanda Richard avec inquiétude.
- Les enfants vont bien ? questionna Christine qui ne les voyait pas.
- Oui, fit Alix. Ils sont derrière à chercher du bois. Nous voulions pouvoir vous parler tranquillement sans qu’ils entendent.
- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Bernard à son tour.
- J’ai voulu voir si je pouvais faire quelque chose des bouts de métaux trouvés dans le marais et j’ai trouvé quelque chose de très bizarre. »
Marius montra alors un petit tas de métal et de fils enchevêtrés.
« Je le reconnais ! s’exclama Arnaud. C’est moi qui l’ai trouvé.
- A quel endroit ? demanda Alix.
- C’est le débris le plus lointain que nous avons dégagé. Il se trouvait au fond, il s’était perché dans un des derniers arbres là-bas.
- Il n’était pas dans l’eau alors ?»
Marius, Alix et Apolline se regardèrent intensément.
« Mais pourquoi cela vous intéresse-t-il autant ? s’étonna Christine.
- Parce que, coincé dans ce tas de fils j’ai trouvé ces objets. »
Il sortit un petit boîtier ressemblant, autant qu’on puisse en juger, à une calculatrice et un petit bout de papier rouge. Une inscription y figurait en noir. Richard s’en saisit et lu :
« ‘…glycerin…’, Oh mon dieu ! souffla-t-il en regardant sa femme.
- Est-ce que c’est ce que je crois ? » fit celle-ci.
Tout le monde se regarda avec surprise, sauf Nina qui ouvrait de grands yeux.
« Mais qu’est-ce qui se passe, c’est quoi ce truc ? »
Ce fut Pierre qui s’y colla.
« Nous avons de bonnes raisons de penser que ce ‘truc’ est une bombe.
- Une… une bombe… ? bégaya le mannequin. Mais alors ça veut dire que…
- … que l’explosion de l’avion n’est pas due à sa chute mais était criminelle. »
Ces mots tombèrent dans un silence médusé.


(... à suivre)








Chapitre 5

Posté le 28.01.2008 par lesromansdelara
Chapitre 5

Déménagement


L’avion venait de s’écraser. La fumée était intense dans la carlingue et Alix avait l’impression d’étouffer. Il fallait sortir de là mais elle en était incapable. Sa ceinture était bloquée et elle n’arrivait pas à la détacher. Soudain quelqu’un cria :
« Sortez vite ! Ca brûle et il y a une bombe ! »
L’odeur de fumée était de plus en plus intense. Il fallait qu’elle se détache à tout prix mais c’était impossible.
Elle se réveilla en sursaut. La grotte était totalement enfumée.
Alix avait eu du mal à s’endormir ce soir-là. Peut-être était-ce la découverte de l’explosif ou la fatigue nerveuse accumulée mais elle avait été reprise de nausées et de vomissements. Elle n’avait rien pu avaler. En début de nuit, elle avait même vomi presque toute son eau. C’était dommage car avec les récipients en métal que Marius avait réussit à bricoler, Apolline avait pu faire une tisane de mélange de plantes qui s’était révélé excellente.
La jeune femme avait fini par somnoler un peu et s’était réveillée en sursaut à moitié étouffée par la fumée qui envahissait la grotte. Elle se leva en toussant et essaya de réveiller les autres mais ils étaient profondément endormis. La fumée les avait surpris dans le premier sommeil, le plus profond, et les intoxiquait tous peu à peu, approfondissant leur inconscience.
L’infirmière sortit reprendre sa respiration. Elle s’aperçut que c’était le feu qui fumait. Elle décida de s’en occuper dès qu’elle aurait sorti les autres. Elle commença par les enfants et les blessés qui étaient les plus sensibles à la fumée, puis s’occupa des femmes et enfin des hommes.
Aucun d’entre eux ne s’étant réveillé quand elle eut fini, elle s’occupa du feu. Il y avait une façon radicale de l’empêcher de continuer à dégager de la fumée en l’éteignant avec de l’eau. Mais, dans leur situation, le feu était vital et ils ne pouvaient pas se permettre de le perdre. Elle pensa que le meilleur moyen d’arrêter la fumée sans l’éteindre était d’essayer de ranimer les flammes. Elle souffla donc dessus en ajoutant des brindilles sèches et, une minute après, elle obtint un feu clair et pétillant.
Quelqu’un bougea. C’était Mélanie qui se réveillait, suivie de près par Thibaut. Les membres du groupe reprirent conscience l’un après l’autre. Finalement, les personnes valides n’avaient pas trop souffert du manque d’oxygène car la fumée avait rempli la grotte en commençant par le plafond. Comme ils dormaient, allongés sur le sol, ils avaient été protégés. Par contre trois des blessés en étaient morts.
« Quand même, fit Richard qui était, comme les autres, encore un peu ensuqué, heureusement que vous étiez patraque et que vous n’arriviez pas à dormir !
- Oui, approuva Nina, sinon nous finissions tous comme ces pauvres gens !
- C’est vrai qu’à quelque chose malheur est bon, acquiesça Alix.
- Comment ça se fait que le feu se soit mis à fumer de cette manière ? demanda Bernard. Il ne l’avait jamais fait jusque là. N’avez-vous rien vu de spécial dans le feu ? Avec quoi brûlait-il ?
- Il n’y avait plus de flammes, se souvint l’infirmière. Il y avait de l’herbe séchée dessus.
- Cela ne m’étonne pas qu’il y ait eu de la fumée, dit Richard. Je ne sais pas qui a mis ça et je ne veux pas le savoir mais ce serait bien qu’il ne recommence pas ! »
Tout le monde se regarda mais personne ne se dénonça. Pour mettre fin à ce silence gêné Alix proposa d’enterrer les morts. Le lendemain ils devaient partir tôt et il valait mieux le faire rapidement. Ils se mirent donc au travail.


« Bon, tout est prêt maintenant ? fit Bernard avec une colère contenue. Allons-nous enfin pouvoir partir ?
- Marius, demanda Alix sans se démonter, avez-vous eu le temps de préparer de l’extrait de racine de poivrier ? »
La matinée était déjà bien avancée et ils avaient pris beaucoup de retard sur le programme. Pourtant tout avait relativement bien commencé malgré leur courte nuit. Ils avaient tout emballé et le convoi avait été prêt assez rapidement.
Cela se gâta un peu quand il fallut charger les blessés sur les brancards. Alix tint absolument à leur faire boire un peu d’extrait de poivrier pour calmer leur douleur.
« Ils vont être balancés pendant des heures sur ces brancards et il vaut mieux qu’ils dorment pendant ce temps. »
Bernard râla bien un peu que c’était inutile et que ça allait leur faire perdre du temps. L’infirmière le calma en lui promettant que l’opération ne durerait qu’une minute. Manque de chance, il ne restait plus d’extrait.
« Mais enfin, fit Marius, hier soir il en restait trois demies noix de coco.
- Vous avez dû vous tromper, fit l’infirmière.
- Non, j’en suis sûr voyons !
- Bon, ça n’est pas grave. Il faut en refaire.
- Mais les poivriers sur lesquels nous les avons prélevés sont un peu loin.
- Tant pis. Ces deux personnes vont terriblement souffrir durant le transport si on ne leur donne rien. Nous ne pouvons pas leur faire subir cela alors que nous savons comment les soulager. Faites-vous accompagner et allez en rechercher. »
Mais Bernard tempêta tellement qu’il fallut faire voter la décision. Mal lui en prit car le groupe décida à l’unanimité moins une voix de tout faire pour soulager les blessés. Il lui fallut donc attendre en rongeant son frein que Richard et Marius aillent chercher des racines, les ramène et qu’Apolline les prépare. D’où son exclamation agacée.
Mais ensuite il n’eut plus longtemps à patienter. La potion était prête et l’infirmière eut tôt fait de la faire prendre aux malades. Cinq minutes après, le groupe s’ébranla après s’être recueilli un instant sur les tombes des personnes qu’ils avaient enterrées à cet endroit. Ils décidèrent d’un commun accord de revenir régulièrement sur les lieux pour les entretenir.
Puis ils entamèrent leur marche.

Ils arrivèrent à la rivière en début d’après-midi. L’avancée avait été pénible. Malgré le débroussaillage de la veille, nombreux étaient les passages qu’il fallut retoucher pour que les brancards puissent passer dans de bonnes conditions. De plus il fut nécessaire de s’arrêter assez souvent pour leur permettre de souffler un peu. De plus, Nina ne voulait pas marcher n’importe où et ne supportait pas que la moindre branche lui bouche le passage.
« Est-ce qu’on est obligé de continuer comme ça ? » finit par exploser l’homme d’affaire au dixième arrêt.
L’énervement commençait à gagner tout le monde. Ceux qui ne l’étaient pas au début s’agaçaient de voir les autres tempêter tout le temps.
« Comme quoi ? se fâcha Richard.
- Ensemble, nous perdons un temps impossible ! Si nous partions en groupe nous pourrions mieux avancer.
- Et après ? De toute façon il faudrait nous attendre ensuite, fit Pierre qui était ravi d’avoir une occasion de dire sa façon de penser à l’homme d’affaire. Et puis il faut nous relayer pour porter les brancards. Vous ne voudriez quand même pas les laisser derrière nous ?
- Je n’ai jamais dit cela. Et puis m… de toute façon quand je parle personne ne m’écoute !
- Et ben pourtant, vu comment vous hurlez, on ne peut pas faire autrement que de vous entendre ! fit Nina qui se vengeait des attaques répétées de Bernard.
- Vous m’em…. fit-il en faisant brusquement demi-tour.
- Mais qu’est-ce que vous faîtes ? hurla Richard.
- Je passe par l’autre chemin et je vous attends à la rivière !
- Mais ça n’est pas prudent de nous séparer ! Bernard ! Bernard ! »
C’était inutile, il avait disparu dans la jungle.
« Je vais avec lui ! proposa Arnaud, comme cela il ne sera pas seul ! »
Quand le jeune homme fut parti à son tour les autres reprirent leur chemin tant bien que mal. Les conditions de vie pénibles et la fatigue qui s’accumulait rendaient les relations difficiles. Pourtant leur survie dépendait de leur solidarité. Ils fallaient qu’ils arrivent à surmonter leurs dissensions et mettre leurs forces en commun au lieu de les perdre à s’entre-déchirer. Richard se dit qu’il avait peut-être trouvé un moyen et se promis d’en parler à la prochaine réunion quand tout le monde serait calmé. Ce ne serait que quand les rivalités dues aux différents caractères s’estomperaient qu’ils y verraient plus clair et seraient vraiment efficaces.
« Venez ! Vite ! »
Le cri claqua dans l’air comme un coup de feu. Ils s’arrêtèrent tous ensemble et se regardèrent.
« Au secours ! Venez par-là ! »
C’était la voix de Bernard.
« Pierre, allons-y ! fit Richard. Vous autres vous ne bougez pas ! »
Ils se précipitèrent en se guidant à la voix de Bernard qui continuait d’appeler. Ils ne mirent que quelques minutes à le rejoindre.
« Bernard, Arnaud qu’est-ce qui se passe ? Vous allez bien ? demanda Pierre.
- Nous oui, fit l’homme d’affaire, lui je n’en suis pas sûr. »
Il désigna une forme inerte. Richard se précipita.
C’était l’homme qui avait disparu de la grotte le premier jour et qui ressemblait à un clochard.


« Alors ? » demanda Christine.
Alix était en train d’examiner l’homme inconscient.
« Je ne sais pas trop, mais vu sa façon de transpirer et les tremblements dont il est secoué cela ressemble à un delirium tremens.
- Très mince ? se moqua Nina. Je ne sais pas ce que c’est mais, à mon avis, c’est loin d’être mince.
- Le delirium tremens ça a un rapport avec l’alcool non ? demanda Maud.
- Oui c’est ça ! répondit Alix.
- Ca veut dire que cet homme buvait ? fit Nina. Alors il s’est prit une cuite ?
- Non, sourit l’infirmière le problème c’est qu’il n’a pas pu en prendre une. Le delirium tremens est un processus qui est analogue au manque pour un toxicomane. En clair il est en train de se sevrer.
- C’est plutôt une bonne chose pour lui alors ! s’exclama Richard.
- Oui et non. Il faut le surveiller. Un sevrage aussi brusque sans médicament peu être dangereux.
- Ah non ! intervint Bernard, vous n’allez pas dire qu’on va prendre ce clodo avec nous !?
- On ne peut tout de même pas le laisser là dans cet état ! dit Arnaud.
- Non, on ne peut pas ! trancha Richard. Allez on le charge sur un brancard ! »
Bernard fulmina mais, tout le monde étant d’accord, ils l’installèrent et se remirent en route.


« Là ce serait bien non ? »
Ils étaient arrivés au bord de la rivière très en retard sur leur prévision. L’après-midi était déjà très avancée et ils n’avaient pas le temps de commencer à descendre la rivière. Ils ne savaient pas si elle était navigable de bout en bout ou s’il faudrait contourner des obstacles. Il valait mieux attendre le lendemain pour avoir toute une journée pour atteindre le lac. Mais, pour cela, fallait qu’ils trouvent un endroit pour bivouaquer.
Pierre et Richard étaient partis en éclaireur pour trouver un endroit sûr pour le groupe. Ils avaient repéré un énorme arbre au tronc creux, dont la cavité était assez grande pour les recevoir tous.
« Nous serons protégés là-dedans, affirma le ministre.
- Oui, ça me paraît très bien en effet. Allons le dire aux autres. »
Une demi-heure après, tout le monde était installé dans l’arbre. Ils vérifièrent les radeaux qui étaient en parfait état. Demain ils pourraient partir dès le lever du jour.
Alix s’occupa des blessés et du malade pour qu’ils passent la meilleure nuit possible. Peu après leur arrivée, l’homme qu’ils avaient récupéré dans la forêt reprit conscience.
« Qu’est-ce que je fais là ? demanda-t-il d’une voix pâteuse.
- Nous vous avons trouvé dans la jungle, répondit doucement Alix.
- De quoi vous vous mêlez ! Laissez-moi ! »
Il essaya de se lever mais retomba, trop faible pour tenir debout.
« Restez tranquille, voyons ! »
L’infirmière le fit se recoucher et sortit.
« Vous pensez que ça ira pour lui ? »
C’était Maud qui venait aux nouvelles.
« Je pense qu’il va avoir du mal physiquement mais surtout psychologiquement.
- Comment ça ?
- Tu sais quand quelqu’un commence à boire c’est souvent pour combler un manque affectif.
- Si c’était vrai je devrais déjà boire des litres, répondit tristement l’adolescente..
- Chacun sa manière de compenser. D’autres vont se droguer ou devenir boulimique.
- Ou se jeter sur le chocolat ...
- Oui, par exemple ! »
La jeune fille se tourna vers l’homme. Soudain cette personne qui lui faisait un peu peur jusque là lui semblait étonnement proche d’elle.
« Dites, on pourrait essayer cela, avec ce monsieur. »
Marius tenait une coque de noix de coco contenant un liquide.
« Qu’est-ce que c’est ?
- De l’infusion de passiflore. Ca va l’aider au sevrage.
- Mais comment faites-vous ? Vous avez de tout pour tout vous ! s’exclama Maud.
- Oh vous savez, il suffit de connaître les plantes et de savoir regarder ! D’ailleurs à ce propos, fit-il en se tournant vers Alix. J’ai trouvé quelque chose pour vos nausées. »
Il lui montra un fruit jaune.
« Un citron ?
- Oui vous en buvez le jus quand vous vous sentez mal et cinq minutes après vous n’aurez plus rien. »
La jeune femme remercia chaleureusement le vieil homme.
« Ah ! Aïe ! Aaaaah !
- Maman, papa ! »
Thibaut avait crié d’abord suivit de Mélanie.
Richard et Christine se précipitèrent suivit de près par Arnaud, Bernard, Pierre et Alix. Ils arrivèrent auprès de la rivière et trouvèrent rapidement les deux enfants.
Thibaut était en train de se masser le pied et sa sœur se jeta dans les bras de sa mère en pleurant. Richard se pencha sur son fils.
« Qu’est ce qui t’arrive ?
- Nous étions en train de jouer dans l’eau quand j’ai senti un truc qui m’a pincé le gros doigt de pied. »
Alix regarda l’orteil du petit garçon. Il était un peu bleu mais ne semblait pas être cassé.
« Tu as vu ce que c’était ? lui demanda son père.
- Je ne sais pas, je l’ai écrasé là. »
Richard se pencha et se mit à rire.
« Vous allez bien ? demanda Pierre. Qu’est-ce que c’est ?
- La promesse de notre futur repas ! Une écrevisse ! »
Il s’approcha de l’eau et observa le fond un court moment.
« Oh ! Mais c’est un vrai garde-manger là-dessous ! Même pas besoin de les prendre au piège. Allez Mélanie, ne pleure pas ! Ce soir nous allons bien manger. »
Et il en prit une à main nue pendant que Christine aidait Thibaut à remettre ses chaussures.


La soirée touchait à sa fin. Ils s’étaient régalés avec les écrevisses et le moral de tout le monde remonta. C’est le moment que choisit Richard pour parler de son idée.
« Nous avons eu depuis que nous sommes sur cette île plusieurs divergences de point de vue. C’est normal que cela se produise mais il ne faudrait pas que cela nuise à notre sécurité.
- Jusqu’à maintenant nous nous en sommes plutôt bien sortis, non ? fit Pierre.
- Oui, le système de vote quand une décision pose une difficulté est une bonne façon de dénouer les crises, dit Alix.
- C’est vrai et il faut le garder. Mais qui empêche l’un d’entre nous de ne pas suivre ce qui a été décidé.
- C’est moi que vous visez ?
- Ne prenez pas la mouche Bernard ! Aujourd’hui c’est vous qui enfreignez une décision, demain ce peut être n’importe qui, mettant, par là-même, tout le reste du groupe en danger.
- Qu’est-ce que tu proposes ? demanda Christine.
- De nommer quelqu’un qui soit plus particulièrement responsable de faire appliquer les décisions prises en commun. Il pourrait aussi coordonner les actions et avoir un projet d’ensemble.
- Vous nous proposez d’élire un chef ? fit Maud.
- C’est tout à fait cela. Qui serait d’accord ? »
Les mains se levèrent l’une après l’autre, emportant la décision à l’unanimité.
« Bon, donnons-nous le temps d’arriver au lac et nous voterons ensuite. Cela nous laissera le temps de décider pour qui chacun veut voter. »
Tout le monde se leva. C’est alors qu’Alix sentit à nouveau qu’elle avait une forte en vie de vomir. Elle s’occupa de presser son citron et d’en boire le jus.
« Est-ce que ça marche ce truc là ? demanda Nina.
- J’ai l’impression oui, mais… »
Alix s’écroula par terre. Le mannequin appela.
« Qu’est-ce qu’elle a ? demanda Pierre en lui donnant des tapes sur les joues.
- Je ne sais pas, elle a bu ce truc-là et elle est tombée brusquement.
- Je savais bien que ce vieux fou allait finir par nous empoisonner un jour ! s’exclama Bernard.
- Je ne crois pas que le jus de citron ait quelque chose à voir avec cela, intervint Christine. Transportons-la dans l’arbre et laissez-moi seule avec elle. »
Tout le monde la regarda avec surprise mais personne ne posa de question. La jeune femme reprit conscience comme ils la portaient. Quand tout le monde fut sorti, elle demanda :
« Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Vous vous êtes évanouie.
- Encore ?
- Cela vous est déjà arrivé ?
- Oui, une fois ou deux ces derniers mois. Il fallait que j’aille voir le médecin un de ces jours mais j’étais débordée et puis entre temps…
- Entre temps ?
- Rien… J’espère que je n’ai pas attrapé quelque chose de grave.
- Je ne crois pas, fit Christine en souriant.
- Vous êtes médecin ?
- Non, mais quand je vois une jeune femme qui a des nausées, des vomissements et qui ne rentre plus dans ces pantalons, j’ai assez d’expérience en la matière pour que ça me fasse tilt.
- Tilt ?.. Vous voulez dire que… Mon Dieu… »
Elle regarda le sourire entendu de Christine et resta un moment sans voix. Les mots avaient du mal à sortir de sa bouche.
« J’attends un bébé… » finit-elle par souffler d’une voix blanche. Elle ne savait plus si elle devait être heureuse ou complètement effondrée. Peut-être les deux à la fois ce qui produisait un curieux mélange.
Un enfant de Christophe… En d’autres temps cela aurait été une bonne nouvelle. Ils auraient dû être mariés et avoir emménagé dans la nouvelle maison à l’heure qu’il est. Ils n’auraient plus eut qu’à préparer l’arrivée du bébé pendant six ou sept mois en savourant leur bonheur. Au lieu de cela Christophe était mort et elle était seule sur cette île pour elle ne savait combien de temps… Elle finit par fondre en larmes.
Christine la prit dans ses bras et attendit calmement que la crise soit passée.
« Allons, je sais que cela n’est pas fantastique d’être isolée de tout dans votre état mais ça va bien se passer. Nous sommes là. »
Alix se sentit un peu mieux. Elle leva son visage et se mit à parler de Christophe. C’était la première fois qu’elle y arrivait depuis… Elle retraça leur rencontre, leur vie commune de trois ans, le mariage et, ce qui était le plus dur, l’accident… Elle avait eu du mal à commencer mais maintenant elle ne s’arrêtait plus. Au fur et à mesure qu’elle parlait, elle avait l’impression qu’un poison sortait progressivement d’elle.
« Il avait oublié mon casque et m’a donné le sien. Je n’aurais jamais dû accepter… A l’heure qu’il est, il serait encore vivant…
- Oui et il serait effondré parce que, maintenant, il saurait que sa fiancée et son enfant seraient mort. En vous protégeant, il a également, sans le savoir, sauvé son bébé. Vous n’êtes plus seule maintenant, c’est pour lui aussi qu’il faut vous battre. Cet enfant c’est le dernier cadeau qu’il vous a laissé, ne l’oubliez pas. »
Les paroles de Christine agissaient comme un baume bienfaisant et elle sentit la force et le courage lui revenir.
« Bon, reposez-vous un peu. Maintenant il va falloir vous économiser un peu. »
La mère de famille sortit, laissant la jeune femme qui s’endormit peu après.

(... à suivre)

chapitre 6

Posté le 01.02.2008 par lesromansdelara
Chapitre 6

Au fil de l’eau



Les radeaux se mirent à descendre doucement la rivière en suivant le courant. Les hommes les guidaient à l’aide de gaffes confectionnées avec des roseaux. Même chargés, ils se dirigeaient admirablement bien. Pour une fois, tout s’était bien déroulé. La nuit avait été calme et ils avaient pu embarquer assez vite après le lever du soleil. La perspective de l’élection semblait avoir calmé tout le monde et, depuis le début de la matinée, aucune dispute ne s’était élevée entre eux. Du coup, ils avaient été efficaces et organisés, ce qui leur avait fait gagner pas mal de temps.
Ils avaient construit trois radeaux. La famille Méchaleux s’était installée sur le premier avec une partie du matériel. Pierre prit l’autre partie et embarqua avec Arnaud, Nina, Marius, Apolline et le clochard. Enfin, Bernard guidait l’embarcation où prit place Maud, Alix et les trois malades.
Très vite, ils constatèrent qu’ils avaient eu raison de choisir la voie aquatique. Les rives ne dévoilaient qu’un amas inextricable d’arbres, de ronces et de fourrés. En voyageant sur la rivière, ils évitaient beaucoup de peine et d’efforts. Cependant, d’un commun accord, ils naviguaient près du bord afin de pouvoir freiner et s’arrêter si des obstacles imprévus se présentaient. Ils n’étaient pas à l’abri de se trouver pris dans des rapides ou de heurter des rochers affleurants.
Mais, pour le moment, la navigation se faisait tranquillement. La rivière était calme, les arbres formaient un dôme au-dessus d’eux les protégeant du soleil. Le seul inconvénient c’était que les moustiques les harcelaient.
« Sales bêtes ! grogna Nina en écrasant un insecte. Ils vont nous pomper tout notre sang si ça continu !
- Je vous ai expliqué comment vous en protéger, répondit Marius.
- Si vous croyez que je vais me barbouiller de votre infâme bouillie, vous vous mettez le doigt dans l’œil ! »
En effet elle avait eu une discussion avec le vieil homme avant de partir. A son grand dégoût, elle l’avait vu appliquer de la boue sur ses bras et son visage. Il lui en avait proposé mais elle avait décliné l’offre. Par contre, les autres avaient accepté. Il est vrai que cela donnait un drôle de cachet au groupe ! Ils avaient l’air de ne pas s’être lavés depuis des années, mais le moyen était efficace. Même s’ils étaient encore un peu importunés, cela n’était rien comparé au petit nuage d’insectes qui se promenait autour du mannequin.
Sur le radeau des blessés, le voyage sur la rivière était plus particulièrement apprécié. Les malades étaient transportés avec douceur et il n’avait pas était nécessaire de les endormir. Ils n’étaient pourtant pas en très bonne forme. Avec l’humidité ambiante, leurs blessures s’étaient infectées et ils avaient l’air d’avoir beaucoup de fièvre. Les cataplasmes de feuilles d’acanthe leur avaient fait du bien mais ils restaient très faibles.
Le mieux nanti était le dernier en date, l’homme alcoolique. Depuis qu’ils étaient partis, malgré la douceur du mode de transport, il n’arrêtait pas de vomir.
« Vous êtes malade ? lui demanda Maud.
- Ouais ! Je suis allergique à l’eau sous toutes ses formes. Rien que d’en voir autant autour de moi ça me fait gerber.
- Tenez, prenez toujours ça ! lui proposa Alix.
- Qu’est-ce que c’est encore ? demanda-t-il brusquement. Si c’est une de vos tisanes de je-ne-sais-quoi, vous pouvez vous la mettre où je pense !
- Non, ce n’est pas de la passiflore, c’est du jus de citron. C’est très bon pour ce que vous avez. Je le pose là, vous en prenez si vous voulez, mais arrêtez de dire des insanités parce que je vous signale qu’une jeune fille vous écoute !
- Mais foutez-moi la paix ! Je ne vous ai rien demandé ! »
Ce gars commençait à lui taper sur les nerfs. Il était malade d’accord, mais ça n’était pas une raison pour être aussi désagréable. Elle posa le jus de citron et lui tourna le dos en s’asseyant prés de Maud.
La jeune fille lui avait paru bien silencieuse depuis la veille et Alix voulait essayer de discuter avec elle. Avant le crash, vu les fonctions de son père, elle avait du être habituée à une vie de luxe et de paillettes un peu comme Nina. Contrairement au mannequin, elle ne s’était jamais plainte des conditions de vie et avait l’air au contraire de bien s’y faire. Elle ne rechignait jamais à la tâche et, jusque là, elle semblait tenir le coup. Peut-être avait-elle maintenant un coup de cafard et, dans les conditions actuelles il valait mieux s’en occuper de suite.
« C’est plus agréable de se promener ainsi que de se frayer un passage dans la jungle, pas vrai ?
- Oui » soupira l’adolescente.
Elle regarda l’infirmière avec des yeux tellement tristes que celle-ci se devina immédiatement qu’il y avait autre chose qu’un simple coup au moral.
« Est-ce que tu va bien ? »
La jeune fille regarda son père qui était en train de discuter avec les autres passagers de son radeau.
« Tu sais ce qu’il est en train de faire ? » demanda-t-elle à l’infirmière.
Celle-ci, un peu surprise de la question, observa Pierre. Il guidait le bateau et, en même temps, semblait capter l’attention de son auditoire.
« Non. Qu’est ce qu’il leur raconte ?
- Il fait sa campagne.
- Quoi ?
- Il fait sa campagne pour le vote de ce soir. »
Maud se mit à pouffer d’un rire douloureux.
« Depuis toute petite j’ai toujours vu mon père faire campagne. Un coup pour les municipales, une autre fois pour les cantonales, les régionales ou les législatives. Il y a toujours des élections très importantes. Quand ma mère est morte, je me suis retrouvée en pension. Quand il est devenu ministre ça a été pire. Je me suis mise à le voir plus à la télévision qu’en réalité. Quand j’arrivais à être un peu avec lui, nous étions toujours entourés de gardes du corps ou de journalistes. Les vacances étaient truffées de meetings, de rencontres avec des tas de gens importants. Jamais je n’ai eu un moment pour être simplement avec lui. Tout est occasion de peaufiner son image. Au collège mes copines étaient jalouses. C’est vrai que j’avais tout ce que j’aurais pu désirer sauf la seule dont j’avais vraiment besoin : la présence de mon père. »
L’adolescente s’arrêta la gorge nouée.
« Tu as dû être contente quelque part que nous nous soyons écrasé ? demanda Alix.
- Contente est un grand mot, mais c’est vrai que j’ai vite vu les bénéfices secondaires que je pouvais tirer de la situation. Plus de journalistes, plus de gardes du corps…
- … Plus d’élections ? …
- Je le croyais oui… Quand hier, Monsieur Méchaleux a commencé à parler de son idée, les yeux de mon père ont commencé à briller. J’avais l’impression que le ciel me tombait sur la tête. Depuis que nous sommes ici, j’ai passé plus de temps avec mon père que durant toute ma vie. Et voilà que les élections nous rattrapent… »
En effet la campagne battait son plein sur l’autre radeau. Le ministre était réputé dans l’art du discourt. Durant ses trois ans au gouvernement il avait réussi à rester très populaire car il arrivait toujours à tout retourner en sa faveur.
« Ton père a ça dans la peau tu sais. Où que vous soyez, il en reviendra toujours à sa passion de la politique, tu ne le changeras pas.
- Mais je ne veux pas qu’il abandonne ! Au fond, je suis plutôt fière de lui… J’aimerais juste qu’il me donne un peu plus d’attention.
- Soit patiente, tu arriveras sûrement à lui faire comprendre. Il t’aime à sa façon… Oh ! Mais qu’est-ce qu’il se passe ? »
L’eau avait brusquement envahit le radeau. Trop absorbées par leur discussion, elles n’avaient pas fait attention à la manœuvre en cours. Une grosse pierre leur barrait le chemin et ils durent, pour la contourner, se porter au milieu de la rivière. Les radeaux étaient assez solides pour risquer cela malgré le courant qui était assez fort.
Ils étaient arrivés au centre du cours d’eau quand, brusquement, les planches du radeau se mirent à jouer et à laisser passer l’eau. C’est ce qui avait provoqué l’exclamation d’Alix.
« Qu’est-ce qui se passe ? cria Richard qui avait entendu l’infirmière.
- Le radeau prend l’eau ! répondit Bernard.
- Maud, Alix, mettez-vous au centre, nous arrivons ! » hurla Pierre.
L’embarcation s’enfonçait dangereusement. Les deux autres radeaux essayèrent de se rapprocher. Alix et Maud entraînèrent les blessés au milieu car les bois extérieurs se détachaient un par un. Le courant les entraînait rapidement.
« Bernard ! Essayez de vous approcher du bord ! cria Arnaud.
- C’est ce que j’essaye de faire ! Il devient indirigeable ! »
En effet le radeau se réduisait maintenant à deux troncs. S’ils tombaient à l’eau les remous, qui devenaient de plus en plus importants, ne laisseraient pas beaucoup de chances aux blessés. Maud et Alix essayaient de les maintenir le mieux possible mais, dans une minute tout le monde boirait la tasse. L’embarcation des Méchaleux se plaça devant eux en aval.
« Maud tu sais nager ? demanda l’infirmière.
- Oui.
- Saute alors ! Laisse-toi porter par le courant, il te mènera directement vers Richard et Christine.
- Et toi ?
- Ne t’inquiète pas ! Bernard et moi te suivons avec les blessés. Allez dépêche-toi maintenant ! »
L’adolescente s’exécuta et, malgré les remous, fut bientôt arrivée à bon port. Christine l’aida à monter sur leur embarcation.
« Bon, à vous, maintenant ! dit Alix en s’adressant à l’alcoolique.
- Ca ne va pas non ? Vous ne croyez pas que je vais me tremper là-dedans ?
- De toute façon nous allons finir à l’eau, alors autant que ce soit au moment choisis !
- Il n’en est pas question !
- Mais dépêchez-vous donc ! intervint Bernard. Sinon nous allons tous couler !
- Foutez-moi la paix et allez au diable !
- Laissons-le et portons les blessés. Alix allez ! Vous ne pouvez rien pour lui ! »
Ils se jetèrent à l’eau, chacun portant un malade. Le courant était de plus en plus fort et les remous devenaient de véritables vagues. En temps normal il leur aurait déjà été difficile d’y arrive, mais en portant des gens qui n’avaient pas la force de nager, c’était pratiquement impossible. Les autres étant en aval ne pouvaient pas les aider. Ils se heurtaient à des pierres, coulaient remontaient, se battant avec l’énergie du désespoir. Bernard se cogna violemment sur une pierre et dû lâcher la personne qu’il tenait. Elle fut récupérée par Pierre mais sa tête ayant frappé le rocher, elle n’avait pas survécue. L’homme d’affaire, quant à lui, réussit à s’accrocher à la gaffe que Richard lui tendit quand il passa devant le radeau. Il l’attrapa in extremis. Il arriva épuisé sur l’embarcation.
Pendant ce temps, l’infirmière se battait avec l’énergie du désespoir pour arriver à ramener son blessé sain et sauf. Mais elle commençait à s’épuiser et coulait de plus en plus souvent.
« Alix ! Laisse-le ! cria Arnaud. Vous allez vous noyer tous les deux ! »
Elle entendait bien les cris des autres mais ne voulait pas baisser les bras. Christophe était déjà mort à cause d’elle et il n’était pas question de laisser ce gars se noyer. Elle était à mi-chemin entre les deux radeaux quand quelque chose accrocha l’homme qu’elle portait, l’attirant vers le fond. Elle coula avec. La dernière chose qu’elle pensa avant de sombrer c’est que cette fois elle n’avait pas abandonné une personne en danger de mort.


Alix se réveilla avec l’impression d’étouffer. Elle sentit qu’on lui soufflait dans les poumons ce qui était plus que désagréable. Quelqu’un la retourna sur le côté et elle vomit, toussa, recrachant l’eau qu’elle avait avalée. Puis, elle resta inerte essayant de reprendre son souffle.
« Ca ira maintenant ! » fit une voix qu’elle ne connaissait pas.
Elle se retourna et vit qu’elle était sur la terre ferme. Tout le monde fixait l’homme alcoolique avec un drôle d’air. Alix le regarda avec surprise. On aurait dit un autre homme. Il avait abandonné sa mine renfermée et bourrue. Ses yeux étaient perçants, ferme, ses gestes sûrs comme répétés des milliers de fois. Cela dura un millième de seconde mais c’était comme si la carapace s’était ouverte un instant laissant apparaître l’homme qui s’y enfermait. Alix fut éblouie de la puissance et en même temps de la douceur qui s’en dégageait. Mais, ce qui la toucha le plus, était l’immense détresse qui semblait se dégager de lui à ce moment. Cette souffrance raisonna profondément en Alix comme un écho de la sienne.
L’instant de grâce passa. Telle une porte qui se referme sur la lumière ce fut comme si quelque chose s’éteignit quand il se retourna brusquement et alla s’asseoir plus loin.
« Le blessé ? demanda brusquement la jeune femme en essayant de se relever.
- Ne bouge pas, fit Christine. Tu as fait ce que tu as pu. Sans l’intervention de Paul tu te serais noyée aussi.
- Paul ? Noyé aussi ?… Il est mort ?
- Oui, on n’a pas pu le ranimer.
- C’est qui Paul ?
- Lui ! » répondit Christine en montrant la silhouette du clochard. La jeune femme réalisa qu’il était trempé, lui aussi.
Finalement, il avait fini par plonger pour aller la chercher. Il avait réussi à regagner la rive avec elle mais n’avait rien pu faire pour l’homme qui était coincé sous l’eau.
« Où est-ce que l’on est ?
- Sur les rives de la rivière. Nous avons dû accoster parce que les radeaux n’ont pas résistés au poids. Nous les avions conçus pour cinq personnes et du matériel. Quand le vôtre a cédé le transfert de poids sur les autres les a achevés. »
L’infirmière regarda les débris de leurs embarcations. Les hommes essayaient déjà de voir ce qu’ils pouvaient faire avec. Il fallait absolument en reconstruire d’autres car le voyage par la terre était vraiment trop compliqué.
« Et le feu ?
- Nous avons